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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le renard véloce (Vulpes velox) au Canada - Mise à jour (2000)

Répartition

Archives fossiles

Trois dents fossiles appartenant à un renard très « petit » ont été trouvées parmi des restes de mammifères du Blancan inférieur (Pliocène supérieur) au Texas (Dalquest, 1978). Des restes de Vulpes velox trouvés au Texas dataient du Pléistocène, et d'autres, trouvés dans des dépôts de caverne de l'est du Missouri, de la période allant du Wisconsinien supérieur à l'Holocène (Kurten et Anderson, 1980, et Parmalee et al., 1969). Ces régions se situant hors de l'aire de répartition actuelle du renard véloce, on peut en déduire qu'il y a eu des changements à long terme dans la répartition de l'espèce.

Le musée provincial de l'Alberta, à Edmonton, possède plusieurs spécimens, dont certains pourraient appartenir au renard véloce, ce qui reste cependant à vérifier. Ces spécimens proviennent des régions d'Exshaw, de Stettler et de Highwood (Calgary), de Balzac et de Calgary (J. Burns, comm. pers.). Des publications albertaines mentionnent des spécimens trouvés dans la caverne January, dans cette province. Certains doutes subsistent quant aux dates, mais le matériel trouvé devrait remonter aux environs de 23 000 à 33 500 ans BP (Burns, 1991).

Répartitionnord-américaine

Le renard véloce est indigène des prairies d'herbes courtes et des prairies mixtes de la région des grandes plaines de l'Amérique du Nord. L'aire de répartition qui lui convient au Canada se limite aux portions méridionales des Prairies, soit l'Alberta, la Saskatchewan et peut-être le Manitoba. Cette région correspond à la limite septentrionale de l'aire de répartition continentale de l'espèce.

Il est difficile de reconstituer l'aire de répartition historique du renard véloce sur le continent. D'après Scott-Brown et al. (1987), elle couvrirait 1,6 million de km2 (624 000 mi2) et s'étendrait du centre du Texas jusqu'au centre de l'Alberta, au nord, et des Rocheuses jusqu'à environ 95°de longitude ouest, ou plus à l’est qu’aujourd’hui jusqu’à l’ouest de l’Iowa (figure 1). Les cartes de l'aire de répartition historique incluent l'ouest du Minnesota et l'Iowa (Hall, 1981; Scott-Brown et al., 1987; Samuel et Nelson, 1992; Fauna West, 1991), mais on n'a jamais (à notre connaissance) obtenu de spécimens provenant de ces régions pour le vérifier (Swanson et al., 1945; Allen, 1870; Bowles, 1975; Kahn et al., 1997). D'après une estimation grossière basée sur la cartographie de la végétation (Kahn et al., 1997), on pourrait actuellement observer l'espèce sur environ 40 % de son ancien habitat aux États-Unis.

La capacité des organismes de gestion d'évaluer avec précision le nombre d'animaux est encore largement sujette à interprétation. Dans une évaluation de la situation du renard véloce aux États-Unis, le Fish and Wildlife Service américain (USFWS) a proposé en 1992 de classer l'animal parmi les espèces candidates à la catégorie « en voie de disparition ». Après l'observation de 90 jours, l'USFWS a amorcé une observation sur 12 mois afin de mieux évaluer la situation. Il est ainsi arrivé à la conclusion que le renard véloce avait disparu de la majeure partie de son aire de répartition originale historique et qu'il n'y en avait plus que dans quelques poches isolées des régions de prairies restantes. On a donc jugé officiellement que le renard véloce était effectivement un candidat valable au titre d'espèce en voie de disparition, et que sa classification dans cette catégorie était « justifiée, mais reportée » à cause de la nécessité de s'occuper d'autres espèces à risque prioritaires.

La répartition du renard véloce a probablement toujours été irrégulière et éparse dans certaines régions, et continue dans d'autres (Hoffman et al., 1969; Pfeiffer et Hibbard, 1970; Moore et Martin, 1980; Fitzgerald et al., 1983; Giddings et Knowles, 1995; Kruse et al., 1996; Allen, 1996). En général, son aire de répartition aux États-Unis englobe le Colorado, le Wyoming, le Montana, le Kansas, le Nebraska, les Dakotas du Nord et du Sud, de même que l'ouest de l'Oklahoma et le Texas. Après un déclin important au tournant du siècle, déclin qui s'est même poursuivi jusque dans les années 1960 et 1970 dans certaines régions (p. ex. dans le Dakota du Sud), l'espèce a fait un léger retour.

Les connaissances actuelles sur l'abondance et la répartition de l'espèce sur le continent sont incomplètes. L'écorégion potentielle de prairies d'herbes courtes ou mixtes actuellement cartographiée en Amérique du Nord (figures 2 et 3) pourrait être inférieure de 20 % par rapport aux estimations les plus « optimistes » de l'aire de répartition historique du renard véloce donnée dans la documentation. La répartition originale de l'espèce était avant tout influencée par l'étendue des prairies indigènes et, à quelques exceptions près, c'est toujours le cas dans la plupart des régions.

De la fin du XIXe siècle au premier quart du siècle suivant, l'activité humaine a modifié le paysage des prairies (Coupland, 1950 – voir aussi la partie sur la dégradation de l'habitat). La perte de l'habitat de prairie, la lutte contre les prédateurs, la non-réglementation du piégeage et de la chasse, la lutte contre les rongeurs, la construction de routes, l'utilisation généralisée de pesticides et d’herbicides, la disparition d'autres composantes fauniques des prairies (p. ex. les bisons, les loups) et les changements climatiques à long terme sont autant de facteurs qui ont été invoqués pour expliquer la diminution du nombre des renards véloces aux États-Unis et leur disparition complète du Canada. Mais cette liste de facteurs n'est que spéculative : on ne possède aucune donnée empirique qui permettrait d'établir avec précision les raisons du déclin des populations de renards véloces sur le continent.

 

Répartition canadienne

Répartition historique – jusqu'aux années 1930

Historiquement, le renard véloce était présent dans le sud de l'Alberta (jusqu'au 53e degré de latitude nord – Soppel, 1964), dans le sud de la Saskatchewan et, sans doute, dans le sud-ouest du Manitoba (Pattimore, 1985). Le dernier spécimen confirmé au Canada a été recueilli en 1928, près de Govenlock en Saskatchewan, à 14 km à l'est de la frontière de l'Alberta et de la Saskatchewan et 28 km au nord de la frontière américaine. Une observation non confirmée a été signalée par Looman en 1972.

Répartition actuelle – 1983 à 1997

Depuis le début des programmes de réintroduction en 1983, l'aire de répartition du renard véloce au Canada a été délimitée par Carbyn (1996) et mise à jour par Cotterill (1997b). Aucune des cartes antérieures n'incluait les zones de dispersion. La figure 4 comprend de l’information sur les aires de dispersion et les aires principales de l'habitat approprié et non approprié, respectivement. La carte intègre l'information recueillie à ce jour sur une approximation de l'habitat du renard véloce telle qu'établie à partir de la cartographie SIG avec résolution de 1 km par pixel. Les aires principales sont identifiées Aire principale 1 (Lost River Ranch/région frontalière) et Aire principale 2 (parc national des Prairies/Wood Mountain). Les données sur la couverture terrestre utilisées dans la figure 4 sont fondées sur les images satellitaires par radiomètre perfectionné à très haut pouvoir de résolution (AVHRR) de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), prises au cours des étés 1988 et 1991. Le Manitoba Remote Sensing Centre a classé les images selon les types généraux de couverture terrestre à une résolution de 1 kilomètre. La carte de la couverture terrestre classée a été importée dans le logiciel Arcview et convertie en format polygonal. Les fichiers Arcview ont servi à calculer la superficie d'intérêt pour le présent rapport et à faire les illustrations.

Figure 1.  Approximation grossière de l’aire de répartition maximale possible du renard véloce en Amérique du Nord au XIXe siècle et répartition approximative en 1997.

Figure 1.  Approximation grossière de l’aire de répartition maximale possible du renard véloce en Amérique du Nord au XIXe siècle et répartition approximative en 1997.

Figure 2.  Étendue approximative de la prairie à graminées de taille courte à moyenne en Amérique du Nord, selon une interprétation de Lauenroth (1966) modifiée et le plan d’action pour la conservation de la prairie canadienne.

Figure 2.  Étendue approximative de la prairie à graminées de taille courte à moyenne en Amérique du Nord, selon une interprétation de Lauenroth (1966) modifiée et le plan d’action pour la conservation de la prairie canadienne.

Figure 3.  Répartition de l’habitat propice potentiel du renard véloce aux États-Unis. Les éléments du paysage susceptibles d’entraver la dispersion, qui peuvent isoler les populations et empêcher le flux de gènes, sont indiqués en pointillé. Les sites de piégeage où ont été capturés les renards véloces du programme canadien de réintroduction sont aussi indiqués.

Figure 3.  Répartition de l’habitat propice potentiel du renard véloce aux États-Unis. Les éléments du paysage susceptibles d’entraver la dispersion, qui peuvent isoler les populations et empêcher le flux de gènes, sont indiqués en pointillé. Les sites de piégeage où ont été capturés les renards véloces du programme canadien de réintroduction sont aussi indiqués.

 

Répartition canadienne

Répartition historique – jusqu'aux années 1930

Historiquement, le renard véloce était présent dans le sud de l'Alberta (jusqu'au 53e degré de latitude nord – Soppel, 1964), dans le sud de la Saskatchewan et, sans doute, dans le sud-ouest du Manitoba (Pattimore, 1985). Le dernier spécimen confirmé au Canada a été recueilli en 1928, près de Govenlock en Saskatchewan, à 14 km à l'est de la frontière de l'Alberta et de la Saskatchewan et 28 km au nord de la frontière américaine. Une observation non confirmée a été signalée par Looman en 1972.

Répartition actuelle – 1983 à 1997

Depuis le début des programmes de réintroduction en 1983, l'aire de répartition du renard véloce au Canada a été délimitée par Carbyn (1996) et mise à jour par Cotterill (1997b). Aucune des cartes antérieures n'incluait les zones de dispersion. La figure 4 comprend de l’information sur les aires de dispersion et les aires principales de l'habitat approprié et non approprié, respectivement. La carte intègre l'information recueillie à ce jour sur une approximation de l'habitat du renard véloce telle qu'établie à partir de la cartographie SIG avec résolution de 1 km par pixel. Les aires principales sont identifiées Aire principale 1 (Lost River Ranch/région frontalière) et Aire principale 2 (parc national des Prairies/Wood Mountain). Les données sur la couverture terrestre utilisées dans la figure 4 sont fondées sur les images satellitaires par radiomètre perfectionné à très haut pouvoir de résolution (AVHRR) de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), prises au cours des étés 1988 et 1991. Le Manitoba Remote Sensing Centre a classé les images selon les types généraux de couverture terrestre à une résolution de 1 kilomètre. La carte de la couverture terrestre classée a été importée dans le logiciel Arcview et convertie en format polygonal. Les fichiers Arcview ont servi à calculer la superficie d'intérêt pour le présent rapport et à faire les illustrations.

Ce serait faire preuve de méconnaissance et mal interpréter les faits que de confondre l'« aire de répartition potentielle » et l'« aire de répartition actuelle » du renard véloce au Canada et aux États-Unis. De vastes superficies représentées dans les figures 3 et 4 n'abritent en effet probablement aucun renard véloce à l'heure actuelle. Le défi sera à l'avenir de déterminer si ces zones conviennent à l'espèce et, le cas échéant, de continuer à y mettre en liberté des renards. Sinon, on pourrait évaluer la capacité du renard de se disperser dans ces zones à partir des principales aires de population.

Figure 4.  Répartition approximative du renard véloce au Canada, comprenant les données de relevés et les observations d’animaux qui se sont dispersés depuis les sites principaux de réintroduction situés le long de la frontière entre l’Alberta et la Saskatchewan et dans la région du parc national des Prairies.

Figure 4.  Répartition approximative du renard véloce au Canada, comprenant les données de relevés et les observations d’animaux qui se sont dispersés depuis les sites principaux de réintroduction situés le long de la frontière entre l’Alberta et la Saskatchewan et dans la région du parc national des Prairies.


La répartition actuelle de la population de renards véloces au Canada et dans l'État adjacent du Montana est le fruit d'un ambitieux programme de réintroduction en cours depuis 14 ans(Schroeder, 1982; Russell, 1983; Reynolds, 1983, a, b; Russell et al., 1984; Russell et Scotter, 1984; Scott-Brown et Reynolds, 1984; Scott-Brown et Herrero, 1985; Herrero et Mamo, 1987; Herrero et al., 1989; Mamo, 1987; Mamo, 1988; Mamo, 1994, a, b, c; Mamo, 1995; Mamo et al., 1990; Mamo et Herrero, 1987; Mamo et Sturgess, 1991; Carbyn, 1986; Carbyn et Schroeder, 1987; Carbyn, 1990; Carbyn, 1996; Carbyn et Killaby, 1989; Carbyn et al., 1993; Carbyn et al., 1994; Brechtel et al., 1993; Brechtel et al., 1994; Brechtel et al., 1996; Hjertaas, 1994; Fisher, 1993; Harris et McAdam, 1994; Cotterill, 1997 a, b; Taggart, 1994; Moehrenschlager, 1994; Smeeton, 1994; Smeeton, 1996).

L'aire de répartition présumée du renard véloce a été définie en 1997 à partir des données obtenues aux sites de mise en liberté, des données sur la dispersion, de la localisation par télémétrie, des observations épisodiques, des relevés de la mortalité sur les routes et de la surveillance des animaux portant un collier émetteur effectuée dans le cadre de quelques études (Mamo, 1994; Pruss, 1994; Carbyn et al., 1994). Les principales aires à l'étude au Canada s'étendent de l'ouest de Manyberries, en Alberta, jusqu'au Parc national des Prairies en Saskatchewan à l'est, et englobent 108 cantons, en totalité ou en partie.

On trouvera ci-dessous quelques données sommaires sur les zones illustrées dans la figure 4. Il s'agit d'une première approximation de l'habitat de prairie indigène relevé dans les aires principales 1 et 2 et dans les zones adjacentes, en Alberta et en Saskatchewan. Ces données doivent faire l'objet d'une analyse plus poussée.

 Superficie totaleSuperficie totale de prairie indigène%
Principale 1 -           5 400 km2  5 100 km2    94
Principale 1 -           4 200 km2  3 400 km2    81
Périphérie -         45 400 km224 200 km2    53

Les zones en blanc (figure 4) contiennent certaines terres susceptibles de constituer un habitat convenable pour le renard véloce; les zones en gris sont des terres cultivées. La carte indique effectivement l'aire de répartition potentielle où pourraient exister des sous-populations au sein d'une métapopulation plus
importante. L'étendue des mouvements entre les sous-populations dépendra de la capacité des renards de se disperser, de la nature des zones séparant les sous-populations et des distances entre les zones qui conviennent au renard.

 

Programme canadien de réintroduction

Le rétablissement du renard véloce est entièrement attribuable au programme de réintroduction. Il est en effet inconcevable que des renards aient pu survivre, sans être observés, dans des « poches » isolées avant les réintroductions. Malgré la rumeur voulant qu'il y ait eu des survivants, aucune observation n'a jamais été documentée, bien que l'on ait continué de croire jusqu'en 1970 que les renards véloces étaient encore présents en très petits nombres dans leurs anciennes aires de répartition des Prairies canadiennes (Novakowski, 1970).

Les renards se font facilement piéger. Il est donc pratiquement impensable qu'entre 1928 (année de la dernière observation officielle) et 1983 (année des premières mises en liberté officielles), soit sur une période de 55 ans, on n'en ait jamais observé là où l'on pratique le piégeage. C'est de toute évidence le programme de réintroduction mis en œuvre entre 1983 et 1997 qui a rétabli ce petit carnivore dans certaines régions du sud de l'Alberta, du sud de la Saskatchewan et du nord du Montana, où il abondait autrefois. Si les premières mises en liberté officielles ont eu lieu en 1983, ce n'était cependant pas la première fois qu'on libérait des renards dans la nature. En effet, en 1976, un zoo privé d'Edmonton avait relâché quatre renards dans la région du parc national des Prairies. Bien que l'opération ait été largement publicisée dans une émission de télévision, il ne s'agissait pas d'une activité officielle (Al Oeming, comm. pers.). Il est peu probable que ces quatre animaux relâchés aient réussi à fonder une population.

Le rétablissement ultérieur de l'espèce dans son ancien habitat fut une démarche de longue haleine. C'est dans les années 1960 que l'on a tenté pour la première fois d'élever des renards en captivité au Zoo de Calgary et à l'Alberta Game Park (Polar Park), à Edmonton. Les renards de la ferme à gibier, qui provenaient de l'Utah, ont été accouplés pour la première fois en Alberta en 1961 (Al Oeming, comm. pers.). C'est la réserve faunique de Cochrane (appelée autrefois Wildlife Reserve of Western Canada) qui a par la suite pris en grande partie la direction de l'élevage en captivité. L'Alberta Game Park lui a donné une renarde (peut-être deux, le dossier n'est pas clair) en 1976 (Smeeton, 1984), et la réserve avait déjà importé deux couples de renards en 1972. Ces premières initiatives se sont transformées en un imposant programme mettant à contribution quatre organismes fédéraux et provinciaux et six organismes non gouvernementaux. Le Service canadien de la faune (SCF) a commencé à y participer officiellement en 1978, lorsque le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada) a classé l'espèce comme « disparue du Canada » (Russel et Zendran, 1983).

Un comité technique a dirigé le projet entre 1984 et 1989. En avril 1989, il a été remplacé par l'Équipe nationale de rétablissement du renard véloce, dans le cadre du programme RESCAPÉ (Rétablissement des espèces canadiennes en péril). L'équipe originale était composée de représentants de l'Alberta, du SCF, de la Saskatchewan et de la faculté des sciences de l'environnement de l'Université de Calgary. En 1993, un représentant du Zoo de Calgary venait s'y ajouter suivi, en 1994, par des représentants de la réserve faunique de Cochrane, du Zoo d'Edmonton Valley, de la Swift Fox Conservation Society et de Parcs Canada, qui ont pris la relève de ceux de l'Université et du Zoo de Calgary. Grâce à l'efficacité de ses programmes, la réserve de Cochrane a réussi à trouver de solides appuis financiers pour l'élevage des renards en captivité. En 1994, le livre d'origine du renard véloce, tenu au départ par le Zoo de Calgary, a été confié à la réserve faunique de Cochrane. En 1997, cette dernière changeait son nom en celui de Cochrane Ecological Institute, et le SCF transférait la propriété des renards à ce nouvel établissement. Avant 1985 (entre 1973 et 1985), la famille Smeeton était propriétaire des renards gardés en captivité dans son ranch.

Du fait de son histoire unique et de son évolution par étapes, le programme ne reposait pas au départ sur un plan de rétablissement approuvé. En effet, d'initiatives privées (1961 et 1973), il est devenu projet universitaire (1977) financé en partie par le gouvernement, puis programme inter-organismes (1984). Les lettres d'entente entre les gouvernements provinciaux et fédéral, échues en 1989, ont été renouvelées jusqu'au 31 mars 1994, puis jusqu'en mars 1997. Les documents qui ont mis le programme en perspective à l'origine sont une thèse d'étudiant ainsi que divers rapports de projets du SCF effectués par l'entremise de l'Université de Calgary (Carlington, 1978; Carlington, 1980; Russell et Zendran, 1983; Reynolds, 1983; Schroeder, 1985; Carbyn et Schroeder, 1987).

En 1989, on avait déjà réalisé une foule de travaux sur le terrain, mais il n'y avait toujours pas de cadre général d'exploitation. L'équipe de rétablissement nouvellement mise sur pied s'est attelée à formuler diverses options et à élaborer une stratégie de gestion. Sans la période prolongée d'essais et erreurs qui avait précédé, aucune des connaissances sur la réaction des renards aux différentes techniques de mise en liberté et aux différentes conditions environnementales n'aurait été disponible. Au moment de sa création en 1989, l'équipe de rétablissement disposait ainsi d'une mine de renseignements pour mettre un programme au point. On a donc établi un calendrier, que l'on a respecté jusqu'au bout. À l'occasion d'une série de réunions tenues en 1989, l'équipe de rétablissement a présenté trois options aux autorités administratives. Après examen, les directeurs de la Région des Prairies et du Nord du SCF et des services de la faune de l'Alberta et de la Saskatchewan approuvaient, en 1992, la tenue d'un programme et allouaient les fonds nécessaires à son prolongement.

L'objectif général du programme était d'abord de déterminer s'il était possible de réintroduire l'espèce dans les Prairies canadiennes et, si oui, de recommander la mise en œuvre d'un véritable programme de rétablissement. Ce renouvellement des efforts (à partir de 1989) a donné lieu à 3 projets : 1) utilisation d'un plus grand nombre de renards capturés dans la nature pour les mises en liberté directes;

2) mises en liberté au printemps et comparaison des résultats obtenus avec ceux des mises en liberté à l'automne; 3) diversification des emplacements, en choisissant des sites plus humides pour contrer la sécheresse.

On a mis au point des indicateurs pour mesurer le succès du programme de trois ans. C'est ainsi qu'on a défini les critères minimaux suivants : dans chaque site de mise en liberté, deux années sur trois, au moins 15 % des animaux relâchés devaient survivre au moins un an, et le recrutement annuel dans la population survivante devait compenser la mortalité annuelle pour chaque année dans au moins un site de mise en liberté sur quatre.

En 1992, il était devenu évident que l'on pouvait réintroduire l'espèce (Brechtel et al., 1993) et que, pour profiter de ses fruits, il fallait prolonger le programme de cinq autres années. L'équipe de rétablissement fut donc spécialement chargée de préparer un plan de rétablissement de cinq ans qui devait comprendre plusieurs éléments clés :

1.     Poursuite des mises en liberté de renards véloces pour une autre période de cinq ans (1992 à 1997).

2.     Surveillance de la population sauvage pour guider les futures mises en liberté et évaluer le succès du programme.

3.     Importation de renards véloces du Wyoming en vue de leur mise en liberté au Canada.

4.     Poursuite de l'élevage en captivité, pourvu que les établissements d'élevage puissent financer leurs opérations sans appui direct du gouvernement.

5.     Réduction au minimum du nombre de renards véloces en captivité nécessitant des soins à long terme après la fin du programme. Tous les renards reproducteurs devaient être relâchés avant d'avoir atteint l'âge de cinq ans.

6.     Responsabilité des programmes de mise en liberté et de surveillance assumée par les organismes provinciaux; responsabilité de l'obtention des renards véloces du Wyoming et des établissements d'élevage en captivité assumée par le Service canadien de la faune.

7.     Responsabilité de la mise sur pied de projets de recherche visant à évaluer les exigences en matière d'habitat, la survie et l'écologie des renards véloces à l'extrémité nord de leur habitat assumée par le Service canadien de la faune.

Les mises en liberté de renards capturés dans la nature (renards américains) et de renards élevés en captivité se sont poursuivis de 1994 à 1997, alors qu'en 1992 et en 1993 on n'a libéré que des renards élevés en captivité. Trois grands événements ont marqué cette période. D'abord, à partir de 1994, le Service canadien de la faune, l'Université d'Oxford (Angleterre) et l'Université d'Alberta (département des ressources renouvelables) ont réalisé des programmes de recherche dans les aires principales de l'aire de répartition actuelle des renards. Auparavant, la faculté des sciences de l'environnement de l'Université de Calgary avait aussi élaboré des plans de faisabilité et fait des recherches (Carlington, 1980; Reynolds, 1983a; Schroeder, 1985; Pruss, 1994). La majeure partie du financement provenait toujours du budget des services votés du Service canadien de la faune, qui fournissait aussi les véhicules, le matériel et l'hébergement sur le terrain pour toutes les études. Ensuite, un relevé détaillé du nombre de renards a été effectué au cours de l'hiver 1996-1997 (Cotterill, 1997a). Ce relevé, auquel participaient tous les organismes gouvernementaux et d'autres organismes, est un bel exemple de collaboration. Enfin, en juin 1997, la propriété de la colonie de renards captifs de Cochrane a été transférée du Service canadien de la faune au Cochrane Ecological Institute. Plusieurs recherches importantes sur les renards en captivité ont été réalisées à l'Institut, notamment une étude par E. Teeling (M. Sc., 1996, Université d'Édimbourg) et une autre par S. Bremner (M. Sc., 1997, Université d'Édimbourg).

Mise en liberté progressive et mise en liberté directe

La mise en liberté progressive consiste à mettre des couples de renards dans des enclos sur le terrain pendant l'automne, à leur faire passer l'hiver sur place, puis à mettre les groupes familiaux en liberté au cours du printemps et de l'été suivant. Dans le cas de la mise en liberté directe, on transporte des renards de l'établissement où ils ont été élevés en captivité et on les met directement en liberté dans la nature sans les acclimater au préalable dans des enclos sur le terrain (Carbyn et al., 1994). Entre 1983 et l'automne 1987, toutes les mises en liberté de renards élevés en captivité ont fait appel à la méthode progressive. Le nombre de couples de renards ainsi libérés est donné au tableau 1. Le nombre total d'animaux relâchés (adultes et progéniture) s'élevait à 137. Dans un échantillon de 200 renards (45 mis en liberté progressivement et 155 directement), la survie à 6 mois s'est élevée respectivement à 55 % et à 34 %, et la survie à 12 mois, à 31 % et 17 %; la survie à 24 mois était pratiquement la même, soit 13 % et 12 %.

Le programme de mise en liberté progressive a été abandonné par la suite à cause de son coût élevé en main-d'œuvre et en argent, et parce qu'il produisait moins de renards que le programme de mise en liberté directe. Les mises en liberté de l'automne se faisaient entre la fin août et octobre, soit au moment où l'on présumait que les jeunes se dispersaient normalement; mais d'après des données récentes (A. Moehrenschlager et al., en cours de rédaction), il semble que la dispersion soit moins fréquente qu'on ne le pensait à cette époque.

 

Tableau 1.  Nombre de couples de renards placés dans des enclos sur le terrain dans le Sud de la Saskatchewan et de l'Alberta entre 1983 et 1987, qui ont permis la mise en liberté de 137 renards (78 adultes et 59 jeunes nés en enclos) dans le cadre des mises en liberté progressives.
AnnéeSaskatchewanAlberta
1983Nil6
198456
198556
198656

Après 1987, tous les renards élevés en captivité et les renards capturés dans la nature qui ont été relâchés l'ont été selon la méthode directe (Tableau 2). Le tableau 3 donne une ventilation des renards relâchés dans les blocs Ouest et Est du Parc national des Prairies.

 

Tableau 2.  Données sommaires sur le nombre de renards véloces mis en liberté en vue de leur réintroduction dans le sud du Canada, dans le cadre d'un projet de réintroduction utilisant la méthode de mise en liberté directe.
Année/saison de la mise en liberté
Frontière
Alba./Sask.
Wood Mountain/
Parc national des Prairies


Crête de la rivière Milk
 nbre mises en libertènbre colliers1nbre mises en libertènbre colliersnbre mises en libertènbre colliers
Été 1972--2---
Automne 19875718----
Automne 19885312----
Print. 1989----2814
Automne 19893513--3313
Print. 19902827----
Automne 19903805120--
Print. 1991--2928--
Automne 19913504610--
Automne 1992--87---
Automne 199315-35---
Automne 1994431119---
Automne 1995211134---
Automne 199617737---
Automne 1997--62---
Total34299402586127
Total des mises en liberté directes805

1« nbre colliers » indique le nombre de renards munis d'un collier émetteur permettant de contrôler la survie et la répartition.

 

Tableau 3.  Nombre de renards mis en liberté dans les blocs Est et Ouest du Parc national des Prairies en Saskatchewan.
AnnéeBloc Est/Wood MountainBloc Ouest
 

Élevés en captivité
Capturés et transplantés
Élevés en captivité
Capturés et transplantés
1990   51 --
1991    61114 0-
1992  16 38-
1993  11 24-
1994    9 10-
1995  12  616-
1996  22-  7-
1997  32  126-
Total21421121-

1Quatre de ces renards avaient été gardés en captivité après leur capture aux États-Unis en 1988 et ont donc été désignés comme des renards élevés en captivité dans ce tableau, étant donné qu'ils avaient été acclimatés au confinement.

Programme de capture dans la nature

Le programme canadien de réintroduction utilisait à la fois des renards élevés en captivité et des renards nés à l'état sauvage. Il a fallu importer des renards des États-Unis pour obtenir des renards de reproduction pour les établissements d'élevage en captivité. La ferme de gibier de l'Alberta, près d'Edmonton, a été le premier établissement canadien à élever des renards véloces dans les années 1960.

Depuis 1983, la Wildlife Reserve of Western Canada, près de Cochrane, en Alberta, était le principal fournisseur de renards véloces captifs. Un approvisionnement stable de renards élevés en captivité a permis de constituer le noyau du programme de réintroduction. Au nombre des autres établissements ayant intégré le projet à un stade ultérieur figurent le Zoo de Calgary (1983 à 1994), le Moose Jaw Wild Animal Park (1984 à 1995) et le Valley Zoo d'Edmonton (1989 à 1997). Deux autres établissements canadiens (le Zoo de Kamloops et le Forestry Farm Zoo de Saskatoon) possèdent des renards véloces à des fins d'exposition. En 1996, 16 zoos canadiens étaient agréés par l'Association canadienne des jardins zoologiques et des aquariums (Dave Leeb, comm. pers.), ce qui accroît le potentiel d'exposition future de renards véloces captifs dans le cadre de programmes d'éducation publique.

Le nombre total de renards importés des États-Unis pour le programme officiel est donné au tableau 4. Au cours des années, les avantages de la mise en liberté de renards élevés en captivité par rapport à ceux de la mise en liberté de renards capturés dans la nature a suscité un houleux débat. Les premières mises en liberté directes (de 1983 à 1989) comptaient une plus faible proportion de renards capturés (18 sur 344) que les années suivantes (66 sur 535). Le taux global était de 84 renards capturés dans la nature pour 795 renards élevés en captivité, soit 1 : 10. Ces chiffres ne comprennent pas les renards nés dans les enclos de mise en liberté progressive.

L'un des thèmes du débat portait sur les aspects négatifs du fait de retirer des animaux de leur milieu naturel, ce qui en réduit le nombre à l'échelle du globe. Cet argument est pertinent si les chiffres globaux sont faibles, mais il l'est moins si l'espèce est encore largement distribuée et présente en fortes densités dans certaines parties de son habitat. La mise en liberté d'animaux élevés en captivité ajoute au contraire à la population mondiale, ce qui n'est pas le cas lorsqu'on ne fait que déplacer d'un endroit à un autre des renards capturés. La capture se faisait dans la nature, sans que l'on possède d'estimations de la population pour déterminer l'impact du retrait des renards dans la population établie. Ce facteur pourrait prendre de l'importance si la capture d'animaux dans la nature doit se poursuivre à des fins de réintroduction.

 

Tableau 4.  Données sommaires sur le nombre de renards importés entre 1973 et 1996 pour le programme canadien de réintroduction. Ces renards ont servi à l'élevage en captivité et aux mises en liberté.
AnnéeNombre de renardsLieu
1973  4Colorado (Golden County)
1980  7South Dakota (Pierre)
1980  5Colorado (Weld County)
1981  5South Dakota (Pierre)
1984  9Colorado (Weld County)
1985  9Colorado (Lincoln County)
198611Wyoming (Laramie County)
1987  2Colorado (Las Animas)
198811Colorado (Las Animas)
199019Wyoming (Laramie County)
199122Wyoming (Laramie County)
199420Wyoming (Laramie County)
199520Wyoming (Laramie County)
1996  7Wyoming (Laramie County)