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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le renard véloce (Vulpes velox) au Canada - Mise à jour (2000)

Habitat

Description générale

Les renards véloces préfèrent les prairies d'herbes courtes et les prairies mixtes, et les terrains plats ou vallonnés où la végétation est clairsemée. C'est là l'habitat qui semble leur donner le plus de possibilités sur le plan de la mobilité et de la visibilité face à leurs prédateurs. Ils évitent donc vraisemblablement les endroits présentant des caractéristiques de végétation ou de topographie du genre canyon ou pente abrupte, couverture arbustive dense, forêt et coulées (Whitaker-Hoagland, 1997). Leurs lieux de prédilection ont généralement une végétation courte et clairsemée (25 cm de hauteur ou moins). Aux États-Unis on a déjà observé des renards véloces dans des endroits jugés quelque peu atypiques, comme dans les régions de type badlands du Wyoming (Lindberg, 1986; Wooley et al., 1995), les dunes du Nebraska (Blus et al., 1967), l'habitat du pin d'Arizona et du genévrier au Colorado (Covell, 1992), des zones agricoles adjacentes à des prairies d'herbes courtes (Floyd et Stromberg, 1981) ou même dans des champs cultivés (Kilgore, 1969; Cutler, 1958; Jackson, 1997).

Au Canada et dans le nord des États-Unis, le renard véloce préfère les prairies indigènes aux terres agricoles cultivées. On ignore au juste pourquoi. L'accès à la nourriture pourrait être un facteur important. Dans les pâturages du nord dominent la sauge (Artemisia frigida) et les graminées, comme le boutelou gracieux (Bouteloua gracilis), la stipe comateuse (Stipa comata) et la fétuque (Festuca, spp.).

En plus des prairies indigènes, plusieurs autres caractéristiques de l'habitat peuvent avoir de l'importance pour les populations de renards véloces. Contrairement aux autres canidés, ce renard utilise de nombreux terriers pour s'abriter et élever ses petits et pour échapper à ses prédateurs tout au long de l'année. La présence d'animaux fouisseurs, comme le blaireau d'Amérique (Taxidea taxus) et le spermophile (Spermophilus, sp.), est donc souhaitable, car le renard véloce utilisera leurs terriers après les avoir modifiés. Il creuse aussi lui-même des terriers lorsque le type de sol s'y prête, habituellement dans des sites bien drainés. L'habitat lui convient encore plus s'il compte des plans d'eau permanents et si les prédateurs y sont peu nombreux (Mamo, 1994b).

Destruction de l'habitat

La perte d'habitat du renard véloce peut résulter de sa destruction pure et simple (p. ex. à cause des labours) ou de son changement de vocation (p. ex. passage à un régime de pacage), et de la modification des composantes (espèces clés) du système. La destruction équivaut à l'élimination de l'habitat (prairies indigènes), et la modification change les composantes biologiques et le transfert d'énergie au sein du système. Après un siècle et demi de colonisation par les Européens, le paysage des Prairies canadiennes s'est profondément modifié. L'agriculture a transformé plus de 80 % des prairies indigènes du Canada (Gauthier et Patino, 1993). Aux États-Unis aussi, les prairies indigènes ont été modifiées en profondeur (Licht, 1997). Cela s'est traduit par une dégradation puis par la perte de l'habitat du renard véloce dans la partie septentrionale de son aire de répartition en Amérique du Nord.

Dans le sud de la Saskatchewan (aires principales de sa répartition antérieure), par exemple, 60 % des prairies étaient déjà cultivées en 1931, au moment où débutait une période d'intenses sécheresses naturelles (Rowe et Coupland, 1984). Aujourd'hui, près de 47 % de la base foncière de la Saskatchewan sont des terres agricoles et environ 24 % des terres cultivées (Gauthier et Patino, 1993).

Une autre cause de la perte d'habitat réside dans la transformation des terres de pâturage en terres agricoles. Tous les cinq ans, Agriculture Canada procède à l'évaluation des catégories d'utilisation des terres de pâturage « amélioré » et « non amélioré ». D'après ces données, il y a perte de l'habitat de pâturage. Pour évaluer cette perte d'habitat, c'est la Chevêche des terriers (Speotyto cunicularia), dont les besoins en matière d'habitat ressemblent un peu à ceux du renard véloce, qui a servi d'« espèce indicatrice » (Wellicome et Haug, 1995). Entre 1966 et 1991, la superficie totale de zones agricoles utilisées en pâturage dans l'aire de répartition de la Chevêche des terriers (telle que définie par Wedgwodd, 1978) a diminué d'environ 8 % en Alberta et 6 % en Saskatchewan. Les pertes les plus considérables sont survenues entre 1976 et 1986, soit la décennie qui a suivi le moment où le prix du blé a atteint un sommet. Une législation progressive a été adoptée en Saskatchewan, aux termes de la Wildlife Habitat Protection Act, qui interdit de biloquer les prairies indigènes sur environ 2 millions d'hectares de terres de la Couronne dans l'écorégion des prairies.

Nous savons que l'aire de répartition du renard véloce au Canada était plus étendue avant le tournant du siècle qu'aujourd'hui (Soper, 1964). En posant grossièrement comme hypothèse que la superficie des terres en pâturage dans les prairies mixtes correspond à l'habitat du renard véloce, on peut calculer à peu près les pertes d'habitat probables (cf. Telfer et al., 1993). Aujourd'hui, les pâturages représentent environ 46 % de l'habitat original dans l'aire de répartition antérieure de l'espèce en Alberta, et 26 %, en Saskatchewan. Il est cependant faux de présumer que toutes les aires en pâturage antérieures convenaient bien au renard véloce. Les zones situées en terrain montagneux et en zone arbustive dense sont ainsi classées comme pâturages, mais on n'y trouve pas normalement de renards véloces. Les aires de pâturage restantes aujourd'hui ne constituent donc qu'une petite fraction de ce qui était autrefois l'habitat du renard véloce étant donné que la majorité des terres aujourd'hui cultivées lui convenaient probablement mieux que le terrain montagneux qui a échappé à la culture.

Dégradation de l'habitat

L'altération physique des zones de prairie n'est pas la seule forme de destruction de l'habitat du renard véloce. La modification de la composition biologique peut également avoir une incidence. Le pâturage du bétail, l'épandage de pesticides et d'herbicides et l'augmentation du nombre de proies attirant oiseaux et mammifères prédateurs ont tous des répercussions plus ou moins importantes sur les écosystèmes. Le renard véloce préfère les endroits où la végétation est clairsemée, mais convenant aux petits mammifères. Les habitudes de pâturage des ongulés jouent probablement un rôle important à ce chapitre. Le surpâturage ou le sous-pâturage ont en effet une incidence sur les proies du renard véloce. Les habitudes de pâturage du bison, avant la colonisation européenne, différaient vraisemblablement de celles du bétail d'aujourd'hui. La répartition des petits mammifères est importante pour l'écologie du renard véloce. La couverture végétale influe sur la composition des espèces. Par exemple, dans une région, T. Wellicome (en cours de rédaction) a noté que le campagnol des champs (Micortus pennsylvaticus) et le campagnol des Prairies (Microtus ochrogaster) ne fréquentaient que les zones dont la couverture végétale était intacte. L'impact du pâturage sur la population de campagnols n'est pas bien compris. La pression exercée par le pâturage dans la prairie mixte a augmenté du tiers en Saskatchewan et de moitié en Alberta entre 1956 et 1976 (Coupland, 1987).

L'agriculture a aussi chassé les loups (Canis lupus) des Prairies, ce qui a permis aux coyotes d'étendre leur territoire et de se multiplier (Sargeant et al., 1993). Les populations d'autres prédateurs ont également fluctué, ce qui a eu un impact sur la disponibilité de l'habitat pour le renard. Cela vaut pour les « mésoprédateurs » comme la mouffette rayée (Mephitis mephitis), le renard roux (Vulpes vulpes) et le blaireau d'Amérique (Taxidea taxus). (Roast, 1987; Violet, 1987; Voigt et Berg, 1987; et autres).

L'habitat des oiseaux prédateurs a également été modifié par la colonisation. La suppression des incendies et la plantation de brise-vent et d'arbres autour des propriétés rurales ont favorisé la nidification du Grand-Duc d'Amérique (Bubo virginianus) et de diverses espèces d'aigles et de faucons (Schmutz et al., 1980; Licht, 1997). Le nombre de blaireaux a aussi diminué par suite de campagnes d'extermination menées par l'homme, ce qui a eu un effet ambigu : si cela a réduit la prédation, cela pourrait aussi avoir eu une incidence sur la disponibilité de terrains d'évasion pour le renard. Celui-ci utilise en effet les terriers des blaireaux comme tanière (Pruss, 1994). On ignore au juste la nature exacte et l'importance de ce phénomène. Les terriers dont l'entrée est large pourraient ne pas procurer au renard véloce un abri très sûr contre ses prédateurs.

Le quadrillage des Prairies par les routes et autoroutes entraîne une fragmentation du paysage qui n'existait pas à l'époque où le renard véloce abondait dans la région. Bien des renards véloces sont victimes de la route. Il se pourrait qu'ils fréquentent davantage le bord des routes parce que leurs proies sont plus nombreuses près des fossés que dans les terrains plus secs. Il se pourrait aussi que ce soit pour éviter la prédation par les coyotes. On sait par ailleurs que les grands éleveurs abattent les coyotes à vue dès que l'occasion se présente. Cela pourrait avoir un impact positif sur la survie du renard véloce, bien que les liens écologiques puissent être plus complexes qu'il n'y paraît à première vue. On présume que plus le nombre de routes et de véhicules augmentera, plus les renards se feront tuer par des véhicules. L'augmentation du nombre de renards victimes de la route pourrait aussi être fonction de l'augmentation des populations de renards.

 

Fragmentation de l'habitat

Environ 24 % de la zone de prairie mixte ne sont pas cultivés au Canada (Plan d’action pour la conservation de la prairie, 1994). Même si une importante proportion des prairies du sud se trouvent toujours à l'état de zones herbagères, elles n'en sont pas moins affectées par l'homme. La conversion des prairies indigènes en terres agricoles, la construction de routes, l'aménagement de pipelines et de sites d'exploitation pétrolière et gazière et de sentiers de service, tout comme la présence de villes et de zones urbaines, ont tous contribué à la fragmentation de l'habitat.

Malgré cette fragmentation, on trouve toujours plusieurs grandes étendues de prairie indigène dans le sud de l'Alberta et le sud-ouest de la Saskatchewan. Certaines sont des terres de la Couronne, d'autres des parcours privés. La conversion accrue de ces parcours privés en terres cultivées détruirait le reste des prairies indigènes. Mais cette conversion est largement soumise à l'économie de marché : si les incitatifs financiers offerts par les gouvernements pour cultiver les terres arables ou le prix des céréales et des autres produits agricoles devaient augmenter, la transformation se fera, comme par le passé, et la destruction de l'habitat du renard véloce se poursuivra.

L'exploration pétrolière et gazière entraîne une fragmentation moins importante des prairies naturelles. Certaines études ont montré que le renard véloce pouvait tolérer bien des perturbations. La présence de routes peut ainsi avoir des effets aussi bien positifs que négatifs. Sur le plan positif, les proies sont parfois plus abondantes le longs des fossés qui bordent les routes; par contre, l'augmentation de la mortalité due aux accidents de la route ainsi que les prises et les tirs accidentels peuvent avoir un effet négatif sur la survie du renard.