Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Grenouille Léopard (Rana Pipiens)

Habitat

Définition de l’habitat

La grenouille léopard se reproduit dans divers types de milieux humides, en particulier les étangs, les bras morts des cours d’eau (Merrell, 1977; Seburn, 1992b), les fossés bordant les routes, les emprunts, les chenaux et les prés inondés en permanence (Eddy, 1976). En Alberta, on a signalé que l’espèce se reproduit dans des bras morts de ruisseaux ou de rivières, des méandres abandonnés et des étangs, ainsi que des milieux humides alimentés par des sources des terres hautes (Wershler, 1991). Le lieu de reproduction type, tel que décrit au Minnesota, est un étang temporaire de 30 à 60 m de diamètre et de 1,5 à 2 m de profondeur qui n’abrite aucune population de poissons (Merrell, 1968). Une profondeur de l’eau de 1,5 m ou plus semble plus importante que la superficie de l’étang au Wisconsin (Hine et al., 1981). Dans les étangs temporaires peu profonds, la baisse du niveau d’eau en été peut être fatale pour les œufs et les jeunes têtards (Eddy, 1976; C. Seburn, obs. pers.). Au cours des années sèches, il peut arriver que l’espèce ne se reproduise avec succès que dans les milieux où les eaux sont permanentes (Eddy, 1976). Néanmoins, selon Merrell (1968), les étangs de reproduction sont généralement coupés des autres plans d’eau et s’assèchent régulièrement à quelques années d’intervalle. Cette caractéristique prévient l’établissement de populations de poissons importantes susceptibles de s’attaquer aux œufs et aux têtards.

La végétation aquatique est également une caractéristique importante des lieux de reproduction. Au Wisconsin, en mai, la végétation émergente recouvre environ les deux tiers des rives, et la végétation submergée, environ 50 p. 100 de la superficie des étangs (Hine et al., 1981). Les étangs de reproduction présentent habituellement des pentes graduelles laissant plus d’espace à la végétation émergente et sont situés dans des milieux ouverts bien exposés au soleil. Ils sont généralement entourés de prés frais, de marais peu profonds, de pâturages non tondus ou de champs de foin. En Alberta, la végétation émergente des sites de reproduction est souvent composée de Typha latifolia (typha à feuilles larges ou quenouille), de Scirpus spp. (scirpes) et de Carex spp. (carex) croissant en peuplements purs ou mélangés (Wershler, 1991). La plupart des lieux de reproduction présentent une zone d’eau libre importante, mais au moins deux sites étaient entièrement encombrés par la végétation. En Alberta, presque tous les étangs fréquentés par la grenouille léopard ne sont pas silteux (Seburn, 1992b). Le substrat varie considérablement d’un étang à l’autre, mais dans le cas des sites de reproduction, il est le plus souvent recouvert de végétation en décomposition.

Après avoir examiné les paramètres de qualité de l’eau (conductivité, pH, alcalinité, S04, Cl, Na, Ca, Mg, K, HCO3 et CO3) dans 23 sites de reproduction, sites fréquentés en dehors de la saison de reproduction et sites anciennement fréquentés par la grenouille léopard dans le Sud de l’Alberta en 1991, Seburn (1992b) a constaté que les concentrations de CO3 dans les sites aujourd’hui désertés étaient significativement plus élevées que dans les sites utilisés pour la reproduction en 1990. Au plan de la qualité de l’eau, quatre sites utilisés pour la reproduction dans le Sud de l’Alberta présentaient les caractéristiques suivantes en 1992 (C. Seburn, 1993) : pH : 8,5‑9,5; oxygène dissous : 8,8‑16,3 ppm; CO2, : 0‑29,6 ppm; dureté : 151‑342 ppm; alcalinité (CaCO3) : 305‑470 ppm; turbidité (variable adimensionnelle) : 40‑42, sauf à un site, où la turbidité s’élevait à 90.

En été, les grenouilles léopards se dispersent habituellement dans un large éventail d’habitats terrestres. La diversité de ces habitats est telle que Merrell (1977) a jugé plus opportun de décrire les habitats qui sont rarement fréquentés par l’espèce. La grenouille léopard ne se rencontre généralement ni dans les milieux fortement boisés, ni dans les milieux à graminées hautes (plus de 1 mètre), ni dans les habitats sablonneux dénudés, quoique des individus s’aventurent la nuit dans des zones sablonneuses à Long Point (Ontario) (D. Green, comm. pers.). Elle fréquente rarement les pâturages intensivement broutés ou les endroits où les graminées ont été coupées à ras. La grenouille léopard semble préférer les habitats où la végétation mesure de 15 à 30 cm de hauteur (Merrell, 1977). Dans la végétation plus haute, les insectes dont elle se nourrit ont plus de chance de se trouver hors de sa portée. Les écotones sont souvent préférés du fait de leur plus grande diversité structurale. Les juvéniles s’éloignent rarement des plans d’eau, probablement à cause du risque de déshydratation (Whitaker, 1961). En Alberta, les habitats fréquentés en été sont passablement diversifiés (Wershler, 1991), l’espèce se rencontrant le long de rives dénudées ou recouvertes d’une végétation clairsemée (p. ex. terres stériles bordant des rivières traversant des prairies ou des prairies-parcs) et de rives comportant un couvert végétal dense composé de graminées, de scirpes et de saules, ou dans des milieux dégagés éloignés des rives. La présence de la grenouille léopard est inhabituelle sur les rives des lacs de grande taille de la forêt boréale et de la forêt mixte et dans les fens et les marécages. La plupart des individus demeurent à proximité de l’eau et s’y réfugient en cas de danger. La grenouille léopard a également été observée autour d’étangs artificiels sur un terrain de golf à Medicine Hat (Seburn, 1992b). La grenouille léopard demeure probablement près des plans d’eau sauf durant les journées pluvieuses (C. Seburn, 1993). Au Nouveau‑Brunswick, la grenouille léopard fréquente les milieux où la végétation atteint une hauteur moyenne de 32 cm (fourchette de 9 à 85 cm) (McAlpine et Dilworth, 1989). Le Rana clamitans (grenouille verte) affiche des préférences similaires, ayant été trouvé dans des milieux où la végétation atteignait une hauteur moyenne de 55,2 cm. La grenouille léopard recherche cependant une végétation plus dense (2 288,8 tiges/m2) que la grenouille verte (481,6 tiges/m2).

Comme la grenouille léopard a besoin de différents types d’habitats durant l’année (sites de reproduction, d’alimentation et d’hibernation), la proximité et le degré de connexion entre ces habitats sont également importants (Seburn et al., 1997). Par exemple, au Wisconsin, les lieux de reproduction sont situés à moins de 1,6 km des sites d’hibernation (Hine et al., 1981).

 

Tendances des habitats 

La destruction des milieux humides est l’un des facteurs qui nuit le plus aux populations d’amphibiens. On estime que plus de la moitié des milieux humides du Sud du Canada ont été drainés pour faire place, dans la majorité des cas, à des terres agricoles (Équipe d’évaluation scientifique de la biodiversité, 1994). Jusqu’à
70 p. 100 des milieux humides dans les Prairies ont été détruits au cours du XXe siècle. Au Manitoba, vers 1950, les milieux humides prairiaux occupaient une superficie d’environ 2 000 km2 (Bethke et Nudds, rapport inédit, in Sinclair et al., 1995). En 1990, environ 20 p. 100 de ces milieux humides étaient disparus. La superficie des milieux humides s’est apparemment stabilisée depuis le début des années 1980. Durant la même période, l’Alberta a perdu 50 p. 100 de ses 4 000 km2 de milieux humides. Contrairement à ce qui s’est produit au Manitoba, la disparition des milieux humides s’est accélérée en Alberta au cours des années 1980. Dans le Sud de la Saskatchewan, on estime que 59 p. 100 de tous les bassins de milieux humides et 78 p. 100 de toutes les bordures de milieux humides ont été touchés par l’agriculture (Turner et al., 1987, in Didiuk, 1997). La sécheresse peut également entraîner la disparition de milieux humides. Même si la sécheresse est temporaire, les mares asséchées peuvent être mises en culture et sont par conséquent perdues.

 

Protection des habitats

La répartition actuelle de la grenouille léopard au Manitoba est trop peu connue pour qu’on puisse se prononcer sur la quantité de milieux humides propices à l’espèce qui est actuellement protégée (Duncan et al., 1994). Même si la grenouille léopard est présente dans le parc national du Mont‑Riding et dans la plupart des parcs provinciaux, des aires de protection de la faune et des réserves fauniques, cela ne signifie pas nécessairement que les habitats auxquels elle est associé sont à l’abri de l’exploitation industrielle ou que la collecte commerciale ou personnelle de l’espèce est interdite (R. Larche, comm. pers.). La principale population étudiée par Eddy (1976) se trouvait sur le terrain du site expérimentale de l’Université du Manitoba, au marais Delta, sur les rives du lac Winnipeg. La présence de la grenouille léopard a été mentionnée dans le parc national des Prairies, dans le Sud de la Saskatchewan (Seburn, 1992a). La grenouille léopard a également été observée au ruisseau Battle près du parc interprovincial Cypress Hills, à proximité de la frontière entre la Saskatchewan et l’Alberta, et une population importante se trouve à moins de 8 km du parc (Seburn, 1992c). Une autre population protégée se trouve dans la zone de conservation de la rivière Milk, en Alberta (Seburn, 1992c).

En Alberta, le plan de gestion de la grenouille léopard considère qu’il existe sept populations principales. Aucune de ces populations n’est protégée, bien que certaines d’entre elles se trouvent sur des terres publiques louées comme pâturages. Un de ces sites (lac Old Channel) est adjacent à la réserve nationale de faune de Suffield, qui est protégée. Des relevés effectués récemment ont révélé la présence de la grenouille léopard à Suffield (L. Powell, comm. pers.). Une population est également présente à Medicine Hat dans le parc municipal Kin Coulee (Powell et al., 1996). Bien que ce parc soit à l’abri de l’exploitation commercialle, on ignore l’ampleur des travaux d’embellissement (p. ex. applications d’herbicides contre les mauvaises herbes, entretien des pelouses) réalisés par la ville.

La dernière population connue de grenouilles léopards en Colombie‑ Britannique se trouve dans la zone de gestion de la faune de la vallée de Creston (Ohanjanian, 1996). Cette zone de quelque 7 000 hectares comprend des digues, des étangs et des marais et constitue un excellent habitat pour la grenouille léopard. La réserve est protégée par le gouvernement de la Colombie-Britannique et en vertu de la convention internationale de Ramsar sur la protection des zones humides (I. Ohanjanian, comm. pers.).