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Grenouille Léopard (Rana Pipiens)

Évaluation et statut proposé

Le déclin des populations de la grenouille léopard dans l’Ouest du Canada s’est amorcé il y a environ 20 ans, et il se peut qu’on ne parvienne jamais à en déterminer la cause. Parmi les causes potentielles, mentionnons le drainage des milieux humides, la sécheresse, la modification des habitats, l’introduction de poissons de pêche sportive, l’utilisation de pesticides, les maladies, l’eutrophisation des milieux humides et le rayonnement ultraviolet. Jusqu’à 70 p. 100 des milieux humides des Prairies ont disparu au cours du siècle dernier (Équipe d’évaluation scientifique de la biodiversité, 1994). En plus de causer la disparition des populations, le drainage des milieux humides accentue l’isolement des populations restantes et peut affaiblir les structures des métapopulations. L’abaissement des nappes phréatiques peut causer la réduction et l’élimination de nombreux étangs temporaires (Corn et Fogleman, 1984). À cause du rabattement des nappes, un plus grand nombre d’étangs peuvent geler jusqu’au fond en hiver, entraînant la mort des grenouilles hibernantes. Les voies navigables ont été modifiées de diverses façons. Des liaisons ont été établies entre des étangs en Colombie‑Britannique (Orchard, 1992). Ces travaux ont altéré l’hydrologie et permis aux poissons d’atteindre ces étangs. La canalisation de ruisseaux en Alberta risque d’entraver la dispersion des jeunes grenouilles de l’année le long des corridors riverains (Seburn et al., 1997). Des poissons prédateurs ont été introduits dans de nombreux milieux humides modifiés en Colombie‑Britannique (Orchard, 1992), en Alberta (Seburn, 1992c) et en Saskatchewan (Didiuk, 1997). Aucune donnée n’est disponible pour le Manitoba, mais il y a tout lieu de croire que des introductions de poissons y ont également été effectuées. Les introductions de poissons ont été mises en cause dans le déclin de plusieurs espèces d’anoures au Nevada (Drost et Fellers, 1996) et dans l’État de Washington (Leonard et McAllister, 1996). Les pesticides chimiques ont un certain nombre d’effets directs et indirects sur les amphibiens (Bishop, 1992), dont la réduction des sources de nourriture, l’altération des comportements et la mortalité des têtards. La maladie la plus fréquemment observée chez la grenouille léopard est la maladie des pattes rouges, causée par la bactérie Aeromonas hydrophila. La bactérie est naturellement répandue dans l’environnement, mais elle ne cause habituellement pas la mort, sauf chez les individus qui se trouvent dans des conditions stressantes. Dans son site d’étude au Manitoba, Eddy (1976) a observé des cas de mortalité massive parmi les populations de têtards à la suite de proliférations d’algues qui ont entraîné l’apparition de conditions anoxiques. Le phénomène pourrait se répandre à cause du ruissellement d’eaux chargées d’engrais en provenance de terres cultivées. Enfin, le rayonnement UV ambiant a causé la mort d’embryons de la grenouille des Cascades (Rana cascadae) en Oregon (Blaustein et al., 1994). La sensibilité de la grenouille léopard au niveau actuel de rayonnement UV demeure à établir.

Quelles que soient les causes du déclin des populations de grenouilles léopards, l’ampleur et la rapidité avec lesquelles il s’est produit au Manitoba et en Alberta ne laissent planer aucun doute quant à la possibilité de déclins catastrophiques chez cette espèce. Comme les causes demeurent indéterminées, il n’y a pas lieu de croire que le phénomène ne peut se répéter. Du fait du rétrécissement de son aire de répartition, la grenouille léopard est plus susceptible de connaître des effondrements de ses populations à l’échelle locale. Le manque de données pour la Saskatchewan, le Manitoba et les Territoires du Nord‑Ouest vient compliquer l’évaluation approfondie de la situation actuelle de la grenouille léopard. Pour quantifier le déclin et le rétablissement des populations, on ne dispose que de données anecdotiques. En fait, aucune espèce d’amphibien n’a fait l’objet d’une étude détaillée de son histoire naturelle ou d’un projet de recherche ciblé en Saskatchewan (Didiuk, 1997). Au Manitoba, malgré le caractère très visible et spectaculaire du déclin de cette espèce exploitée commercialement, aucun projet de recherche approfondi n’a été entrepris depuis l’effondrement des populations il y a plus de 20 ans. De tels projets n’ont été réalisés qu’en Colombie‑Britannique et en Alberta, où des réductions importantes de l’aire de répartition et des effectifs ont été observées.

Il apparaît logique de considérer séparément la situation de la grenouille léopard dans deux régions. Dans la portion ouest du Canada située à l’est des Rocheuses (Alberta, Saskatchewan, Manitoba et Territoires du Nord‑Ouest), le climat, les écosystèmes et la nature des perturbations anthropiques diffèrent substantiellement des conditions observées à l’ouest des Rocheuses (Colombie‑Britannique). La répartition de la grenouille léopard est continue dans les Prairies et dans les Territoires du Nord‑Ouest, alors que les populations en Colombie‑Britannique sont isolées géographiquement et écologiquement et se rencontrent dans des habitats très différents.

Il est recommandé de considérer les populations de grenouilles léopards des Prairies comme préoccupantes. L’aire de répartition des populations de grenouilles léopards dans les prairies de l’Ouest et de l’Est du pays a considérablement diminué. Les raisons de ce phénomène demeurent inconnues. Aucun signe de recolonisation n’a été observé dans les prairies de l’Ouest, et très peu dans l’Est. De façon générale, la grenouille léopard semble présente uniquement dans les principaux bassins hydrographiques et les habitats les plus propices. Ces populations isolées sont plus susceptibles de disparaître, puisqu’il a été démontré qu’elles ne recolonisent pas leurs anciens habitats.

Il est recommandé de considérer la grenouille léopard en Colombie‑Britannique comme en voie de disparition. Toutes les données disponibles laissent croire qu’une seule population subsiste encore dans la province, et aucune reproduction n’y a été observée depuis 1996. Cette population est isolée des autres populations canadiennes, et l’éventualité d’une recolonisation à partir de l’Alberta est exclue. L’immigration à partir de l’Idaho, directement au sud de la population restante, est possible, mais cette probabilité ne peut être évaluée. Selon toute vraisemblance, si aucune mesure de protection immédiate n’est prise, la population de la Colombie‑Britannique est vouée à disparaître dans un avenir rapproché.