Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Puffin à pieds roses (Puffinus creatopus) au Canada

Habitat

Besoins de l’espèce et tendances de l’habitat

Habitat de reproduction

Le Puffin à pieds roses niche dans de longs terriers tortueux pouvant s’enfoncer quelques mètres dans le sol, de sorte qu’il est impossible de déterminer de l’extérieur l’emplacement exact de la chambre où se trouve le nid. Dans l’île Mocha, l’espèce se reproduit dans des colonies situées en forêt dense, depuis environ 150 m au-dessus du niveau de la mer jusqu’aux crêtes montagneuses (Guicking, 1999; Guicking et al., 2001). La colonie principale se trouve juste au-dessus d’un village sur la côte est de l’île (Guicking, 1999). Les terriers sont souvent détruits par les gens qui récoltent les poussins (voir les sections ci-dessous).

Dans l’île Robinson Crusoe, la colonie principale de Puffins à pieds roses se trouve le long d’une ligne de crête. Dans l’île Santa Clara, les terriers sont dispersés sur de grandes superficies et répartis en plusieurs groupes de 100 à 300 terriers, mais on trouve aussi de nombreux terriers isolés (Guicking et Fiedler, 2000). Aux deux endroits, les terriers sont creusés en terrain dégagé recouvert de végétation herbeuse. Cependant, il est probable que l’habitat de reproduction dans l’île Robinson Crusoe a déjà été densément boisé. À cause des activités de déboisement et de l’introduction d’herbivores (notamment des moutons, des bovins, des chevaux, des ânes et des chèvres) au cours du 20e siècle et avant (Hahn et Römer, 2002), de nombreux secteurs forestiers ont été grandement réduits dans cette île (Bourne et al., 1992; Hahn et Römer, 2002). Les tempêtes et les épisodes de fortes précipitations ont en général des effets plus importants sur les terriers se trouvant dans les secteurs moins végétalisés (Hodum et Wainstein, 2002). Les lapins (Oryctoloagus cuniculus) introduits sont très nombreux dans les îles Robinson Crusoe et Santa Clara, et leur présence contribue fortement à la destruction de la végétation et de ce fait à l’érosion (Bourne et al., 1992; Guicking et Fiedler, 2000; Hahn et Römer, 2002). On pense aussi que les lapins entrent en compétition avec le Puffin à pieds roses pour les terriers de reproduction (Schlatter, 2002; Hodum et Wainstein, 2002, 2003).

Habitat marin

D’après les résultats du pistage satellitaire d’un petit nombre d’oiseaux nicheurs et non nicheurs de la colonie de l’île Mocha en 1999, le Puffin à pieds roses préférerait nettement se déplacer et s’alimenter près de la côte continentale (à moins d’un km) pendant la saison de reproduction (Guicking et al., 2001). L’étude a révélé la présence d’un secteur d’alimentation important dans les eaux côtières, 250 à 300 km au nord de la colonie, et d’un deuxième secteur potentiel approximativement à la même distance au sud. Ces endroits sont des secteurs où abondent les sardines et les anchois, principales composantes du régime alimentaire du Puffin à pieds roses pendant la saison de reproduction. Les conditions océanographiques associées à ces secteurs comprennent des eaux très salées et des températures stables de 14 à 18 °C à la surface de la mer (Guicking et al., 2001). Brown et al. (1975) ont signalé la présence du Puffin à pieds roses associée à des conditions océanographiques similaires au large du Chili en été. Les résultats d’une étude de pistage satellitaire menée à l’île Santa Clara, dans l’archipel Juan Fernandez, ont permis de découvrir des secteurs d’alimentation à environ 70 à 258 km au nord-est et au sud-est de la colonie pendant la saison de reproduction 2002 (Hodum et Wainstein, 2002). Par contre, pendant la saison 2003, les adultes nicheurs ont parcouru des distances beaucoup plus grandes (de 315 à 650 km) à l’est de Santa Clara. D’après ces résultats, il y aurait des différences dans le comportement de recherche de nourriture d’une année à l’autre, et des recherches sur les facteurs océanographiques et alimentaires connexes sont en cours (Hodum et Wainstein, 2003).

Bien que peu nombreuses, peut-être à cause des efforts d’observation réduits à cette période, les observations de Puffins à pieds roses au large de la côte du Chili en hiver sont également associées à des températures de 14 à 18 °C à la surface de la mer (Jehl, 1973). On ne sait pas si ces observations se rapportaient à des individus en quête de nourriture ou en déplacement.

On possède très peu de renseignements sur les besoins du Puffin à pieds roses concernant son habitat marin dans l’ensemble de ses quartiers d’hiver. En général, il semble y avoir une association positive entre la répartition du Puffin à pieds roses en Amérique du Nord après la reproduction et la plate-forme continentale (Wahl, 1975; Guzman et Myres, 1983; Briggs et al., 1987; Vermeer et al., 1989; Morgan et al., 1991; D. Hyrenbach, comm. pers., 2003), ainsi qu’avec certains éléments du système de courants de Californie (Ainley, 1976; Briggs et al., 1987) qui s’étend vers le nord jusqu’à l’île Triangle au large de la côte de la Colombie-Britannique. En général, ces régions sont caractérisées par des périodes saisonnières de remontées d’eau profonde et une productivité biologique élevée (Hay, 1992).

Au large de la côte californienne, l’abondance et les densités de Puffins à pieds roses varient considérablement d’une année à l’autre (Ainley, 1976; Ainley et al., 1995) et dans l’année selon les phases, et les zones d’influence, du système de courants de Californie. Cependant, l’espèce est en général associée à des températures variant entre 14 et 19 °C (Ainley, 1976) et se tient à l’écart des remontées d’eau profonde les plus intenses (Briggs et al., 1987). L’abondance du Puffin à pieds roses au large de la Californie semble en général plus faible pendant les périodes où la température de l’eau est plus élevée en surface, comme pendant les épisodes d’El Niño (Ainley et al., 1995). Briggs et al. (1987) supposent que l’espèce pourrait être plus abondante au cours de la deuxième année suivant ces périodes. D’après Ainley (1976), il se pourrait que les différences annuelles dans l’abondance du Puffin à pieds roses au large de la Californie soient liées aux conditions océaniques pendant l’hiver (austral) au large du Pérou et du Chili. Pendant les périodes hivernales où la production d’anchois est faible au large de la côte de l’Amérique du Sud, le Puffin à pieds roses se dirige peut-être en plus grand nombre vers le système de courants de Californie (Ainley, 1976).

Au large de l’État de Washington, le Puffin à pieds roses fréquente presque exclusivement le rebord externe de la plate-forme continentale (Wahl, 1975). Là aussi, comme en Californie, l’abondance du Puffin à pieds roses varie grandement d’une année à l’autre et est en général moindre pendant les épisodes d’El Niño (Wahl et Tweit, 2000). Au large de l’île de Vancouver et du détroit de Juan de Fuca, au Canada, le Puffin à pieds roses est plus généralement observé depuis le rebord externe de la plate-forme continentale vers la côte jusqu’à l’isobathe de 90 m (Guzman et Myres, 1983; Vermeer et al., 1989).

Protection et propriété des terrains

L’île Mocha et l’archipel Juan Fernandez appartiennent au Chili, qui en assure la gestion. En migration, le Puffin à pieds roses passe par les eaux des pays suivants : Chili, du Pérou, Équateur, Colombie, Panama, Costa Rica, Nicaragua, Guatemala, El Salvador, Honduras, Mexique, États-Unis et Canada (Schlatter, 2002).