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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le renard véloce (Vulpes velox) au Canada - Mise à jour (2000)

Évaluation et statut proposé

COSEPAC

Les analyses quantitatives des projets de réintroduction sont importantes (Griffith et al., 1989; Beck et al., 1994; Wolf et al., 1996; Hein, 1997; Kleiman et al., 1994; et Ralls et al., 1996). Le classement de l'espèce dans la catégorie « disparue du Canada » en 1978 se fondait sur l'absence de tout rapport, observation ou spécimen documenté sur une période de 50 ans (1928 à 1978). On pourrait expliquer cette absence de données d'observation par le fait que ce petit carnivore peut facilement se cacher dans des terriers. Toutefois, pendant toute cette période, les trappeurs, les colons et les éleveurs ont aussi posé des pièges dans toute la région des prairies, et il est inconcevable que l'espèce ait pu être présente sans jamais être piégée.

Par suite du programme de réintroduction (de 1983 à 1997), le renard véloce s'est de nouveau établi dans les Prairies canadiennes, dans un écosystème où il abondait une centaine d'années auparavant. Les trappeurs de l'Alberta et du nord du Montana ont recommencé à en capturer et des cas de mortalité sur les routes ont été signalés en Saskatchewan, en Alberta et dans le nord du Montana. En soi, cela justifie le retrait de l'espèce de la catégorie « disparue » et son changement de désignation. Il était toutefois important de faire des relevés et d'effectuer une recherche poussée pour bien vérifier les effectifs avant de prendre ce genre de décision.

À chaque année d'étude depuis 1986, on a capturé des renards non marqués, ce qui indique qu'il y a reproduction sur le terrain. Chaque année, on a aussi trouvé des terriers abritant des petits. La survie la plus longue observée pour un renard sauvage s'élève à sept ans.

Au cours de l'été 1991, on a effectué davantage de relevés que les autres années, et 18 terriers natals de renards véloces ont été découverts. Les couples logeant dans ces terriers ont eu 56 petits. Les relevés effectués les étés précédents avaient recensé en tout 28 portées (2 en 1986, 1 en 1987, 7 en 1988, 5 en 1989 et 13 en 1990).

C'est en 1995 qu'ont débuté les études écologiques détaillées sur le renard véloce (Moehrenschlager, en cours de rédaction; Klausz, 1997). Avant 1994, une foule d'études et de relevés avaient été réalisés pour évaluer la survie de l'animal (voir la liste de la Section L – Notes de projet et rapports). C'est Pruss (1994) qui a amorcé les premières études de comportement détaillées des animaux sur le terrain en 1991.

Entre 1984 et 1993, 55 couples de renards ont été munis de colliers émetteurs. Ces couples ont eu 183 petits, soit en moyenne 3,3 par portée (Brechtel et al., 1993). Un programme de piégeage intensif (programme de recherche) a été mis en œuvre en 1990 (du 3 novembre au 7 décembre) et en 1996-1997 (du 25 novembre 1996 au 20 janvier 1997) pour dénombrer les animaux (Cotterill, 1997a). De toute évidence, selon les définitions du COSEPAC, l'espèce devrait être retirée de la catégorie disparue du Canada (espèce n'existant plus au pays) pour être reclassée dans une autre. C'est la catégorie menacée (espèce susceptible de devenir en voie de disparition au Canada si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas supprimés) qui semble le choix le plus logique mais, à cause des mêmes
incertitudes qui ont contribué à l'effondrement de l'espèce au départ, on recommande maintenant de la classer dans la catégorie en voie de disparition (espèce exposée à une extinction ou à une disparition imminente).

 

UICN et autres implications en matière de conservation

Stanley Price (1991) a recommandé d'intégrer les programmes de réintroduction aux programmes de conservation nationaux et internationaux. Reading et al. (1997) ont réalisé une étude quantitative sur les aspects organisationnels influant sur l'issue du projet de réintroduction. Ginsberg (1994) a réévalué la pertinence de l'élevage de canidés en captivité pour la conservation. Rétrospectivement, on peut constater à quel point ces considérations sont importantes lorsqu'on les applique au projet de rétablissement du renard véloce au Canada.

En plus des critères du COSEPAC, j'ai également appliqué les critères de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) à l'examen de la situation actuelle du renard véloce. Dans la Liste rouge des animaux et des végétaux menacés de 1996 de la Commission de la sauvegarde des espèces de l'UICN, le renard véloce figure sur la liste 2, – en tant que taxon à Faible risque : dépendant des mesures de conservation (UICN, 1996).

À cet égard, l'espèce entre dans une des sous-catégories de la catégorie « menacée » – soit « gravement menacée d'extinction », « menacée d'extinction » et « vulnérable ». La catégorie de risque la plus basse est définie comme « dépendant de mesures de conservation ».

La population de renards véloces du Canada et du Montana est presque certainement une population « autonome ». L'UICN a défini cinq critères (de A à E) pour les trois catégories mentionnées ci-dessus :

A.  Déclin de la population (passé ou projeté)
B.  Faible répartition et déclin ou fluctuation
C.  Population de petite taille et déclin
D.  Population de très petite taille ou répartition très restreinte
E.  Analyse quantitative (p. ex. analyse de la viabilité de la population).

Pour les raisons mentionnées ci-dessous, l'analyse du présent rapport classe la population de renards véloces du Canada et du Montana dans la catégorie UICN des espèces vulnérables et de population de très petite taille ou de répartition restreinte. Si toutefois la population canadienne s'avérait inférieure à 250 animaux, on classerait l'espèce dans la catégorie UICN des espèces menacées.

Le Plan de rétablissement du renard véloce (Brechtel et al., 1996) visait à établir, d’ici à l’an 2000, deux populations de base, viables et autosuffisantes, distinctes sur le plan géographique, mais identiques sur le plan génétique, ayant une densité moyenne de cinq renards adultes par canton dans 80 % de l’habitat approprié. On a estimé à 420 le nombre de renards qui convenait à cet objectif, chiffre qui n'était qu'un « objectif administratif », sans référence aux paramètres d'une population viable minimale estimative à court, à moyen et à long terme. Maintenant que les renards se sont établis, une évaluation de la survie à long terme s'impose.

À l'heure actuelle, la population de renards véloces compte environ 300 animaux et est vulnérable aux facteurs suivants :

-     problèmes génétiques attribuables à la perte de la variabilité génétique, à la consanguinité, à la perte d'hétérozygotie et à la dérive génétique;

-     fluctuations démographiques attribuables aux variations aléatoires des taux de mortalité et de natalité;

-     fluctuations environnementales – sécheresse, hiver rigoureux et peut-être inondations printanières (dans les terriers);

-        activités humaines, piégeage, empoisonnement des prédateurs, destruction de l'habitat.

En dépit des graves sécheresses (1988) et des rudes hivers (1995-1996 et 1996-1997), la population a continué de se développer. Le pronostic est donc optimiste à court terme, mais demeure incertain à long terme.

Cela soulève la question suivante : combien faut-il de renards véloces pour atteindre une population minimale viable? Le relevé de 1996-1997 a estimé à 289 le nombre de renards (intervalle de confiance à 95 % : 179-412). Les 58 cantons échantillonnés représentaient environ 54 % de l'aire de répartition présumée disponible (108 cantons) au Canada. Ce chiffre de 108 cantons pourrait être une sous-estimation. On trouve à l'ouest de la base militaire de Suffield et au nord de la rivière Red Deer de vastes superficies qui pourraient convenir au renard véloce (voir figure 4). D'autres endroits au Montana pourraient aussi constituer un habitat convenable (Zimmerman, 1998). En 1998, on a réintroduit 30 renards dans l'un de ces endroits (C. Smeeton, comm. pers.).

Il est important d'évaluer la population actuelle (1997) de renards véloces par rapport aux niveaux théoriques adoptés comme lignes directrices dans la théorie écologique générale. Une estimation est la règle de 50/500 (Franklin, 1980; Franklin et Frankham, 1998; Ralls et al., 1996) : on estime qu'il faut 50 individus pour conserver la variabilité génétique à court terme, mais qu'il en faut 500 pour compenser la variabilité génétique due aux mutations. Il faut un tampon pour équilibrer les pertes de fréquence d'allèles attribuables à la dérive génétique. Le chiffre estimatif courant de 289 individus (179-412) (plus la population du Montana) nous amène vraisemblablement près de la cible de 420 visée au départ. Toutefois, certains de ces renards pourraient ne pas se reproduire à cause de leur âge, de leur mauvais état de santé, de leur statut social, de l'absence de compagne ou de compagnon convenable, ou d'autres facteurs. Par conséquent, le nombre réel d'individus reproducteurs est inférieur à 289, d'après les relevés, ou au niveau cible de 420 individus. Le taux de perte de la variabilité génétique est fonction du nombre de reproducteurs actifs et non sur la population de recensement. Il faudra attendre un prochain recensement qui intégrera les nouvelles techniques décrites par Cotterill (1997a) pour faire une analyse plus détaillée de la viabilité de la population. Un tel recensement devrait porter sur toutes les régions susceptibles d'abriter des renards véloces au Canada et pourrait ne pas être nécessaire pendant encore un certain temps. Il faudrait peut-être aussi évaluer l'importance pour les mises en liberté dans les sites non encore occupés par les renards véloces au Canada.

 

Conclusion

Pour l'heure, la population de renards véloces du Canada a atteint un niveau qui pourrait assurer sa viabilité à court et à moyen terme. À ce jour, les efforts du Canada ont été couronnés de succès et il est recommandé, en vertu des règles du COSEPAC, de reclasser le renard véloce d'espèce « disparue du Canada » à espèce « en voie de disparition ».