Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue ponctuée (Clemmys guttata) au Canada

Biologie

Généralités

Au Canada, la tortue ponctuée sort d’hibernation entre la fin mars et la fin avril (Haxton et Berrill, 1999; Litzgus et Brooks, 2000; S. Gillingwater, comm. pers., 2003; D. Seburn, comm. pers., 2003). Au début du printemps, elle passe beaucoup de temps à se chauffer au soleil sur des troncs d’arbres et des buttes de végétation. L’activité de reproduction atteint son maximum à la fin mai et au début juin. La nidification a lieu principalement la nuit, entre le milieu et la fin de juin (Litzgus et Brooks, 1998a, 2000; Haxton, 1998). L’espèce peut connaître une période d’estivation, qu’elle passe le plus souvent à terre, de juillet à septembre jusqu’au moment d’entrer en hibernation.

Reproduction

Au printemps, les tortues ponctuées se rassemblent dans des milieux aquatiques pour la reproduction (Ernst, 1967; Perillo, 1997; Litzgus et Brooks, 1998a; S. Gillingwater, comm. pers., 2003; A. Yagi, comm. pers., 2003); elles ont tendance à revenir au même lieu d’année en année (J.D. Litzgus, données inédites). Dans la région de la baie Georgienne, la femelle creuse son nid la nuit dans le sol peu profond et recouvert de lichen, de mousse et de litière des affleurements rocheux du Bouclier canadien (Haxton, 1998; Litzgus et Brooks, 1998a). Ailleurs en Ontario, on a observé une femelle nidifiant vers 18 heures le 22 juin 1920 sur la rive est du marais de la pointe Pelée (Logier, 1939). Rhodes (comm. pers. avec M.J. Oldham, 1981) a observé une femelle nidifiant vers 21 heures le 16 juin dans le parc provincial Long Point. Chippindale (1989) a observé une femelle pondant ses œufs à 17 h 14 le 29 juin dans la tourbière ombrotrophe de Mer Bleue. En milieu naturel, l’incubation dure au moins 80 jours (Oldham, 1991; J.D. Litzgus, données inédites).

Il y a autant de mâles que de femelles dans la plupart des populations. Le sexe des embryons est déterminé par la température ambiante durant l’incubation des œufs : une température d’incubation de 30 °C mène à la naissance de femelles, tandis que les températures inférieures à 27 °C produisent des mâles (Ewert et Nelson, 1991). En Ontario, la tortue ponctuée n’atteint pas la maturité sexuelle avant l’âge de 11 à 15 ans (Litzgus et Brooks, 1998b). En Pennsylvanie, la maturité sexuelle est atteinte à un âge moins avancé (7 à 10 ans; Ernst et Zug, 1994). On ne connaît pas la longévité des tortues ponctuées vivant en milieu naturel; cependant un individu gardé en captivité a vécu 42 ans (Ernst et al., 1994). Certains individus observés en Pennsylvanie (Ernstet al., 1994) et dans la région de la baie Georgienne (J.D. Litzgus, données inédites) étaient âgés d’au moins 30 ans. On a estimé, à l’aide de l’équation de décroissance logarithmique S = 100 x EXP [(1ln Ne/No)/t], que la longévité maximale chez une population de la baie Georgienne était de 110 ans; on se fondait sur un taux de survie minimum pour les femelles adultes de 96,5 p.100, calculé d’après les données recueillies au cours de 24 années de capture-marquage-recapture (J.D. Litzgus, données inédites).

Dans **TEXTE CACHÉ**, la tortue ponctuée nidifie dès le 7 juin, et la nidification peut se poursuivre jusqu’au 22 juin. La majorité des femelles observées (environ 12 à 14 femelles de 1996 à 1999 et en 2003) ont nidifié dans une piste de VTT où le sol loameux est riche et foncé. Elles ont creusé leur nid au centre de la piste, parmi la végétation éparse. En 2003, une femelle a creusé son nid et pondu à cet endroit à 19 h 30 le 22 juin; le nid, qui contenait deux œufs, a été protégé avec une cage en treillis métallique. Le premier œuf a éclos au bout de 72 jours, l’autre un jour plus tard. La terre est demeurée chaude et humide durant toute la période d’incubation. Deux autres femelles avaient nidifié au pied de buttes d’herbe, sous une mince couverture de mousse et de végétation en décomposition, à environ 10 m du bord d’un milieu humide peu profond; ces nids contenaient trois et cinq œufs. Une femelle a été observée nidifiant sur un nid de rat musqué, et tout près un autre nid de tortue ponctuée a été observé également sur un nid de rat musqué. Ces nids contenaient 4 œufs chacun, et dans les deux cas les œufs étaient recouverts d’une couche d’environ 7,5 cm de végétation en décomposition et de boue. Dans tous les cas mentionnés ci-dessus, les femelles ont nidifié entre 19 h et 22 h 30, sauf une, en 1996, qui a nidifé dans le sentier de VTT, **TEXTE CACHÉ**, à 15 h par temps de fort ennuagement et de faible pluie. (Toute l’information contenue dans le présent paragraphe a été fournie par S. Gillingwater le 9 décembre 2003.)

Le taux de reproduction de la tortue ponctuée est relativement faible. Dans la région de la baie Georgienne, on compte trois à sept œufs par ponte, avec une moyenne de cinq oeufs. La plupart des femelles ne pondent pas chaque année, et certaines peuvent être trois années consécutives, parfois plus, sans pondre (Litzgus et Brooks, 1998a). Pour les quatre années de l’étude réalisée sur la population de la baie Georgienne, 58 p.100 des femelles adultes, en moyenne, étaient gravides en juin (Litzgus et Brooks, 1998a). Ailleurs en Ontario, on a observé des taux annuels de nidification de plus de 80 p.100 pour la tortue serpentine (Chelydra serpentina), 68 p.100 pour la tortue peinte (Chrysemys picta) et 75 p.100 pour la tortue des bois (Glyptemys [Clemmys] insculpta) (R.J. Brooks, comm. pers., 2002).

Survie

La stratégie de survie de la tortue ponctuée comme des autres tortues repose sur un taux de mortalité élevé chez les œufs et les jeunes, l’itéroparité (femelles se reproduisant plusieurs fois au cours de leur vie), un faible taux de mortalité chez les adultes et une longue espérance de vie. Les populations de tortues peuvent supporter sans trop de mal plusieurs années de faible recrutement à la condition que l’effectif d’adultes reproducteurs ne soit pas décimé par la mortalité ou la capture. Une analyse de sensibilité des paramètres de la table de survie a montré que la viabilité des populations de tortue ponctuée est fortement dépendante de la survie des adultes (J.D. Litzgus, données inédites). C’est pourquoi la mortalité chez les adultes reproducteurs risque d’entraîner un déclin, voire la disparition, des populations (Congdon et al., 1993).

Le raton laveur (Procyon), la mouffette (Mephitis), la loutre (Lontra), le rat musqué (Ondatra), le vison (Mustela), l’ours noir (Ursus) et le Pygargue à tête blanche (Haliaeetus) sont au nombre des prédateurs des adultes et des jeunes (Ernst et al., 1994; Litzgus, 1996). Les œufs sont dévorés par le raton laveur (Procyon), le renard roux (Vulpes), la mouffette (Mephitis) et les fourmis (Formica) (Litzgus, 1996). Il n’est pas rare de constater qu’une proportion importante des adultes ont subi des blessures : perte d’un membre, perte d’un bout de la queue, entailles profondes dans la carapace, etc. Chez une population de la baie Georgienne, 48 p.100 des individus portaient des marques de blessures (Litzgus, 1996). Chez une population **TEXTE CACHÉ**, 7 p.100 des individus avaient la carapace endommagée et 11 p.100 avaient subi des blessures au corps (Gillingwater et Brooks, 2002). Chez une population de Pennsylvanie, 18 p.100 des adultes avaient été attaqués par des prédateurs (Ernst et al., 1994), et chez une population d’Ohio, 31 p.100 des individus portaient des marques de blessures liées à la prédation (Lovich, 1989).

Dans le nord de son aire, la tortue ponctuée est particulièrement vulnérable à la prédation à sa sortie de la longue période d’hibernation (six à huit mois). Dans l’eau, la tortue ponctuée absorbe l’oxygène dissous par certaines parties du corps; ce mode de respiration cutanée crée un déficit en oxygène et, par suite, une accumulation d’acide lactique dans les tissus. L’action conjointe de l’acide lactique et des températures froides plonge la tortue dans une profonde léthargie et la rend moins apte à se défendre contre ses prédateurs. Dans le secteur est de la baie Georgienne, les tortues mortes ou portant des blessures récentes se rencontrent le plus souvent tard à l’automne et tôt au printemps, à proximité des lieux d’hibernation (Litzgus, données inédites). Dans **TEXTE CACHÉ** le seul cas de prédation observé durant une période de deux ans était un mâle tué par un raton laveur (S. Gillingwater, com. pers., 2003).

Physiologie

La tortue ponctuée semble préférer une température ambiante plus fraîche que les autres tortues d’eau douce (Ernst, 1982), en dépit d’un maximum thermique critique relativement élevé, se situant aux alentours de 42 °C (Hutchison et al., 1966). La tortue ponctuée est normalement active à des températures se situant dans la plage de 3 °C à 32 °C et peut être active dans l’eau à des températures aussi basses que 1 °C à 5 °C (Ernst, 1982; Litzgus et al., 1999). La tortue ponctuée est souvent la première des tortues syntopiques à sortir d’hibernation; elle émerge habituellement dès la fonte des neiges (Ernst, 1982) et se montre le plus active au début du printemps, lorsque les températures sont fraîches (Ward et al., 1976; Lovich, 1988; Litzgus et Brooks, 2000). Des chercheurs ont utilisé des émetteurs radio doublés d’un capteur de température pour mesurer la température corporelle durant certaines activités de la tortue ponctuée à la baie Georgienne (Litzgus et Brooks, 2000). Ils ont obtenu une température moyenne de 25,3 °C lorsque les tortues se chauffent au soleil, de 15,1 °C lors de la parade nuptiale et de l’accouplement, de 19,8 °C lors de la nidification, de 16,7 °C lors de la recherche de nourriture et de l’alimentaiton, de 21,8 °C durant l’estivation et de 9,5 °C au moment d’entrer en hibernation (Litzgus et Brooks, 2000). La tortue ponctuée augmente sa température corporelle au-dessus de la température ambiante en s’exposant au soleil (Ernst, 1982; Haxton, 1998; Litzgus et Brooks, 2000). Chez une population de Pennsylvanie, la température du cloaque mesurée en période d’activité était en moyenne d’environ 20 °C (Ernst, 1982); la plus basse température (10 °C) a été enregistrée chez des tortues estivant dans l’eau, et la plus élevée (24 °C), chez des femelles nidifiantes (Ernst, 1982).

La tortue ponctuée survit aux rigueurs de l’hiver en se réfugiant dans des lieux à l’abri du gel. Dans le centre de l’Ontario, elle hiberne durant six à sept mois (Litzgus et al., 1999; Haxton et Berrill, 2001); elle entre en hibernation entre la mi-septembre et la fin octobre, alors que sa température corporelle se situe entre 12 °C et 16 °C, et elle en ressort entre le milieu et la fin d’avril, lorsque la température ambiante se situe entre 1 °C et 5 °C (Litzgus et al., 1999). Un enregistreur de données a permis d’observer chez un sujet en hibernation une température corporelle remarquablement stable (entre 1 °C et 2 °C) en dépit d’un écart de température de 37 °C sur une période de cinq jours durant la partie la plus froide de l’hiver (Litzgus et al., 1999). Durant l’hibernation, la tortue ponctuée semble tolérer une eau à faible concentration d’oxygène dissous. Litzgus et al. (1999) ont mesuré dans les milieux d’hibernation des concentrations d’oxygène dissous de 1,0 à 2,2 ppm en automne et de 3,3 à 4,7 ppm au printemps (Litzgus et al., 1999).

Chez certaines populations, une partie des individus se soustraient à la chaleur et à la sécheresse de l’été en entrant en estivation. En Pennsylvanie, des tortues ponctuées ont cessé toute activité lorsque la température de l’eau a atteint 30 °C et se sont retirées dans des terriers de rat musqué aménagés sur les berges (Ernst, 1982). Le terme « estivation » ne convient sans doute pas pour décrire le comportement des populations du centre de l’Ontario, puisque tous les individus ne cessent pas leur activité à la fin de l’été; ceux qui le font se réfugient pour la plupart dans des abris terrestres dont la température n’est pas moins élevée que la température ambiante (Litzgus et Brooks, 2000; Haxton et Berrill, 2001), et on ne sait pas si leur inactivité s’accompagne ou non d’un ralentissement métabolique, caractéristique de l’estivation vraie.

Mouvements et dispersion

Chez la population de la baie Georgienne, la superficie du domaine vital est la même pour les deux sexes et se situe entre 2,1 et 3,6 ha environ (Litzgus, 1996). Chez les populations du comté de Victoria, dans le centre de l’Ontario, les femelles ont un domaine vital beaucoup plus étendu que les mâles, soit de 2,6 à 4,7 ha en moyenne comparativement à 1,0 à 2,0 ha en moyenne pour les mâles (Haxton, 1998); la situation à cet égard est la même pour les deux populations (Haxton et Berrill, 1999). En Pennsylvanie, le domaine vital de l’espèce est plus petit (0,5 ha) que chez les populations d’Ontario et égal pour les deux sexes (Ernst, 1970). Il est intéressant de constater que la tortue ponctuée est capable de revenir à son domaine vital après avoir été déplacée jusqu’à une distance d’environ 500 m (Ernst et al., 1994; G. Bird, données inédites).

Les déplacements quotidiens de la tortue ponctuée sont habituellement de 20 à 30 m (Ernst, 1976; Litzgus, 1996; Haxton, 1998); cependant, les mâles à la recherche de partenaires (Lovich, 1990) et les femelles gravides à la recherche de lieux de nidification (Litzgus, 1996; Haxton et Berrill, 1999) peuvent parcourir une distance beaucoup plus grande. Les femelles sortent parfois de leur domaine vital pour aller pondre (Ernst, 1970; Wilson, 1994). La tortue ponctuée peut franchir des centaines de mètres pour se rendre d’un milieu aquatique à un autre ou d’un milieu aquatique à un milieu terrestre (Ernst et al., 1994; Litzgus, 1996). Dans le comté de Victoria, les plus grands déplacements quotidiens ont été observés au début de la saison, et en règle générale ils diminuent au fur et à mesure que la saison avance (Haxton et Berrill, 2001).

Alimentation

La tortue ponctuée est un charognard omnivore qui se nourrit habituellement dans l’eau lorsque la température dépasse 15 °C (Ernst, 1982; Ernst et al., 1994; Litzgus et Brooks, 2000). Elle consomme des plantes aquatiques, notamment des graminées, des algues vertes filamenteuses et des canneberges (Ernst et al., 1994). La composante carnée de son régime comprend des vers de terre, des larves aquatiques d’insectes, de petits crustacés, des escargots, des têtards, des salamandres, des poissons et des oiseaux, dévorés morts ou vifs (Ernst et al., 1994). **TEXTE CACHÉ** la tortue ponctuée a été observée en train de dévorer des escargots sans se soucier de la présence des chercheurs. Ceux-ci l’ont également vue à quelques reprises se nourrir d’algues, et une fois d’une feuille de quenouille (Typha latifolia) (S. Gillingwater, comm. pers., 2003). Surface (1908) a examiné le contenu stomacal de 27 spécimens : il a trouvé des restes de matières végétales chez trois d’entre eux et des restes d’invertébrés aquatiques et terrestres chez la totalité.

Comportement et adaptabilité

Certains chercheurs soutiennent que le réchauffement de la planète pourrait avoir un effet néfaste sur la proportion de mâles et de femelles dans les populations de certaines espèces, comme la tortue ponctuée, où le sexe est déterminé par la température ambiante durant le développement embryonnaire (Janzen, 1994). La tortue ponctuée est par ailleurs très sensible à la pollution et aux produits toxiques et succombe rapidement à la dégradation de la qualité de l’eau (New York State Department of Environmental Conservation, 1998). Elle cesse toute activité lorsque les conditions du milieu deviennent défavorables, notamment lorsque la température atteint des valeurs extrêmes en hiver et en été. L’espèce semble assez résistante à la sécheresse. Ainsi, en Caroline du Sud, où la grande sécheresse des années 2001 et 2002 a asséché le marécage où vivait une population à l’étude, plusieurs des tortues ponctuées, suivies grâce à un émetteur radio, ont passé une courte période d’hibernation dans des abris terrestres, où ils ont survécu à une tempête de verglas (J.D. Litzgus, données inédites).


Note : Selon l'article 124 de la LEP, sur l'avis du COSEPAC, le ministre a limité la communication de renseignement concernant l'aire où se trouve cette espèce ou son habitat. Cette limitation est à l'avantage de cette espèce.