Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Paruline hochequeue (Seiurus motacilla) au Canada - Mise à jour

Biologie

Cycle vital et reproduction

La Paruline hochequeue mâle chante à profusion à son arrivée sur son territoire de reproduction en avril et au début de mai. La fréquence du chant baisse cependant lorsque la nidification débute, avant de reprendre à un faible niveau après l’éclosion (Eaton, 1958; Bent, 1963; Robinson, 1995).

La Paruline hochequeue défend agressivement son territoire contre ses conspécifiques (Craig, 1984), et elle est strictement un nicheur solitaire. En Ontario, les territoires sont rarement, sinon jamais, contigus les uns aux autres (Don Sutherland, comm. pers.).

Lorsque l’espèce fréquente les habitats de forêt marécageuse en Ontario, la taille des territoires est estimée à environ 2 ha (J. McCracken, observation personnelle). Le long des ruisseaux, les territoires de reproduction sont linéaires (Eaton, 1958; Robinson, 1995). Eaton (1958) a estimé que chaque couple de Parulines hochequeue occupait environ 400 m de ruisseau. En supposant que les adultes défendent des territoires linéaires d’environ 50 m de largeur, les territoires le long des cours d’eau s’étendent sur environ 2 ha. Les territoires étaient beaucoup plus petits dans une étude menée au Connecticut, atteignant en moyenne à 0,67 ha (Craig, 1984).

L’accouplement est généralement monogame (Mulvihill et al., 2002). On a déterminé que la nidification en Ontario s’étendait du 1er juin au 8 juillet (Peck et James, 1998), mais cette estimation n’est fondée que sur cinq nids. Dans l’État de New York, Andrle et Carroll (1988) ont signalé des œufs du 25 avril au 1er juin. De façon plus réaliste, on établira donc que la période de nidification en Ontario va du 1er mai au 15 juillet (tentatives de renidification comprises). Les deux sexes participent à la construction du nid (Eaton, 1958; Robinson, 1995). L’incubation dure de 12 à 14 jours, assurée par la femelle seule. Les deux parents nourrissent les oisillons, qui restent dans le nid une dizaine de jours (Bent, 1963; Robinson, 1995).

La femelle pond entre quatre et six œufs (Bent, 1963). La Paruline hochequeue ne produit qu’une couvée dans toute son aire de répartition, mais les deuxièmes (et même les troisièmes) couvées sont courantes si la première est détruite en début de saison (Eaton, 1958; Robinson, 1995; Mulvihill et al., 2002). Il y a peu de données disponibles sur le succès de nidification; Eaton (1958) a fait état d’un taux d’envol de 70 p. 100 des œufs dans son étude menée dans l’État de New York, et Robinson (1995) a signalé un succès d’envol de 2,8 petits par nid, ce qui tient compte des nids parasités par le Vacher à tête brune (Molothrus ater).

La Paruline hochequeue arrive à maturité à un an et, à l’instar de la plupart des petits oiseaux, a une espérance de vie généralement courte. On ne possède aucune donnée sur la survie de cette espèce, mais le taux de survie annuel moyen des parulines nord-américaines est d’environ 60 p. 100 (Roberts, 1971). Le record de longévité de la Paruline hochequeue est d’environ huit ans (Klimkiewicz et al., 1983).

On ne possède aucune donnée sur la structure d’âge de la population. Le taux de reproduction et de recrutement dans la population adulte semble suffire à compenser le taux de mortalité (Campbell, 2001).

Parasitisme et prédateurs

Les nids de la Paruline hochequeue sont souvent parasités par le Vacher à tête brune (Eaton, 1958; Bent, 1963; Terres, 1980; Peck et James, 1998). À titre d’exemple, 56 p. 100, 54 p. 100 et 18 p. 100 des nids ont été parasités dans l’État de New York (Eaton, 1958), dans l’Illinois (Robinson, 1995) et en Ontario (Peck et James, 1998), respectivement.

On sait peu de chose sur les prédateurs. Les adultes sont certainement les proies des petits rapaces, et les œufs et les poussins celles des serpents, des petits mammifères et des geais (Robinson, 1995).

Physiologie

On ne possède aucune donnée sur la nutrition, l’énergétique, le métabolisme ou la régulation de température de cette espèce (Robinson, 1995).

Déplacements et dispersion

La Paruline hochequeue est un migrateur longue distance qui arrive généralement dans le sud de l’Ontario bien avant la plupart des autres parulines. Elle arrive habituellement dans la province vers la fin d’avril et en repart au début de septembre (James, 1991). À la mi-août, la plupart des oiseaux ont migré vers le sud (Walkinshaw, 1957; Farrand, 1983).

Le seul individu à avoir été bagué au Canada et ensuite récupéré a été bagué à Long Point (Ontario) le 27 avril 1982, puis récupéré 11 jours plus tard, 206 km au sud-ouest, à Pointe-Pelée (Ontario). Il s’agissait peut-être d’un oiseau allé trop loin qui retournait au sud en une sorte de « migration inverse » (Brewer et al., 2000). Ces « dépassements » se produisent sans doute assez régulièrement chez les espèces dont les principales aires de reproduction sont dans le sud de l’Ontario.  

On ne reconnaît aucune zone de concentration importante de la Paruline hochequeue en migration au Canada ou ailleurs, et on croit que l’espèce migre en solitaire ou en très petites bandes (Robinson, 1995). Pendant la migration printanière, l’espèce se retrouve régulièrement en petit nombre le long de la côte nord du lac Erie (p. ex. Pointe-Pelée, Rondeau, Long Point).

Les jeunes qui commencent à voler restent le long de leur ruisseau natal environ un mois, puis s’éloignent graduellement (jusqu’à 5 km), sans surveillance des parents (Eaton, 1958). En supposant que les adultes et les oisillons qui ont pris leur envol occupent un corridor de 50 m de largeur le long des ruisseaux, on peut établir que chaque famille de parulines utilise jusqu’à 25 ha d’habitat pendant la période de reproduction.

La fidélité annuelle aux zones de reproduction est reconnue, mais on n’a que peu de documentation sur son aire (Robinson, 1995). Craig (1985) a indiqué que beaucoup d’adultes étaient retournés à leur zone de reproduction au cours des années suivantes dans son étude réalisée dans le Connecticut, alors que Kennard (1975) a signalé qu’un oiseau bagué en Pennsylvanie était retourné au même endroit trois ans plus tard. En Pennsylvanie, Mulvihill et al. (2002) ont indiqué que jusqu’à 50 p. 100 des femelles réoccupaient les mêmes territoires que l’année précédente, souvent avec le même partenaire.

On observe la même fidélité au site dans les aires d’hivernage, bien qu’on possède encore peu de données à ce sujet (Robinson, 1995). Une Paruline hochequeue sur deux est retournée au même endroit au Guatemala (Rogers et al., 1982), et une paruline baguée au Panama est retournée l’hiver suivant (Loftin, 1977). La Paruline des ruisseaux témoigne d’un fort attachement à son territoire d’hivernage (Schwartz, 1964; Rogers et al., 1982), et cela est probablement vrai de la Paruline hochequeue.

Les oiseaux qui hivernent semblent défendre activement les aires d’alimentation qui ne représentent qu’environ 25 p. 100 de la superficie des territoires de reproduction (Eaton 1953; Schwartz, 1964; Robinson, 1995), ce qui laisse à penser que l’espèce est relativement sédentaire pendant l’hiver.

Relations interspécifiques

Lorsqu’elle est sympatrique, la Paruline hochequeue ne semble pas interagir beaucoup avec la Paruline des ruisseaux, même quand les deux espèces occupent les mêmes habitats de reproduction et partagent des territoires qui se chevauchent (Craig, 1984; idem, 1985; Robinson, 1995). Cette absence d’agression interspécifique peut s’expliquer par les différences de régime alimentaire (Craig, 1987).

Alimentation

La Paruline hochequeue se nourrit principalement d’insectes aquatiques et aériens, et parfois de mollusques, de poissons, de crustacés et même d’amphibiens de petite taille (Eaton, 1958; Bent, 1963; Robinson, 1995). Le régime alimentaire de ces deux espèces de parulines est assez inusité pour des passereaux nord-américains.

L’alimentation aquatique est courante, en particulier au début de la période de reproduction. Les organismes submergés et flottants sont tous deux mangés (Eaton, 1958; Craig, 1984). On retrouve les types suivants d’organismes aquatiques dans le régime d’été de la Paruline hochequeue : isopodes, gastropodes, chrysalides d’Éphéméroptères, larves de Diptères (surtout les chironomes), Trichoptères, Culicidés et Dytiscidés (Eaton, 1958; Craig, 1984). On retrouve également des organismes terrestres comme les chilopodes, les chenilles, les Culicidés adultes, les lombrics et divers insectes aquatiques émergents (surtout les Plécoptères et les Éphéméroptères).

Bien que les deux espèces de parulines aient un régime alimentaire et une écologie de l’alimentation semblables (Craig, 1984; idem, 1985), la Paruline hochequeue choisit généralement de plus grosses proies que la Paruline des ruisseaux et a une préférence pour les larves de Trichoptères (Craig, 1987). Son choix de proies de plus grande taille peut s’expliquer par son bec plus grand (Craig, 1987). 

Adaptabilité

La Paruline hochequeue passe la majeure partie de son temps au sol ou à proximité, le long des ruisseaux et des flaques d’eau et même debout dans l’eau peu profonde (Bent, 1963; Robinson, 1995). Bien qu’elle puisse tolérer des niveaux modérés de perturbations humaines directes, la Paruline hochequeue a plusieurs spécialisations qui la rendent particulièrement sensible aux perturbations de l’habitat, y compris la déforestation, la perte du couvert forestier, les fluctuations des niveaux d’eau, la pollution de l’eau et l’envasement.