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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la tortue ponctuée (Clemmys guttata) au Canada

Taille et tendances des populations

En Amérique du Nord, la densité des populations de tortue ponctuée varie de 0,05 individu/ha (Ontario) à presque 80 individus/ha (Pennsylvanie) (Litzgus, 1996). Les plus faibles densités ont été observées en Ontario [baie Georgienne : 0,62 individu/ha (Litzgus, 1996); **TEXTE CACHÉ** : 0,05 individu/ha (Chippindale, 1984)], où on a cependant mesuré une densité assez élevée (26,5 individus/ha) pour une partie (1,7 ha) d’un réservoir artificiel de 31 ha **TEXTE CACHÉ** (Saumure, 1995). Pour l’ensemble des 31 ha, la densité se situerait plutôt aux alentours de 1,5 individu/ha. La densité des populations de tortue ponctuée est faible en comparaison avec celle d’autres tortues d’eau douce d’Amérique du Nord, qui varie, par exemple, entre 25 et 838 individus/ha chez la tortue peinte (Chrysemys picta) et entre 88 et 353 individus/ha chez le Trachemys scripta (Ernst et al., 1994).

Le Centre d’information sur le patrimoine naturel (CIPN) classe les populations d’après leurs chances de survie à long terme afin d’établir un ordre de priorité pour la conservation des espèces que l’on croit en péril (M.J. Oldham, comm. pers., 2003). La classification d’une population dans la catégorie « historique » signifie qu’elle n’a pas été revue depuis au moins 20 ans. La catégorie « disparue » signifie que la population n’existe plus, souvent parce son habitat a été détruit. Selon leurs chances de survie à long terme, les populations actuelles peuvent être classées dans quatre différentes catégories, désignées A (excellentes chances de survie) à D (faible probabilité de survie). Le CIPN reconnaît l’existence de 104 populations actuelles de tortue ponctuée en Ontario (M.J. Oldham, comm. pers., 2003). La plupart d’entre elles n’ont pas été recensées. De ces 104 populations, 35 p.100 (36) sont considérées comme historiques ou disparues, et 50 p.100 (50) sont classées dans la catégorie D (autrefois désignées « populations non viables »; généralement seulement un ou deux mentions pour la localité). Parmi le petit nombre de populations connues, quelques-unes seulement ont un effectif suffisant pour assurer leur survie à long terme (**TEXTE CACHÉ**). En outre, la plupart sont petites (aucune ne compte plus de 200 individus) et isolées. Selon le CIPN, la tortue ponctuée serait présente dans 29 comtés du sud de l’Ontario, et pour 16 d’entre eux il n’y aurait qu’une ou deux mentions de l’espèce.

À la fin du 19e et au début du 20e siècle, la tortue ponctuée était commune dans le sud-ouest de l’Ontario (Garnier, 1881; Nash, 1906; Logier, 1939; Mills, 1948). Des relevés réalisés dans le parc national de la Pointe-Pelée en 1913 ont révélé que la tortue ponctuée était aussi commune que la tortue peinte (Chrysemys picta) (Patch, 1919). Cependant, dans les années 1960 et 1970, la tortue ponctuée était citée au nombre des reptiles rares ou en péril en Ontario (Oldham, 1982, 1991). Il n’y a pas de mentions récentes de l’espèce pour la région du lac Ontario (Oldham, 1982, 1991). La population canadienne de tortue ponctuée est en déclin. Selon le CIPN, son effectif aurait diminué de 35 p.100 (voir le Résumé technique). On peut penser que ce chiffre est une sous-estimation, puisque la plupart des données figurant dans la base du CIPN ont été recueillies au cours des 30 à 40 dernières années et que l’âge moyen des reproducteurs dépasse 25 ans, de sorte qu’il faut plus de 75 ans pour produire trois générations. La longue durée d’une génération chez la tortue ponctuée aggrave les conséquences de la capture de sujets adultes pour le marché des animaux de compagnie. Il semble que l’espèce soit encore abondante uniquement dans quelques localités de la province. Cependant, comme les milieux humides du sud de l’Ontario sont en voie de disparition, les populations de tortue ponctuée vont inévitablement continuer de décliner, celles de la région des Grands Lacs inférieurs étant les plus imminemment menacées (Oldham, 1991).

Des recherches ont été effectuées au printemps 2001 dans sept localités du sud-est de l’Ontario où l’espèce a déjà été présente, et une seule tortue ponctuée, un mâle adulte, a été observée (comté de Hastings; Seburn, 2001a). **TEXTE CACHÉ** neuf individus de l’espèce ont été capturés au cours d’une période de sept jours, soit cinq adultes, deux juvéniles et deux jeunes de l’année (Seburn et Snyder, 2002). Dans **TEXTE CACHÉ**, 49 individus ont été capturés entre 1983 et 1986 (Chippindale, 1989). Plus récemment (1999, 2001, 2003) dans cette dernière, 32 tortues ponctuées ont été capturées; 64 p.100 d’entre elles avaient déjà été capturées et marquées lors de l’étude antérieure (Seburn, 2001b). L’effectif total (toutes classes d’âge confondues) de **TEXTE CACHÉ** était estimé à 44 en 1983 et à 42 (intervalle de confiance à 95 p.100 = 26 à 100) en 2001 (Seburn, 2001a). En 2003, une autre partie de la tourbière a été explorée, ce qui a permis de découvrir quelques nouveaux individus, pour un total de 40 captures (14 mâles, 19 femelles, 7 juvéniles) pour la période de 1999 à 2003. D’après les résultats des efforts de capture-marquage-recapture, l’effectif du sud-est de l’Ontario est estimé à 63 individus (intervalle de confiance à 95 p.100 = 38 à 147), y compris les junéviles ( Seburn et Snyder, 2003; D. Seburn, comm. pers., 2003); ces résultats montrent que la population est plutôt stable. En 2003, des recherches menées par plusieurs personnes sur une période de cinq jours ont permis de dénombrer cinq tortues ponctuées dans la **TEXTE CACHÉ**, au nord-ouest de **TEXTE CACHÉ** et 2 autres dans **TEXTE CACHÉ** (C. Brdar, D. Seburn, comm. pers., 2003). Ces tourbières minérotrophes, bien que de faible étendue, abritent donc encore de petites populations de l’espèce. Il existe des mentions datant de 20 à 30 ans pour le parc national des Îles-du-Saint-Laurent; cependant, en dépit du programme de surveillance mis en place en 1994, aucune tortue ponctuée n’a été observée récemment dans le parc ni aux alentours (R. Alvo, comm. pers., 2002).

Dans le sud-ouest de l’Ontario, on ne trouve plus de tortue ponctuée à Cedar Creek (Oldham, 1991); l’espèce n’a pas été revue non plus à l’île Pelée depuis 1991 (B. Porchuk, comm. pers., 2003), et la population de Point Abino, près de Fort Erie, est disparue au cours des dernières années (A. Yagi, comm. pers., 2003). Dans le parc national de la Pointe-Pelée (comté d’Essex), la tortue ponctuée, autrefois commune, s’est tellement raréfiée qu’on s’interroge sur ses chances de survie (R. Alvo, comm. pers., 2002). Pas une seule tortue ponctuée n’a été capturée en 2001-2002 lors d’une vaste campagne de capture-marquage-recapture des tortues du parc national de la Pointe-Pelée, si bien que l’espèce est probablement disparue du parc (Browne et Hecnar, 2002; C. Browne, comm. pers., 2002; V. McKay, comm. pers., 2003).

En 2002, des recherches ont été effectuées dans sept localités où la tortue ponctuée a déjà été présente et deux autres localités prometteuses du bassin supérieur de la Thames (19 jours de terrain, 132 heures-personnes), et pas une seule tortue ponctuée n’a été observée. Quatre de ces localités ont subi d’importantes transformations au cours des 15 à 20 dernières années, et six sont petites et entourées de terres agricoles. Deux des trois plus grandes offrent des conditions propices à l’espèce, mais celle-ci n’y a jamais été observée (S. Gillingwater, comm. pers., 2003). Une petite population est répertoriée pour West Lorne; cependant, l’espèce a été signalée pour la dernière fois dans cette localité au début des années 1990, et il s’agissait d’un individu écrasé sur la route (S. Gillingwater, comm. pers., 2003). En 2003, une tortue ponctuée a été observée dans **TEXTE CACHÉ** (K. Fernie, comm. pers., 2003). Quelques individus ont été aperçus à quelques reprises dans cette réserve au cours des cinq dernières années; cependant, dans un petit secteur dominé par une variété envahissante de roseau (Phragmites), la tortue ponctuée est moins présente qu’auparavant (J. Haggeman, comm. pers., 2002). De petits groupes ont été observés à quelques reprises dans **TEXTE CACHÉ**, mais aucune n’a été capturée par le personnel du SCF durant les 66 nuits-pièges (1 piège laissé en place durant 24 heures = 1 « nuit-piège ») consacrées à la recherche de l’espèce entre le 25 mai et le 2 juin 2001; un spécimen a cependant été vu à la fin mai dans un fossé de drainage (K. Fernie, comm. pers., 2003). Dans **TEXTE CACHÉ**, on aperçoit quelques tortues ponctuées chaque année; lors des Relevés des oiseaux nicheurs du milieu des années 1990, on en a vu jusqu’à trois par jour (T. Hamilton, comm. pers. avec J. Haggeman, 2002). Selon Oldham (1982), **TEXTE CACHÉ** (Haldimand-Norfolk) serait l’un des derniers bastions de la tortue ponctuée en Ontario. Des relevés réalisés en 1995-1996 dans un réservoir de 31 ha de **TEXTE CACHÉ**, ont permis de recenser 47 tortues ponctuées, dont 34 avaient déjà été capturées entre 1992 et 1994 (Saumure, 1997). Un relevé plus récent et de plus grande envergure a permis de dénombrer dans cette réserve 146 tortues ponctuées, dont 10 avaient été capturées entre 1992 et 1996 (S. Gillingwater, comm. pers., 2003). Le réservoir de **TEXTE CACHÉ** abrite probablement la plus viable de toutes les populations actuelles du sud-ouest de l’Ontario, puisqu’il y a possibilité d’échanges entre elle et une petite population de **TEXTE CACHÉ**, où des relevés partiels ont permis de recenser 6 à 12 individus de l’espèce chaque année de 1996 à 2003 (il y en a sans doute davantage puisque l’espèce est présente tout le **TEXTE CACHÉ**, quoiqu’à faible densité) (S. Gillingwater, comm. pers., 2003). Toutefois, ce secteur est bien connu des amateurs de reptiles, et il y a eu des tentatives de capture illégale. En outre, une autoroute longe tout le marais; en 2003, on a trouvé trois tortues ponctuées écrasées sur cette route, et il y en a sans doute eu davantage (S. Gillingwater, comm. pers., 2003). Dans **TEXTE CACHÉ**, 113 tortues ponctuées ont été marquées, soit 44 femelles, 44 mâles, 15 juvéniles et 10 nouveaux-nés (A. Yagi, comm. pers., 2003). Il y a manifestement eu du braconnage aux dépens de la tortue ponctuée dans certaines parties de **TEXTE CACHÉ** où, par ailleurs, les eaux libres sont en voie d’être comblées de matière organique (A. Yagi, comm. pers., 2003).

Un relevé de l’herpétofaune réalisé en 2000-2001 dans le **TEXTE CACHÉ**, où la tortue ponctuée était présumée très rare, voire absente, a permis de dénombrer 158 individus de l’espèce, soit 76 mâles, 80 femelles et seulement 2 juvéniles (Gillingwater et Brooks, 2002). Un seul nid a été observé, et toutes les tortues étaient confinées **TEXTE CACHÉ**. Les relevés antérieurs n’avaient pas été poussés jusque là parce qu’il est difficile de se déplacer dans ce terrain marécageux. Par contre, malgré des recherches poussées, pas une seule tortue de l’espèce n’a été repérée dans le reste du parc ni dans les milieux humides voisins. **TEXTE CACHÉ** est, avec celle du **TEXTE CACHÉ**, l’une des plus importantes populations actuelles du sud de l’Ontario. Ces deux populations sont probablement complètement isolées l’une de l’autre et de toute autre population de l’espèce. La population du **TEXTE CACHÉ**, comme celle de**TEXTE CACHÉ**, est très vulnérable au braconnage parce qu’elle est confinée à un secteur restreint qu’on peut facilement atteindre depuis **TEXTE CACHÉ**, en échappant ainsi au contrôle des gardiens du parc. Elle est cependant encore plus fortement menacée par l’envahissement du marais par la végétation, conséquence d’une baisse du niveau des eaux; si cette tendance persiste, l’habitat de la tortue ponctuée pourrait disparaître rapidement (S. Gillingwater, comm. pers., 2003).

Dans le centre de l’Ontario, la tortue ponctuée a fait l’objet de trois études par capture-marquage-recapture et radiotélémétrie : l’une dans le district de Muskoka (par le personnel du parc national des Îles-de-la-Baie-Georgienne), une autre dans le comté de Victoria (Haxton, 1998), et la troisième sur la rive est de la baie Georgienne, dans le district de Parry Sound (Litzgus, 1996). La nidification a été observée dans les trois secteurs. Dans le district de Muskoka, 11 tortues ponctuées (7 femelles, 2 mâles, 2 juvéniles) ont été capturées entre 1993 et 1995 (Georgian Bay Islands National Park, 1995). Dans le comté de Victoria (**TEXTE CACHÉ**), 35 tortues ponctuées (9 mâles, 17 femelles, 9 juvéniles) ont été marquées au cours d’une période de 2 ans (Haxton, 1998). Sur la rive est de la baie Georgienne, plus de 180 tortues ponctuées ont été marquées depuis le début de l’étude, en 1977 (Litzgus, données inédites). Bien que les populations de l’est de la baie Georgienne présentent très peu de signes de recrutement (seulement 10 juvéniles et 1 nouveau-né ont été capturés depuis 1977) et que leur densité soit faible, elles semblent stables, probablement en raison de l’isolement de leur habitat. Cependant, l’élargissement de la route qui passe tout près de là et la construction d’une usine importante dans le port de plaisance le plus proche font craindre pour l’avenir de ces populations. Pour le parc Algonquin, il n’y a que deux mentions de l’espèce, et elles remontent à plus de 33 ans; on peut donc penser que la tortue ponctuée n’existe plus dans ce parc (Brooks et al., 2003).

En dépit de recherches intensives menées au cours des cinq dernières années dans **TEXTE CACHÉ**, sur les rives du lac Huron (env. 2 800 heures-personnes par année!), seulement quatre tortues ponctuées ont été observées. Cependant, en 2003, 24 individus de l’espèce ont été aperçus sur une plage **TEXTE CACHÉ**, et on pense qu’ils font peut-être partie d’une population florissante (S. Marks, comm. pers., 2003).

On ne sait pas si la tortue ponctuée est présente au Québec, les recherches récentes ayant été vaines. Elle n’a pas été signalée à Nicolet depuis 1874 (Provancher), bien que certaines tourbières ombrotrophes semblent offrir des conditions propices à l’espèce. D’autres relevés sont prévus dans la région de Nicolet (J.-F. Desroches, comm. pers., 2002). La tortue ponctuée observée en 1967 près de Sherbrooke (Ernst et al., 1994) se trouvait dans les Appalaches; or, la montagne ne fait pas partie de l’habitat habituel de l’espèce. Un programme d’affiches a été lancé, et des relevés ont été organisés dans cette localité en 1998-1999, mais aucune tortue ponctuée n’a été signalée ou observée (J.-F. Desroches, D. Rodrigue, comm. pers., 2002). Selon J.-F. Desroches (comm. pers., 2002), le spécimen observé en 1967 était peut-être un animal de compagnie relâché.

Si la tortue ponctuée a déjà été présente au Québec, il est possible qu’elle soit aujourd’hui disparue, les recherches récentes dans les localités pour lesquelles elle était mentionnée n’ayant donné aucun résultat. Par contre, comme l’espèce est présente en Ontario à seulement 15 km de la frontière du Québec, il n’est pas impossible qu’il reste de petites populations au Québec, en particulier le long de la rivière des Outaouais, entre l’île Perrot et Hull (D. Rodrigue, comm. pers., 2002). Pour pouvoir confirmer la présence de la tortue ponctuée au Québec, il faudrait mener au plus tôt des recherches rigoureuses durant la saison d’activité de l’espèce (mai-juin).

On peut voir qu’il est difficile d’estimer l’effectif canadien de la tortue ponctuée. En additionnant toutes les populations connues, on obtient un effectif de 1 000 à 2 000 individus; cependant, il reste peut-être encore des populations à découvrir, notamment dans la région de la baie Georgienne. S’il existe dans cette région des populations encore inconnues, le développement du réseau routier (notamment une route à quatre voies mise en service en 2003) risque d'entraîner une augmentation significative de la mortalité et la capture illégale, surtout si on envisage cette augmentation sur une à trois générations de durée moyenne (25 à 75 ans et plus). Quoi qu’il en soit, il est peu probable qu’on découvre des milliers de tortues ponctuées dans des tourbières encore inconnues du sud de l’Ontario, et l’effectif de 2 000 est une estimation raisonnable de la population adulte de l’espèce au Canada.


Note : Selon l'article 124 de la LEP, sur l'avis du COSEPAC, le ministre a limité la communication de renseignement concernant l'aire où se trouve cette espèce ou son habitat. Cette limitation est à l'avantage de cette espèce.