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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Puffin à pieds roses (Puffinus creatopus) au Canada

Répartition

Répartition mondiale

Le Puffin à pieds roses se trouve principalement dans l’est du Pacifique, mais des individus ont été signalés en Nouvelle-Zélande et en Australie, et un spécimen a été récolté sur la côte atlantique de l’Argentine (Birdlife International, 2003). L’espèce se reproduit dans trois îles au large de la côte du Chili : l’île Mocha dans la baie d’Arauco, à 35 km au large (50 km² de superficie) et, à 600 km au nord-ouest, dans l’île Robinson Crusoe (Más á Tierra, 93 km²) et la très petite île Santa Clara situées dans l’archipel océanique Juan Fernandez (AOU, 1998) (figure 2).

Le long de la côte du Chili, le Puffin à pieds roses est plus commun au nord de 40-42° de latitude sud (Brown et al., 1975; Guicking et al., 2001). Son aire de répartition marine s’étend vers le nord le long de la côte de l’Amérique du Sud et de l’Amérique du Nord, au moins jusqu’à la côte sud de l’Alaska (AOU, 1998) (figure 2), mais on a observé relativement peu d’individus au nord de l’île de Vancouver (Colombie-Britannique) (Vermeer et al., 1989). Des individus errants ont été signalés à l’ouest des îles Hawaii et des îles Line (Harrison, 1983) et dans le golfe d’Alaska. On sait que le Puffin à pieds roses est présent en toutes saisons au large du Pérou et du Chili, mais l’espèce est habituellement observée dans la partie nord-américaine de son aire de répartition uniquement durant le printemps, l’été et l’automne boréaux.

Figure 2. Répartition mondiale du Puffin à pieds roses (Puffinus creatopus) (à l’est de la ligne), d’après des cartes de Birdlife International (2003).

  1. colonie de l’île Mocha;
  2. colonies de Juan Fernandez.

Figure 2.  Répartition mondiale du Puffin à pieds roses (Puffinus creatopus) (à l’est de la ligne), d’après des cartes de Birdlife International (2003). 1 – colonie de l’île Mocha; 2 – colonies de Juan Fernandez.

Répartition canadienne

Au Canada, on ne trouve le Puffin à pieds roses qu’au large de la côte de la Colombie-Britannique, l’extrémité nord de l’île de Vancouver représentant probablement la limite nord de la région où l’espèce est régulièrement présente (Vermeer et al., 1989). Le Puffin à pieds roses se classe au second rang parmi les espèces de puffins les plus nombreuses en Colombie-Britannique (Guzman et Myres, 1983).

Les documents mentionnant la présence du Puffin à pieds roses au large de la côte de la Colombie-Britannique sont rares avant la fin des années 1960. Martin (1942) a décrit l’espèce comme étant rare au large de la côte de l’île de Vancouver, mais cette assertion était probablement liée à la rareté des relevés au large. Pendant les années 1940, Martin et Myres (1969) ont signalé la présence de l’espèce au large de la côte ouest de l’île de Vancouver à la fin d’avril et en mai, le nombre augmentant et atteignant un pic à partir de juillet jusque dans le mois d’août. Des bandes pouvant compter jusqu’à 20 individus étaient fréquemment observées en août aux environs des bancs La Pérouse et Swiftsure (Martin et Myres, 1969). Guzman et Myres (1983) ont signalé des concentrations de Puffins à pieds roses au large de la partie centrale de l’île de Vancouver au printemps de 1977 et de 1978, ainsi que de grands nombres d’oiseaux au large de l’île de Vancouver et de la péninsule Olympic à la fin de l’automne 1977. Les observations étaient concentrées aux environs, et à l’intérieur, de l’isobathe de 90 m. On a également observé des Puffins à pieds roses suivant des Puffins fuligineux (Puffinus griseus) et pénétrant profondément dans la baie Barkley sur la côte ouest de l’île (Hatler et al., 1978), et on en a observés quelquefois dans les eaux marines entourant les îles de la Reine-Charlotte (Haida Gwaii) au printemps et en été (Harfenist et al., 2002).

Les données recueillies depuis le début des années 1980 (Morgan et al., 1991 et figure 3) montrent un profil d’occurrence saisonnier qui correspond aux observations mentionnées ci-dessus. Le nombre de Puffins à pieds roses augmente au large de l’île de Vancouver au printemps (mars-mai) et atteint un pic en été (juin-juillet) et en automne (août-octobre). En général, la répartition de l’espèce a tendance à être étroitement associée au rebord externe de la plate-forme continentale (celle-ci correspondant aux eaux se trouvant à l’intérieur de l’isobathe de 200 m), au large de la côte ouest de l’île de Vancouver, au large de l’entrée du détroit de Juan de Fuca et, en automne, au large des côtes de Haida Gwaii (Morgan et al., 1991 et figure 3). Il n’y a pas de mentions de cette espèce en hiver (novembre-février) au large de la côte de la Colombie-Britannique, mais cela est peut-être lié au fait que l’effort d’observation est restreint pendant cette période. Entre le printemps et l’automne, il y a eu beaucoup plus d’activités de relevé, la plupart relativement près de la côte de la Colombie-Britannique. Bien que les relevés aient été moins nombreux au-delà du rebord de la plate-forme continentale, la répartition du Puffin à pieds roses observée au large de la Colombie-Britannique est très semblable à celle observée ailleurs (voir les sections ci-dessous). La zone d’occurrence du Puffin à pieds roses, entre l’isobathe de 200 m et la côte de la Colombie-Britannique (excluant les eaux de la côte est de l’île de Vancouver et les bras de mer) mesure environ 69 883 km².

Les activités de relevé en mer ont été irrégulières d’une année à l’autre sur les plans spatial et temporel. Tous les relevés sont effectués à partir de navires non dédiés occasionnels (K. Morgan, comm. pers., 2003), ce qui se traduit par un effort inégal. Par conséquent, il est difficile d’établir exactement l’aire de répartition de l’espèce et son abondance relative au large de la côte de la Colombie-Britannique. Dans le cas des secteurs marins où l’espèce n’a pas été signalée et de ceux où il n’y a pas eu de relevés, on ne peut affirmer que ces secteurs ne sont pas utilisés par le Puffin à pieds roses. C’est pourquoi on considère que la zone d’occupation de l’espèce au Canada correspond à la zone d’occurrence.

Sur la base de la zone d’occurrence et de la zone d’occupation au Canada ainsi que de la densité moyenne globale de Puffins à pieds roses par km² tirée des relevés en mer, on estime qu’environ 21 000 Puffins à pieds roses utilisent la région définie de juin à octobre chaque année (SCF, données inédites, 2003). On ne connaît pas la taille de la population mondiale totale, mais l’estimation obtenue pour la Colombie-Britannique représente probablement une proportion importante de cette population et souligne l’importance des eaux du large de la Colombie-Britannique pour l’espèce pendant cette période.

Figure 3. Localisation des mentions de Puffins à pieds roses (Puffinus creatopus), par saison, au large de la côte de la Colombie-Britannique (Canada) de 1980 à 2001. Les zones colorées en bleu pâle, en gris et en vert correspondent à la plate-forme (isobathe de 200 m) et à la pente continentales.

Figure 3.  Localisation des mentions de Puffins à pieds roses (Puffinus creatopus), par saison, au large de la côte de la Colombie-Britannique (Canada) de 1980 à 2001. Les zones colorées en bleu pâle, en gris et en vert correspondent à la plate-forme (isobathe de 200 m) et à la pente continentales.