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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Paruline hochequeue (Seiurus motacilla) au Canada - Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

À cause de la relative inaccessibilité de son habitat riparien et de sa période de reproduction assez hâtive, la Paruline hochequeue n’est pas particulièrement bien recensée par le Relevé des oiseaux nicheurs, effectué en bordure de chemin (BBS; Robinson, 1995). Il faudrait réaliser des recherches spécialisées pour évaluer avec précision sa présence et la taille de ses effectifs. Les relevés de l’Atlas des oiseaux nicheurs et les inventaires de sites et de régions associés nous en disent davantage sur la répartition et les effectifs au Canada. Avant le premier atlas des oiseaux nicheurs en Ontario et au Québec au début des années 1980, on connaissait peu la répartition de cette paruline. Le deuxième atlas de l’Ontario, qui en est à sa cinquième année de recherche, fournit des renseignements plus détaillés sur les tendances au Canada. Les deux atlas de l’Ontario (1981-1985 et 2001-2005) ont demandé un temps de recherche comparable : environ 124 000 heures-personnes pour le premier atlas et quelque 142 000 pour le deuxième.

Un récent relevé a été effectué dans la région de l’Outaouais (Québec), où l’on a fait 14 observations de Parulines hochequeue depuis 1974. Dans le cadre de ce relevé, plusieurs visites ont été faites pendant la période de reproduction sur les quatre sites historiques et sur dix autres sites contenant apparemment un habitat de reproduction convenable (Savignac, 2005). Au cours de ces relevés, une seule Paruline hochequeue mâle qui chantait a été recensée dans l’un des sites historiques (sentier des chutes, parc de la Gatineau), mais on n’a observé aucun signe de reproduction (Savignac, 2005).

Abondance

La population continentale de Parulines hochequeue compterait quelque 130 000 couples (Rich et al., 2003). Toutefois, elle est plus commune et largement répartie dans l’est des États-Unis qu’au Canada. On estime qu’il y a tout au plus 195 couples au Canada (voir ci-dessous), ce qui représente moins de 1 p. 100 de la population totale.

À l’aide des donnés du premier Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario, Eagles (1987) a estimé la population nicheuse de l’Ontario à entre 50 et 100 couples. Il a cependant admis que cette espèce était facilement négligée. En effet, des relevés plus approfondis réalisés dans les aires naturelles du comté d’Elgin et de la municipalité régionale d’Haldimand-Norfolk ont révélé de manière probante que les populations nicheuses situées dans ces régions étaient plus importantes qu’on ne le pensait (McCracken, 1987; idem, 1991; Graham, 1988; Naturalists of Elgin County, 2004).

Aux États-Unis, la densité de reproduction dans les habitats propices le long des ruisseaux varie entre un et deux couples par kilomètre de ruisseau (Eaton, 1958; Robinson, 1995). On retrouve des densités semblables dans certaines parties du sud-ouest de l’Ontario, particulièrement dans les comtés d’Elgin et de Norfolk (Dave Martin, comm. pers.; J. McCracken, observation personnelle). On estime que ces deux comtés réunis contiennent environ 200 km d’habitat convenable de ravins, qui pourrait théoriquement abriter de 100 à 200 couples de Parulines hochequeue. L’habitat de forêt marécageuse de conifères pourrait accueillir quelque 10 autres couples. Toutefois, comme l’espèce se rencontre par intermittence dans beaucoup de sites propices, alors qu’elle en néglige d’autres, il est plus probable que la région d’Elgin/Norfolk abrite environ 75 à 120 couples par année (tableau 1).  

La population totaliserait de 105 à 195 couples au Canada, selon le nombre d’occurrences connues, les commentaires des coordonnateurs régionaux de l’Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario, les relevés spéciaux et la quantité d’habitat propice qui est probablement occupé une année donnée (tableau 1).

Une autre estimation des effectifs en l’Ontario a été établie d’après les données de Partenaires d’envol – Canada (PIF) relatives à larégion de conservation des oiseaux (RCO) 13, qui comprend le sud de l’Ontario, le nord de l’Ohio, le nord-ouest de la Pennsylvanie et le nord de l’État de New York. On estime que la RCO 13 renferme 1,3 p. 100 de la population continentale (http://www.bsc-eoc/PIF/PIF_BCR13 PriorityBreedSpMay2004.pdf), ce qui correspond à 1 690 couples. Dans certaines parties de la RCO 13 en Ontario et dans les États adjacents, on a signalé la présence de la Paruline hochequeue dans environ 250 carrés d’atlas des oiseaux nicheurs. De ce nombre, 17,5 p. 100 se trouvaient en Ontario. D’après cette proportion de répartition, il y aurait 296 couples en Ontario (1 690 x 0,175), sans faire de révision à la baisse pour tenir compte de l’intermittence de l’occupation du site. En supposant un taux d’occupation des sites annuel d’environ 75 p. 100, on obtient une estimation de 222 couples, soit tout près de l’extrémité supérieure de l’estimation fournie dans le tableau 1.

Une analyse préliminaire de modélisation des populationsa été réalisée à l’aide de VORTEX, en se fondant sur les estimations de population initiales semblables à celles fournies, des hypothèses sur les divers scénarios de succès de reproduction et de survie et des simulations de phénomènes stochastiques (Campbell, 2001). Une analyse de sensibilité a été menée dans le cadre de l’exercice. L’immigration en provenance des États-Unis n’a pas été considérée dans les modèles (voir Effet d’une immigration de source externe), pas plus que les modèles climatiques. Selon la plupart des simulations, la population canadienne devrait survivre plus de 100 ans. Le pire des scénarios établissait un risque d’extinction de 36 p. 100. Ainsi, selon cette analyse de la viabilité des populations (AVP) très préliminaire, il semble que la population canadienne soit viable.

Tableau 1. Taille approximativeNote de bas de pagea des populations nicheuses actuelles de Parulines hochequeue dans les diverses régions de l’Ontario
Comté/municipalité régionaleNombre approximatif de couples 2005
Minimum
Nombre approximatif de couples 2005
Maximum
Brant
0
4
Elgin
30
45
Frontenac
5
8
Grey 
2
4
Norfolk 
45
75
Halton-Peel-Dufferin 
1
4
Hamilton-Wentworth-Haldimand
2
4
Hastings
0
1
Huron-Perth
0
1
Essex-Chatham-Kent
1
3
Lambton
5
8
Middlesex
5
11
Niagara
0
3
Northumberland
0
1
Oxford
6
13
Peterborough
1
2
Simcoe
1
4
Waterloo
1
4
Total
105
195
Note de bas de page a

Fondé en grande partie sur les estimations fournies par les coordonnateurs régionaux du deuxième Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario et en supposant un taux d’occupation des sites annuel moyen d’environ 75 p. 100. Aucune estimation n’est fournie pour le Québec, la reproduction n’y étant pas encore confirmée.

Retour à la référence de la note de bas de pagea

Fluctuations et tendances

Il est difficile de trouver de la documentation sur les changements survenus dans les populations historiques de Parulines hochequeue au Canada, puisque les ornithologues n’ont commencé à vraiment s’y intéresser qu’au cours des dernières décennies et que les premiers naturalistes connaissaient peu l’espèce. Nash (1908) considérait la Paruline hochequeue comme un « visiteur » estival rare dans le sud de l’Ontario et n’a pas évoqué la possibilité d’une reproduction. Jusqu’à 1936, le parc provincial Rondeau et les comtés de Middlesex et de Wentworth étaient les seuls sites de nidification connus (Baillie et Harrington, 1937), mais on pense que d’autres aires de nidification ont simplement été négligées.

Au cours du dernier siècle, la Paruline hochequeue semble avoir lentement élargi son aire de reproduction vers le nord, dans le nord-est des États-Unis (Craig, 1985; Andrle et Carroll, 1988; Brewer et al., 1991). Cette expansion de l’aire de répartition peut s’expliquer par la recolonisation de territoires autrefois occupés qui ont été largement défrichés au xixe siècle et qui font maintenant l’objet d’une reforestation (Brewer et al., 1991). Les seuls signes d’une expansion de l’aire de répartition au Canada ont été observés dans la région de Kingston (Eagles, 1987; Ron Weir, comm. pers.); cette expansion pourrait, ici encore, être attribuable à la reforestation et à la maturation du couvert forestier dans cette région.

Bien qu’il soit raisonnable de penser que le déboisement des forêts et le drainage des marécages ont eu des impacts négatifs sur la Paruline hochequeue, on n’a constaté de signes de déclin de la population que dans l’extrême sud-ouest de l’Ontario, particulièrement dans les régions d’Essex et de Chatham-Kent. D’après Saunders (1924), cette paruline était autrefois assez commune dans une grande partie de la région située juste au nord et au nord-est de la Pointe [Pointe-Pelée]. Toujours selon Saunders, on pouvait capturer une douzaine d’oiseaux de cette espèce à moins de 20 milles de la Pointe pendant la période de reproduction. La chose n’est certainement plus vraie aux environs de Pointe-Pelée (voir par exemple Oldham, 1983). Dans la région de Chatham-Kent, Ussher (1956, 1963) a indiqué que la Paruline hochequeue nichait autrefois dans les terrains marécageux humides du Parc provincial Rondeau dans les années 1930. En effet, Baillie et Harrington (1937) ont signalé que l’espèce se trouvait en assez grand nombre à cet endroit en juin 1933.

Il semblerait que la Paruline hochequeue ait pratiquement disparue des régions d’Essex et de Chatham-Kent. Ce déclin s’explique facilement par l’énorme perte subie par le couvert forestier régional, en plus du drainage massif des forêts marécageuses. L’élargissement des activités agricoles a probablement aussi fait augmenter les populations de vachers (Allen Woodliffe, comm. pers.). Il n’y a actuellement pas assez d’habitat pour espérer de façon réaliste un retour de la Paruline hochequeue dans les régions d’Essex et de Chatham-Kent, du moins pas en nombre important d’un point de vue biologique.  

La Paruline hochequeue a un long historique d’occurrence annuelle dans certains sites au Canada, alors que d’autres sites sont occupés moins fréquemment ou ne sont pas nécessairement occupés chaque année. Les sites peuvent être périodiquement abandonnés comme conséquence naturelle de la mortalité des adultes pendant la saison hivernale. L’abandon et la recolonisation subséquente de certains sites sont sans doute attribuables aux changements annuels de l’adéquation de l’habitat. Par exemple, plusieurs sites dans le comté de Norfolk ont récemment été abandonnés, après plusieurs années de sécheresse (J. McCracken, obs. pers.).

Bien que l’estimation actuelle des effectifs au Canada, qui oscille entre 105 et 195 couples, soit inférieure à l’estimation précédente de 150 à 313 couples de McCracken (1991), on ne saurait parler d’un déclin général, puisque l’estimation de McCracken ne tenait pas compte de la nature intermittente de l’occupation des sites et s’appuyait davantage sur des extrapolations du nombre d’habitats propices. Au cours des relevés effectués pour le premier Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario (1981-1985), on a signalé la présence de l’espèce dans 40 carrés de 10 km sur 10 km (Eagles, 1987). Pendant la période de l’atlas actuel (2001-2005), l’espèce a été recensée dans 47 carrés, dont plusieurs requièrent toujours une vérification. De manière générale, les résultats des périodes des deux atlas n’indiquent pas de changement notable dans la taille de la population (ou de la répartition) depuis 20 ans.

Au Canada, cette espèce se rencontre trop rarement pour être surveillée par le Relevé des oiseaux nicheurs. Selon les données du BBS des États-Unis pour la période de 1966 à 2004, il y a eu une augmentation faible mais statistiquement significative de la population moyenne annuelle de 0,8 p. 100 par année (p < 0,05; N = 568 parcours) dans l’ensemble des États-Unis (Sauer et al., 2005). Malgré cette augmentation générale, de nombreuses régions semblent connaître des baisses, notamment le centre et l’est de l’État de New York et de la Pennsylvanie. Ces baisses semblent compensées par des hausses en Ohio et dans l’ouest de la Pennsylvanie et de l’État de New York (Sauer et al., 2005).

En résumé, même si certaines populations locales de Parulines hochequeue ont subi des baisses dans l’extrême sud-ouest de l’Ontario en raison de la perte et de la dégradation de l’habitat, ces baisses semblent largement historiques par nature. Globalement, la population canadienne semble être demeurée relativement stable au cours des deux dernières décennies.

Effet d’une immigration de source externe

Bien qu’on n’ait constaté aucun signe direct d’une immigration en provenance des États-Unis, on est pratiquement certain qu’il en existe une, particulièrement en provenance des aires de reproduction de la Paruline hochequeue près de Michigan (Ohio), en Pennsylvanie, et dans l’État de New York. Pour deux autres espèces rares d’oiseaux forestiers à la limite nordique de leur aire de reproduction au Canada--le Moucherolle vert (Empidonax virescens) et la Paruline orangée (Protonotaria citrea)--les modèles de population semblent indiquer que même une infime immigration annuelle des populations sources des États-Unis suffirait à maintenir la population canadienne (Tischendorf, 2003a; idem, 2003b).

Une comparaison des changements de répartition du premier et du deuxième atlas des oiseaux nicheurs de l’État de New York (site disponible en anglais seulement) montre des signes d’une expansion de la population vers le nord, dans l’est du bassin du lac Ontario. Ainsi, ce qui semble une récente expansion de la Paruline hochequeue dans la région de Kingston est probablement une immigration en provenance du nord de l’État de New York, et non du sud-ouest de l’Ontario.