Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC surl’iris lacustre (Iris lacustris) au Canada

Biologie

 

Généralités

On croit que l’iris lacustre s’est différencié de l’Iris cristata après la dernière glaciation, il y a 11 000 ans (Hannan et Orick, 2000). Des études ont montré que l’espèce est génétiquement appauvrie et ne présente aucune variation iso-enzymatique, ce qui indique qu’elle est dérivée d’une seule population fondatrice et qu’elle a connu des extinctions et des étranglements génétiques (Hannan et Orick, 2000; Simonich et Morgan, 1994). La prédominance de la reproduction végétative contribue à maintenir l’uniformité morphologique.

Reproduction

L’iris lacustre se reproduit principalement par voie végétative, les pousses émergeant de rhizomes, ce qui donne des colonies d’individus identiques du point de vue génétique. En milieu naturel, la formation de fruits et de graines est faible, et les graines germent de manière sporadique après de longues périodes de dormance (Hannan et Orick, 2000; Makholm, 1986).

La floraison a lieu de la mi-mai au début de juin, et les fleurs demeurent ouvertes durant trois jours environ. Les capsules mûrissent de la mi-juin à la mi-août. La partie aérienne de la plante meurt à l’automne, et les rhizomes passent l’hiver en dormance (Planisek, 1983). La pollinisation est nécessaire à la formation de fruits, et les fleurs sont capables d’autopollinisation. Une expérience a montré que l’autopollinisation est plus fréquente que la pollinisation croisée et que, chez les fleurs autopollinisées, le taux de formation de fruits est plus élevé (Planisek, 1983). La pollinisation croisée se fait par des insectes. Des halictes (Augochlorella striata) ont été observées sur des fleurs d’iris lacustre (Larson, 1998). Étant donné que les mêmes espèces d’abeilles ont également été observées sur d’autres espèces de fleurs, leur relation avec l’I. lacustris n’est sans doute pas très spécialisée (Larson, 1998).

Le nombre de fleurs produites semble en corrélation avec le nombre de points végétatifs, mais la formation de fruits n’est pas déterminée par la densité de fleurs. Environ la moitié des ovules forment des graines. Nous n’avons trouvé aucune information concernant la longévité, la durée d’une génération et le taux de reproduction chez l’espèce. L’âge à la maturité sexuelle a été estimé à au moins sept ans (Planisek, 1983). La formation de fleurs et de fruits est maximale dans les milieux où le niveau d’éclairement est intermédiaire (environ 40 900 lux, ou 3 800 pieds-bougies), le sol est jeune et la nappe phréatique est sous le niveau du sol (Van Kley et Wujek, 1993).

Survie

Nous n’avons trouvé aucune information concernant la survie des plantules, la structure de la population et les taux de reproduction et de recrutement, et en avons trouvé peu concernant l’incidence de l’herbivorie sur la survie de l’espèce. Nous n’avons pas relevé beaucoup d’indices de broutage. Des larves d’insectes et des tamias ont été observés en train de manger des graines de l’espèce (Makholm, 1986).

Physiologie

L’iris lacustre est vivace; la partie aérienne de la plante meurt, et les rhizomes passent l’hiver en dormance. Les nouvelles pousses émergent des rhizomes au printemps. L’emplacement des pousses des années antérieures est marqué par des nœuds renflées sur le rhizome.

Nous n’avons trouvé aucune information sur l’aire de répartition climatique de l’espèce et sur sa vulnérabilité aux facteurs climatiques.

L’espèce peut tolérer une grande variété de microclimats. Le facteur auquel elle est le plus sensible est l’éclairement; elle préfère les milieux semi-ombragés où l’éclairement est d’environ 3 800 pieds-bougies (Van Kley et Wujek, 1993). Elle tolère un niveau d’éclairement moindre, mais forme alors moins de fleurs et de fruits. Son intolérance à la lumière intense du soleil peut être liée à sa vulnérabilité à la sécheresse. Un dépérissement causé par la sécheresse a été observé durant l’été particulièrement chaud de 1988. L’iris lacustre peut aussi tolérer une vaste gamme de types de sol, y compris le sable, le gravier et le loess reposant sur du calcaire. L’espèce pousse également dans des sols dont le pH varie entre 5,4 et 7,5 (Van Kley et Wujek, 1993).

Déplacement et dispersion

Les graines de l’iris lacustre sont disséminées par les fourmis. On a observé que plus d’une espèce de fourmis (et même un centipède) disséminent les graines (Planisek, 1983). La distance de dissémination est inconnue, mais on peut supposer que les fourmis ramassent les graines qui se trouvent proches de leur nid. En règle générale, les plantes ne poussent pas près du bord de l’eau; il est donc peu probable que des graines provenant des quelques sites situés aux États-Unis puissent flotter jusqu’aux rives ontariennes du lac. L’iris lacustre produit peu de graines, et leur longévité dans l’eau est inconnue.

Il est probable que les insectes contribuent à la dispersion du pollen, mais on ne sait pas dans quelle mesure, ni à quelle distance le pollen est ainsi dispersé. On ne connaît pas non plus l’effet de la dispersion du pollen par les insectes sur la population de l’espèce.

Nutrition et relations interspécifiques

La dispersion du pollen et des graines dépend des insectes, mais, étant donné que la reproduction se fait principalement par voie végétative, la survie de l’iris lacustre ne dépend pas entièrement des insectes. Aucune autre association facultative ou inhibitoire n’est connue. Nous n’avons trouvé aucune information sur les besoins nutritifs de l’espèce.

Comportement et adaptabilité

On a réussi à faire pousser l’iris lacustre au W.J. Beal Botanical Garden, au Michigan, mais la formation de graines n’a pas été supérieure à ce qu’on observe en milieu naturel (Chittenden, 1995). L’iris lacustre est une plante de rocaille populaire; plusieurs entreprises offrent des graines de l’espèce qu’on peut commander par l’Internet. On ne sait pas si ces entreprises prélèvent des plantes entières ou récoltent des graines dans la nature.

Van Kley et Wujek (1993) ont observé un certain dépérissement causé par la sécheresse durant l’été de 1988 et ont supposé que le stress hydrique causé par les épisodes de sécheresse est la raison pour laquelle l’espèce ne pousse pas en plein soleil.