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Grenouille Léopard (Rana Pipiens)

Facteurs limitatifs

Modification de l’habitat

La grenouille léopard a besoin d’au moins trois types d’habitats : des étangs temporaires pour se reproduire au printemps, des milieux terrestres pour s’alimenter durant l’été, et des étangs qui ne gèlent pas jusqu’au fond et ne deviennent pas anoxiques pour hiberner. L’élimination d’un seul de ces types d’habitat ou son isolement des deux autres, par suite de la construction d’une route par exemple, peut entraîner la disparition d’une population. En Ontario, il a été démontré que l’intensité des cris d’appel est inversement corrélée à la proximité des routes pavées (Pope, 1996).

Des études des habitats ont montré que la proximité des aires d’alimentation estivales par rapport aux lieux de reproduction est le principal facteur influant sur l’intensité des chants de grenouilles dans la région d’Ottawa (Pope, 1996). Il est possible que la mortalité augmente considérablement si les grenouilles doivent parcourir de grandes distances à partir des lieux de reproduction. Il se peut également que les effectifs soient plus denses uniquement parce que la présence de lieux de reproduction à proximité des aires d’alimentation estivales offre un habitat optimal pour l’espèce.

La modification et l’interconnexion de milieux humides à des fins d’introduction de poissons de pêche sportive peuvent également se révéler néfastes pour la grenouille léopard (Orchard, 1992). De plus, certains poissons, comme la carpe (Cyprinus carpio), peut déplacer la grenouille léopard en modifiant son habitat. En se nourrissant, les carpes détruisent la végétation émergente, accroissent la turbidité de l’eau et éliminent ou réduisent considérablement les populations d’algues et d’invertébrés (Leonard et McAllister, 1996). Les plantes exotiques envahissantes, comme la salicaire (Lythrum salicaria), peuvent également altérer la structure des milieux humides (Leonard et McAllister, 1996).

La modification de l’habitat peut altérer les caractéristiques thermiques des étangs de reproduction. Selon Hayes et Jennings (1986), le réchauffement des lieux de reproduction durant les périodes critiques pourrait entraîner la disparition de certaines espèces de ranidés. De nombreuses espèces de ranidés sont plus sensibles aux températures durant leur vie embryonnaire. Dans les étangs de reproduction du Sud de l’Alberta, les températures maximales auxquelles les embryons de la grenouille léopard sont exposés se situent généralement en dessous de 20 oC (C. Seburn, obs. pers.), donc bien inférieures au seuil de tolérance thermique de l’espèce d’environ 28 oC (Moore, 1939).

L’augmentation de l’irrigation rendue nécessaire par les sécheresses dans certaines régions des Prairies peut avoir des répercussions sur les réserves d’eau souterraine et provoquer l’abaissement des nappes phréatiques (Seburn, 1992c). Ces perturbations peuvent à leur tour accélérer l’assèchement des lieux de reproduction ou la dégradation des sites d’hibernation. En Alberta, les sites d’hibernation restants connus sont tous des étangs alimentés par des sources, et la plupart se trouvent dans des régions qui ne sont pas irriguées.

 

Prédation

Les introductions de ouaouarons (Rana catesbeiana) au Colorado et dans l’État de Washington ont été mis en cause dans le déclin des populations de grenouilles léopards (Hammerson, 1982; Leonard et McAllister, 1996). Toutefois, une évaluation du rôle joué par le ouaouaron dans le déclin des ranidés dans l’Ouest de l’Amérique du Nord n’a pas permis de confirmer cette hypothèse (Hayes et Jennings, 1986). Bien que le ouaouaron se nourrisse de têtards, de juvéniles et peut-être même d’adultes de la grenouille léopard, il ne se rencontre pas naturellement à l’ouest de l’Ontario. Il a été introduit en Colombie‑Britannique, et bien que son aire de répartition soit en expansion, elle ne chevauche pas celle de la grenouille léopard. Le ouaouaron n’est pas responsable du déclin des populations de grenouilles léopards dans l’Ouest canadien.

Les introductions de poissons ont des effets plus dommageables à cause de la prédation qu’exercent les poissons sur les embryons non protégés (Hayes et Jennings, 1986). Les poissons pourraient être responsables du déclin de certaines espèces de ranidés de l’ouest du pays qui ont évolué jusqu’à tout récemment dans des environnements relativement exempts de poissons. Les embryons et les larves du ouaouaron sont habitués à la présence des poissons, et l’élimination des autres espèces de ranidés par les poissons pourrait même favoriser l’expansion du ouaouaron. L’évaluation de l’incidence des poissons est compliquée, parce que ceux-ci se nourrissent également de prédateurs importants de têtards comme les larves d’odonates (P. Gregory, comm. pers.). Toutefois, la grenouille léopard se reproduit habituellement dans des étangs exempts de poissons (Merrell, 1968).

 

Collecte 

La grenouille léopard est l’objet d’une chasse commerciale au Manitoba depuis au moins les années 1920 (R. Larche, comm. pers.). Les prises rapportées ne représentent qu’un minimum, car les quantités vendues annuellement ne sont pas enregistrées. D’après les registres des vendeurs, jusqu’à 49 907 kg de grenouilles léopards auraient été récoltés annuellement au début des années 1970 (Koonz, 1992). Comme il faut entre 20 et 26 grenouilles léopards pour obtenir un kilo, c’est donc plus d’un million de grenouilles qui ont été éliminées annuellement par la chasse. En 1974, la récolte annuelle ne s’élevait plus qu’à 5 900 kg, malgré l’absence de changements apparents dans le marché. Il n’y a eu aucune récolte commerciale ni en 1993, ni en 1994, mais en 1995, 5 800 kg ont été récoltés (R. Larche, comm. pers.). La grenouille léopard n’est l’objet d’une exploitation commerciale ni en Saskatchewan (Seburn, 1992a), ni en Alberta (Seburn, 1992c), ni en Colombie‑Britannique (L. Friis, comm. pers.). Toutefois, les juvéniles sont utilisés comme appâts par les pêcheurs au Manitoba (R. Larche, comm. pers.), en Saskatchewan (K. Roney, comm. pers.) et en Alberta (Roberts, 1991).

Dans toutes les régions du Canada, des œufs et des têtards sont fréquemment récoltés par des enfants et des adultes qui veulent observer la transformation des têtards. Même si les jeunes qui ont survécu sont habituellement relâchés dans la nature, ils ne sont pas nécessairement réintroduits à l’endroit même où ils avaient été capturés. Les effets de cette pratique ne sont pas clairs.

 

Autres facteurs

Au Minnesota, la prévalence de carcinomes du rein chez la grenouille léopard a atteint 10,5 p. 100 au cours des années 1960 (Hunter et al., 1989). À la fin des années 1970, aucun cas de carcinome du rein n’a été relevé parmi 2 151 grenouilles examinées. Entre 1986 et 1988, des carcinomes du rein ont été détectés chez quatre grenouilles léopards. Ces grenouilles provenaient toutefois d’un exploitant, et on ne sait pas si elles avaient été élevées en captivité ou si elles avaient été capturées dans la nature.

Des taux élevés de malformations des membres postérieurs ont été observés au Québec dans des populations de grenouilles léopards, de grenouilles vertes, de ouaouarons et de crapauds d’Amérique dans divers secteurs de la vallée du Saint‑Laurent exposés à des eaux de ruissellement chargées de pesticides (Ouellet et al., 1997). Un large éventail de facteurs incluant des parasites, des agents pathogènes et des toxines peuvent causer des malformations, et l’origine des malformations observées au Québec n’a pas été déterminée. Les taux observés dans l’Ouest du pays étant plus faibles, il est peu probable que les malformations puissent y jouer un rôle important dans le déclin des populations de la grenouille léopard.