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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le saumon atlantique au Canada

Habitat

Le saumon atlantique présente un cycle vital à la fois complexe et variable qui débute en eau douce et qui peut être ponctué par des migrations de grande ampleur en milieux dulcicole et marin se terminant par un retour en eau douce pour le frai.

Besoins en matière d’habitat dulcicolevii

Les cours d’eau habités par le saumon atlantique sont généralement clairs, frais et bien oxygénés, à déclivité faible à modérée et à fond de gravier, de galets et de blocs rocheux (COSEPAC, 2006b).

L’habitat dulcicole est considéré comme une ressource limitant la production en eau douce et sert donc de critère pour établir les densités nécessaires à la conservation de l’espèce dans les cours d’eau canadiens (O’Connell et al., 1997a). La perte d’habitat dulcicole depuis la colonisation européenne s’est soldée par des déclins spectaculaires de l’aire de répartition et de l’abondance du saumon atlantique (Leggett, 1975). Une superficie d’habitat relativement limitée, mais localement importante, a été créée par élimination des obstacles naturels entravant les déplacements des saumons. Ces améliorations ont permis d’accroître la taille des populations de saumons dans plusieurs cours d’eau (voir par exemple Mullins et al., 2003).

L’habitat dulcicole utilisé par le saumon atlantique est diversifié et a fait l’objet d’études approfondies, et ses caractéristiques sont largement documentées (Bjornn et Reiser, 1991; Gibson, 1993; Bardonnet et Bagliniere, 2000; Armstrong et al., 2003a; Rosenfeld, 2003; Amiro, 2006). Les frayères se trouvent souvent dans des zones à fond de gravier de profondeur et à courant modérés (Fleming, 1996), mais les saumons juvéniles et adultes se rencontrent dans des milieux fluviaux, lacustres et estuariens. À l’échelle individuelle, les saumons fréquentent souvent plusieurs types d’habitat durant leur séjour en eau douce (Erkinaro et Gibson, 1997; Bremset, 2000) pour des raisons démographiques (Saunders et Gee, 1964) et écologiques (Morantz et al., 1987; Bult et al., 1999).

Les saumons juvéniles exploitent généralement des territoires d’alimentation relativement restreints dans les cours d’eau. L’emplacement de ces territoires peut changer lorsque les individus se déplacent sur de grandes distances à la recherche de meilleures conditions d’alimentation, d’un refuge (thermique ou saisonnier) ou d’une frayère (McCormick et al., 1998). Dans certaines régions (p. ex. Terre-Neuve), les juvéniles occupent également des milieux lacustres, où ils trouvent des conditions particulièrement favorables à leur croissance (Hutchings, 1986). En hiver, les tacons peuvent se réfugier dans les espaces interstitiels du substrat (Cunjak, 1988) ou migrer en milieu lacustre (Robertson et al., 2003). Les domaines vitaux dulcicoles sont finalement abandonnés lorsque les saumoneaux entreprennent leur migration vers la mer (exceptionnellement, chez les populations du lac Ontario, la migration s’effectuait probablement vers des milieux lacustres). Du fait de la propension migratoire de l’espèce, la connectivité des habitats revêt une importance particulière, non seulement pour la migration des adultes vers les frayères, mais aussi pour les déplacements saisonniers des juvéniles et les changements d’habitat associés à l’ontogenèse.

Dans le lac Ontario, les saumons résidents adultes demeuraient habituellement dans le lac jusqu’au dernier moment avant le frai, puis remontaient leur cours d’eau natal pour s’y reproduire. Dans la plupart des cas, la petite taille et le débit et volume réduits de la plupart des affluents du lac Ontario empêchaient les grands saumons d’y résider durant de longues périodes, et leur séjour s’y prolongeait rarement sur plus d’une semaine après le frai (Parsons, 1973). On sait peu de chose sur l’habitat lacustre préféré du saumon atlantique, si ce n’est que les lacs oligotrophes profonds et frais riches en proies telles que l’éperlan (Osmerus mordax) et alimentés par des affluents pouvant servir de frayères et d’aires d’élevage semblent particulièrement propices sur le plan écologique (MacCrimmon et Gots, 1979; Cuerrier, 1983). Avant que l’éperlan fasse son apparition dans le lac au cours des années 1930, le saumon du lac Ontario dépendait probablement des ciscos puis, ultérieurement, du gaspareau. Les fonctions assurées par le lac Ontario pour les saumons résidents juvéniles et adultes étaient probablement comparables à celles de l’océan pour les populations anadromes.

Les conditions chimiques constituent un aspect important de l’habitat du saumon. Les populations de saumons atlantiques exposées à de faibles valeurs de pH peuvent présenter une production réduite et même disparaître (MPO,> 2000). Leur tolérance à de telles conditions varie en fonction de l’étape du cycle de vie, les alevins et les saumoneaux y étant les plus sensibles. En général, les cours d’eau présentant un pH entre 4,7 et 5 sont considérés comme modérément perturbés, et ceux affichant un pH inférieur à 4,7, comme acidifiés (MPO, 2000) et, de ce fait, peu susceptibles d’abriter des populations de saumons.

La température a été décrite comme le principal déterminant abiotique de la production des poissons téléostéens dans les cours d’eau (Heggenes et al., 1993). En comparaison des autres salmonidés, les tacons du saumon atlantique tolèrent relativement bien les eaux chaudes (Elliot, 1991). Les eaux présentant des températures supérieures à 22 °C ne sont pas propices à l’alimentation du saumon (Eliott, 1991), et le seuil létal (seuil de température à partir duquel tous les saumons quitteraient leur habitat s’ils en avaient la possibilité) a été estimé à 27,8 °C (Garside, 1973). L’âge à la smoltification, déterminé par les possibilités de croissance au printemps et en été, augmente graduellement du sud vers le nord (Metcalfe et Thorpe, 1990). L’existence d’un régime de température optimal influant sur l’abondance du saumon atlantique en modulant la productivité des saumoneaux paraît donc tout à fait plausible.

L’habitat disponible est une fonction directe du débit des cours d’eau (Bovee, 1978), et l’exposition prolongée de populations juvéniles à des conditions de faible débit peut limiter la production dans les cours d’eau. De nombreuses observations démontrent également que le remonte des saumons prêts à frayer en milieu dulcicole peut être retardée en présence de faibles débits (Stasko, 1975; Brawn, 1982). Les fluctuations de débit sont toutefois un phénomène normal dans les cours d’eau tempérés occupés par le saumon. En comparaison des autres Salmonidés avec lesquels il partage son habitat, le saumon atlantique semble tolérer relativement bien les fluctuations de débit et les contraintes physiques qui en résultent. Les saumons juvéniles peuvent également quitter les fosses, habitat préféré en situation de faible débit  (Morantz et al., 1987), pour gagner les radiers lorsque les débits sont élevés (Bult et al., 1999). Du fait de cette adaptabilité, les saumons juvéniles peuvent occuper des portions étendues des cours d’eau soumises à des fluctuations de débit et de température.

Du fait de son comportement migrateur, le saumon atlantique est particulièrement vulnérable aux effets négatifs des obstructions. Les obstacles naturels ou anthropiques entravant les déplacements des poissons réduisent considérablement la production de saumons en compromettant l’accès des poissons matures aux frayères et en empêchant les juvéniles d’atteindre les habitats d’alimentation et les refuges. De façon générale, la plupart des obstacles mesurant plus 3,4 m de hauteur empêchent la remontée des saumons adultes (Powers et Orsborn, 1985), à moins que ceux-ci puissent emprunter une chute franchissable se jetant dans une fosse d’affouillement dont la profondeur s’établit à 1,25 fois la hauteur de la chute. Selon la forme de la chute et de la fosse, la hauteur maximale peut être bien inférieure. En outre, comme la capacité de saut et de nage est fonction de la longueur du corps (Reiser et Peacock, 1985), la capacité des juvéniles de surmonter les obstacles est considérablement réduite par rapport à celle des adultes.

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Besoins en matière d’habitat marinviii

Durant ses migrations effectuées à l’état de saumoneau juvénile ou de « charognard », le saumon passe d’un environnement dulcicole vers des estuaires saumâtres puis vers la pleine mer (figure 11). O’Connell et al. (2006) mentionnent que la croissance est plus rapide en mer qu’en eau douce, la masse corporelle augmentant  près de 75 fois entre le stade de saumoneau et celui de saumon UBM, et de plus de 200 fois entre le stade de saumoneau et celui de saumon dibermarin (DBM). En mer, la mortalité naturelle est élevée et variable, et de nombreux facteurs, dont certains sont liés à l’habitat, peuvent influer sur la survie du saumon atlantique (Reddin, 2006). On sait peu de choses sur les facteurs de mortalité qui touchent chacune des populations en mer,  en partie parce qu’on ne dispose pas de renseignements détaillés sur les voies de migration ainsi que la répartition de ces populations, qui semble cependant se chevaucher dans l’Atlantique Nord (Reddin, 2006).

La survie du saumon atlantique durant la transition de la vie en eau douce à la vie dans l’océan à l’état de saumoneau ou de charognard influe grandement sur l’importance relative des classes d’âge (Reddin, 2006). Latempérature de l’eau est généralement considérée comme le principal régulateur environnemental de la smoltification (même si la photopériode est également importante). Le processus de transformation des saumoneaux s’accompagne de modifications de la vitesse de métabolisme, l’accroissement des besoins énergétiques forçant le poisson à commencer à s’alimenter immédiatement. Parmi toutes les variables qui influent sur la survie des « postsaumoneaux » (individus qui ont séjourné plusieurs mois en mer), la température est particulièrement importante, car c’est elle qui détermine la vitesse de métabolisme. Pour survivre, les postsaumoneaux doivent s’adapter rapidement à leur nouvel environnement physique et parvenir à échapper à leurs prédateurs et à capturer des proies. Les températures de l’eau dans les secteurs abritant des saumons oscillent entre 0 °C et près de 20 °C, généralement entre 8 °C et 15 °C (Reddin, 2006). Le temps passé à l’intérieur ou à proximité de l’estuaire d’origine ne dépasse pas 1 à 2 cycles de marée et  pourrait  limiter les possibilités de prédation. La migration des postsaumoneaux vers les zones océaniques est en général rapide. Des études de suivi ont confirmé la rapidité des déplacements des estuaires vers le grand large et montré que les courants de marée et les vents influent sur la migration (Hedger et al., 2008; Martin et al., 2009). Une exception à ce schéma général nous provient du golfe du Saint-Laurent, où des postsaumoneaux ont été capturés tard en été à proximité de la côte, probablement longtemps qu’ils aient quitté leur cours d’eau natal et leur estuaire d’origine (Dutil et Coutu, 1988). En Amérique du Nord, les postsaumoneaux se dirigent habituellement vers le nord une fois qu’ils ont atteint la pleine mer.

Les prises et taux de capture les plus élevés observés durant les relevés scientifiques sur les postsaumoneaux dans le nord-ouest de l’Atlantique ont été enregistrés à des latitudes variant entre 56° et 58° N dans la mer du Labrador. Les dates des captures et le comportement des poissons donnent à penser que certains postsaumoneaux avaient passé l’hiver dans cette zone (Reddin, 2006). Les postsaumoneaux qui séjournent dans la mer du Labrador proviennent de cours d’eau répartis à l’échelle de presque toute l’aire de répartition du saumon en Amérique du Nord, mais l’ampleur de la migration vers la mer du Labrador varie d’une population à l’autre. Des postsaumoneaux ont également été capturés à la fin de l’été dans des filets de pêche aux harengs, dans le nord du golfe du Saint-Laurent. La destination hivernale de ces saumons reste inconnue. Des postsaumoneaux issus de cours d’eau se jetant dans l’intérieur de la baie de Fundy (IBF) sont demeurés dans la baie jusque tard en été. Bien que l’emplacement de l’aire d’hivernage des saumons IBF demeure inconnu, l’absence d’individus marqués parmi les prises enregistrées aux pêches d’interception distante indique que le saumon IBF migre moins loin vers le nord que les autres stocks de saumon.

Au printemps, les saumons adultes se rassemblent généralement en grand nombre au large de la pente orientale du Grand Banc et, en moindre abondance, dans le sud de la mer du Labrador et sur le Grand Banc. En été et jusqu’au début de l’automne, les saumons adultes immatures sont concentrés dans la région du Groenland occidental et, en moindre nombre, dans le nord de la mer du Labrador et la mer d’Irminger. Ces tendances connaissent quelques exceptions notables. Ainsi, comme dans le cas des postsaumoneaux issus de la même région, peu de saumons adultes IBF sont capturés hors de la baie elle-même. Les saumons issus de cours d’eau se jetant dans la baie d’Ungava constituent une autre exception, passant l’hiver dans la région. Dans certains cas, des adultes de populations « à remonte printanière » peuvent entreprendre la remontée de leur rivière natale alors que ceux de populations voisines se trouvent loin en pleine mer.

La température de la surface de la mer (SST) et la répartition des glaces influent sur le moment de la remonte et la répartition des saumons dans l’Atlantique nord-ouest (Reddin, 2006). Les saumons se rencontrent en mer sous des SST de 1 °C à 12,5 °C et atteignent leur abondance maximale sous des SST de 6 °C à 8 °C. Dans la mer du Labrador, 80 % des saumons ont été trouvés sous des SST de 4 °C à 10 °C (Reddin, 2006). Des saumons charognards marqués ont été trouvés à des températures oscillant entre une valeur minimale proche de 0 °C et plus de 25 °C, mais la plupart du temps dans des eaux de 5 °C à 15 °C (Reddin et al., 2004). Les températures inférieures à 0° C sont létales pour le saumon adulte (Fletcher et al., 1988), ce qui pourrait expliquer la réaction d’évitement manifestée par l’espèce à l’égard des eaux recouvertes de glace (May, 1973). La relation significative relevée entre la SST et les taux de capture donne à croire que les saumons modifient leurs déplacements en mer en fonction de la SST.

Des saumoneaux sauvages et d’élevage en phase d’adaptation à l’eau salée ont été exposés à des températures minimales et maximales létales (Sigholt et Finstad, 1990; Handeland et al., 2003). À l’extrémité inférieure du spectre, une mortalité a été observée chez les postsaumoneaux exposés à des températures de 6 °C à 7 °C et, à l’autre extrémité, à des températures supérieures à 14 °C. Cette observation donne à croire que des fenêtres environnementales jouent un rôle déterminant dans la transition vers l’état de saumoneau en mer.

Friedland (1998) a étudié les effets du climat océanique sur les grands paramètres du cycle vital du saumon, notamment l’âge à maturité, la survie, la croissance et la production du saumon en mer. À son avis, le climat océanique et les événements climatiques terrestres d’origine océanique influent sur pratiquement tous les aspects du cycle vital du saumon. Ainsi, l’exposition à des valeurs de SST plus élevées a été associée à une élévation du ratio de saumons UBM : PBM (Saunders et al., 1983; Jonsson et Jonsson, 2004) possiblement liée à une modification des taux de croissance (Scarnecchia, 1983). Scarnecchia (1984), Reddin (1987), Ritter (1989), Reddin et Friedland (1993), Friedland et al. (1993), Friedland et al. (1998, 2003a, 2003b) et Beaugrand et Reid (2003) ont également mis en évidence des corrélations significatives entre les prises et la production de saumon, d’une part, et divers signaux environnementaux (dont des signaux liés à la productivité du plancton), d’autre part.

Figure 11 : Voies de migration marines des postsaumoneaux (image de gauche) et des adultes revenant frayer (image de droite)

Cartes illustrant les voies de migration marines des postsaumoneaux (carte de gauche) et des adultes revenant frayer (carte de droite).
Figure adaptée de Reddin (2006).

Veuillez voir la traduction française ci-dessous :
Baffin Island = Île de Baffin
Baffin Bank = Banc de Baffin
Davis Strait = Détroit de Davis
Greenland = Groenland
Hudson Strait = Détroit de Hudson
Ungava Bay = Baie d’Ungava
Saglek Bank = Banc Saglek
Wintering area = Aire d’hivernage
Path of movements = Déplacements des saumons
Early/mid summer = Début / milieu de l’été
Late summer/fall = Fin de l’été / automne
Nain Bank = Banc de Nain
Hamilton Bank = Banc de Hamilton
Labrador = Labrador
Quebec = Québec
NFLD = T.-N.
New Brunswick = Nouveau-Brunswick
Bay of Fundy = Baie de Fundy
Nova Scotia = Nouvelle-Écosse
Scotian shelf = Plate-forme Scotian
St Pierre Bank = Banc de Saint-Pierre
Grand Bank = Grand Banc
Flemish cap = Bonnet Flamand

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Tendances en matière d’habitat dulcicoleix

Les barrages, munis ou non de passes à poissons, sont probablement à l’origine de la majorité des pertes d’habitat du saumon en Amérique du Nord. De très nombreux petits barrages de scierie ont été construits avant l’avènement de l’hydroélectricité. Entre 1815 à 1855, plus de 30 scieries ont été construites chaque année dans les provinces atlantiques (Dunfield, 1985). La Nouvelle-Écosse comptait à elle-seule 1 798 barrages en 1851. En Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, des relevés ont démontré que les barrages et les résidus de scierie avaient causé de graves pertes et destruction d’habitat. Selon des estimations effectuées à l’époque, de 70 % à 80 % de l’habitat du saumon étaient touchés. Le « Haut-Canada » vivait une situation similaire, et en 1866, le saumon avait déjà disparu de nombreux affluents du lac Ontario ou ne s’y rencontrait plus que rarement (Dunfield, 1985).

L’adoption de la Loi sur les pêches, peu après la ratification de la Confédération canadienne, a entraîné une certaine amélioration de la situation. Toutefois, la fin des années 1920 a marqué l’avènement de l’ère de l’hydroélectricité. Cette nouvelle technologie nécessitait la construction de barrages en béton de haute chute et l’inondation de vastes zones de cours d’eau. Le fonctionnement des passes migratoires, dans le cas où elles avaient été installées, était fastidieux, et dans bien des cas, elles ont finalement été abandonnées en raison du manque de poissons. Au cours des 40 années qui ont suivi, des projets hydroélectriques ont été entrepris sur de nombreux cours d’eau importants, occasionnant de nouvelles pertes de populations de saumons. Comme les projets hydroélectriques tiraient souvent parti des chutes existantes, ils ne causaient pas tous directement la disparition de populations de saumons. La littérature spécialisée ne contient aucun inventaire des barrages et des pertes d’habitat causées par ces derniers. Il est toutefois particulièrement intéressant de noter que cinq des cours d’eau les plus importants de la Nouvelle-Écosse, qui abritaient des saumons avant la colonisation européenne, ont fait l’objet d’une exploitation hydroélectrique. Aucun de ces cours d’eau n’abrite des saumons indigènes aujourd’hui (MPO et MRNF, 2008). Le phénomène n’est pas limité à la Nouvelle-Écosse. Des gains d’habitat, certes modestes en comparaison des pertes, ont été réalisés grâce à l’installation de structures permettant aux saumons de contourner les obstacles naturels. À Terre-Neuve, des travaux de mise en valeur entrepris entre les années 1940 et 1990 ont permis de la création de plus de 21 600 ha d’habitat fluvial pour les saumons (Mullins et al., 2003).

En 1870, environ 50 % de l’habitat ou des populations qui en dépendaient avaient déjà disparu. La majorité de ces populations et de ces zones d’habitat se trouvaient dans le haut Saint-Laurent et le lac Ontario (Leggett, 1975). En 1989, la perte nette de capacité productive subie depuis 1870 était estimée à 16 %, dont 8 % résultaient de pertes de capacité productive, 7 % de l’aménagement de structures de retenue et 3 % de l’acidification (Watt, 1989). Durant la même période, l’aménagement de passes migratoires a permis d’enregistrer un gain de productivité de 2 % (Watt, 1989).

Dans certaines régions déjà touchées par des pertes directes d’habitat, l’acidification a réduit encore davantage la qualité des habitats restants. Les émissions nord-américaines de SO2 se sont accrues durant la révolution industrielle et ont atteint un sommet au début des années 1970. En Amérique du Nord, environ 60 % des dépôts humides de sulfate sont anthropiques. Depuis, les émissions ont diminué, comme en témoigne la réduction des dépôts humides de sulfate et des concentrations en ions oxonium enregistrée aux sites de surveillance. Les dépôts de sulfate anthropiques ont diminué d’environ un tiers depuis le milieu des années 1980 (MPO, 2000), entraînant une forte baisse des dépôts de substances acidifiantes. Malheureusement, la réduction des dépôts atmosphériques (H+) ne s’est pas traduite par une diminution sensible de l’acidité des lacs aux sites touchés de Nouvelle-Écosse et n’a eu aucun effet sur le potentiel de neutralisation de l’acide (PNA). En conséquence, 22 % des 65 cours d’eau à saumon des hautes terres du sud sont acidifiés et n’abritent plus de populations de saumons (MPO, 2000).

Des mesures ont récemment été prises dans le but de restaurer l’habitat dans des rivières anciennement occupées par le saumon et leur voisinage immédiat, notamment dans des zones riveraines du bassin du lac Ontario. La poursuite de l’expansion urbaine dans la région du Grand Toronto a très probablement des effets directs et indirects sur les caractéristiques chimiques et biologiques des cours d’eau de la région (Stanfield et Kilgour, 2006; Stanfield et al., 2006). Le lac a lui-même subi de nombreux changements susceptibles de compromettre la survie du saumon atlantique, notamment l’introduction de saumons du Pacifique et d’autres espèces de salmonidés non indigènes (Christie, 1973; Scott et al., 2003) et l’invasion par des espèces telles que la grande lamproie marine (Petromyzon marinus) (Christie, 1972) et les moules de la famille des Dreissenidés.

Les populations du Québec et de l’Atlantique subissent également les effets plus ou moins prononcés du changement du régime d’utilisation des terres (p. ex. urbanisation, exploitation forestière, agriculture, etc.) et sont menacées par diverses espèces envahissantes faisant l’objet d’une description qualitative à la section intitulée « Menaces et facteurs limitatifs ».

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Tendances en matière d’habitat marinx

Les changements climatiques, du fait qu’ils peuvent réduire la productivité et altérer les régimes écologiques, représentent un enjeu majeur pour la survie du saumon atlantique (Hare et Francis, 1995; Steele, 2004; Beamish et al.,1997). Dans l’Atlantique nord-ouest, il a été démontré qu’un changement touchant l’ensemble du bassin (induit par des modifications de l’indice d’oscillation nord-atlantique) a compromis la productivité du saumon atlantique (Reddin et al., 2000; Chaput et al., 2005). Cette réduction pourrait être liée à une diminution de l’abondance des saumons (Dickson et Turrell, 2000) et à une baisse du recrutement (Beaugrand et Reid, 2003; Jonsson et Jonsson, 2004; Chaput et al., 2005) dans l’Atlantique Nord. D’après des recherches récentes, les changements climatiques pourraient également avoir de graves conséquences sur la croissance des jeunes saumons en milieu marin (Friedland et al., 2005; idem, 2006; idem, 2009).

Les déclins récents et d’une ampleur sans précédent des stocks de saumons atlantiques, à la fin des années 80 et au cours des années 1990, ont attiré l’attention de la communauté scientifique sur le manque de connaissances de l’écologie du saumon durant sa phase marine (Reddin, 2006). Commme ces déclins se sont produits à grande échelle et qu’en dehors des UD 14 et 16, peu d’indications attestaient une réduction de la production de saumoneaux en eau douce, on a conclu que la cause principale de ces déclins résidait dans la phase océanique (Reddin et Friedland, 1993; Friedland et al., 1993). Pour les saumons de nombreux cours d’eau dont la survie en mer a été évaluée, les plus faibles valeurs ont été enregistrées ces dernières années. Cette baisse des taux de survie a coïncidé avec une réduction considérable de l’exploitation marine (pêche) résultant d’une diminution massive de l’effort de pêche et, dans certains cas, d’une interdiction totale de la pêche (CIEM, 2005). À l’évidence, la pêche n’était pas la cause principale des déclins observés. Beaugrand et Reid (2003) ont décelé des changements à grande échelle de la biogéographie des crustacés copépodes calanoïdes dans l’Atlantique nord-est induits par des changements de la température de l’eau de surface. Apparemment, les assemblages de copépodes d’eau chaude se seraient déplacés d’environ 10° de latitude vers le nord. Des corrélations ont été établies entre ces changements et les déclins d’un certain nombre de variables biologiques, dont l’abondance du saumon (MPO et MRNF, 2008). Cette hausse régionale de la température semble donc jouer un rôle important dans la modification la dynamique des écosystèmes pélagiques de l’Atlantique nord-est, avec tout ce que cela comporte comme conséquences possibles sur les processus biogéochimiques, tous les stocks de poissons et les pêches. Selon toute évidence, ces changements de régime associés aux changements climatiques se poursuivront, en particulier dans la mer du Labrador, désormais considérée comme le centre des changements climatiques qui surviendront dans l’Atlantique Nord au cours du 21e siècle  (Dickson et al., 2007, in Green et al., 2008).

Même si, contrairement aux autres populations canadiennes, la population de l’intérieur de la baie de Fundy (IBF) passe l’hiver dans la baie ou dans le golfe du Maine, la faible survie en mer demeure toutefois le principal facteur responsable de l’écroulement des stocks de saumon IBF. Au moins 3 facteurs peuvent expliquer les déclins importants de la qualité de l’habitat marin et de l’abondance de l’espèce dans cette région. Premièrement, plus de 400 barrières intertidales ont été érigées dans la baie de Fundy (Wells, 1999), et même si leur construction date d’avant les années 1970, il est possible que leurs effets cumulés dans le temps aient rendu l’écosystème de l’intérieur de la baie moins propice pour le saumon. Deuxièmement, l’aquaculture a connu un essor considérable au cours des 30 dernières années dans l’ouest de la baie de Fundy, le nord du golfe du Maine et la portion sud-ouest de la côte Scotian. Troisièmement, la production primaire semble en déclin dans certaines portions de l’ouest de l’Atlantique Nord (Gregg et al., 2003), et ce déclin pourrait avoir des répercussions considérables sur les flux énergétiques, l’état physiologique des poissons et la structure des communautés de poissons, comme on l’a récemment constaté dans la portion est de la plate-forme Scotian (Choi et al., 2004). Les changements climatiques (Drinkwater et al., 2003) et l’extraction non compensée par la production primaire nette de très grandes quantités de biomasse de poissons associée aux pêches océaniques (Choi et al., 2004) font partie des causes possibles du déclin de la production primaire nette.

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Protection et propriété

La totalité ou certaines sections de 36 cours d’eau à saumon se trouvent sur des terres fédérales protégées comprises dans des parcs nationaux (parc national de Terra Nova -- UD 3 : 9 cours d’eau; parc national du Gros-Morne -- UD 6 : 10 cours d’eau; parc national Kouchibouguac -- UD 12 : 4 cours d’eau; parc national des Hautes-Terres-du-Cap Breton -- UD 13 : 11 cours d’eau; parc national Fundy -- UD 15 : 2 cours d’eau; parc national et lieu historique national Kejimkujik -- UD 14 : 1 cours d’eau). Chaque parc national contient uniquement une petite proportion des individus de l’UD correspondante et, dans certains cas, les populations locales ont complètement disparu (p. ex. population de la rivière Mersey, dans le parc national et lieu historique national Kejimkujik). Tous les autres cours d’eau coulent sur des terres provinciales ou privées.

Les responsabilités constitutionnelles du gouvernement fédéral en matière de pêches intérieure, côtière et océanique sont gérées par la Loi sur les pêches. Cette loi confère à Pêches et Océans Canada (MPO) le pouvoir et l’obligation de conserver et de protéger le poisson et l’habitat du poisson (tel que défini dans la Loi) essentiel au soutien des activités de pêche commerciale, sportive et autochtone durables. Elle contient des dispositions qui peuvent être appliquées pour encadrer les besoins en matière de débit des poissons et le passage du poisson, interdire la destruction du poisson autrement que par la pêche, prévenir la pollution des eaux abritant des poissons et éviter que des dommages soient causés à l’habitat des poissons. Environnement Canada a été investi de la responsabilité d’administrer les dispositions de la Loi portant sur l’immersion ou le rejet de substances polluantes dans des eaux abritant des poissons. L’application des autres dispositions de la Loi relève du MPO.




Notes de bas de page

vii Les éléments de cette section sont copiés, résumés ou synthétisés à partir de données du MPO (2000), de Amiro (2006), du COSEPAC (2006a, 2006b) ainsi que du MPO et du MRNF (2008).
viii Les éléments de cette section sont copiés, résumés ou synthétisés à partir de données de Reddin (2006), du COSEPAC (2006a, 2006b) ainsi que du MPO et du MRNF (2008).
ix Les éléments de cette section sont copiés, résumés ou synthétisés à partir de données du MPO (2000), de Amiro (2006), du COSEPAC (2006a, 2006b) ainsi que du MPO et du MRNF (2008).
x Les éléments de cette section sont copiés, résumés ou synthétisés à partir de données du COSEPAC (2006b), du MPO et du MRNF (2008, 2009).