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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le saumon atlantique au Canada

Unité désignable

Unité désignable 1 -- Nunavik (ZPQ 11; UC 1)

Cette UD s’étend vers l’ouest de la pointe du Labrador (environ 60° 29’ N, 64° 40’ O) à la limite occidentale de l’aire de répartition de l’espèce, en longeant la baie d’Ungava, et elle englobe les populations connues les plus septentrionales de l’espèce en Amérique du Nord. Les populations incluses dans cette unité sont géographiquement isolées des populations méridionales. Quelque 650 km séparent ces dernières des populations de la côte du Labrador. Les résultats de relevés limités et les connaissances traditionnelles autochtones donnent à penser qu’il n’y a pas de population autosuffisante entre l’UD 1 et l’UD 2. Certaines portions des populations de la péninsule d’Ungava semblent également présenter des patrons migratoires locaux (Power, 1969; Robitaille et al., 1986), tandis que d’autres migrent sur de grandes distances (Power et al., 1987). Des données génétiques laissent croire que ces populations sont distinctes de leurs voisines les plus proches, et il existe peu de preuves génétiques laissant croire à l’existence d’un phénomène d’errance entre la péninsule d’Ungava et les autres régions (Fontaine et al., 1997; Dionne et al., 2008). À ce que l’on sache, aucun ensemencement n’a été effectué dans cette UD.

Unité désignable 2 -- Labrador (ZPS : 1, 2, 14a et 5; ZPQ 9; UC 2, 3 et une partie de l’UC 26)

Cette UD s’étend de la pointe nord du Labrador (environ 60° 29’ N, 64° 40’ O) vers le sud en longeant la côte du Labrador jusqu’à la rivière Napitipi au Québec. Compte tenu de la taille très importante de cette région géographique, il est fort possible que des regroupements régionaux plus réduits puissent être distingués au sein de l’UD, en particulier dans la région du lac Melville. Toutefois, les données disponibles ne corroborent une séparation claire de la portion sud de cette UD des autres régions. Au sein de l’UD 2, les données génétiques laissent croire à l’existence d’un potentiel raisonnable de flux génique et donc à une recolonisation à l’échelle d’une bonne partie de la portion sud de l’unité (King et al., 2001; Verspoor, 2005; Adams, 2007 [Fst = 0,017]; Dionne et al., 2008). Des études d’étiquetage ont toutefois montré que les saumons de la portion sud de l’unité ne migrent pas au nord du lac Melville (Anderson, 1985; Reddin et Lear, 1990). Des comparaisons au sein de l’unité ont révélé une faible différenciation entre les cours d’eau du nord et ceux du sud lors des calculs de l’hétérogénéité entre échantillons appariés (King et al., 2001). Verspoor (2005) n’a pas décelé de patron de différenciation entre les échantillons du nord et du sud du Labrador. L’unique échantillon du lac Melville (Cap Caribou) était toutefois significativement différent des autres échantillons du Labrador. Cette disparité laisse entrevoir la possibilité de reconnaître une UD séparée au lac Melville. Malheureusement, l’échantillon de Cap Caribou ne comprenait qu’un faible nombre de tacons, et d’autres données concluantes devront être amassées pour justifier la désignation d’une UD distincte pour le lac Melville. Les populations de l’UD 2 affichaient une divergence significative par rapport aux autres UD avoisinantes, y compris l’UD 7 (est de la Côte-Nord) (Dionne et al., 2008) et les UD de l’île de Terre-Neuve (Fst = 0,021; Adams, 2007).

Le cycle vital des saumons de l’UD 2 semble également variable, sans patron clair à l’échelle de l’UD (Chaput et al., 2006a). Sur le plan du cycle vital, ces saumons divergent de façon significative de ceux des UD avoisinantes de l’île de Terre-Neuve et de l’est de la Côte-Nord du Québec (Chaput et al., 2006a) (PBM vs madeleineaux). À ce que l’on sache, aucun ensemencement n’a été effectué dans cette UD.

Unité désignable 3 -- Nord-est de Terre Neuve (ZPS 3 à 8; UC 4)

Cette UD s’étend de la pointe nord du Labrador (environ 51° 37’ N, 55° 25’ O) vers le sud et l’est en longeant la côte nord-est de l’île jusqu’à l’extrémité sud-est de la péninsule d’Avalon (environ 46° 38’ N, 53° 10’ O). Les saumons de la côte nord-est de Terre-Neuve sont uniques en Amérique du Nord, leur profil génétique semblant intermédiaire entre celui des saumons européens et celui des saumons nord-américains (King et al., 2000). Des données génétiques laissent également croire à l’existence de différences distinctes entre les populations de l’UD 3 et celles du Labrador et du sud et de l’ouest de Terre-Neuve (Verspoor, 2005; Adams, 2007; Palstra et al., 2007). Les saumons de l’UD 3 présentent également une variation du cycle vital distincte de celle des UD avoisinantes (Chaput et al., 2006). L’âge moyen à la smoltification est intermédiaire entre celui des populations du Labrador et celui des populations du reste de l’île de Terre-Neuve (de 3 à 5 ans, comparativement à entre 5 et 7 ans dans l’UD du Labrador et à entre 2 et 4 ans dans l’UD du sud de Terre-Neuve). En outre, une forte proportion des madeleineaux était formée de femelles UBM de taille relativement faible. C’est également dans cette portion de l’aire de répartition canadienne de l’espèce qu’on observe la plus forte incidence de géniteurs multifrais ou saumons à pontes antérieures. Les juvéniles de cette UD font une utilisation intensive des habitats lacustres pour l’alevinage (voir par exemple Hutchings, 1986). Les rivières Exploits et Terra Nova ont été massivement ensemencées au cours des années 1980 et 1990 après qu’un nouvel habitat ait été rendu accessible par l’intermédiaire de passes migratoires (Mullins et al., 2003).

Unité désignable 4 -- Sud de Terre Neuve (ZPS 9 à 12; UC 5 et 6)

Cette UD s’étend de la pointe sud-est de la péninsule d’Avalon à la pointe Mistaken (environ 46° 38’ N, 53° 10’ O) en longeant vers l’ouest la côte sud de Terre-Neuve jusqu’au cap Ray (environ 47° 37’ N, 59° 19’ O). Contrairement à ce qu’on observe dans l’UD 3, les valeurs de pH de l’habitat dulcicole y sont en général relativement basses (de 5,0 à 6,0). Les données génétiques donnent à croire que le flux génique entre les populations réparties le long de cette côte ainsi qu’entre ces mêmes populations et celles des autres régions de l’île est réduit (Palstra et al., 2007). En s’appuyant sur une série de 10 marqueurs microsatellites, Adams (2007) a également mis en évidence des différences génétiques significatives entre les populations de 2 cours d’eau de l’UD 3 et celles de 2 cours d’eau du sud-est de la péninsule d’Avalon (sud-est de l’UD 4). À l’instar de Palstra et al. (2007), Verspoor (2005) a observé une différenciation génétique significative entre les cours d’eau du sud de la côte, mais cette différenciation ne semblait pas déterminer un patron géographique clair. Le niveau relativement élevé de structuration des populations dans l’UD 4, attesté par les valeurs interrégionales nettement plus élevées de Fst observées par Palstra et al. (2007) le long de la côte sud de l’île, laisse entrevoir la possibilité d’une éventuelle subdivision de cette UD.

Du fait qu’ils se trouvent dans une région où l’influence du Gulf Stream commence à se faire sentir, les saumons de l’UD 4 sont également exposés à des conditions océaniques très différentes de celles auxquelles sont exposés ceux des UD 2 et 3, pour leur part sous l’influence du courant du Labrador. Les tendances démographiques associées aux cours d’eau de la côte sud semblent également être différentes de celles observées dans les autres UD de Terre-Neuve. Comme au plan génétique, les populations de la côte sud affichent une variation du cycle vital, mais cette variation ne semble pas suivre un patron géographique clair (Chaput et al., 2006a). On y observe un mélange de remontes précoces et tardives, l’âge à la smoltification est variable et la proportion de madeleineaux femelles et les voies de migration semblent varier le long de la côte. La rivière Rocky a été ensemencée après la construction d’une passe migratoire à son embouchure. Avant la construction de cette passe, les saumons anadromes y étaient absents.

Unité désignable 5 -- Sud-ouest de Terre Neuve (région de la baie Saint-Georges) (ZPS 13; UC 7)

Cette UD s’étend vers le nord le long de la côte ouest de Terre-Neuve du cap Ray (environ 47° 37’ N, 59° 19’ O) jusqu’à environ 49° 24’ N, 58° 15’ O. Elle est la seule région de l’île de Terre-Neuve qui présente des effectifs importants de saumons PBM (Dempson et Clarke, 2001) et un habitat lacustre minimal. Des comparaisons génétiques avec les populations du reste de l’île donnent à croire que les populations de cette région représentent un groupe distinct et que le flux génique y est plus élevé que dans les UD 3 et 4 (plus faibles valeurs du Fst rapportées par Palstra et al. (2007) et Verspoor (2005). À l’échelle de l’île de Terre-Neuve, l’UD 5 présente également l’âge moyen à la smoltification le plus faible (3 ans) et la plus petite proportion de madeleineaux femelles. L’UD 5 est isolée des UD continentales par le golfe du Saint-Laurent, et les données génétiques semblent indiquer que le flux génique entre les populations insulaires et les populations continentales est faible (Verspoor, 2005). Les ruisseaux Hughes et Corner ont tous deux étés ensemencés dans cette UD.

Unité désignable 6 -- Nord-ouest de Terre Neuve (ZPS 14a; UC 8)

Cette UD s’étend vers le nord le long de la côte ouest de Terre-Neuve depuis environ 49° 24’ N, 58° 15’ O jusqu’au sommet de la péninsule Great Northern (environ 51° 37’ N, 55° 25’ O). Les saumoneaux des populations de l’UD 6 migrent très probablement vers le nord par le détroit de Belle Isle (B. Dempson, ministère des Pêches et des Océans, comm. pers.) et présentent des cycles vitaux variés et intermédiaires entre ceux des populations de l’UD 2 et de l’UD 5 (Chaput et al., 2006a). L’habitat dulcicole y est nettement plus alcalin que dans le reste de l’île de Terre-Neuve en raison de la présence d’une importante quantité de pierre calcaire. Malheureusement, les données génétiques pour cette UD sont peu nombreuses. Plusieurs cours d’eau de l’UD, comme les rivières Big East, St. Genevieve et Of Ponds, abritent une composante de saumons PBM. Entre 1972 et 1976, le MPO a transféré annuellement de 50 à 300 saumons adultes du ruisseau Western Arm vers un habitat de frai de qualité en amont de la passe migratoire aménagée dans la rivière Torrent.

Unité désignable 7 -- Est de la Côte Nord du Québec (ZPQ 9 [portion occidentale]; majeure partie de l’UC 26)

Cette UD s’étend vers l’ouest le long de la rive nord du Saint-Laurent de la rivière Napiti (exclue) jusqu’à la rivière Kegaska (incluse). Dionne et al. (2008) se sont appuyés sur une série de marqueurs microsatellites, le régime de température, la difficulté de montaison et la proportion d’UBM pour établir des différences entre les régions de la Côte-Nord. L’UD 7 se distingue par ses populations comportant une forte proportion de saumons UBM et ses cours d’eau plus frais que ceux de l’UD 8. Les données génétiques donnent également à croire que le flux génique entre les populations y est plus faible que dans les autres régions de la Côte-Nord (Dionne et al., 2008) (Fst moyenne = 0,037, comparativement à 0,027 dans l’UD 8). À ce que l’on sache, aucun ensemencement n’a été effectué dans cette UD.

Unité désignable 8 -- Ouest de la Côte Nord du Québec (ZPQ 7 et 8; UC 24 et 25)

Cette UD s’étend vers l’ouest le long de la rive nord du Saint-Laurent de la rivière Natashquan (incluse) à la rivière des Escoumins (incluse). Sur la base de données microsatellites et de différences liées à l’habitat et au cycle vital, Dionne et al. (2008) ont distingué cette région de la Côte-Nord des UD 7 et 10. Le bord oriental de l’UD semble déterminer une zone de transition avec l’UD 7 (Dionne et al., 2008) et n’apparaît pas clairement délimité. De la même façon, le bord occidental de l’UD détermine une zone de transition avec l’UD 10. La proportion de saumons PBM est de loin beaucoup plus élevée dans cette UD que dans les autres UD de la Côte-Nord. De nombreux cours d’eau de cette UD ont fait l’objet d’ensemencements importants (Fontaine et al., 1997; Dionne et al., 2008)

Unité désignable 9 -- Île d’Anticosti (ZPQ 10; UC 27)

Cette UD comprend l’île d’Anticosti. L’habitat dulcicole de l’UD 9 présente une déclivité plus faible que celui de l’UD 7. Sur le plan de la température, l’habitat dulcicole de cette UD se compare à celui de l’UD 7 (degrés-jours : 945 et 938, respectivement), mais il est plus frais que celui des UD 8, 10, 11 ou 12. Les données génétiques citées par Dionne et al. (2008) indiquent une divergence entre l’UD 9 et les UD voisines. Elles attestent l’existence d’un flux génique élevé au sein de l’UD 9, sans différences notables entre plusieurs cours d’eau (Fst = 0,002). Un certain nombre d’ensemencements ont été effectués dans cette UD, principalement  dans la rivière Jupiter. Entre 1993 et 1995, des saumoneaux âgés de 1 et 2 ans et des alevins d’automne ont été relâchés dans cette rivière (Caron et al., 1996).

Unité désignable 10 -- Intérieur du Saint Laurent (ZPQ 4, 5 et 6; UC 21, 22, 23 et une partie de l’UC 20)

Cette UD s’étend vers l’ouest le long de la rive nord du Saint-Laurent de la rivière des Escoumins (exclue) jusqu’au Bas-Saint-Laurent et vers l’est le long de la rive sud du Saint-Laurent jusqu’à la rivière Ouelle (incluse). En comparaison de l’UD 8, la proportion de saumons UBM y est plus élevée et l’âge moyen à la smoltification, plus faible. L’habitat dulcicole est également le plus chaud le long de la Côte-Nord du Québec. D’après les données génétiques citées par Dionne et al. (2008), le flux génique entre cette UD et les UD 8 et 12 semble limité. De nombreux cours d’eau de cette UD ont fait l’objet d’ensemencements importants (Fontaine et al., 1997; Dionne et al., 2008).

Unité désignable 11 -- Lac Ontarioiii

Des remontes de saumons ont été documentées dans environ 67 affluents du lac Ontario. Des écailles obtenues de 2 spécimens de musée adultes attestent un historique de croissance exclusivement dulcicole. Cette observation donne à croire qu’au moins certaines des populations qui peuplaient autrefois le lac Ontario étaient potamodromes (résidentes en eau douce) (Blair, 1938).

Selon une hypothèse émise par certains auteurs, une partie des populations du lac Ontario effectuait une migration de quelque 2 400 km jusqu’à l’océan Atlantique avant la construction du barrage R.H. Saunders sur le fleuve Saint-Laurent, en 1958 (résumé dans Parsons, 1973). Toutefois, comme les saumons potamodromes du lac Ontario connaissaient une croissance vigoureuse comparable à celle des populations anadromes vivant en milieu marin, on voit difficilement quels avantages écologiques ils auraient tiré d’effectuer une migration marine d’une telle ampleur. Toutefois, le manque de données ne permet ni de confirmer ni d’infirmer cette hypothèse d’anadromie chez au moins certaines des populations du lac Ontario. Quoiqu’il en soit, les populations du lac Ontario étaient nettement différentes de celles des autres UD du Canada à maints égards (smoltification plus hâtive que chez toutes les autres populations canadiennes et 2 montaisons annuelles, l’une printanière, l’autre automnale). En outre, si l’on admet l’hypothèse d’une anadromie, les saumons du lac Ontario auraient probablement eu besoin d’une halte migratoire prolongée en eau douce. Ces éléments, ainsi que l’acceptation généralisée au sein de la communauté des biologistes du statut potamodrome d’au moins un bon nombre des populations, donnent à croire que les populations du lac Ontario étaient vraisemblablement isolées sur le plan reproductif des autres populations nord-américaines.

Unité désignable 12 -- Gaspésie-sud du golfe du Saint Laurent (ZPQ 1, 2 et 3; ZPS 15, 16, 17 et 18; UC 9, 10, 11, 12, 18, 19 et une partie de l’UC 20)

Cette UD s’étend de la rivière Ouelle (exclue) en Gaspésie occidentale jusqu’à l’extrémité nord du cap Breton (environ 47° 02’ N, 60° 35’ O). Les données citées par Dionne et al. (2008) donnent à penser que la Gaspésie et le nord-est du Nouveau-Brunswick représentent un regroupement régional. La Fst moyenne (0,011) entre cours d’eau était la deuxième plus basse parmi les sept régions distinguées, après celle de l’UD 9. Dionne et al. (2008) n’ont pas inclus le sud-est du golfe du Saint-Laurent dans leur analyse, mais les auteurs de ce rapport n’ont trouvé aucun élément de preuve laissant croire que les populations de cette région pourrait différer sur le plan génétique ou du cycle vital de celles de l’ouest du golfe. Certains données associées aux marqueurs génétiques neutres donnent à penser que les cours d’eau du cap Breton occidental pourraient diverger de ceux de l’ouest du golfe du Saint-Laurent (P. O’Reilly, ministère des Pêches et des Océans, comm. pers.), mais des données additionnelles s’imposent pour confirmer cette hypothèse. Verspoor (2005) a également trouvé peu d’éléments probants en faveur d’une divergence au sein de cette région. En conséquence, les cours d’eau du sud-est du golfe du Saint-Laurent ont été inclus dans cette unité. Aucune donnée génétique n’est disponible pour les populations de l’île du Prince-Édouard. Les populations de saumons des petits cours d’eau de l’Île ont probablement conservé les caractéristiques des populations originales de la province, mais celles habitant les cours d’eau plus importants sont fortement influencées par les ensemencements en provenance du Nouveau-Brunswick oriental. La distribution des tailles et le calendrier des remontes des adultes retournant dans ces cours d’eau sont également généralement similaires à ceux observés ailleurs dans le sud-est du golfe du Saint-Laurent (Cairns et al., 2009). Ces facteurs expliquent l’inclusion des populations de l’île du Prince-Édouard au sein de l’UD 12. Comme déjà mentionné, cette région a fait l’objet de nombreux ensemencements dans le passé (Fontaine et al., 1997; Breau et al., 2009; Cairns et al., 2009; Cameron et al., 2009; Chaput et al., 2010). L’île du Prince-Édouard a fourni des œufs de saumons pour les autres cours d’eau des Maritimes, mais elle a également reçu de grandes quantités d’œufs et de juvéniles en provenance de cours d’eau continentaux. La plus grande partie de cette UD a fait l’objet de nombreux ensemencements au moins durant les cent dernières années.

Unité désignable 13 -- Est du cap Breton (ZPS 19; UC 13 et 14)

Cette UD s’étend de la pointe nord de l’île du Cap-Breton (environ 47° 02’ N, 60° 35’ O) au nord-est de la Nouvelle-Écosse (environ 45° 39’ N, 61° 25’ O). Les populations de cette UD semblent génétiquement distinctes de celles de sa voisine du sud, l’UD 14 (hautes terres du sud de la Nouvelle-Écosse) (Verspoor, 2005). Au sein de l’UD même, on note des variations importantes du cycle vital entre les cours d’eau de la côte atlantique et ceux des lacs Bras d’Or. Par exemple, les cours d’eau de la côte atlantique abritent une plus forte proportion de saumons UBM. Les importantes différences notées dans les caractéristiques de l’habitat dulcicole et les tendances démographiques divergentes donnent à croire à l’existence d’une certaine structuration au sein de l’UD. Cependant, les quelques données génétiques disponibles ne laissent entrevoir aucun patron géographique bien distinct (P. O’Reilly, ministère des Pêches et des Océans, comm. pers.). Des ensemencements ont été effectués dans certains cours d’eau de cette UD depuis au moins 1902, c’est-à-dure depuis que le gouvernement fédéral a ouvert l’écloserie de Margaree (MPO, 1997). De façon générale, aucun ensemencement n’a été effectué depuis plus de 10 ans.

Unité désignable 14 -- Hautes terres du sud de la Nouvelle Écosse (ZPS 20 et 21; UC 15)

Cette UD s’étend du nord-est de la Nouvelle-Écosse continentale (environ 45° 39’ N, 61° 25’ O) vers le sud et dans la baie de Fundy jusqu’au cap Split (environ 45° 20’ N, 64° 30’ O). Les données d’ADNmt et microsatellites portent à croire que le flux génique entre l’UD 14 et les UD voisines (13 et 15) est minimal (MPO et MRNF, 2008). De nombreux cours d’eau de l’UD 14 ont un pH relativement faible. Ces cours d’eau abritent également des proportions plus faibles de saumons PBM que leurs voisins du nord. Les populations méridionales de l’UD 14 présentent également l’un des âges à la smoltification les plus bas au Canada (Chaput et al., 2006a). Cette UD a également fait l’objet de nombreux ensemencements importants. Récemment, des ensemencements y ont été effectués dans le but de ralentir le déclin de certaines populations gravement déprimées (J. Gibson, comm. pers.).

Unité désignable 15 -- Intérieur de la baie de Fundy (ZPS : 22 et 23 [parties]; UC 16)

Cette UD s’étend du cap Split (environ 45° 20’ N, 64° 30’ O) autour de l’intérieur de la baie de Fundy jusqu’à un point situé immédiatement à l’est de l’estuaire de la rivière Saint John (environ 45° 12’ N, 65° 57’). Elle est très différente génétiquement des UD avoisinantes et semble afficher un comportement migratoire unique (dans la baie de Fundy et le golfe du Maine) (COSEPAC, 2006b). Plus de 40 millions de saumons ont été ensemencés dans les cours d’eau de cette région depuis le tournant du 20e siècle. Les sources les plus anciennes ne sont pas claires, mais des ensemencements ont été réalisés récemment avec des saumons issus de l’intérieur de la baie de Fundy (Gibson et al., 2003). Ces ensemencements récents, qui visent à maximiser l’exposition des saumons à des environnements sauvages, s’inscrivent dans le cadre d’un programme d’élevage en captivité dont on estime qu’il a empêché, du moins à court terme, l’extinction du saumon dans cette UD (Gibson et al., 2008).

Unité désignable 16 -- Extérieur de la baie de Fundy (ZPS 23 [partie]; UC 17)

Cette UD s’étend vers l’ouest à partir d’un point situé juste à l’est de l’estuaire de la rivière Saint-Jean (environ 45° 12’ N, 65° 57’ O) jusqu’à la frontière canado-américaine. D’après les données génétiques disponibles, le flux génique entre cette UD et les UD voisines 14 et 15 est limité (King et al., 2000; Verspoor et al., 2002; Verspoor, 2005). Dans cette UD, la rivière Serpentine abrite une remonte unique de saumons qui retournent tard en automne et frayent l’année suivante (Saunders, 1981). La proportion de saumons PBM qui migrent vers l’Atlantique Nord y est également plus élevée que dans l’UD 15 (Amiro, 2003). Le fait que la limite méridionale de cette UD coïncide avec la frontière canado-américaine reflète la portée du présent rapport. D’un point de vue biologique, les populations des États-Unis pourraient être incluses dans cette UD (la relation n’a toutefois pas été examinée dans ce cas).

Tableau 1 : Résumé des caractéristiques des UD

UDUD adjacentesZones de pêche du saumon du QuébecVariation génétiqueVariation phénotypiqueCaractéristiques géographiquesCaractéristiques écologiques et de l’habitat
1 -- Nunavik2ZPQ 11D’après les données sur les marqueurs neutres, le flux génique avec les autres UD serait limité. Verspoor (2005); Dionne et al. (2008); Fontaine et al. (1997).Preuves de voies de migration locales.Isolée des autres UD par environ 650 km de côtes.Se trouve à l’extrémité septentrionale de l’aire de répartition de l’espèce au Canada; conditions de type arctique.
2 -- Labrador1, 3, 6, 7ZPS 1, 2, 14 b et 6 cours d’eau de la ZPQ 9Très peu de preuves témoignant d’une sous-structuration des populations dans la partie méridionale de l’UD, données insuffisantes dans la partie septentrionale. Quelques données indiquent que le lac Melville pourrait être distinct.
King et al. (2001); Adams (2007); Dionne et al. (2008).
Incidence plus élevée de poissons PBM. Saumoneaux généralement âgés d’au moins 4 ans (Chaput et al., 2006a).Isolée de l’île de Terre-Neuve par le détroit de Belle Isle.Conditions arctiques et subarctiques dans la majeure partie de l’UD.
Ombles chevaliers et ombles de fontaine anadromes abondants dans de nombreux bassins hydrologiques.
3 -- Nord-est de Terre-Neuve2, 4, 6ZPS 3 et 8Génotypes ADNmt « de type européen » présents dans cette région. D’après les données sur les marqueurs neutres, le flux génique avec les autres UD serait limité. Quelques preuves d’une sous-structuration des populations au sein de l’UD.
King et al. (2000); Verspoor (2005); Adams (2007); Palstra et al. (2007).
Population composée essentiellement de madeleineaux. Saumoneaux généralement âgés d’au moins 4 ans (Chaput et al., 2006a).
Incidence la plus élevée de géniteurs multifrais à l’échelle de l’aire de répartition de l’espèce au Canada.
Une portion importante de la population est non anadrome.
Tous les cours d’eau se jettent directement en pleine mer dans le nord-est de l’Atlantique et les Grands Bancs.pH naturel relativement faible (6,1 à 6,5).
Cours d’eau à faible déclivité.
4 -- Sud de Terre-Neuve3 et 5ZPS 9 à 12Preuve d’une sous-structuration au sein de l’UD, mais absence de patron géographique.
D’après les données sur les marqueurs neutres, le flux génique entre cette UD et les autres UD serait limité.
Verspoor (2005); Adams (2007); Palstra et al. (2007).
Les remontes sont précoces dans certains cours d’eau. Âge médian à la smoltification : 3 ans (Chaput et al., 2006a).
Une portion importante de la population est non anadrome.
La région dans laquelle se jettent les cours d’eau subit l’influence du Gulf Stream et non celle du courant du Labrador.pH des cours d’eau relativement faible, habituellement < 5,5.
Cours d’eau à déclivité élevée dans certaines régions.
Climat plus tempéré que dans les portions septentrionales de l’île de Terre-Neuve.
5 -- Sud-ouest de Terre-Neuve4 et 6ZPS 13Preuves de flux génique plus élevé à l’intérieur de cette UD qu’entre les UD adjacentes et au sein des autres UD.
Verspoor (2005); Palstra et al. (2007).
Smoltification la plus précoce à l’échelle de l’île.
Seule UD sur l’île de Terre-Neuve à comporter une forte proportion de PBM.
Chaput et al. (2006a).
Les cours d’eau se jettent dans le détroit de Cabot et le golfe du Saint-Laurent.
Proximité immédiate des UD méridionales (p. ex. UD 13).
Nombreux cours d’eau à faible déclivité.
Habitat lacustre limité.
6 -- Nord-ouest de Terre-Neuve2, 5 et 7ZPS 14aDonnées insuffisantes.Faible proportion de PBM (Chaput et al., 2006a).Les cours d’eau se jettent dans le détroit de Belle Isle.Habitat lacustre abondant.
7 -- Est de la Côte-Nord du Québec2, 6, 8 et 9ZPQ 8 et 9 (parties)D’après les données sur les marqueurs neutres, le flux génique serait plus élevé à l’intérieur de cette UD qu’entre les UD adjacentes. La frontière ouest avec l’UD 8 semble ambiguë.
Dionne et al. (2008).
Populations comportant de fortes proportions de saumons UBM (Chaput et al. (2006a).Ne présente pas de frontières géographiques claires avec l’UD 8 ou l’UD 2, mais isolée des autres UD par le golfe du Saint-Laurent.Cours d’eau à régimes de température plus froids que ceux de l’UD 8.
8 -- Ouest de la Côte-Nord du Québec7, 9, et 10ZPQ 7 et 8 (parties)D’après les données sur les marqueurs neutres, le flux génique serait plus élevé à l’intérieur de cette UD qu’entre les UD adjacentes. Quelques preuves de l’existence de zones de transition aux frontières.
Dionne et al. (2008).
En comparaison des autres UD de la Côte-Nord, cette UD est de loin celle qui présente la plus forte proportion de saumons PBM (Chaput et al., 2006a).Ne présente pas de frontières géographiques claires avec l’UD 7 ou l’UD 10, mais isolée des autres UD par le golfe du Saint-Laurent.Cours d’eau à déclivité plus prononcée que ceux des UD voisines (Dionne et al., 2008).
9 -- Île d’Anticosti7, 8, 10, 12 et 13ZPQ 10D’après les données sur les marqueurs neutres, le flux génique serait variable au sein de cette UD. Faible divergence notée entre certains cours d’eau, mais nettement divergente par rapport aux UD continentales.
Dionne et al. (2008).
Proportion de saumons UBM plus élevée que dans de nombreuses UD avoisinantes (Chaput et al. 2006a).Système insulaire distinct dans le golfe du Saint-Laurent.Cours d’eau à déclivité plus faible (Dionne et al., 2008).
10 -- Intérieur du Saint-Laurent8, 11 et 12ZPQ 4, 5 et 6Les données sur les marqueurs neutres semblent indiquer une divergence par rapport aux UD adjacentes.
Dionne et al. (2008).
Âge moyen à smoltification plus bas que dans les UD avoisinantes (Chaput et al. (2006a).S.O.Comporte l’habitat dulcicole le plus chaud le long de la Côte-Nord du Québec.
11 -- Lac Ontario10ZPS 20Données insuffisantes.Populations vraisemblablement potamodromes, avec peut-être quelques populations anadromes. Smoltification la plus précoce à l’échelle de l’aire de répartition de l’espèce au Canada.Système de lac intérieur.Inconnues.
12 -- Gaspésie-sud du golfe du Saint-Laurent9, 10 et 13ZPQ 1, 2 et 3; ZPS 15, 16, 17 et 18Données insuffisantes, mais quelques preuves de divergence aux frontières orientale (Dionne et al., 2008) et occidentale (P. O’Reilly, comm. pers.).Cycle vital variable à l’échelle de l’UD, mais pas de patron géographique clair (Chaput et al., 2006a).Englobe la totalité du golfe du Saint-Laurent méridional et l’île du Prince-Édouard.Variables à l’échelle de l’UD. L’île du Prince-Édouard constitue un système insulaire distinct. La rivière Miramichi est le principal système fluvial.
13 -- Est du cap Breton12 et 14ZPS 19Absence de l’haplotype mitochondrial observé dans l’UD 14.
Verspoor et al. (2005).
Cycle vital variable à l’échelle de l’UD.
Quelques preuves d’un patron géographique occidental et oriental (Chaput et al., 2006a).
Système insulaire. Bon nombre des cours d’eau de l’UD se jettent en pleine mer dans l’Atlantique. Grand système de lac intérieur.Cours d’eau à déclivité plus marquée que ceux des UD voisines.
14 -- Hautes terres du sud de la Nouvelle-Écosse13 et 15ZPS 20 et 21Possible divergence entre les UD 14, 15 et 16 suggérée par les données allozymes, mitochondriales et microsatellites.
Verspoor (2005); Verspoor et al. (2005); O’Reilly, comm. pers.
Abrite une proportion plus faible de saumons PBM que les UD situées plus au nord. Âge à la smoltification parmi les plus bas signalés au Canada (Chaput et al., 2006a).Les cours d’eau se jettent dans l’Atlantique Nord occidental.Nombreux cours d’eau à pH relativement faible.
15 -- Intérieur de la baie de Fundy14 et 16ZPS 22 et 23 (parties)Possible divergence entre les UD 14, 15 et 16 suggérée par les données allozymes, mitochondriales et microsatellites.
Verspoor (2005); Verspoor et al. (2005); O’Reilly, comm. pers.
Comportement migratoire unique.Limitée à l’intérieur de la baie de Fundy.Système maréal unique propre à la baie de Fundy.
16 -- Extérieur de la baie de Fundy15ZPS 23 (partie)Possible divergence entre les UD 14, 15 et 16 suggérée par les données allozymes, mitochondriales et microsatellites.
Verspoor (2005); Verspoor et al. (2005); O’Reilly, comm. pers.
Proportion de saumons PBM migrant vers l’Atlantique Nord plus élevée que dans l’UD 15 (Chaput et al., 2006a).
Plusieurs systèmes présentant des calendriers de remonte inhabituels.
  



Note de bas de page

iii Les éléments de cette section sont copiés, résumés ou synthétisés à partir de données du COSEPAC (2006a).