Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Grenouille Léopard (Rana Pipiens)

Taille et tendances des populations

Taille des populations

Comme les effectifs d’amphibiens fluctuent considérablement d’une année à l’autre sous l’influence de facteurs stochastiques comme les conditions météorologiques, le nombre de populations est un meilleur indicateur de la stabilité de l’espèce que l’effectif de chacune des populations (Green, 1997). Le nombre de populations existantes est inconnu. Bien que la présence de la grenouille léopard soit fréquemment signalée dans des étangs de diverses régions de l’Ouest canadien, bon nombre de ces étangs ne sont pas des lieux de reproduction, mais plutôt des puits pour les jeunes dispersants de l’année (Seburn et al., 1997).

Bien qu’on ignore le nombre de populations au Manitoba, des chants ont été entendus dans 27 à 40 p. 100 des sites surveillés entre 1993 et 1997 (R. Larche, comm. pers.) dans le cadre d’un relevé annuel des chants effectués dans les « arrières‑cours » par des bénévoles. Les résultats à ce jour (nombre de sites où des chants de grenouille léopard ont été entendus) sont les suivants : 25 sites sur 63 (40 p. 100) en 1993; 20 sites sur 51 (39 p. 100) en 1994; 13 sites sur 49 (27 p. 100) en 1995; et 30 sites sur 109 (28 p. 100) en 1996 (R. Larche, comm. pers.). Malheureusement, la répartition géographique de ces observations n’est pas disponible pour l’instant.

Le nombre de populations restantes en Saskatchewan est indéterminé. L’absence d’observations récentes portent à croire que les effectifs ont considérablement diminué depuis la fin des années 1970 (Didiuk, 1997). Divers rapports produits dans le cadre du programme d’élaboration d’un atlas pour la Saskatchewan indiquent que la grenouille léopard est encore répandue dans la province (A. Didiuk, comm. pers.; figure 4), mais ces rapports ne précisent pas la taille des populations répertoriées. Comme le programme est encore relativement jeune, il est probable que d’autres populations soient découvertes. Ces relevés bénévoles ont débuté en 1993 en Saskatchewan (SAMP, 1994). Cette année-là, des chants de grenouilles léopards ont été entendus dans 9 des 35 (26 p. 100) parcours : Saskatoon (trois parcours), Regina, Alvena, Canwood, Conquest, Paddockwood et Perdue. La présence de la grenouille léopard dans plus d’un étang a été signalée seulement le long de deux parcours. L’espèce pourrait être sous-représentée dans ces relevés, car son cri n’est pas toujours facile à entendre. La figure 4 montre que la grenouille léopard occupe une vaste aire de répartition dans la province, mais elle ne se rencontre habituellement que dans des bassins de drainage ou des plans d’eau isolés (Didiuk, 1997).

Figure 4. Aire de répartition actuelle de la grenouille léopard dans l’Ouest du Canada.

Figure 4. Aire de répartition actuelle de la grenouille léopard dans l’Ouest du Canada.
Les données sont tirées de sources diverses --  Saskatchewan : Andrew Didiuk (comm. pers.) et Saskatchewan Herpetofaunal Atlas Project, Alberta : Wagner (1997), Colombie‑Britannique : Ohanjanian et Teske (1996), Territoires du Nord‑Ouest : M. Fournier (comm. pers.). Aucune donnée sur la répartition actuelle n’est disponible pour le Manitoba (R. Larche, comm. pers.). Les données pour la Saskatchewan incluent les observations historiques et actuelles, dont certaines n’ont pas été récemment réitérées.

      Seulement 26 des 74 populations reproductrices répertoriées dans le passé en Alberta existent encore, et la reproduction n’a été confirmée que chez 12 d’entre elles (figure 4; Seburn, 1992c). À l’exception d’une population isolée dans l’Extrême- Nord‑Est de l’Alberta (lac Boquene), toutes les populations existantes connues se trouvent au sud de la rivière Battle, et toutes celles qui semblent s’être reproduites avec succès sont concentrées au sud de Drumheller, pour la plupart dans le coin sud-est de la province. Le nombre maximal d’adultes observés dans un étang de reproduction s’élevait à 40 (Seburn, 1992c). On compte sept principales populations reproductrices (annexe IIIc). La reproduction de la grenouille léopard a été confirmée aux autres sites suivants : aire naturelle de la rivière Milk, rivière Little Bow, Bow City (rivière Bow), South Gleichen (rivière Bow), Coaldale et vallée Kennedy’s Coulee. Récemment, la grenouille léopard a été observée en abondance dans le parc Kin Coulee à Medicine Hat (Powell et al., 1996). Alberta Fish and Wildlife surveille une population de grenouilles léopards à la source Prince’s depuis 1990 (E. Hofman, comm. pers.), où des jeunes de l’année ont été observés en grand nombre chaque année.

La grenouille léopard est pratiquement disparue de la Colombie-Britannique. Au milieu des années 1970, elle était abondante dans la région de Creston, dans le Sud‑Est de la province (Ohanjanian, 1996). Elle y était devenue peu commune en 1981, et le personnel du kiosque d’information touristique de la vallée Creston n’a plus revu de grenouilles léopards depuis le milieu des années 1980. Les relevés effectués de 1988 à 1990 ont été infructueux (Orchard, 1992). En 1991, quatre individus ont été observés au nord de Creston dans l’aire de nidification du lac Duck, à l’intérieur de l’aire de gestion de la faune de la vallée de Creston, près de la frontière canado-américaine. Aucun individu n’a été observé lors des relevés effectués en 1995 dans l’écoprovince des montagnes intérieures du Sud depuis Bush Arm, au nord de Golden, jusqu’à la frontière canado-américaine à Grasmere, au sud, et Creston, à l’ouest (Ohanjanian et Teske, 1996). Les recherches ont également été infructueuses à Waneta et le long de la route 3 à l’ouest de Creston (Ohanjanian et Teske, 1996). En 1996, seulement trois ou quatre mâles ont été entendus dans un site se trouvant dans l’aire de gestion de la faune de la vallée de Creston (Ohanjanian, 1996). Aucune masse d’œufs ni aucun têtard n’ont été trouvés. Aucun jeune de l’année n’a été observé lors des relevés estivaux. Toutefois, la présence d’un individu sub-adulte indique que l’espèce s’était récemment reproduite avec succès. La présence de la grenouille léopard a été signalée de nouveau à Creston en 1997 (L. Friis, comm. pers.). 

Dans les Territoires du Nord‑Ouest, la grenouille léopard se rencontre uniquement dans une petit zone de plaine boréale entre la frontière de l’Alberta et le Grand lac des Esclaves (Fournier, 1997). Le nombre d’observations est limité, et aucune estimation des effectifs n’est disponible. La présence de l’espèce a été signalée en 1995.

 

Répartition et persistance des populations

Dans l’Ouest canadien, la répartition de la grenouille léopard semble plus étroitement associée aux principaux bassins hydrographiques que dans l’Est du pays. Cette disparité pourrait être due à des différences dans la répartition des sites de reproduction et, en particulier, des sites d’hibernation, ainsi qu’aux conditions climatiques relativement plus sèches qui règnent dans l’Ouest.

Au Manitoba, la mortalité massive des grenouilles léopards s’est amorcée en 1975. Un an plus tard, l’espèce était pratiquement disparue des principaux centres de population (Koonz, 1992). Contrairement à ce qui a été observé à certains autres endroits, des grenouilles mortes ont été trouvées en grands nombres. Des amoncellements de grenouilles mortes ou mourantes ont été observés sur les rives du lac Manitoba, et des tas de grenouilles atteignant presque un mètre de hauteur ont été découverts dans les secteurs où elles étaient les plus abondantes (Koonz, 1992). Dans les régions où les populations étaient les plus denses, presque toutes les grenouilles sont mortes. Dans les vastes étendues de marais bordant le lac Manitoba, aucun chant de grenouille léopard n’a été entendu et aucune masse d’œufs n’a été trouvée (Koonz, 1992). Les petites populations isolées ont toutefois connu un meilleur sort. Les populations semblaient s’être partiellement rétablies en 1983, et à l’heure actuelle, la grenouille léopard occupe la majeure partie de son aire de répartition d’antan, et même si ses effectifs demeurent largement inférieurs à ce qu’ils étaient auparavant, son rétablissement à certains endroits a été spectaculaire (R. Larch, comm. pers.).

On connaît moins bien la situation de la grenouille léopard en Saskatchewan. Les populations semblent associées aux principaux bassins hydrographiques, en particulier ceux des rivières Saskatchewan Nord, Saskatchewan Sud, Qu'Appelle, Frenchman et Souris. Des données anecdotiques laissent croire que les populations ont atteint leur niveau plancher entre le début et le milieu des années 1970, mais qu’elles sont en voie de rétablissement (Seburn, 1992a; Weller et al., 1994). La grenouille léopard a été provisoirement désignée « espèce non en péril » dans la province (Secoy, 1987). Bien qu’il soit établi que les effectifs fluctuent considérablement, la répartition étendue de l’espèce est suffisante pour justifier cette désignation. Selon Secoy, le déclin de la grenouille léopard en Saskatchewan pourrait avoir été causé par une sécheresse qui s’est prolongée sur une période de dix ans et par la modification des milieux humides dans la portion méridionale de la province. Les marécages et autres milieux humides sont ou ont été drainés, et de nombreux cours d’eau sont canalisés à des fins d’irrigation. En raison de ces facteurs, Secoy estimait que la grenouille léopard et d’autres espèces « non en péril » pouvaient en réalité être menacées à long terme.

En Alberta, la grenouille léopard était disparue en 1979 de la majorité des régions où elle se rencontrait auparavant (Roberts, 1981, 1992). Quelques autres populations sont disparues par la suite (Roberts, 1991). La perte de sites de reproduction et d’hibernation ne semble pas avoir joué un rôle à cet égard (Roberts, 1992). Une mortalité massive (attribuée à la maladie des pattes rouges) a été observée localement en 1976. Bien qu’elle ne semble pas avoir précipité la disparition totale de populations, cette maladie pourrait avoir contribué au déclin généralisé de l’espèce dans la province.

En Colombie‑Britannique, la grenouille léopard est aujourd’hui passablement rare (Orchard, 1992). L’altération des voies navigables et l’introduction de poissons prédateurs pourraient avoir joué un rôle déterminant dans le déclin de l’espèce dans la province. Les introductions de poissons ont été incriminées dans le déclin des populations d’anoures dans la Sierra Nevada en Californie (Drost et Fellers, 1996). Dans la portion sud de la province, des poissons de pêche sportive ont été introduits dans pratiquement tous les plans d’eau jugés propices (Orchard, 1991).

Le déclin des populations de grenouilles léopards s’étend au-delà de l’Ouest canadien. Dans l’Est du Canada, la grenouille léopard semble moins commune qu’auparavant dans le Nord de l’Ontario (Weller et al., 1994). Dans le cadre d’un relevé effectué récemment dans des régions comprises entre Sudbury et Geraldton, aucun individu n’a été observé au nord de Sault Ste. Marie (Seburn et Seburn, 1997). Dans l’État de Washington, la grenouille léopard est disparue de la plupart des régions où elle se rencontrait antérieurement (Leonard et McAllister, 1996). De 1992 à 1995, sa présence a été mentionnée dans seulement deux des quinze sites historiques. La cause de ce déclin demeure indéterminée, mais l’introduction du ouaouaron (Rana catesbeiana) (le ouaouaron était absent dans les deux sites où la présence de la grenouille léopard a été décelée) et de poissons de pêche sportive, la modification des milieux humides et la pollution ont été mises en cause. Dans l’Ouest du Montana, la grenouille est pratiquement disparue des régions où elle était autrefois commune (J. Reichel, comm. pers.). Ces déclins pourraient s’être amorcés dès le début des années 1970. L’aire de répartition actuelle de la grenouille léopard dans l’Est du Montana est mal connue, mais les populations semblent en déclin. Des diminutions ont également été signalées dans le Sud de l’Idaho et l’Est de l’Oregon (Koch et al., 1996). En revanche, les effectifs semblent avoir augmenté dans l’Est de l’Idaho depuis quelques années. Les neuf populations surveillées au Colorado de 1973 à 1982 sont aujourd’hui disparues (Corn et Fogleman, 1984). Cinq populations sont disparues par suite de l’assèchement des marais durant les sécheresses qui sont survenues au milieu des années 1970. La cause de la disparition des autres populations demeure indéterminée. En Arizona, les recherches effectuées entre 1983 et 1987 dans 13 sites anciennement occupés par l’espèce (Clarkson et Rorabaugh, 1989) ont été infructueuses. Une population dont la présence n’avait jamais été mentionnée auparavant a cependant été découverte. Le ouaouaron était présent dans un seul de ces 13 sites.

 

Tendances

Un déclin important et généralisé des populations de grenouilles léopards a été observé dans toute la portion ouest de l’aire de répartition de l’espèce au Canada et aux États‑Unis. Des grenouilles mortes ont été trouvées au Manitoba et au Wisconsin particulièrement, mais pas partout. En Colombie-Britannique et en Alberta, ces déclins ont provoqué un rétrécissement important de l’aire de répartition de l’espèce. Les populations des régions situées au sud semblent avoir été moins gravement touchées que celles occupant les régions formant la limite septentrionale de la répartition de l’espèce (sauf aux Territoires du Nord‑Ouest et dans l’Extrême-Nord‑Est de l’Alberta). En Saskatchewan et au Manitoba, toutefois, l’aire de répartition de la grenouille est demeurée inchangée, mais le nombre de populations a diminué. Les données disponibles indiquent que les effectifs ont augmenté modérément à l’intérieur de l’aire de répartition actuelle, mais aucun signe de recolonisation n’a été décelé dans les régions où l’espèce est complètement disparue. Bien qu’il soit impossible de déterminer de façon précise quand le déclin s’est amorcé, sauf au Manitoba, le milieu ou la fin des années 1970 semblent être les périodes les plus vraisemblables selon les données disponibles.

Le manque de données complique la reconstitution des événements qui se sont succédés dans le passé. Il se peut que les programmes de surveillance réalisés par les bénévoles permettent un jour de dénombrer les populations existantes en Saskatchewan et au Manitoba. Pour l’instant, bien qu’il soit clairement établi qu’un déclin spectaculaire se soit produit, on ignore si les populations de la grenouille léopard continuent de diminuer ou si elles sont stables ou en hausse. Par exemple, le Centre de données sur la conservation du Manitoba indique que les populations de R. pipiens sont stables ou en baisse (Duncan et al., 1994).