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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le naseux moucheté (Rhinichthys osculus) au Canada - Mise à jour

BIOLOGIE

Le naseux moucheté fraye pendant sa deuxième année et vit probablement quelques années de plus; cependant, il n’existe pas de données sur l’âge pour les populations canadiennes. Les femelles portent de 450 à 2000 œufs; il est possible qu’elles pondent au mois de juillet, les jeunes apparaissant dans les parties peu profondes, le long des rivages, pendant les mois d’août et de septembre. Le naseux moucheté se nourrit d’insectes aquatiques, et il semble qu’il ingère également des algues en même temps que des invertébrés. On trouve cette espèce près du fond de la rivière, dans les secteurs de rochers et de cailloux présentant des radiers et un courant modéré. Lorsqu’on les dérange, les poissons se cachent dans les interstices entre les roches. Les déplacements des populations canadiennes sont mal connus. Peden et Hughes (1981) donnent d’autres renseignements sur la biologie du naseux moucheté.

 

Reproduction

Peden et Hughes (1981a, b, 1981ms) ont établi les fréquences de longueur et ont constaté que les individus pris en automne étaient généralement plus grands que ceux capturés au printemps (figure 8). L’étude de la taille des œufs (figure 9) montre que le R. osculus n’arrive à maturité que lorsqu’il atteint une LS de 40 mm, peut-être même de 50 mm. Les données obtenues par ces auteurs permettent de penser que la fraye se déroule au mois de juillet ou plus tard, comme chez les populations des États-Unis (Carlander, 1969). Chez certaines de celles-ci, la fraye est bimodale, c’est-à-dire qu’elle présente un pic au début du printemps et un autre à la fin de l’été (LaRivers, 1994). Les individus qui éclosent en été ne se reproduisent probablement pas avant d’avoir atteint l’âge de deux ans; cependant, on ne dispose pas d’études d’âge adéquates pour les populations de la rivière Kettle. LaRivers (1994) indique qu’au Nevada, les femelles atteignent la maturité sexuelle à deux ans. Si l’on en juge par la prévalence des jeunes individus, le potentiel de reproduction du R. osculus est élevé et semble lui avoir largement permis de repeupler la rivière Kettle (Peden et Hughes, 1981a, b, ms). Peden et Orchard (1993ms) ont préconisé un suivi annuel similaire des individus de l’année du R. umatilla comme méthode efficace et probablement économique de surveillance de la taille de la population et de sa santé reproductive. La firme Triton Environmental Consultants (Vancouver, C.-B.) a entrepris les études citées ailleurs dans le présent rapport. La firme International Resource Consultants (IRC) a effectué les études préalables d’impact les plus récentes pour le projet du parc énergétique Cascade Heritage et elle a notamment effectué le suivi des espèces sensibles comme le naseux moucheté. Les conclusions de ces travaux récents ne seront disponibles qu’au cours de l’année 2002. Le nombre de gros œufs présents dans les ovaires des naseux mouchetés capturés en automne allait de 450 environ pour les individus de petite taille à 2000 pour ceux de grande taille (figure 10). Les femelles capturées au mois de juillet contenaient moins d’œufs, ce qui permet de croire que la saison de fraye est prolongée ou que certains œufs ont été résorbés. Peden et Hughes (1981a, b, ms) ont trouvé beaucoup moins de mâles que de femelles (figure 11), mais on ignore si ce résultat est dû à des différences relatives aux préférences d’habitat.

Figure 8.  Variation des fréquences de longueur du Rhinichthys osculus dans la rivière Kettle en octobre 1977.

Figure 8.  Variation des fréquences de longueur du Rhinichthys osculus dans la rivière Kettle en octobre 1977. Les échantillons provenant d’endroits voisins ont été regroupés si le test de Newman-Keuls (Zar, 1974) ne montrait aucune différence significative entre les longueurs standard moyennes. a : rivière West Kettle, amont; b : rivière West Kettle, aval; c : rivière Kettle à Rock Creek; d : rivière Kettle à Grand Forks; e : rivière Kettle à Gilpin; f : fosse isolée de la rivière Kettle à Gilpin; g : rivière Kettle à Cascade (en aval de la chute Cascade); h : rivière Granby, amont; i : rivière Granby, aval; j : rivière Granby à Grand Forks. On a supposé que les poissons ayant une LS inférieure à 40 mm appartenaient à la première classe d’âge.

Figure 9.  Nombre d’œufs trouvés chez les femelles de Rhinichthys osculus de différentes longueurs. Cercles pleins : œufs prélevés en octobre 1977; triangle plein : juin 1977; cercles vides : juillet 1977.

Figure 9.  Nombre d’œufs trouvés chez les femelles de Rhinichthys osculus de différentes longueurs. Cercles pleins : œufs prélevés en octobre 1977; triangle plein : juin 1977; cercles vides : juillet 1977.

Figure 10.  Diamètres des œufs de Rhinichthys osculus. Chaque point représente la taille moyenne des 10 œufs les plus gros de chaque spécimen. Cercles pleins : poissons capturés en octobre 1977; triangle plein : juin 1977; cercles vides, juillet 1977.

Figure 10.  Diamètres des œufs de Rhinichthys osculus. Chaque point représente la taille moyenne des 10 œufs les plus gros de chaque spécimen. Cercles pleins : poissons capturés en octobre 1977; triangle plein : juin 1977; cercles vides, juillet 1977.

Figure 11. Longueurs standard des Rhinichthys osculus capturés en octobre 1977.

Figure 11. Longueurs standard des Rhinichthys osculus capturés en octobre 1977.

 

Déplacements

Les principaux déplacements ou migrations du R. osculus ne sont pas documentés; cependant, Minckley (1973) mentionne que le naseux moucheté a la capacité de repeupler des refuges isolés situés dans les rivières de l’Arizona après des crues dévastatrices. Ces populations lointaines sont probablement issues d’un bassin génétique divergent, et la situation est peut-être différente en Colombie-Britannique. Dans la rivière Kettle, au printemps et en automne, on observe souvent les jeunes de l’année parmi les pierres de la rive entre lesquelles ils se cachent si on les dérange (voir Peden et Orchard, 1993ms). Cependant, par temps plus frais, ils sont plus difficiles à observer et leur activité métabolique est très probablement réduite. On remarque que les individus capturés par Triton Environmental Consultants (1994ms) et ceux capturés par Peden et Hughes (1981) présentent des différences significatives pour ce qui est de la taille; cela est probablement dû à des différences d’habitat, les poissons de plus grande taille occupant des habitats avec plus de courant et des interstices entre de plus gros blocs ou rochers. Les chutes existantes empêchent la migration des naseux vers l’amont, et ce sera également le cas des barrages dont on a proposé la construction à Cascade. Le nouveau barrage pourrait avoir pour effet de réduire les habitats convenables en amont et le nombre d’individus entraînés dans les chutes.

 

Nutrition et interactions interspécifiques

Les naseux mouchetés de grande taille se nourrissent près du fond, principalement d’insectes aquatiques, mais ils ingèrent également des quantités considérables d’algues vertes filamenteuses, probablement involontairement lorsqu’ils attrapent les larves d’insectes (voir Peden, 1981a, 1981b, 1981c). Leur intestin n’est pas long et contourné comme c’est habituellement le cas chez les herbivores.

Les chabots (Cottidae) et les meuniers juvéniles (Catostomidae) cohabitent souvent avec le R. osculus et sont très probablement des concurrents de cette espèce pour certains types d’aliments. Les juvéniles du Richardsonius balteatus et du Ptychocheilus oregonensis d’une taille inférieure à 1 ou 2 cm accompagnent les bancs de naseux et sont peut-être leurs concurrents dans les habitats peu profonds (moins de 10 cm); cependant, ils ont peut-être une morphologie et des habitudes alimentaires différentes de celles du R. osculus, d’où une concurrence moins intense. Les individus de plus grande taille ont des structures buccales plus spécialisées et adaptées à d’autres comportements alimentaires et à différentes niches dans la colonne d’eau. Comme aucune autre espèce de naseux ne vit en amont des chutes Cascades, le R. osculus se trouve confronté à une concurrence moindre qu’en aval. Les nombres totaux d’individus de chaque espèce capturés avec le naseux moucheté (prélèvement effectué par Peden et Hughes) sont les suivants : 395 R. osculus; 403 Richardsonius balteatus (méné rose); 119 juvéniles de Catostomus macrocheilus (meunier à grandes écailles); 80 juvéniles de Ptychocheilus oregonensis (sauvagesse du Nord); 74 Cottus cognatus (chabot visqueux); 55 juvéniles de Catostomus columbianus (meunier de l’Ouest); 30 juvéniles d’Acrocheilus alutaceus (bouche coupante); 20 juvéniles de Catostomus catostomus (meunier rouge); 8 juvéniles d’Oncorhynchus mykiss (truite arc-en-ciel); 4 juvéniles de Salvelinus fontinalis (omble de fontaine); 3 juvéniles de Prosopium williamsoni (ménomini des montagnes) et 2 Cottus bairdi (chabot tacheté) (ainsi que certaines espèces qui se trouvent uniquement dans les échantillons de naseux mouchetés prélevés en aval des chutes).

En aval des chutes Cascade, il est possible que le principal compétiteur du R. osculus, et de loin, soit le R. umatilla; cette dernière espèce semble remplacer le R. osculus plus en aval (Hughes et Peden, 1989; Peden et Hughes, 1981ms, a, b, 1988).

Bien qu’il existe des prédateurs terrestres et aquatiques dans la région, les naseux mouchetés de grande taille se cachent ou se réfugient habituellement sous les pierres, où ils sont protégés. Les grandes crues printanières constituent peut-être l’une des principales causes de mortalité chez les juvéniles qui n’ont pas encore trouvé d’abri convenable. Les individus parvenus aux stades précoces se déplacent activement le long des rivages où ils peuvent être vus et facilement capturés par les prédateurs terrestres.

 

Comportement et adaptabilité

On ne connaît pas bien la capacité de récupération des populations canadiennes de naseux moucheté après des perturbations d’origine anthropique. Les comparaisons entre les populations canadiennes (qui occupent les habitats d’eau froide de la partie supérieure des cours d’eau) et celles des États-Unis sont purement conjecturales; en effet, au sud de la frontière, les populations, les habitats et les adaptations évolutives aux différents habitats des cours supérieurs présentent une grande diversité, certains naseux s’étant même adaptés aux sources chaudes des déserts. Au début du XXe siècle, un barrage en bois a été construit en amont des chutes Cascade, puis démoli; des naseux mouchetés de grande taille vivent actuellement dans la zone qui était inondée à cette époque, ce qui permet de penser que le R. osculus réagit aux perturbations locales. Cependant, on ignore combien de temps doit prendre le rétablissement complet d’une population. On peut considérer que toute modification de la transparence de l’eau ou tout envasement des rochers et des radiers aurait des effets néfastes.