Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le renard véloce (Vulpes velox) au Canada - Mise à jour (2000)

Taille et tendances des populations

Alberta

En Alberta, on a relâché des renards véloces à 2 endroits : à la frontière Alberta/Saskatchewan (y compris la région de Lost River Ranch) et dans la région de la crête de la rivière Milk. À cause de problèmes liés à la rage, ce dernier site a été abandonné peu de temps après les premières mises en liberté en 1989.

Un recensement intensif de la population mené en 1996-1997 a permis d'avoir une première idée précise du succès global du programme de réintroduction. On a obtenu des chiffres pour la région de la frontière Alberta/Saskatchewan et celle du Parc national des Prairies. Dans la portion frontalière de l'aire de répartition, on a compté environ 192 animaux (intervalle de confiance à 95 %, 93-346). Ce résultat a été obtenu par piégeage le long de transects aléatoires tracés à travers la partie principale de l'aire de répartition présumée du renard véloce (Cotterill, 1997a). Apparemment, la population avait augmenté par rapport à la population du recensement de 1994, qui comptait entre 100 et 135 renards (Mamo, 1994a).

L'étendue du domaine vital utilisée pour les calculs a eu une incidence sur les estimations de la densité et des populations lors du relevé de 1996-1997. Cette étendue était fondée sur les données du pistage radio-électrique obtenues sur des périodes de 1 à 2 ans. Comme l'étendue du domaine vital utilisée dans la période de recensement de trois mois est vraisemblablement plus petite, les estimations de la population s'en trouvent affectées. Il peut aussi y avoir eu sous-estimation à cause des mauvaises conditions météorologiques. Enfin, toutes les régions susceptibles d'abriter des renards n'ont pas été couvertes. Par exemple, les renards qui sont passés du Canada aux États-Unis ne sont pas inclus (Cotterill, 1997a).

Les renards nés dans la nature dénombrés lors des relevés de 1997 formaient la majeure partie de la population. Leur proportion par rapport aux renards relâchés (animaux élevés en captivité ou capturés dans la nature) était plus importante lors du recensement de 1996-1997 (Cotterill, 1997a) que dans les études effectuées en 1990-1991 (Carbyn et al., 1994), mais moins que dans le recensement effectué par Mamo en 1994 (Mamo, 1994c). La proportion élevée de renards nés dans la nature, dont des renards âgés et des renards juvéniles, pourrait indiquer qu'une population autosuffisante a réussi à s'implanter.

En plus de la population de base qui se trouve dans l'aire de répartition albertaine, on trouve des renards dans d'autres régions (figure 4), soit celles de Bow Island et de Brooks. On a documenté un cas de dispersion sur environ 200 km (un renard portant un collier émetteur); un autre renard (non marqué) a été pris au piège à une distance de 250 km du site de la mise en liberté situé le plus proche (dossiers du SCF). Comme il s'agissait d'un animal non marqué, on ne peut cependant rien dire de son origine.

 

Saskatchewan

Deux endroits (les blocs Est et Ouest) ont été choisis comme sites de mise en liberté dans le centre de la Saskatchewan. Ces sites sont séparés d'environ 60 km. Les distances entre les populations de la frontière Alberta/Saskatchewan et celles des blocs Est et Ouest du Parc national des Prairies sont respectivement d'environ 248 et 185 km.

On a dénombré environ deux fois moins de renards dans la région de Wood Mountain au cours du relevé de l'hiver 1996-1997 que le long de la frontière Alberta/Saskatchewan (Cotterill, 1997a). Sept renards ont été capturés dans le bloc Est et un dans le bloc Ouest. En 1996, environ 245 renards avaient été relâchés dans le bloc Est, et environ 121 dans le bloc Ouest (on ignore les chiffres exacts). La population de la région de Wood Mountain (en Saskatchewan uniquement, à l'exclusion du Montana) a été estimée à 87 individus (Cotterill, 1997a).

 

Manitoba

Aucun renard véloce n'a été relâché au Manitoba étant donné que les prairies n'y sont pas assez étendues pour justifier la tenue d'un programme de réintroduction. On doute que l'espèce ait jamais été présente en nombre significatif dans la région (Pattimore, 1985).

Une observation curieuse a été faite le 19 avril 1997 par Peter Sawatzky, un résident de Glenboro. Ce jour-là seulement, lui et son fils ont observé un renard véloce dans un terrier situé dans un habitat atypique pour l'espèce, au bord d'un champ cultivé. On pourrait mettre cette observation en doute si l'observateur n'était pas lui-même naturaliste et s'il n'avait pas pris des photographies de qualité pour bien identifier l'animal.

On peut se demander comment ce renard s'est retrouvé dans cet endroit. Cela impliquerait en effet une distance de dispersion naturelle de 700 km ou plus par rapport à la population canadienne la plus proche. Pourtant, la majeure partie de la région située entre les deux endroits consiste en terres agricoles très modifiées et, dans une moindre mesure, en régions boisées. Bien que l'on ignore où se trouvait la population américaine la plus proche, compte tenu de la distance de dispersion et du caractère de l'habitat, il n'est guère probable que le renard se soit dispersé vers le nord. De grandes bandes de zones agricoles et d'habitats riverains encaissés sont intercalées. L'observation la plus proche à avoir été faite franc sud semble dater de 1990, dans la région des prairies du Missouri, au Dakota du Nord, à quelque 225 km de la frontière canadienne.

Structure des populations

Structure par âge et par sexe

Les données sur la structure des populations proviennent de deux sources : le relevé de l'hiver 1996-1997 (Cotterill, 1997a) et les études réalisées par Moehrenschlager et Michie (1994-1998). Ces données donnent une idée de la « robustesse » de la réintroduction, des tendances et de la survie.

Lors du recensement hivernal, le ratio jeunes-adultes était de 1. On a capturé plus de mâles que de femelles (20 pour 12). Le ratio mâles-femelles chez les adultes était égal à 1, mais chez les juvéniles, on a capturé deux fois plus de mâles que de femelles (11 pour 5). Sur les 32 animaux capturés, 26 étaient nés dans la nature, quatre avaient été élevés en captivité et deux avaient été transplantés du Wyoming. Huit des renards nés dans la nature avaient été marqués et, sur les 18 autres non marqués, 7 étaient des adultes et 11, des juvéniles (Cotterill, 1997a).

Dans la région frontalière Alberta/Saskatchewan, on a piégé des nombres semblables d'adultes (13) et de juvéniles (11), et les deux classes adultes et juvéniles présentaient le même ratio mâles-femelles (Cotterill, 1997a). En revanche, dans la région de Wood Mountain, le rapport était nettement en faveur des mâles (7 pour 1).

Succès du piégeage

Une technique de recensement étalonné a été mise au point pour contourner les contraintes logistiques associées au piégeage hivernal des renards. Cette méthode utilisait les données courantes sur le domaine vital du renard véloce au Canada pour déterminer : 1) la superficie échantillonnée par une série de six pièges non mortels espacés d’un kilomètre les uns des autres; 2) un facteur de correction pour le succès du piégeage s’appuyant sur la mesure dans laquelle la méthode de recensement réussit à capturer des renards véloces marqués dans les domaines vitaux connus. Ce facteur de correction a servi à ajuster et à interpréter les résultats du piégeage dans toute la région recensée (Cotterill, 1997a).

Cinquante-huit cantons ont été recensés durant l'exercice, soit environ 54 % des principales aires de répartition présumées du renard véloce au Canada. Dans chacun d'eux, on a installé six boîtes pièges à un kilomètre d'intervalle le long d'une ligne de piégeage, puis on a fait des relevés pendant trois nuits (sauf dans deux cantons, où on ne l'a fait que pendant deux nuits), ce qui donne au total un échantillonnage de 1 032 nuits de piégeage. Malgré le temps exceptionnellement rigoureux, le piégeage a connu un succès encourageant. Il a en effet permis de mesurer l'occurrence et la densité relative des populations animales dans différents endroits. Le succès global de l'opération a été de 4,9 %[1], et de 3,1 % si l'on ne tient compte que des nouvelles captures.

Trente-deux renards ont été piégés; en comptant les recaptures, on a pris en tout 51 individus. Le succès du piégeage a atteint 4,9 % par nuit (3,1 % en excluant les recaptures). Quatre renards d'« étalonnage » sur 14 ont été capturés, soit un facteur de correction de 3,5. Chaque renard capturé représentait donc 3,5 renards vivant dans la région recensée.

Le succès du piégeage par bloc échantillon dans un canton variait de 0 à 17 %, soit de 0 à 3 renards capturés par ligne de piégeage durant la période de trois nuits. Soixante-quinze pour cent des renards capturés à l'occasion du relevé se trouvaient à moins de 50 kilomètres au nord, à l'est et à l'ouest de la frontière Alberta/Saskatchewan/Montana (Cotterill, 1997a).

Le facteur de correction a également été exprimé en termes de 29 % de succès du programme de piégeage. Dix animaux non étalonnés ont également été capturés dans les cantons d'étalonnage (Cotterill, 1997a). Il est tout à fait fortuit que les résultats des relevés ci-dessus aient été intégrés au programme de recherche effectué à l'époque par Axel/Cynthia Moehrenschlager et aux données recueillies par Jasper Michie et d'autres travailleurs sur le terrain.

 

Protection juridique

Maintenant que les renards sont établis, il est important de mettre en place un mécanisme de protection. On trouvera ci-dessous un résumé de la réglementation de 1998[2].

Saskatchewan

Le renard véloce est désigné comme une espèce en voie de disparition (endangered), aux termes du Wild Species at Risk Regulations d'application de la Saskatchewan Wildlife Act (publié dans la Gazette le 27 janvier 1999). En particulier, le paragraphe 52(1), partie (V) de la Wildlife Act accorde à l'animal une protection pleine et entière sur les terres privés et publiques provinciales et fédérales, et interdit :

(a)  de tuer les renards véloces, de les blesser, de les posséder, de les déranger, de s’en emparer, de les capturer, de les prendre, de les manipuler génétiquement ou de leur nuire, ou de tenter d'accomplir l'un ou l'autre de ces actes;

(b)  d'exporter ou de faire exporter de la Saskatchewan une quelconque espèce sauvage en péril;

(c)  de faire le trafic d'une quelconque espèce sauvage en péril;

Quiconque contrevient au paragraphe 52(1) commet une infraction et encourt,      sur déclaration sommaire de culpabilité :

(a)  dans le cas d'une personne physique :

i)             pour une première infraction, une amende variant d'un minimum de 10 000 $ à 100 000 $ et un emprisonnement maximal de deux ans moins un jour, ou l'une de ces peines;

ii)           pour toute récidive, une amende variant de 20 000 $ à 200 000 $, ou un emprisonnement;

(b)  dans le cas d'une personne morale :

i)             pour une première infraction, une amende variant de 10 000 $ à 500 000 $;

ii)           pour toute récidive, une amende variant de 20 000 $ à 1 000 000 $.

Pour l'heure, le but de la Loi n'est pas de poursuivre les propriétaires fonciers ou d'autres individus qui, par inadvertance, détruisent dans leur habitat des espèces inscrites, mais de mieux faire connaître ces espèces et d'amener les propriétaires fonciers, les utilisateurs de ressources, la population générale et les organismes gouvernementaux à tenir compte de leur présence.

Le paragraphe 5(1) du Wild Species at Risk Regulations (1999) prévoit la protection des terriers de renards véloces.

Le paragraphe 6(3) du Wildlife Regulations (1981) prévoit une protection supplémentaire, en ce qu'il interdit aux propriétaires fonciers ou aux occupants du terrain de tuer des renards véloces pour protéger une propriété ou du bétail.

Alberta

En Alberta, le renard véloce est désigné comme un animal en voie de disparition (endangered) dans l'Annexe 6 du General Wildlife Regulation (AR 143/97), d'application de la Wildlife Act. À ce titre, il jouit d'une protection pleine et entière, c'est‑à‑dire qu'il est interdit de le chasser (soit de tirer sur l'animal, de le harceler, de le traquer, de le poursuivre, de le capturer, de le blesser ou de le tuer, de même que de tenter d'accomplir l'un ou l'autre de ces actes), de le piéger et d'en faire le trafic (soit de le vendre, de l'acheter, de le troquer ou d'en faire le commerce, de tenter de l'obtenir ou d'offrir de le faire).

Le paragraphe 38(1) de la Wildlife Act (1984) établit qu'il est « interdit d'endommager ou de détruire délibérément la résidence, le nid ou le terrier d'une espèce sauvage désignée par le Ministre dans les secteurs et aux moments prescrits par le Ministre » (traduction). L'alinéa 96(a)i) du Wildlife Regulations précise que le paragraphe 38(1) de la Loi s'applique aux « animaux en voie de disparition sur tout le territoire de l'Alberta pendant toute l'année » (traduction).

Le paragraphe 10(1) de la Wildlife Act précise que « sous réserve du présent article, toute espèce sauvage vivant en Alberta est la propriété de la Couronne » (traduction). Le paragraphe 10(3) explique qu'« une espèce sauvage qui cesse d'être gardée en captivité devient la propriété de la Couronne » (traduction).

Enfin, le paragraphe 11(1) établit qu'« après la mort d'une espèce sauvage appartenant à la Couronne en Alberta, l'espèce en question demeure la propriété de la Couronne à moins que le Ministre n'en transfère la propriété à quelqu'un d'autre… » (traduction). Le paragraphe 92(4) prescrit que quiconque est déclaré coupable d'une infraction ayant trait à la chasse ou au trafic d'un animal en voie de disparition « encourt une amende maximale de 100 000 $ et un emprisonnement maximal de six mois, ou l'une de ces peines » (traduction).

Montana

Dans l'État du Montana, le renard véloce n'est un animal à fourrure qu'en vertu de l'autorité de l'État. Cela signifie que le détenteur d'un permis valide peut le piéger. Aux termes de la législation de l'État, quiconque est déclaré avoir délibérément pris, gardé en sa possession ou transporté des animaux à fourrure ou des peaux en contravention des règlements ou des lois en vigueur encourt une amende minimale de 50 $ et maximale de 1 000 $ et un emprisonnement maximal de 6 mois dans une prison de comté, ou l'une de ces peines. Cette personne perdra en outre son privilège de chasse, de pêche ou de piégeage pour une période minimale de 24 mois, et pourra aussi être frappée d'une sanction administrative de 100 à 500 $ pour chaque animal ou chaque peau illégalement acquis.

Comme le renard véloce ne fait pas actuellement partie des espèces inscrites par le gouvernement fédéral en vertu de la Federal Endangered Species Act (ESA), aucune des pénalités associées à cette loi ni aucune loi fédérale ne s'applique. Toutefois, si l'animal venait à être inscrit sur la liste de la ESA, deux scénarios pourraient se présenter :

1)          La prise accidentelle d'un animal pourrait être autorisée sous réserve de l'élaboration d'une règle spéciale adoptée en vertu du paragraphe 4(d) avec les États, sans donner lieu à des pénalités.

2)          En l'absence de règle spéciale, toute personne déclarée coupable d'une prise illégale pourrait encourir une amende maximale de 20 000 $ et un emprisonnement de 2 ans, ou l'une de ces peines.

En somme, le renard véloce est protégé par la loi en Alberta, en Saskatchewan et, à un degré moindre, au Montana, et de lourdes peines peuvent être imposées pour la chasse ou le trafic de cette espèce. Mais, malgré cette protection juridique, le nombre élevé de cas de piégeage (prises accidentelles), d'empoisonnement (visant les coyotes) et de chasse (animal mal identifié) demeure préoccupant. Les terriers des renards véloces sont également protégés dans la totalité de l'Alberta et de la Saskatchewan.

 

 



[1]51/1 032 nuits de piégeage.

[2]Mise à jour en 1999.