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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le scinque de l’Ouest (Eumeces skiltonianus) au Canada - Mise à jour

Habitat

Description

Dans son aire de répartition étendue, l'E. skiltonianus occupe les boisés, les prairies et les forêts, dans diverses communautés biotiques (Rodgers et Fitch, 1947; Stebbins, 1954, 1966; Tanner, 1957; Nussbaum et al., 1983; Cook, 1984). Le scinque de l'Ouest semble préférer les habitats où le couvert herbacé est abondant (Rodgers et Fitch, 1947; Stebbins, 1954, 1966). Les roches ainsi que les billes de bois, les souches et l’écorce en décomposition sont également des éléments importants de son habitat (Van Denburgh, 1922; Carl, 1944; Stebbins, 1954, 1966, 1972, 1985; Smith, 1946; Rodgers et Fitch, 1947; Tanner, 1957; Leviton, 1972; Nussbaum et al., 1983; Gregory et Campbell, 1984; Applegarth, 1994; Storm et Leonard, 1995). Herrington (1988) considère l'E. skiltonianus comme une espèce souvent associée aux éboulis.

Le scinque de l'Ouest semble éviter les broussailles denses (Tanner, 1957) et est souvent observé dans les clairières ensoleillées en milieu forestier (Stebbins, 1985). C'est dans de jeunes peuplements de douglas (<20 ans) que Bury et Corn (1988) ainsi que Raphael (1988) ont le plus souvent capturé des E. skiltonianus (respectivement en Oregon et dans le Nord-Ouest de la Californie); l'espèce était toutefois aussi présente, mais en moins grand nombre, dans des peuplements plus âgés, notamment les vieux peuplements secs. En revanche, en se fondant sur un petit nombre de captures (n=10), Welsh et Lind (1988) ont conclu que c'est dans les vieux peuplements secs et les peuplements matures que l'espèce est la plus abondante dans le Nord-Ouest de la Californie et le Sud-Ouest de l'Oregon; aucun individu n'a été trouvé dans les vieux peuplements humides.

Dans le Centre-Sud de la Colombie-Britannique, l'aire de répartition de l'E. skiltonianus chevauche cinq zones biogéoclimatiques, les zones de la graminée cespiteuse, du pin ponderosa, du Douglas taxifolié de l’Intérieur, des cèdres et des pruches de l’Intérieur, ainsi que de l’épinette d'Engelmann et du sapin subalpin. Un grand nombre des mentions sont concentrées dans la vallée de l'Okanagan, notamment dans la portion méridionale. Les zones du pin ponderosa et de la graminée cespiteuse sont caractérisées par des étés chauds, des hivers froids et de faibles précipitations en toute saison (Pitt et Hooper, 1994). L'espèce n'est cependant pas confinée aux zones arides; on en trouve aussi des concentrations dans la zone des cèdres et des pruches de l’Intérieur, située à l'ouest des monts Kootenay et est plus humide. La seule mention provenant de l'île de Vancouver provient de la zone biogéoclimatique côtière de la pruche occidentale.

En Colombie-Britannique, comme dans les régions situées plus au sud, le scinque de l'Ouest a besoin d'un couvert bien pourvu en roches ou en bois en décomposition (Carl, 1944; Orchard, 1980; Gregory et Campbell, 1984). On trouve souvent l'espèce dans des habitats relativement humides, notamment les berges de cours d'eau (Carl, 1944; Gregory et Campbell, 1984), mais elle fréquente aussi des endroits plus secs (Cook, 1984). Dans le Sud de l'Okanagan, elle habite des affleurements rocheux (surtout du gneiss) et des pentes d'éboulis stables, mais on la trouve aussi dans des escarpements lacustres et le long des berges des ruisseaux (Mike Sarrell, comm. pers.). Les habitats où l'on observe l'E. skiltonianus sont souvent exposés au sud.

En Utah, des zones rocheuses exposées au sud et relativement ombragées par la végétation sont habituellement utilisées pour la nidification (Tanner, 1943, 1957). L'exposition au sud et les températures élevées qui y sont associées pourraient s'avérer particulièrement importantes en Colombie-Britannique, extrémité nord de l'aire de répartition de l'espèce, où les étés relativement courts limitent le temps disponible pour le développement des embryons et la croissance des petits. On connaît mal le genre d’habitat dont a besoin l'espèce pour hiberner, mais on sait qu'il lui faut un accès à des refuges souterrains situés sous la profondeur de gel. D'après des données recueillies dans l’État de Washington, le scinque de l'Ouest hibernerait dans des fissures de l'assise rocheuse ou des affleurements rocheux orientés au sud (Storm et Leonard, 1995; Columbia NWR, 1989).

Tendances de l’habitat et protection

L'aire de répartition de l'E. skiltonianus est située dans la partie la plus densément peuplée de la province, outre les régions côtières du Sud-Ouest. De plus, la population humaine du Centre-Sud de la Colombie-Britannique ne cesse en outre de croître, empiétant sur l'habitat du scinque de l'Ouest. Dans le Sud de l'Okanagan, la population humaine a triplé entre 1947 et 1987, et elle devrait continuer à augmenter pour passer à 112 000 habitants d'ici 2021 (Cannings et al., 1998).

Les prairies des zones de la graminée cespiteuse, du pin ponderosa et du Douglas taxifolié de l’Intérieur Centre-Sud de la Colombie-Britannique sont peut-être les écosystèmes les plus menacés de la province (Scudder, 1980; Pitt et Hooper, 1994). Les habitats forestiers de ces zones arides sont également très menacés par les activités humaines, dont le lotissement résidentiel et la construction de routes, qui menacent sans doute le plus l'habitat de l'E. skiltonianus. L'extraction du gravier dans les pentes d'éboulis constitue aussi une lourde menace dans certaines régions (M. Sarell, comm. pers.; Pam Rutherford, comm. pers.). L’exploitation agricole, notamment la conversion accrue des terres en vignobles, peut aussi entraîner la disparition de l'habitat. Les habitats de la zone des cèdres et des pruches de l’Intérieur, dans la région des Kootenays de l'Ouest, sont eux aussi menacés par le lotissement résidentiel et la construction de routes associés à l'augmentation de la population humaine.

Le surpâturage par le bétail et l'envahissement par les mauvaises herbes introduites qui lui est associé menacent également les boisés et les prairies dans le Centre-Sud de la province (Pitt et Hooper, 1994). L'utilisation accrue des régions boisées pour le pâturage, observée ces dernières années, pourrait nuire au couvert herbacé des clairières fréquentées par l'E. skiltonianus. Sur les terres de la Couronne, le pâturage -- notamment quant à la densité de logement et aux modes d'utilisation des parcours -- est certes soumis aux règles du Forest Practices Code de la Colombie-Britannique, mais on ignore à quel point les mesures prévues de protection de l'habitat sont efficaces.

La grande majorité des habitats propices situés dans l'aire de répartition de l'E. skiltonianus se trouvent sur des propriétés privées. Les plus grands parcs sont ceux du mont Okanagan (10 000 ha) et du lac Vaseaux (32 ha).