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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le quiscale rouilleux (Euphagus carolinus) au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Diverses méthodes sont employées pour estimer les populations de Quiscales rouilleux. Nous décrivons, dans ce qui suit, les méthodes de recensement des populations de Quiscales rouilleux et les limites de chacune d’entre elles.

Le Recensement des oiseaux de Noël

Le Recensement des oiseaux de Noël (CBC) estime les populations d’oiseaux nord-américaines en hiver. Il produit depuis plusieurs dizaines d’années des estimations des tendances démographiques des populations de Quiscales rouilleux (Sauer et al., 1996). Les bénévoles enregistrent toutes les espèces observées à l’intérieur d’un cercle de 24 km de diamètre, au cours d’une journée entre le 14 décembre et le 5 janvier (Sauer et al., 1996). Le principal avantage de cette méthode réside dans le fait qu’elle recense les populations de Quiscales rouilleux dans toute l’aire d’hivernage de l’espèce aux États-Unis (Sauer et al., 1996). Cette méthode comporte cependant une faiblesse majeure : les populations de Quiscales rouilleux peuvent être sous-estimées parce qu’elles se joignent à des groupes mixtes composés d’espèces ressemblantes, dans leurs aires d’hivernage et qu’elles peuvent, par conséquent, être difficiles à identifier.

Le Relevé des oiseaux nicheurs

Le Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) est un programme nord-américain de recensement des oiseaux pendant la saison de reproduction (Sauer et al., 2004). Les données sur l’abondance des oiseaux sont recueillies par des bénévoles dans des stations d’écoute choisies au hasard le long des routes, sur des itinéraires sillonnant l’Amérique du Nord (Downes et al., 2003). Le BBS souffre de nombreuses faiblesses relativement à la surveillance des populations de Quiscale rouilleux. Par exemple, la région visée par ces relevés couvre beaucoup moins que le tiers de l’aire de reproduction de l’espèce, dont la plus grande partie se trouve dans des régions moins habitées et inaccessibles (Cyr et Larivée, 1995). En outre, les relevés sont généralement effectués en juin, alors que le Quiscale rouilleux est plutôt silencieux et, par conséquent, plus difficile à repérer (C. Savignac, comm. pers.).

Le Réseau canadien de surveillance des migrations

L’objectif du Réseau canadien de surveillance des migrations est de compter les passereaux migrateurs, à partir d’une série de stations de surveillance réparties un peu partout au Canada. Les principales activités menées dans ces stations sont le baguage des oiseaux et le suivi visuel des migrations. La principale faiblesse de ce programme en ce qui concerne le Quiscale rouilleux est le nombre peu élevé de stations sur les voies migratoires de l’espèce et, dans le cas de celles qui s’y trouvent, la difficulté d’identifier le Quiscale rouilleux parce qu’il se joint à des groupes mixtes composés d’espèces ressemblantes (C. Savignac, comm. pers.).

Étude des populations d’oiseaux du Québec

L’Étude des populations d’oiseaux du Québec (ÉPOQ) gère depuis 1969 des milliers de feuillets d’observations produits par des bénévoles et constitue la référence de base pour déterminer les tendances chez les populations de Quiscales rouilleux au Québec (Cyr et Larivée, 1995). La base de données de l’ÉPOQ couvre toutes les saisons et toutes les régions au sud du 52eparallèle nord (Cyr et Larivée, 1995). Le principal désavantage de cette méthode est qu’elle couvre surtout les régions habitées et faciles d’accès. Ce programme permet néanmoins d’observer le Quiscale rouilleux pendant sa migration et de relever des tendances saisonnières pour l’espèce (Cyr et Larivée, 1995). De plus, les tendances révélées par la base de données de l’ÉPOQ sont corrélées par celles du Relevé des oiseaux nicheurs. En effet, ces deux méthodes font clairement ressortir de graves déclins démographiques (Dunn et al., 1996).

Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario (AONO)

Les inventaires en préparation de l’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario menés de 1981 à 1985 (Cadman et al., 1987) et de l’atlas actuel (2001-2005) fournissent des données sur les changements survenus dans la répartition du Quiscale rouilleux en Ontario, au cours des vingt années qui séparent les deux inventaires.

Abondance

Aire de reproduction

La densité du Quiscales rouilleux diffère largement d’une région à l’autre. Bien que plusieurs techniques de surveillance ne recensent pas adéquatement le Quiscale rouilleux (Consortium Gauthier et Guillemet – G.R.E.B.E., 1991; Drapeau et al., 2000; Schieck et Hobson, 2000; M.-A. Villard, comm. pers.; S. Van Wilgenburg, comm. pers.), les densités qui figurent ci-dessous donnent néanmoins une indication de la répartition des densités observées pendant la saison de reproduction.

Dans l’est du Canada, les relevés des oiseaux nicheurs indiquent que les densités de Quiscales rouilleux diffèrent d’une région à l’autre, mais qu’elles sont généralement faibles. À Terre-Neuve-et-Labrador, des densités de 6 oiseaux par km² ont été enregistrées, alors qu’en Nouvelle-Écosse, les densités tombaient à 2 oiseaux par km² (Erskine 1977). Au Québec, des relevés récents ont enregistré des densités de 0,2 oiseau par km² dans les bandes riveraines des lacs et des réservoirs hydroélectriques, de la baie James au Labrador (220 transects de 400 m sur 500 km²; J. Gauthier, données inédites), de 0,6 oiseau par km² dans des bandes riveraines de la forêt boréale québécoise (Darveau et al., 1995), de 17,4 oiseaux par km² dans les zones rivulaires de la vallée du fleuve Saint-Laurent (Larue et al., 1995) et de 100 oiseaux par km² dans les forêts conifériennes de bordure et les tourbières du bassin versant de la rivière Grande-Baleine, dans le nord-ouest du Québec (Consortium Gauthier et Guillemet -- G.R.E.B.E., 1991).

Dans le nord-ouest de l’aire de reproduction du Quiscale rouilleux, les densités semblent être plus élevées que celles enregistrées dans l’est du Canada. Par exemple, des relevés menés au début des années 1970 dans les zones riveraines du fleuve Mackenzie, aux Territoires du Nord-Ouest, ont mesuré des densités de 15 à 100 oiseaux par km² (Schweinsburg, 1974; Gunn et al., 1975, 1977). Lors de récentes études menées dans plusieurs types de milieux humides dans le nord de la Saskatchewan, des densités de 2 à 31 oiseaux par km² ont été enregistrées (Hobson et al., 2000). En revanche, un relevé réalisé en 2003 et 2004 par Canards Illimités sur plus de 150 000 km² dans le nord de la Saskatchewan et de l’Alberta n’a détecté que sept Quiscales rouilleux (J. Morissette, comm. pers.). Des relevés d’oiseaux nicheurs réalisés dans les basses terres de la baie d’Hudson, dans le nord du Manitoba, ont enregistré des densités de 20 oiseaux par km² (Gillespie, 1982).

Il est difficile d’estimer la population totale de Quiscales rouilleux en raison du nombre trop restreint d’études menées dans les zones riveraines et parce que les techniques de relevé ne conviennent pas à cette espèce. Certaines estimations de la population ont toutefois été effectuées. En utilisant les données de l’Atlas of Breeding Birds of the Maritime Provinces, Erskine (1992) a estimé à 13 400 ± 3 200, à 22 000 ± 4 000 et à 1 600 ± 1 000 les populations respectives du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard. Une estimation de la population canadienne, calculée à partir du Relevé des oiseaux nicheurs canadien et de la base de données du Recensement canadien des oiseaux nicheurs (Kennedy et al., 1999), suggère une population d’environ 1,4 million d’individus. Cette estimation repose sur l’hypothèse que 70 p. 100 de la population reproductrice mondiale de 2 millions d’individus se trouverait au Canada (Blancher, 2003). Une autre estimation de la population canadienne provient d’une extrapolation des dénombrements réalisés dans les aires de repos un peu partout aux États-Unis pendant l’hiver 1974-1975 (Meanley, 1976). Selon ce relevé pan-étasunien, à cette époque, la population mondiale du Quiscale rouilleux comptait environ 1 103 000 individus ([oiseaux dénombrés + oiseaux non dénombrés], puisque 35 aires de repos importantes n’ont pas fait l’objet de relevés). En postulant que 70 p. 100 de la population mondiale se trouverait au Canada (Blancher, 2003), on obtient une population canadienne d’environ 772 100 oiseaux, au milieu des années 1970. Si l’on se fie au Recensement des oiseaux de Noël, selon lequel 85,7 p. 100 de la population aurait disparu au cours des 38 dernières années, la population canadienne actuelle serait de 110 400 individus environ. Par conséquent, on estime que la population canadienne de Quiscales rouilleux compte au moins 110 400 oiseaux et au plus 1,4 million d’individus.

Fluctuations et tendances

Le Recensement des oiseaux de Noël (CBC)

Malgré ses faiblesses (voir plus haut), le Recensement des oiseaux de Noël demeure la meilleure méthode pour estimer les tendances démographiques du Quiscale rouilleux, parce que les relevés sont effectués dans la majeure partie de l’aire d’hivernage de l’espèce aux États-Unis. Les données du Recensement des oiseaux de Noël indiquent un important déclin de - 5,1 p. 100 par année, entre 1966 et 2003 (figure 2; tableau 2). La population de Quiscales rouilleux aurait donc reculé de 85,7 p. 100au cours des 38 dernières années (Niven et al., 2004). Pendant la décennie de 1994 à 2003, le déclin annuel a été d’environ - 2,1 p. 100 (figure 3, tableau 2), ce qui correspond à un déclin de 18,3 p. 100, au cours de cette période.

Le Relevé des oiseaux nicheurs (BBS)

Selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs, la population nord-américaine de Quiscales rouilleux aurait chuté annuellement de - 9,97 p. 100 au cours des 38 dernières années (de 1966 à 2003; figure 2, tableau 2), ce qui se traduit par la perte de 98 p. 100 de la population mondiale des Quiscales rouilleux depuis 1966. Au cours de la même période (de 1968 à 2002; tableau 2), les populations canadiennes de Quiscales rouilleux auraient diminué de - 10,3 p. 100 par an. En outre, un déclin non significatif de - 6 p. 100 par année aurait été enregistré pendant la décennie de 1993 à 2002 (tableau 2). En raison du nombre trop faible d’échantillons, il est impossible de brosser un portrait exact des tendances pour la majorité des provinces canadiennes (Downes et al., 2003). Cependant, dans les sept provinces visées par le Relevé des oiseaux nicheurs, toutes les données indiquent un déclin pour la période de 1968 à 2003.

Le Programme canadien de surveillance des migrations

Seulement trois des vingt-deux stations de surveillance ont enregistré un nombre suffisant de Quiscales rouilleux pour permettre de relever des tendances. La station du Mackenzie Nature Observatory dans le nord-est de la Colombie-Britannique a enregistré un déclin significatif de - 24,3 p. 100 par année, entre 1996 et 2002, alors que la station du Thunder Cape Bird Observatory a enregistré un déclin annuel non significatif de - 3,76 p. 100, entre 1995 et 2002 (tableau 2). Aucune de ces périodes n’est assez longue pour appliquer l’analyse la plus appropriée des données de migration qui prévoit des ajustements pour compenser les effets des conditions météorologiques sur les chiffres enregistrés (E. Dunn, comm. pers.). Enfin, des analyses fondées sur 13 décomptes standardisés (9 131 heures d’observation), réalisés par l’Observatoire d’oiseaux de Tadoussac entre 1996 et 2005, suggèrent une corrélation négative ( = 0,45) entre les années et le nombre de Quiscales rouilleux relevés lors de la migration automnale. Les données obtenues à cet endroit suggèrent aussi que la taille de la population pourrait fluctuer selon un cycle de cinq ans, ce qui pourrait également accroître la vulnérabilité de l’espèce (B. Drolet, comm. pers.).

Étude des populations d’oiseaux du Québec (ÉPOQ)

La base de données de l’Étude des populations d’oiseaux du Québec (ÉPOQ) indique un déclin annuel de - 4,6 p. 100 entre 1970 et 1995, ce qui correspond à un déclin total de 59 p. 100 depuis 1970 (Cyr et Larivée, 1995). Une analyse plus récente de la base de données pour la période de 1970 à 2003 a démontré que la population de Quiscales rouilleux poursuivait son déclin, mais à un rythme plus lent de - 2,7 p. 100par année (tableau 2).

Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario

La comparaison des données du deuxième Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario (2001-2005) à celles du premier (1981-1985, Cadman et al., 1987) révèle une diminution significative du nombre de carrés « d’occupation continuelle » (c.-à-d. les carrés correctement inventoriés dans lesquels l’espèce a été signalée dans les deux atlas) de 12 p. 100 dans le nord du bouclier et de 4 p. 100 dans le sud du bouclier (M. Cadman, comm. pers.). Fait intéressant, on a constaté une augmentation non significative du nombre de carrés d’occupation continuelle dans les basses terres de la baie d’Hudson, ce qui laisse croire qu’il pourrait s’agir d’une importante aire de reproduction pour cette espèce (M. Cadman, comm. pers.).

Figure 2. Tendances démographiques du Quiscale rouilleux selon les relevés nord-américains du CBC (cercles) et du BBS (losanges) entre 1966 et 2003 (données tirées de Niven et al., 2004). Les intervalles bayésiens de confiance pour le CBC sont montrés par des barres.

Figure 2. Tendances démographiques du Quiscale rouilleux selon les relevés nord-américains du CBC (cercles) et du BBS (losanges) entre 1966 et 2003

Tableau 2. Résumé des tendances démographiques chez les populations de Quiscales rouilleux selon divers programmes de surveillance.
RégionPériodeTaux annuel de déclin
(% / an)
pnProgramme de surveillanceSource
Amérique du Nord1966-2003- 5,1< 0,05--CBCNiven et al., 2004
Amérique du Nord1994-2003- 2,1< 0,05--CBC

Données de Dan Niven. Tendance calculée par Peter Blancher.

Par E. Dunn (centre national de la recherche faunique, Service canadien de la faune)

Amérique du Nord1966-2003- 9,97< 0,0596BBSSauer et al., 2004
Canada1968-2002- 10,3< 0,05198BBSDownes et al., 2003
Canada1993-2002- 6,0ns88BBSDownes et al., 2003
Nord de la Colombie-Britannique1996-2002- 24,3< 0,05--Mackenzie Nature ObservatoryÉtudes d’Oiseaux Canada, 2004
Lac Supérieur1996-2002- 3,76ns Thunder Cape Bird ObservatoryÉtudes d’Oiseaux Canada, 2004
Québec (sud du 52e parallèle nord)1970-1995- 4,6< 0,05--ÉPOQCyr et Larivée, 1995
Québec (sud du 52e parallèle nord)1970-2003- 2,7< 0,001--ÉPOQJ. Larivée, données inédites

ns = non significatif

Figure 3. Tendances chez le Quiscale rouilleux selon les relevés nord-américains du CBC entre 1994 et 2003. Les intervalles bayésiens de confiance sont montrés par des barres (données de Dan Niven, publiées avec sa permission).

Figure 3. Tendances chez le Quiscale rouilleux selon les relevés nord-américains du CBC entre 1994 et 2003

Effet d’une immigration de source externe

En dépit de l’absence de preuve directe, on peut présumer l’existence une immigration en provenance des États-Unis, notamment de l’est de l’Alaska, où les populations nicheuses de Quiscales rouilleux sont relativement abondantes (International Rusty Blackbird Technical Group, 2005). L’immigration depuis cette région n’a probablement d’incidence que sur les populations du nord de la Colombie-Britannique, des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon. Les populations de Quiscales rouilleux de Nouvelle-Angleterre sont probablement insuffisantes pour grossir les effectifs des Maritimes, du sud du Québec et de l’Ontario.