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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Puffin à pieds roses (Puffinus creatopus) au Canada

Biologie

Généralités

On possède très peu d’information sur la biologie du Puffin à pieds roses. Cet oiseau niche en colonies, dans des terriers, habituellement dans la forêt. Normalement, il revient à terre à la noirceur. En dehors de la saison de reproduction, une grande proportion de la population entreprend une longue migration transéquatoriale, passant l’été et l’automne boréaux au large des côtes des États-Unis et du Canada.

Reproduction

Le Puffin à pieds roses se reproduit pendant l’été austral (Murphy, 1936 dans Guicking et al., 2001), les oiseaux regagnant les colonies en novembre et en décembre (Harrison, 1983). La ponte, d’un seul oeuf (Guicking, 1999), s’effectue en décembre et en janvier (Harrison, 1983). L’éclosion des oeufs s’échelonne de la fin de janvier au début de février (Hodum et Wainstein, 2002, 2003), et l’envol a lieu en mai (Guicking et al., 2001). L’incubation est probablement assurée par les deux parents. À l’éclosion, l’un des parents demeure avec le poussin pendant les premiers jours (Guicking et Fiedler, 2000; Hodum et Wainstein, 2002). Les poussins sont ensuite laissés sans surveillance, les adultes ne demeurant pratiquement jamais dans leur terrier le jour, n’y revenant que la nuit pour nourrir leur jeune, une fois la brève période initiale de couvaison terminée (Guicking, 1999; Hodum et Wainstein, 2002). Hodum et Wainstein (2002, 2003) ont estimé le taux d’éclosion à 85 p. 100 dans les terriers qui ont fait l’objet d’une surveillance dans l’île Santa Clara pendant la saison de reproduction en 2002 et à 78 p. 100 en 2003. Par ailleurs, 88 p. 100 des poussins éclos ont survécu jusqu’à l’âge de 36 à 46 jours pendant la saison 2002 (Hodum et Wainstein, 2002). En 2003, dans le cas des poussins éclos avant le 12 février, Hodum et Wainstein (2003) ont signalé un taux de survie de 88 p. 100 au 21 mars. Les dates exactes de l’envol et le taux de survie jusqu’à l’envol n’ont pas fait l’objet de recherches, mais les auteurs ont signalé un taux de succès global de la reproduction, incluant les oeufs non éclos, se situant à 69 p. 100 en 2003 (Hodum et Wainstein, 2003).

Selon certaines indications, les oiseaux nicheurs de l’île Mocha accompliraient pour s’alimenter de longs voyages pouvant durer jusqu’à une semaine et même deux semaines (Guicking et al., 2001). Ces auteurs envisagent la possibilité que ces absences prolongées soient le résultat du stress consécutif à la capture, à la manipulation et au marquage des oiseaux, mais des recherches similaires menées dans l’île Santa Clara fournissent une autre explication. La surveillance de certains terriers et l’étude des données sur les reproducteurs suivis par satellite à cet endroit indiquent que les voyages d’alimentation ont duré de 2 à 4 jours pendant la saison de reproduction 2002 (Hodum et Wainstein, 2002), mais d’après l’information obtenue à l’aide des mêmes techniques pendant la saison 2003, les voyages d’alimentation ont duré de 2 à 18 jours (Hodum et Wainstein, 2003). D’après ces données, il y aurait donc des différences considérables d’une année à une autre dans le comportement de recherche de nourriture. Les recherches se poursuivent sur ce point.

Comme chez toutes les espèces de puffins, les colonies abritent de grands nombres d’oiseaux non reproducteurs (notamment, des jeunes, des oiseaux prospecteurs, des adultes qui ne se sont pas accouplés et des reproducteurs qui ont échoué) pendant la saison de reproduction. Vers la fin de la saison, ces individus quittent la colonie avant les reproducteurs, les jeunes de l’année étant les derniers à quitter les lieux (Guicking et al., 2001). La biologie de la reproduction semble être similaire à l’île Mocha et dans les colonies de l’archipel Juan Fernandez (Guicking et Fiedler, 2000). S’il y a immigration entre les colonies, on n’en connaît pas l’ampleur.

Pour le Puffin à pieds roses en général, il n’y a pas d’information sur le rapport des sexes, l’âge à la première reproduction, la proportion de reproducteurs dans la population, la fréquence individuelle de la reproduction et le succès annuel de la reproduction.

Survie

Actuellement, on ne dispose d’aucune information sur le taux de survie des adultes, des subadultes et des juvéniles. Les causes de mortalité naturelle sont inconnues.

Physiologie

D’après les données recueillies dans l’archipel Juan Fernandez, les Puffins à pieds roses mâles sont nettement plus gros que les femelles. En outre, selon certaines indications, les oiseaux reproducteurs de l’archipel Juan Fernandez sont plus gros que ceux de l’île Mocha. Comme l’archipel se trouve en milieu océanique contrairement à l’écosystème côtier de l’île Mocha, les différences morphométriques observées pourraient indiquer la présence d’adaptations différentes à l’environnement (Guicking et Fiedler, 2000).

Déplacements et dispersion

Après la reproduction, les oiseaux de l’île Mocha se dirigent vers le nord en longeant la côte ouest de l’Amérique du Sud jusqu’en Amérique du Nord. On ne sait pas si toute la population migre. De plus, on n’a pas déterminé clairement si les populations de l’archipel Juan Fernandez entreprennent la même migration transéquatoriale (Schlatter, 2002).

La migration est largement signalée par la présence accrue de Puffins à pieds roses le long de la plate-forme continentale, à partir du golfe de Californie jusqu’à la Colombie-Britannique, depuis avril jusqu’en novembre, chaque année. Des individus ont été observés au nord jusque dans le golfe d’Alaska, et quelques-uns demeurent en Amérique du Nord pendant les mois de l’hiver boréal (Harrison, 1983). Les plus grands nombres sont en général signalés dans chaque région en septembre et en octobre (Wahl, 1975; Ainley, 1976; Guzman et Myres, 1983; Briggs et al., 1987; Vermeer et al., 1989; Hatler et al., 1978; Tershy et al., 1993). Vers la fin d’octobre, les effectifs commencent à décroître à mesure que les oiseaux retournent au Chili.

On possède très peu de données sur la présence de l’espèce en Amérique centrale pendant la migration, mais il est probable que les oiseaux traversent rapidement la région. On sait que le Puffin à pieds roses est régulièrement présent au large du Costa Rica en mai et en juin et de nouveau en septembre et en octobre (Stiles et Skutch, 1989).

Nutrition et interactions interspécifiques

Pour se nourrir, le Puffin à pieds roses utilise diverses techniques, depuis l’alimentation en surface jusqu’à la plongée en surface pour poursuivre une proie (Ainley et Sanger, 1979; Prince et Morgan, 1987; Ribic et Ainley, 1988/1989). On pense que les sardines et les anchois constituent la principale proie des oiseaux qui se reproduisent au Chili (Guicking et al., 2001) et de ceux qui passent l’hiver au large de la côte du Chili et du Pérou (Ainley, 1976). Baltz et Morejohn (1977 dans Gould, 1996) ont trouvé une forte proportion de calmars dans l’estomac de cinq oiseaux récoltés au large de la baie de Monterey, en Californie. Ces résultats donnent à penser qu’il y aurait un changement dans le régime alimentaire entre l’aire de reproduction et le reste de l’aire de répartition de l’espèce. On pense que le poisson est également un élément important du régime et que les crustacés n’en forment qu’une composante mineure (Ainley et Sanger, 1979; Prince et Morgan, 1987).

Le Puffin à pieds roses peut être solitaire ou grégaire et s’associe souvent à d’autres puffins dans toute son aire de répartition, en particulier au Puffin fuligineux et au Puffin de Buller (Yocom, 1947; Wahl, 1975; Briggs et al., 1987, Guicking et al., 2001)

Comportement

Le Puffin à pieds roses étant attiré par les bateaux (K. Morgan, comm. pers., 2003), on en signale souvent de grands nombres autour des navires de pêche (Martin et Myres, 1969; Wahl, 1975; Wahl et Tweit, 2000).

On a observé des Puffins à pieds roses se tenant en groupes sur la mer au large des colonies de Juan Fernandez (Guicking et Fiedler, 2000). Un comportement similaire est aussi souvent signalé dans les quartiers d’hiver de l’espèce (K. Morgan, comm. pers., 2003). Ce comportement accroît probablement le risque de mortalité associé à un mazoutage chronique ou dû à une catastrophe.