Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Paruline hochequeue (Seiurus motacilla) au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

La Paruline hochequeue niche entre les racines exposées, dans les crevasses des ruisseaux et sur ou sous des billots couverts de mousse (Walkinshaw, 1957; Robinson, 1995; Prosser et Brooks, 1998). Les nids sont généralement bien cachés par les racines et la végétation suspendue et à 0,5 m à 4 m au-dessus de la surface de l’eau (Eaton, 1958; Bull, 1974).

La Paruline hochequeue occupe un habitat spécialisé, affichant une préférence marquée pour la nidification et l’hivernage le long des cours d’eau d’amont cristalline et des terres humides associées que l’on retrouve dans de grandes parcelles de forêts matures (Walkinshaw, 1957; Buffington et al., 1997; Prosser et Brooks, 1998). Dans ces habitats, les forêts mixtes de feuillus, surtout celles qui présentent une forte composante de pruches, semblent avoir la préférence de cette paruline. Les tabliers d’éboulis profonds, en particulier ceux qui font face au sud, et les cours de ruisseau sont en général préférés (Eaton, 1958). Même si elle a une préférence pour l’eau courante (surtout les cours d’eau claire et froide), elle habite parfois les marécages densément boisés appréciés de la Paruline des ruisseaux (voir par exemple Craig, 1984, 1985).

Dans l’État de New York, la nidification est généralement limitée aux zones de moins de 600 m d’altitude (Bull, 1974). Au Connecticut, les habitats de cours d’eau sont dominés par des forêts mixtes de feuillus et de conifères et de feuillus d’âge mûr (Craig, 1985). La densité des arbres et la surface terrière s’établissent en moyenne à 666 arbres/ha et 253 m²/ha, respectivement. En Ontario, le couvert forestier est généralement à un stade avancé et présente souvent une composante érables – pruches (Oiseaux en péril de l’Ontario, données inédites).

Robbins (1979) considère la Paruline hochequeue comme une espèce « sensible à la superficie de son habitat », ce qui veut dire qu’elle a besoin de grandes parcelles de forêt ininterrompue. Selon des études menées dans le Maryland, il a estimé que le couvert forestier contigu minimal requis pour soutenir une population nicheuse viable de Parulines hochequeue était d’environ 100 ha. Freemark et Collins (1992) considèrent également la Paruline hochequeue comme une espèce sensible à la superficie de son habitat, sans toutefois préciser de superficie minimale de forêt, en notant que les besoins sont étroitement liés à la tendance régionale du couvert forestier. Lorsqu’elle occupe les territoires linéaires le long des ruisseaux forestiers, on ne possède aucune donnée sur la nécessité d’une zone minimale de tampon forestier sur le plateau adjacent, mais l’espèce semble sensible à la fragmentation de la forêt (Prosser et Brooks, 1998).

Pendant la migration, la Paruline hochequeue occupe des habitats semblables à ceux que l’on retrouve dans son aire de reproduction, ainsi qu’une variété d’habitats non typiques où il y a de l’eau (Walkinshaw, 1957; Robinson, 1995).

L’hiver, elle préfère les forêts claires ripicoles des zones onduleuses et subalpines (American Ornithologists' Union, 1998; Robinson, 1995). On l’aperçoit rarement dans les terres basses humides et les mangroves, qui sont davantage appréciées  de la Paruline des ruisseaux (Lack et Lack, 1972; Robinson, 1995).

Tendances en matière d’habitat

La plupart des terres humides et des forêts historiques du sud-ouest de l’Ontario ont disparu, sont très fragmentées ou ont été drainées à des fins agricoles (voir Snell, 1987; Page, 1996). Il reste très peu de grandes parcelles intactes de forêt marécageuse de feuillus dans cette région. L’habitat de nidification de la Paruline hochequeue dans les ravins forestiers a également diminué, mais de façon beaucoup moins marquée. Quoi qu’il en soit, la qualité de l’habitat de nidification principal dans les ravins forestiers s’est assurément dégradée de manière importante dans certaines régions (notamment les États américains adjacents) en raison de la fragmentation de la forêt, de l’exploitation forestière, de la pollution des cours d’eau et de l’envasement.

Malgré la diminution considérable de l’étendue de l’habitat de forêt marécageuse dans le sud-ouest de l’Ontario, il reste des habitats propices le long des cours d’eau, dont une grande partie n’est soit pas occupée par la Paruline hochequeue, soit occupée par intermittence. Le fait qu’elle n’occupe tout l’habitat disponible s’explique probablement par la situation de l’espèce, qui se trouve à la limite nordique de son aire de reproduction au Canada (et dans les États adjacents), où la population est relativement petite et clairsemée.

Protection et propriété

L’habitat de reproduction au Canada se trouve principalement sur des terres privées. On ne sait pas quelle proportion de l’habitat de nidification est située dans des zones officiellement protégées (parcs, réserves naturelles, terres protégées), mais elle ne dépasse probablement pas 20 p. 100. Sur les terres domaniales, la Paruline hochequeue se reproduisait autrefois dans le parc national de la Pointe-Pelée (Kelley, 1978), mais elle ne semble plus le faire depuis 1968-1969 (Vicki McKay, comm. pers.). Sur les terres des Premières nations, on a trouvé des signes de reproduction dans la réserve des Six Nations du comté de Brant (Chamberlain et al., 1985) et la Première nation de l’île Walpole (Eagles, 1987), mais la preuve est assez faible. Il y a de nombreuses occurrences de reproduction dans les parcs provinciaux et les réserves naturelles en Ontario (p. ex. Wheatley, Rondeau, Komoka, Short Hills, Pretty River Valley, Frontenac, Turkey Point, forêt St.Williams et la réserve naturelle provinciale de Peter’s Woods).

Une partie de l’habitat se trouve dans des « régions écologiquement sensibles » ou des « zones d’intérêt naturel et scientifique », qui bénéficient de divers niveaux de protection dans le cadre de la planification régionale des terres fragiles. En outre, la majeure partie de l’habitat type occupé par cette espèce (ravins et plaines d’inondation) peut être zonée « terrain exposé » et fait ainsi l’objet de certaines mesures de protection contre l’exploitation. Les ministères de l’Environnement et des Ressources naturelles ont également mis en place des lois provinciales qui protègent les habitats de ruisseaux.

De plus, les ravins à pente abrupte assurent une certaine protection naturelle à cet habitat, en rendant difficile son exploitation commerciale, forestière ou agricole.