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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le quiscale rouilleux (Euphagus carolinus) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Habitat d’hivernage

Le long de ses voies migratoires et dans ses aires d’hivernage, le Quiscale rouilleux favorise généralement les milieux humides tels que les forêts inondées, les étangs de castors et les bandes broussailleuses des lacs, rivières et ruisseaux (Avery, 1995; Cyr et Larivée, 1995; Campbell et al., 1997) ainsi que, dans une moindre mesure, les habitats anthropiques comme les pâturages, les champs labourés, les étangs d’assainissement et les petits sites d’enfouissement (Avery, 1995; Campbell et al., 1997; Sinclair et al., 2003).

Habitat de reproduction

L’aire de reproduction du Quiscale rouilleux correspond de très près aux écozones terrestres de la forêt boréale et de la taïga (Godfrey, 1986; Cadman et al., 1987; Erskine, 1992; Semenchuk, 1992; Avery, 1995; Gauthier et Aubry, 1995; Campbell et al., 1997; Sinclair et al., 2003). Dans ces biomes, le Quiscale rouilleux habite généralement les milieux humides des forêts conifériennes (Erskine, 1977; Gunn et al., 1977; DesGranges et Houde, 1989; Gauthier et Aubry, 1995). Le Quiscale rouilleux est habituellement absent des milieux humides situés au-delà de la limite de la zone arborée, comme la toundra alpine et la toundra arctique, et n’est pas abondant dans les milieux humides des hautes montagnes (DesGranges et Houde, 1989; Campbell et al., 1997).

En région boisée, le Quiscale rouilleux est strictement riverain et ne fréquente que rarement l’intérieur forestier (Whitaker et Montevecchi, 1999). Il occupe principalement les milieux humides associés à des brûlis récents, les landes boisées, les tourbières avec ou sans étang, les broussailles riveraines, les pessières ouvertes à mousses ou à lichens, les secteurs dominés par des lisières de conifères, les lacs et les marais (Consortium Gauthier et Guillemet – G.R.E.B.E., 1991, 1992; Avery, 1995). Le Quiscale rouilleux occupe également les cariçaies, les marais, les muskegs, les marécages et les estuaires (Schweinsburg, 1974; Erskine, 1977; Gunn et al., 1975, 1977; Spindler et Kessel, 1980; DesGranges et Houde, 1989; Semenchuk, 1992; Avery, 1995; Gauthier et Aubry, 1995; Campbell et al., 1997; Sinclair et al., 2003). Dans l’est du Canada, le Quiscale rouilleux occupe les habitats des bandes broussailleuses des îles, lacs, rivières et ruisseaux, ainsi que les fourrés d’aulnes et de saules (Darveau et al., 1995; Larue et al., 1995; Whitaker et Montevecchi, 1999). Dans la portion sud-est de son aire de reproduction, il a également été observé dans les habitats de début de succession créés par les perturbations naturelles comme les incendies, les chablis et les inondations causées par les castors (Castor canadensis; Ellison, 1990). En Nouvelle-Écosse -- et plus précisément au cap Breton -- le Quiscale rouilleux occupe également des environnements plus secs, comme les pâturages (Erskine, 1992).

Tendances en matière d’habitat

Habitat d’hivernage

La plaine inondable de la vallée du Mississippi, du sud de l’Illinois à la côte de la Louisiane, représente une grande portion de l’aire d’hivernage du Quiscale rouilleux (Avery, 1995). On estime que la transformation des forêts humides de ces régions en terres agricoles et en zones d’habitation est l’une des principales causes du déclin du Quiscale rouilleux (Greenberg et Droege, 1999). Au cours des 150 dernières années, ce massif forestier a perdu 80 p. 100 de sa superficie. Il s’étendait autrefois sur 97 124 km²; les parcelles discontinues de forêt résiduelle ne couvrent plus que 20 234 km² (Hefner et Brown, 1984). Entre 1950 et 1980 seulement, plus du quart de la forêt de la plaine inondable du Mississippi a été transformée (Hefner et Brown, 1984).

Habitat de reproduction

Au Canada, la transformation des milieux humides en terres agricoles et en zones d’habitation humaine a entraîné la réduction de l’habitat de reproduction du Quiscale rouilleux, en particulier au sud de son aire de reproduction (Hobson et al., 2002).

L’habitat actuel subit possiblement l’influence plusieurs autres phénomènes. Par exemple, l’inondation de vastes territoires pour la création de réservoirs hydroélectriques pourrait avoir des conséquences négatives sur l’habitat du Quiscale rouilleux. Dans le nord du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador, la création de réservoirs touche actuellement 1,5 p. 100 de la forêt boréale, et on estime que cette proportion ira en augmentant au cours des dix prochaines années (Hayeur, 2001). Même si les milieux humides créés par des programmes d’atténuation compensent, dans une certaine mesure, les pertes provoquées par les réservoirs (Hayeur 2001), la qualité de ces nouveaux habitats pour le Quiscale rouilleux demeure inconnue.

Le drainage et le pompage d’immenses volumes d’eau douce des réserves souterraines et de surface aux fins de l’extraction du pétrole et du gaz peut également toucher l’habitat du Quiscale rouilleux (Griffiths et Woynillowicz, 2003). On estime que les besoins en eau de l’industrie pétrolière et gazière de l’Alberta auront triplé en 2020 (Griffiths et Woynillowicz, 2003).

Enfin, les hausses de températures attribuables aux changements climatiques pourraient avoir une incidence sur les milieux humides en faisant dégeler le pergélisol et en asséchant les tourbières (Ressources naturelles Canada, 2004).

Une estimation sommaire suggère qu’environ 5 p. 100 de l’habitat du Quiscale rouilleux dans la forêt boréale canadienne a été transformé et ne sont plus viables pour l’espèce. En raison de l’intensification du développement industriel projetée à moyen terme (cinquante prochaines années), on prévoit qu’encore 4 p. 100 de l’habitat de reproduction du Quiscale rouilleux sera transformé (selon les données de Global Forest Watch Canada, 2000; Hayeur, 2001; Griffiths et Woynillowicz, 2003; Kling et al., 2003; Habitat faunique Canada, 2003).

Protection et propriété

Au Canada, environ 94 p. 100 de l’habitat du Quiscale rouilleux est situé sur des terres domaniales (Global Forest Watch Canada, 2000). Seulement 9 p. 100 des forêts boréales et des milieux humides des écozones du nord sont protégés, soit une superficie d’environ 125 000 km² (Wildlife Habitat Canada, 2003; tableau 1). Les pourcentages de milieux humides protégés dans chaque écozone se situent entre 14,4 p. 100 dans l’écozone de la plaine hudsonienne et 5,3 p. 100 dans l’écozone maritime de l’Atlantique (tableau 1).

 

Tableau 1. Superficie totale protégée de l’habitat potentiel du Quiscale rouilleux par écozone dans son aire de reproduction au Canada (selon Habitat faunique Canada, 2003). Les aires protégées comprennent toutes les catégories d’aires protégées de l’UICN : réserves naturelles ou aires de nature sauvage intégrales; parcs nationaux; repères naturels; aires aménagées pour l’habitat et les espèces; paysages terrestres ou marins protégés; aires protégées de gestion des ressources.
ÉcozoneSuperficie totale
(km²)
Aire protégée
(km²)
Pourcentage du territoire protégé par écozone
Plaine hudsonienne295 34942 39514,4
Plaine de la taïga231 11916 5257,2
Bouclier de la taïga166 48710 0226,0
Taïga de la cordillère21 1421 3616,4
Plaine boréale309 64431 47710,2
Bouclier boréal333 65819 2765,7
Cordillère boréale15 7321 1437,3
Cordillère montagnarde28 4411 5825,6
Maritime de l’Atlantique17 5589245,3
Total1 419 130124 7058,8

Dans l’aire d’hivernage du Quiscale rouilleux, les sites protégés contenant de grandes étendues d’habitat convenant à l’espèce sont principalement situés dans la vallée du Mississippi, notamment dans le Cache River National Wildlife Refuge, en Arkansas (223 km², site disponible en anglais seulement), qui constitue le plus grand secteur de forêt de plaine inondable encore intact, le long du fleuve Mississippi, et dans la Pearl River Wildlife Management Area, en Louisiane (142 km², site disponible en anglais seulement).