Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le renard véloce (Vulpes velox) au Canada - Mise à jour (2000)

Facteurs limitatifs

Prédation

Le principal facteur limitatif a trait à la « robustesse » de l'espèce elle-même (Kitchen et al., 1998). Le renard véloce est petit et vulnérable. Par comparaison, le coyote arrive beaucoup plus facilement à survivre à tous les facteurs potentiels de mortalité présents dans les écosystèmes de prairies. Il arrive que les prédateurs du renard véloce, comme les coyotes, tuent leur victime, puis l'abandonnent. Par contre, les prédateurs comme les aigles, les coyotes et les blaireaux d'Amérique peuvent aussi les tuer et les manger.

Sur les 89 renards trouvés morts entre 1983 et 1992, 34 avaient été ou pourraient avoir été tués par un coyote (Carbyn et al., 1994). Les blaireaux en avaient tué trois et pourraient être à l'origine de la mort de trois autres. Des oiseaux prédateurs (Aigles royaux) en avaient tué cinq et pourraient en avoir tué deux autres.

Selon les autopsies effectuées par S. Black, du Zoo de Calgary, 12 renards (neuf femelles et trois mâles) sur les 39 carcasses examinées avaient été tués par des coyotes. Les oiseaux (Aigle royal) en avaient tué six (quatre femelles et deux mâles), et un autre avait indéniablement été tué par un blaireau (S. Black, comm. pers.). En 1997, plusieurs renards ont été tués par des aigles, et le taux de mortalité attribuable aux aigles a dépassé le taux de mortalité attribuable aux coyotes (J. Michie, comm. pers.). Il faudra recueillir plus de données à l'avenir pour comprendre la migration et l'hivernage des aigles. Cela vaut également pour le Harfang des neiges et le Grand-duc d'Amérique. La disponibilité des proies est un élément capital pour comprendre la dynamique au sein de l'écosystème des prairies.

La propagation des renards roux pourrait constituer une nouvelle menace pour la survie du renard véloce. Au cours des années passées, très peu de renards roux avaient été observés (Mamo, comm. pers.) dans la région frontalière Saskatchewan/Alberta. Mais depuis 1996, les observations ont augmenté (Carbyn, Michie, Moehrenschlager, carnet de terrain). On a vu des renards roux s'installer dans des zones reconnues pour être fréquentées par des renards véloces. Comme il s'agit là apparemment d'une menace grandissante, il faudrait amorcer une étude sur l'écologie du renard roux et son impact potentiel sur le renard véloce avant qu'il ne se répande encore davantage. Si la tendance à la hausse de la compétition de la part du renard roux devait persister, comme c'est le cas dans d'autres régions (p. ex. au Dakota du Nord, M. Sovada, comm. pers.), on pourrait s'attendre à ce qu'il y ait des répercussions sur la population de renards véloces à l'avenir.

 

Mortalité liée à la circulation routière

Entre 1983 et 1992, 5 des 89 renards trouvés morts avaient été tués par des véhicules automobiles (Carbyn et al., 1994). De son côté, Black (comm. pers.) a noté que 8 des 39 renards autopsiés avaient également été victimes de la route; de ceux-ci, six étaient des petits et deux, des adultes. Les petits sont particulièrement vulnérables lorsque les terriers se trouvent près des routes. Dans la vallée de San Joaquin, en Californie, 8 % des décès de renards nains signalés entre 1980 et 1994 avaient été causés par une collision avec un véhicule automobile (Cypher, comm. pers.).

 

Gestion des grands pâturages libres

Au cours des 125 dernières années, le bœuf a pris la place du bison, autrefois abondant, comme brouteur dans les prairies mixtes. Comme les habitudes du bétail domestique en matière de broutage diffèrent de celles des ongulés indigènes, la composition végétale du sol s'est modifiée et de l'humus s'est accumulé sur le sol des prairies. D'après les résultats de la réintroduction à ce jour, le renard véloce est maintenant établi et semble survivre en l'absence de bisons. Nous ignorons toutefois quelle incidence peuvent avoir ces différents taux de charge des pâturages sur la disponibilité des petits mammifères, notamment en hiver. On sait par ailleurs peu de choses sur les effets de la gestion des grands pâturages libres sur le renard véloce, mais on pense généralement que celui-ci préfère les zones pâturées.

Pipelines

Les connaissances acquises grâce aux études de pistage radio-électrique sont maintenant intégrées aux décisions de gestion de l'utilisation des terres en Alberta (J. Taggart, comm. pers.). D'après certaines études récentes, il semble que la construction de pipelines n'ait pas une incidence majeure sur la survie du renard véloce, dans la mesure où l'on ne détruit pas les terriers (A. Moehrenschlager, comm. pers.).

Le ministère des Ressources naturelles de l'Alberta et le ministère de la Gestion des ressources et de l'Environnement de la Saskatchewan étudient actuellement des lignes directrices restreignant les activités et les perturbations à proximité des terriers natals des renards véloces. Ces lignes directrices recommandent d'aménager autour de ces terriers une zone tampon de 200 m où sont interdites toutes les activités passives (photographie, randonnée) pendant les périodes d'accouplement et d'élevage des petits (du 15 février au 31 juillet), de même qu'une zone tampon de 500 m où sont interdites toutes les activités industrielles et d'exploitation des ressources naturelles.

L'aggravation éventuelle de la fragmentation de l'habitat est une importante source d'inquiétude. À ce chapitre, l'annonce faite récemment par le ministère de la Gestion des ressources et de l'Environnement de la Saskatchewan (février 1998) d'un vaste projet de protection de l'habitat dans le cadre du programme de réseau de zones représentatives est encourageante. Ce projet prévoit désigner près de 1,8 million d'acres faisant partie du réseau de pâturages collectifs administré par l'Administration du rétablissement agricole des Prairies (ARAP) comme zone de protection de l'écosystème des prairies.

 

Récolte des fourrures

La fourrure du renard véloce n'est pas très en demande. Aux États-Unis, où la prise d’animaux a considérablement diminué depuis 1982, le prix d'une peau a varié de 3 à 10 $ au cours des dix dernières années (Kahn et al., 1996). Au Colorado, l'État où l'on chasse cet animal le plus, et cela depuis 55 ans, l'espèce est malgré tout demeurée abondante. Au Kansas, où la chasse aux renards véloces est interdite depuis 1982, on n'a observé aucune diminution décelable du domaine vital ni du nombre de renards depuis l'ouverture de la saison en 1982. On n'a par contre noté aucune augmentation de la répartition ou de l'abondance depuis l'entrée en vigueur de mesures de protection au Dakota du Sud, au Nebraska et en Oklahoma.

On peut donc conclure de ce qui précède qu'il est peu probable que la diminution des prises de renards véloces dans les aires où il abonde ait une incidence significative sur les populations. Vraisemblablement, les facteurs biologiques jouent davantage dans le déclin des populations. Le piégeage généralisé et intensif peut néanmoins réduire le nombre de renards, car le renard véloce est facile à piéger.

Au Canada, quatre renards au total (peut-être plus, mais aucune donnée n'a été consignée à ce sujet) ont été pris accidentellement dans le cadre du piégeage d'autres espèces. On a signalé la perte d'au moins deux renards à cause de la chasse, et deux autres ont été empoisonnés accidentellement dans le cadre d'une campagne d'empoisonnement des coyotes. Un trappeur aurait tué ou relâché neuf renards véloces au Montana, mais aucune donnée n'a jamais été soumise pour confirmer l'information. Le renard véloce devient vulnérable lorsqu'il se prend dans un piège installé légalement pour capturer une autre espèce d'animal à fourrure. Comme la tendance en matière de pratiques culturales est aujourd'hui à l'augmentation du nombre de grandes exploitations, bien des gens ont quitté le milieu rural pour s'installer en région urbaine, ce qui a réduit le nombre de trappeurs de fin de semaine ou à temps partiel.

Moins de renards véloces risquent donc aujourd'hui d'être tués par des trappeurs qu'autrefois. Par contre, la circulation automobile et l'augmentation du nombre de routes pourraient avoir un impact sur le renard. Des familles de renards véloces et des renards solitaires (dispersants) se tiendraient aujourd'hui à proximité des routes, des exploitations agricoles et des villages. D'après des données recueillies sur le terrain au Dakota du Nord, le renard roux abonderait dans les environs des villages et des résidences familiales rurales lorsque le coyote évite les lieux. Ces renards pourraient étendre leur domaine à la prairie ouverte si le nombre de coyotes diminuait. C'est ce qui semble s'être passé dans la région frontalière. En effet, jusqu'en 1995-1996, il était rare qu'on y observe des renards roux; mais les hivers particulièrement rigoureux qui ont sévi cette année-là et l'année suivante ont permis aux éleveurs de tuer un grand nombre de coyotes et, dès 1997, d'après les observations effectuées le long de la frontière Alberta/Saskatchewan, le nombre de renards roux y avait augmenté. Il faudra suivre la situation à l'avenir.

 

Impact des sécheresses

L'écologie du renard véloce est liée aux conditions environnementales qui influent sur la disponibilité de la nourriture. Il se pourrait ainsi que l'espèce ait disparu de ses aires de répartition du nord à cause de la rigueur généralisée du climat. Les froids de l'hiver, les sécheresses et le verglas influent sur les populations de vertébrés qui survivent à la limite septentrionale des aires de répartition des espèces. Isolément, ces phénomènes peuvent ne pas avoir beaucoup d'importance s'ils ne surviennent que par endroits mais, combinés aux effets de la compétition pour la nourriture, de l'augmentation de la prédation ou de la maladie, ils peuvent entraîner la disparition locale et généralisée des carnivores.

Les sécheresses sont devenues un fait courant dans les Prairies canadiennes. La dernière grande sécheresse à sévir dans la zone d'étude du renard véloce au Canada date de 1988. À l'époque on surveillait 17 renards, dont huit portaient des colliers émetteurs. L'équipe de rétablissement a décidé de mettre en place un programme d'alimentation complémentaire d'urgence qui a effectivement eu de bons résultats car, en août 1989, un seul des huit renards portant un collier émetteur était disparu; tous les autres avaient survécu aux rudes conditions hivernales. Depuis ce temps, on n'a pas eu recours à l'alimentation complémentaire dans le cadre du programme.

 

Programmes de lutte contre les prédateurs

Il arrive que les programmes de lutte contre les prédateurs visant les coyotes, les mouffettes et les autres espèces perturbent des espèces non visées, comme le renard véloce. Par contre, les programmes qui ne visent que les coyotes améliorent la survie du renard véloce et du renard nain, car ils réduisent la compétition interspécifique (compétition dans l'exploitation du territoire – compétition pour la nourriture ou compétition d'interférence – gros prédateurs tuant les prédateurs plus petits). Par exemple, Linhard et Robinson (1972) et Robinson (1953, 1961) ont documenté des changements dans la composition des guildes de prédateurs par suite de la mise en œuvre des programmes de lutte contre le coyote. Cypher et Scrivner (1992) ont fait état de la réponse de la population de renards nains aux mesures de répression des coyotes mises en œuvre dans la vallée de San Joaquin en Californie. Dorrance (1992) a évalué la situation des coyotes en Alberta de 1920 à 1991.

Les mouffettes (Mephitis mephitis) sont les principaux vecteurs du virus de la rage en Alberta (Gunson et al., 1978). La strychnine a joué un rôle important dans le programme de lutte contre la rage dans la province (Dorrance, 1987; Huchings, 1991). À cause de l'impact de la maladie sur les humains et le bétail, la moindre éclosion fait immédiatement l'objet de programmes antirabiques rigoureux. Ces éclosions ont par le passé frappé le sud de l'Alberta et d'éventuelles aires de répartition du renard véloce qui est vulnérable à l'empoisonnement à la strychnine. Pour lutter contre les mouffettes, on injecte de la strychnine dans des œufs de poule ou dans des appâts de suif que l'on place dans des ponceaux, sous des immeubles abandonnés, dans les terriers et des buissons; le renard y a donc accès. Le ministère de l'Agriculture de l'Alberta, conscient de l'incidence potentielle de son programme sur la survie du renard véloce, collabore avec l'équipe de rétablissement dans les secteurs mutuellement préoccupants. On n'a encore rapporté aucun cas de rage chez des mouffettes au cours des trois dernières années dans la province (J. Meeks, Alberta Agriculture, comm. pers.). Toutes les craintes récentes à ce sujet concernent des mouffettes vivant moins de 20 km au sud de la frontière de l'Alberta (au Montana). On s'est aussi inquiété dernièrement de la présence possible du virus de la rage chez les ratons laveurs (Procyon lotor).

Dans le sud de la Saskatchewan, la survie du renard véloce pourrait être menacée par les 1 080 programmes d'appâtage mis en place pour lutter contre les coyotes (Procès verbal de l'Équipe de rétablissement du renard véloce, 12-13/08/98). En 1984, le gouvernement de la province a désigné une zone « sans poison » au sud de la route transcanadienne et à l'ouest de la route no 2 (au sud de Moose Jaw jusqu'à la frontière Alberta/Saskatchewan). Cette zone a été élargie vers le nord dix ans plus tard, puis de nouveau en 1997 pour inclure toutes les zones de prairie de la province. L'année suivante, toutefois, par suite des pressions exercées par les oviculteurs, la politique d'interdiction du poison était révoquée et la zone sans poison, considérablement réduite. La question est actuellement à l'étude et des coyotes seront sans doute empoisonnés entre-temps.