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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'Aster feuillu (Symphyotrichum frondosum) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Puisqu’elle pousse dans les habitats de plage et qu’elle est dépendante des cycles naturels des lacs, des régimes de perturbation et d’une banque de semences pour son recrutement et son rétablissement lors des mauvaises années, cette espèce est confrontée à plusieurs facteurs limitatifs et menaces. Plus précisément, les menaces et les limites suivantes ont été identifiées :

  • Depuis 1927, la gestion des niveaux d’eau dans trois sites constitue une limite permanente pour l’espèce parce qu’elle a éliminé une grande partie de ses dynamiques écologiques naturelles. Cependant, les conséquences de ce régime de gestion sont probablement surtout d’ordre historique. La gestion des lacs a notamment eu pour effet de :
    • réduire l’étroit habitat de rivage occupé par l’espèce, lequel est nécessaire au maintien et à l’expansion de ses populations;
    • réduire la banque de semences possible exposée au cours d’une année donnée, entraînant alors une diminution du recrutement potentiel les années où l’abondance est réduite, ainsi que du recrutement annuel associé. La banque de semences établie pour cette espèce a été réduite, sa taille ayant été probablement beaucoup plus grande avant les travaux de gestion.

En tant que filet de sécurité écologique aux populations d’espèces de rivage sur une base annuelle, la banque de semences est essentielle pour cette espèce. La perte de la disponibilité d’une banque de semences pourrait à elle seule entraîner le déclin des populations, le recrutement à partir d’une banque étant primordial les années où la reproduction est faible.

L’espèce a été décrite par Eastham (1947) comme abondante au lac Osoyoos, mais cette abondance peut être relative comparativement aux niveaux préalables à la gestion du lac. Depuis 1947, l’espèce a diminué, peut-être en raison du potentiel de recrutement affaibli lors des années de faible grenaison.

Le niveau d’eau du lac Osoyoos est contrôlé de manière artificielle par la Commission mixte internationale grâce à un barrage situé à Oroville, aux États-Unis. Le niveau d’eau du lac Skaha est contrôlé artificiellement par un barrage par la municipalité d’Okanagan Falls. Le niveau d’eau du lac Vaseux est contrôlé de manière artificielle par la municipalité d’Oliver à l’aide du barrage McIntyre (Jubb, comm. pers., 2003).

  • La réduction de l’étroite bande d’habitat convenable sur les rives entraîne le morcellement des sites continus et a par conséquent des répercussions écologiques.

  • Les petites populations morcelées d’espèces rares font face à d’autres limites et problèmes inhérents à leur situation. Elles risquent notamment de ne pas pouvoir profiter d’une immigration de source externe, de s’affaiblir génétiquement et de disparaître soudainement.

  • Les travaux de gestion constituent présentement une importante menace pour l’espèce dans trois sites. Ces travaux sont notamment le retournement du sol, le tamisage du sable, la tonte du gazon et le nettoyage de la plage. Plus précisément :
    • le retournement du sol constitue peut-être une grave menace pour l’espèce, mais pourrait tout de même être considéré comme un outil de gestion viable;
    • le sol du site du lac Skaha a été retourné deux fois au cours de l’été 2002, et le sable y a été tamisé au début du printemps. Ces travaux ont été réalisés afin de réduire les mauvaises herbes, d’empêcher la pelouse de s’étendre à la plage et d’alléger le sable, le tout en maintenant les qualités esthétiques de la plage (Gunoff, comm. pers., 2003). Malgré ces travaux, la population a survécu;
    • le retournement du sol effectué en 2003 a toutefois gravement endommagé la population en raison du moment et de l'étendue des travaux, et a grandement réduit le nombre de plants présents;
    • dans certains cas toutefois, les travaux de retournement du sol et de tamisage du sable peuvent imiter des perturbations naturelles, comme l’action des vagues ou d’une tempête, et favoriser de la même manière la dispersion de la banque de semences. La banque de semences peut être ouverte et dispersée lors des travaux de retournement du sol et de tamisage du sable, et les semences peuvent ainsi germer à quelques centimètres du plant d’origine. Dyer (comm. pers., 2005) souligne que des travaux de retournement du sol sont toujours effectués à cet endroit, mais qu’ils sont maintenant faits à un moment qui est favorable pour l’espèce.

  • La fréquentation est une menace majeure dans trois sites :
    • le piétinement excessif par les personnes et les animaux constitue une véritable menace. En 2002 et en 2003, les rédacteurs ont observé que dans les zones les moins piétinées des plages du lac Vaseux et du lac Skaha poussaient de plus grandes densités de S. frondosum. Dans les zones centrales fortement fréquentées ne poussaient que de faibles densités, voire aucun plant. Le piétinement semble nuire gravement à la survie du S. frondosum.
    • l'utilisation active des plages par les baigneurs, les plaisanciers et les enfants a des répercussions directes sur l'habitat de l’espèce. Les trous creusés dans le sable, la mise à l’eau et l’entreposage des embarcations, le piétinement et le compactage du sol ont des conséquences directes.
    • la question de la colonisation des zones d’abaissements par le gazon sur les sites récréatifs peut être préoccupante. Au lac Skaha, du gazon a été semé près du rivage, à proximité des populations d’asters feuillus. Le gazon pousse conjointement avec le S. frondosum en périphérie de la plage.

  • L’utilisation intensive du site et les perturbations qui en découlent peuvent augmenter la menace que posent les espèces envahissantes et accroître la concurrence livrée par les espèces non indigènes qui sont adaptées aux habitats perturbés. Les espèces envahissantes et la concurrence sont des menaces pour l’espèce, plus particulièrement en l’absence de niveaux d’eau saisonniers naturellement élevés capables de contenir leurs populations. Une grande proportion des espèces associées dans les trois sites sont des espèces non indigènes. De plus, un couvert particulièrement dense de mélilot blanc envahissant a été observé sur le site du lac Vaseux en 2003. Cette concurrence peut avoir une incidence négative sur la fécondité et la survie du S. frondosum dans ces sites. Fait important, les communautés végétales dont le couvert est vierge et indigène résistent mieux aux espèces envahissantes que celles dont le couvert est perturbé et non indigène (Anderson et Inouye 2001; Levin, 2000). Il est par conséquent important de maintenir (ou de rétablir) une communauté indigène afin d’augmenter la résistance aux espèces envahissantes.

  • Les plans d’exploitation proposés pour la rive est du lac Osoyoos constituent une grave menace et auront une incidence sur les sous-populations restantes.

  • La concurrence livrée par les plantes non indigènes introduites pose une grave menace.

  • La possibilité d’accumulation de nutriments dans ces lacs hautement utilisés peut être inquiétante. Cette espèce préfère les habitats pauvres en nutriments. L’augmentation des nutriments encouragera d’ailleurs la concurrence. Cependant, aucun test précis démontrant la présence d’une telle accumulation ou son incidence sur les plants n’a été documenté.