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Chevalier de rivière (Moxostoma carinatum)

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Même si le chevalier de rivière a été signalé tant dans les lacs que les rivières de son aire de répartition canadienne, sa survie dépend de l’accès à des habitats fluviaux propices à la fraye. Des études antérieures tendent à démontrer que l’espèce préfère des habitats à courant modéré à rapide, turbulent ou laminaire et aux substrats grossiers et propres (Hackney et al. 1967; Scott et Crossman, 1973; Becker, 1983; Yoder et Beaumier, 1986; Parker, 1988; Campbell, 2001; Reid, 2002; idem, 2003). Yoder et Beaumier (1986) ont observé des densités huit fois plus grandes dans les zones correspondant aux habitats privilégiés que dans les fosses ou les bassins de retenues d’eau de la rivière Ohio. Un échantillonnage d’été par une pêche au filet trappe dans la rivière Mississippi a permis la capture de chevaliers de rivière dans un habitat à courant laminaire rapide ce qui semble indiquer que les besoins en matière d’habitat peuvent être plus variés que ce que l’on croyait au départ (Campbell, 2001). Un échantillonnage de chevaliers de rivière en été a aussi permis la capture de spécimens dans des zones à végétation aquatique abondante, à courant relativement lent et à substrats mous (Campbell, 2001). Comparativement à la période de fraye (juin), un nombre moins élevés de captures par unité d’effort a découlé d’un échantillonnage réalisé en automne dans des habitats à courant rapide le long de la rivière Trent, ce qui laisse supposer que le chevalier de rivière fréquente des habitats de plats et de fosses plus profonds pendant les autres périodes de l’année (Reid, 2003).

Au Québec, la présence du chevalier de rivière est liée à celle du chevalier cuivré, qui montre une affinité pour les rivières de basses terres de taille moyenne caractérisées par des berges abruptes et des chenaux de profondeur uniforme (de 4 à 7 m) ainsi que par un fond solide d’argile, de sable ou de gravier exposé à des courants relativement lents avec des secteurs de rapides propices à la fraye (Mongeau et al., 1986; idem, 1992).

La profondeur privilégiée par cette espèce n’a pas encore été déterminée avec précision. Cependant, on constate une préférence évidente pour des eaux peu profondes (moins de 2 m de profondeur) pendant la fraye (Campbell, 2001). En outre, les poissons capturés pendant la fraye étaient régulièrement pris à moins de 100 m de rapides (Campbell, 2001). L’échantillonnage mené en août et en septembre 1998 (après la fraye) dans le lac des Chats (rivière des Outaouais) a permis de capturer des chevaliers de rivière à des profondeurs variant de 3 à 12 m et presque toujours à des distances supérieures à 10 km des rapides les plus proches (Campbell, 2001).

Dans la rivière Richelieu, on a trouvé des jeunes de l’année le long des rives couvertes de végétation, dans des zones où la profondeur moyenne était de 1,5 m (maximum ≤ 3,0 m), la pente du lit était faible (≤ 20º) et le substrat consistait en sédiments fins (limon, argile et sable). Au début du printemps, on trouve également davantage de spécimens d’âge 1+ dans les secteurs couverts de végétation. On a trouvé une importante aire d’alevinage dans la rivière Richelieu, dans la région de Saint‑Marc (Vachon, 1999a; idem, 1999b; idem, 2002). Selon Jenkins (1970), les cours d’eau ou les affluents de taille moyenne et les bras morts offrent un habitat adéquat pour les juvéniles. Au Québec, le chevalier de rivière est clairement associé aux rivières de taille moyenne et grande, et ce, même au stade juvénile (Mongeau et al., 1986; idem, 1992).


Tendances en matière d’habitat

La répartition du chevalier de rivière est restreinte par la disponibilité des habitats préférentiels qui sont vulnérables aux activités anthropiques. Par exemple, les populations de la Mississippi peuvent être à risque à cause des activités agricoles intensives qui accroissent la charge sédimentaire de la rivière et qui nuisent à la disponibilité des invertébrés benthiques dont se nourrit le chevalier de rivière (Campbell, 2001). La mauvaise qualité de l’eau (à cause des excès de nutriments) causée par les activités agricoles et l’aménagement urbain a vraisemblablement entraîné la perte de certaines populations du Québec; c’est le cas du moins des populations des bassins hydrographiques de la Yamaska et de la Châteauguay (La Violette et Richard, 1996; Moisan, 1998; La Violette, 1999; Vachon, 2003a). La mauvaise qualité de l’eau (turbidité, excès de nutriments et températures élevées au cours de l’été) affecte également le cours inférieur de la rivière Grand, où vivent des chevaliers de rivière. Au cours des 20 prochaines années, on prévoit que la population humaine dans le bassin hydrographique de la Grand croîtra de 30 p. 100 (www.grandriver.ca). Il est probable que la dégradation continue des habitats et de la qualité de l’eau, causée par des changements dans l’utilisation des terres en amont, l’utilisation de l’eau et l’évacuation des eaux usées, nuira à la population résidente de chevaliers de rivière. Les menaces pour la qualité des habitats du chevalier de rivière dans le sud-ouest de l’Ontario pourraient dans l’avenir être atténuées par les mesures du plan de rétablissement. Par exemple, dans la rivière Thames, on vise notamment à améliorer les habitat du chevalier de rivière par la réduction des charges de sédiments, de nutriments et de substances chimiques toxiques (Thames River Recovery Team, 2003).

Les habitats en rivière au Canada sont également menacés par l’aménagement de barrages hydroélectriques et d’autres obstacles. La demande accrue d’énergie en Ontario et au Québec pourrait entraîner la construction de nouvelles installations hydroélectriques ou la conversion de centrales au fil de l’eau en des centrales de pointe. L’aménagement de barrages a déjà fortement fragmenté les rivières Madawaska, Mississippi, des Outaouais, Trent, Yamaska, Richelieu et Châteauguay ainsi que le cours inférieur de la rivière Grand, ce qui accroisse le risque de disparition locale vu l’immigration ou l’émigration limitée des populations de chevaliers de rivière. Les habitats propices à la fraye sont limités essentiellement au bief aval de ces écluses et barrages. Il faut maintenir un débit suffisant dans ces habitats pendant la période de fraye pour assurer la réussite de la reproduction du chevalier de rivière (Reid, 2002). En outre, à cause du nombre d’obstacles, les habitats disponibles deviennent un facteur limitatif puisque les déplacements entre les habitats et les échanges entre populations sont restreints. On s’attend à ce que le rétablissement des populations de chevaliers de rivière après les perturbations, par l’émigration, soit limité par le nombre de barrages le long des rivières que ce poisson habite (Reid, 2002).

Sur une note plus positive, signalons l’accent mis récemment sur l’accès des poissons migrateurs à des habitats auparavant non disponibles par la destruction d’obstacles ainsi que par l’aménagement de passes migratoire multi-espèces. Récemment, on a installé la passe migratoire Vianney-Legendre sur la rivière Richelieu afin de préserver la biodiversité des poissons. La passe migratoire permet à des espèces comme le chevalier de rivière d’atteindre les frayères et de trouver les habitats qu’elles préfèrent (Dumont et al., 1997). Afin de déterminer les meilleures méthodes d’exploitation en vue de maximiser le passage des poissons, on a lancé en 2001 un programme expérimental de 5 ans. Entre le 16 mai et le 4 juillet 2002, on a capturé 46 chevaliers de rivière (de 23 à 72 cm) à la sortie de la passe migratoire. Entre le 22 mai et le 24 juin 2003, 555 spécimens (de 20 à 70 cm) ont utilisé la passe migratoire (Fleury et Desrochers, 2003; idem, 2004).


Protection et propriété

Les habitats du chevalier de rivière sont protégés par les dispositions relatives à l’habitat de la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral, notamment par le paragraphe 35 (1), qui stipule qu’un projet d’exploitation ne doit pas entraîner « la détérioration, la destruction ou la perturbation » de l’habitat du poisson. Les habitats peuvent également bénéficier de la protection offerte par d’autres lois fédérales, notamment la Loi canadienne sur l’évaluation environnementale, la Loi canadienne sur la protection de l’environnement et la Loi sur les ressources en eau du Canada. En Ontario, le chevalier de rivière peut bénéficier d’une protection supplémentaire aux termes des lois suivantes : Loi sur l’aménagement des lacs et des rivières, Loi sur la protection de l’environnement, Loi sur les évaluations environnementales, Loi sur l’aménagement du territoire et Loi sur les ressources en eau de l’Ontario.

La Loi sur la qualité de l’environnement du Québec offre également une protection générale de l’habitat du poisson. Les articles 128.1 à 128.18 de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune régissent les activités susceptibles de modifier un élément biologique, physique ou chimique propre à l’habitat du poisson. La Loi sur les espèces menacées et vulnérables énonce également des dispositions visant la protection des habitats des espèces menacées ou vulnérables. Enfin, le refuge faunique Pierre-Étienne-Fortin, créé en 2002 pour assurer la préservation des frayères du chevalier cuivré dans les rapides de Chambly (rivière Richelieu), protège également les habitats du chevalier de rivière contre les activités qui pourraient perturber le lit et le débit de la rivière. Du 20 juin au 20 juillet, on interdit l’accès aux secteurs du refuge où frayent les chevaliers cuivrés et les chevaliers de rivière (Gendron et Branchaud, 2001).