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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la corydale de Scouler au Canada - Mise à jour

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COSEPAC
Résumé

Corydale de Scouler
Corydalis scouleri

Information sur l’espèce

La corydale de Scouler est une grande herbacée vivace à rhizomes épais. Ses tiges sont creuses, simples ou légèrement ramifiées dans leur partie supérieure, longues de 40 à 120 cm. Les feuilles, vert-bleu, glauques (couvertes d'une poudre cireuse blanche ou bleue), sont généralement au nombre de trois et sont situées près du milieu de la tige ou au-dessus de celle-ci; la plus basse est souvent longue de 20 à 30 cm. L'inflorescence, terminale, apparaît en mai ou en juin et est généralement une grappe composée (inflorescence allongée portant les plus jeunes fleurs à son extrémité) de 15 à 20 fleurs éperonnées de couleur rose.

 

Répartition

La corydale de Scouler se rencontre à l'ouest des Cascades (surtout sur la côte), depuis le nord-ouest de l'Orégon jusqu'à la péninsule Olympic, au Washington, ainsi que dans le sud-ouest de l'île de Vancouver. Au Canada, l'espèce a été observée uniquement dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique, dans les bassins du ruisseau Carmanah (sites découverts depuis le rapport de situation de 2000), du lac Cowichan, de la rivière Klanawa et de la rivière Nitinat. Les populations canadiennes se trouvent à environ 80 km au nord des populations de la péninsule Olympic, au Washington. Grâce à de nouvelles recherches, la zone d'occurrence connue de la corydale de Scouler est passée, depuis 2000, de 250 km2 à 275 km2. Il est important de souligner qu'une part importante des habitats convenant à l'espèce demeure inexplorée en raison de son inaccessibilité par le réseau routier. Compte tenu des habitats susceptibles d'abriter l'espèce dans les bassins du ruisseau Walbran et du lac Cowichan, on pense que la zone d'occurrence réelle de celle-ci serait de 825 km2 supérieure à sa zone d'occurrence connue.

 

Habitat

Les peuplements luxuriants de corydale de Scouler se trouvent dans des habitats humides et frais associés à des cours d'eau, depuis les grandes rivières jusqu'à leurs petits affluents. Dans le sud-ouest de l'île de Vancouver, en Colombie-Britannique, l'espèce se rencontre depuis le niveau de la mer jusqu'à presque 200 m d'altitude. Elle pousse dans des plaines inondables alluviales et sur des terrasses fluviatiles à faible pente, dans des forêts mixtes ou caducifoliées de début de succession, rarement dans des forêts de conifères. La corydale de Scouler a été observée dans tous les peuplements d'aulne rouge (Alnus rubra) d'environ 30 ans et plus qui ont été explorés dans la vallée de la Nitinat. Des sujets dispersés ont également été observés en bordure de routes, dans des fossés, sur des terrains défrichés et dans d'autres types d'habitats modifiés par l'humain.

 

Biologie

La corydale de Scouler est une herbacée vivace produisant des tiges annuelles à l'extrémité de rhizomes épais. Les semis ont une racine pivotante plutôt épaisse, qui subsiste probablement au moins jusqu'à ce que la plante ait atteint l'âge de floraison, peut-être beaucoup plus longtemps. Les spécimens plus âgés n'ont que des racines adventives qui apparaissent chaque année au printemps juste en dessous de la partie aérienne du turion.

 

Taille et tendances des populations

Au cours des six dernières années (1997 à 2004), 24 populations de corydale de Scouler ont été observées en Colombie-Britannique. Grâce aux relevés réalisés depuis 2000, le nombre de tiges connues est passé de 117 395 à 848 000. Vu le mode de croissance de l'espèce, il est difficile de dire combien de tiges peuvent appartenir à un même individu. Les populations répertoriées comptent entre une et 462 000 tiges. Sept populations comptant chacune plus de 20 000 tiges représentent à elles seules 95 p. 100 de toute la population de la Colombie-Britannique. La superficie occupée par chaque population varie grandement, de quelques mètres carrés à 3,4 ha. Huit des populations occupent une superficie supérieure à 0,5 ha. La superficie totale occupée par les populations connues est de 0,10 km2.

 

Facteurs limitatifs et menaces

Les menaces potentielles à la survie de la corydale de Scouler, notamment l'exploitation forestière, la construction de routes et de ponts, les activités récréatives et les inondations naturelles, sont probablement mineures. Ces menaces sont d'autant moins préoccupantes que la population totale connue de l'espèce s'élève actuellement à plus de 800 000 tiges réparties sur 275 km2. De plus, la désignation d'aires d'habitat faunique, dans lesquelles l'exploitation forestière et la construction de routes et de ponts sont interdites, assure la protection de plus de 400 000 tiges. Quelques population ont été endommagées dans le passé par la construction de routes et de ponts, mais le nombre de sujets détruits par ces activités n'est qu'un faible pourcentage (moins de 2 p. 100) de la population totale de l'espèce. Les activités récréatives peuvent entraîner des dommages aux berges des cours d'eau qui sont faciles d'accès, mais cet impact sur la corydale de Scouler est pour le moment très faible. Les inondations naturelles détruisent parfois les populations qui poussent sur les berges et dans les plaines inondables, mais cela n'entraîne qu'une réduction temporaire de la population, car les inondations contribuent par ailleurs à créer de nouveaux habitats propices à l'espèce et peuvent également servir de mécanisme de dispersion.

 

Importance de l’espèce

La corydale de Scouler, comme plusieurs autres espèces de Corydalis, est bien connue des horticulteurs. De surcroît, les alcaloïdes présents dans un grand nombre des Fumariacées et des Papavéracées, famille étroitement apparentée, présentent un grand intérêt pour les taxinomistes, les spécialistes de la phytochimie et les agronomes.

 

Protection actuelle ou autres désignations

La corydale de Scouler pourrait être protégée en Colombie-Britannique en vertu de la Wildlife Amendment Act (2004), puisqu'elle figure sur la liste bleue du Centre de données sur la conservation de la province et qu'elle est inscrite à l'Annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du Canada. Le COSEPAC a classé la corydale de Scouler comme espèce menacée au Canada en 2001. Deux populations situées dans des parcs provinciaux sont protégées par la Provincial Park Act, et une troisième, située dans une réserve écologique, est protégée par l'Ecological Reserves Act. La Forest and Range Practices Act (FRPA) de la Colombie-Britannique vise des problèmes de conservation et d'aménagement et autorise notamment la création d'aires d'habitat faunique. La corydale de Scouler est actuellement visée par l'Identified Wildlife Management Strategy, en vertu d'un règlement (Government Actions Regulation) pris sous le régime de la FRPA. Des aires d'habitat faunique ont été officiellement désignées en vertu de la Forest and Range Practices Act afin de protéger huit sites de corydale de Scouler situés dans le bassin de la Nitinat et comptant dans l'ensemble environ 437 100 tiges. Ces aires d'habitat faunique seront gérées en fonction des besoins de la corydale de Scouler. Bien qu'elles n'aient pas été mentionnées dans le rapport de situation original, des populations de l'espèce avaient été observées dans un parc provincial (44 850 tiges) et dans une réserve écologique (moins de 15 tiges).

Aux termes de la Forest and Range Practices Act, les grands cours d'eau à poissons, comme les rivières Nitinat et Klanawa et les ruisseaux Carmanah et Walbran, font l'objet d'une règle par défaut exigeant que dans chaque zone d'aménagement, une zone riveraine soit réservée. Ce mécanisme permet aux exploitants de concessions forestières de gérer leur obligation à l'égard de la rétention d'arbres utiles pour la faune de manière à laisser une zone intacte autour des habitats susceptibles d'abriter la corydale de Scouler.

Enfin, les sociétés forestières Western Forest Products et Teal Jones ont enregistré dans leur système d'information géographique les données sur la corydale de Scouler du Centre de données sur la conservation de la Colombie-Britannique, et elles en tiennent compte dans leur planification des coupes.