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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Tétras des armoises de la sous-espèce Phaios et la sous-espèce urophasianus au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Les Tétras des armoises sont associés à l’habitat des armoises toute l’année et manifestent des besoins particuliers relativement à la reproduction, à la nidification, à l’élevage de couvées et à l’hivernage (Braun et al., 2005). Au Canada, ils habitent les armoises argentées, plutôt que la communauté dominée par les armoises tridentées (A. tridentata) qui est caractéristique de la majeure partie de l’aire de répartition de l’espèce aux États-Unis. Cette communauté écologique comporte moins de couvert forestier et sa qualité et capacité biotique sont inférieures (Kerwin, 1971; Aldridge et Brigham, 2002; Adams et al., 2004). L’armoise argentée est principalement associée aux reliefs alluviaux du sol, qui sont caractérisés par des sols profonds et productifs et des inondations occasionnelles (Thorpe, 2002; McNeil et Sawyer, 2003; Adams et al., 2004; Jones et al., 2005). Les herbes prédominent dans cette écorégion de prairie mixte, notamment la stipe comateuse (Hesperostipa comata), la koelérie à crête (Koeleria macrantha), le boutelou gracieux (Bouteloua gracilis) et l’agropyre de l’Ouest (Pascopyrum smithii) (Aldridge et Brigham, 2003). En Alberta, les plantes herbacées non graminéennes dominantes sont les trèfles (Trifolium spp.), les vesces (Astragalus spp.) et le pissenlit officinal (Taraxacum officinale) (Aldridge et Brigham, 2003). Les plantes herbacées non graminéennes dominantes dans le sud-ouest de la Saskatchewan étaient l’armoise douce (Artemisia frigidus), le mauve des prairies (Sphaeralcea coccinea), la sélaginelle dense (Selaginella densa) et le phlox de Hood (Phlox hoodii) (McAdam, 2003). Les plantes herbacées non graminéennes dominantes dans les environs du parc national des Prairies sont le mauve des prairies, la sélaginelle dense et la renouée des oiseaux (Polygonum aviculare) (Thorpe et al., 2005).

Reproduction

Les arènes comportent habituellement moins d’arbustes et de tapis herbacé; elles sont souvent situées sur de larges sommets de crêtes, des buttes, des rigoles de drainage herbacées, des lacs ou lits de ruisseau asséchés et des zones brûlées (Scott, 1942; Braun et al., 1977; Harris et Weidl, 1988; Schroeder et al., 1999). Un couvert dense est contigu aux lieux de reproduction (Call et Maser, 1985). Les arènes mesurent de 0,3 à 1,1 hectare en Saskatchewan (Kerwin, 1971) et se trouvent surtout dans des régions de végétation indigène (Thorpe et al., 2005). Les arènes du sud de l’Alberta sont associées aux champs alluviaux d’armoises argentées et d’agropyres de l’Ouest (McNeil et Sawyer, 2001). En Alberta, les arènes étaient fréquemment plus basses que les zones environnantes et près de l’eau (Aldridge, 2000). En Saskatchewan, aucune association significative n’a été détectée entre l’occupation de l’arène et la quantité de sources d’eau d’origine naturelle (McAdam, 2003).

Nidification

Les nids sont situés presque exclusivement sous des armoises (Patterson, 1952; Klebenow, 1969; Braun et al., 1977; Connelly et al., 1991; Musil et al., 1994) et ceux qui sont associés aux armoises tridentées ont un succès de nidification plus élevé (Connelly et al., 1991). En Alberta, plus de 80 p. 100 (n = 119) des nids se trouvaient sous des armoises argentées (Aldridge et Brigham, 2002; Aldridge, 2005).

La présence de végétation dissimulante est fondamentale pour un site de nidification (Patterson, 1952). La sélection et le succès des nids est associée positivement au couvert d’arbustes et d’armoises (Klebenow, 1969; Wallestad et Pyrah, 1974; Gregg et al., 1994; Aldridge et Brigham, 2002; Watters et al., 2002; Aldridge, 2005; Holloran et al., 2005), à la taille des arbustes (Wallestad et Pyrah, 1974; Gregg et al., 1994; Delong et al., 1995; Aldridge et Brigham, 2002; Watters et al., 2002), à la taille des herbes (> 18 cm) (Klebenow, 1969; Gregg et al., 1994; Delong et al., 1995; Aldridge, 2005) et à la taille et au couvert des herbes résiduelles (Holloran et al., 2005). Le couvert latéral des plantes herbacées non graminéennes constituait un indice du succès d’éclosion dans les nids artificiels et naturels en Alberta (Aldridge et Brigham, 2001; Watters et al., 2002).

Élevage de couvées

Le fourrage et le couvert constituent des besoins fondamentaux en matière d’habitat pour l’élevage de couvées. Les sites d’élevage de couvées précoces tendent à se trouver dans l’habitat des armoises près des zones de nidification. Toutefois, les couvées se déplacent vers des sites plus mésoïques plus tard au cours de la saison, à mesure que les plantes herbacées non graminéennes commencent à sécher (Klebenow, 1969; Wakkinen, 1990; Fischer et al., 1996a). Kerwin (1971) a remarqué des couvées dans le parc national des Prairies et certains prés de la Saskatchewan riches en plantes herbacées non graminéennes à mesure que l’été avançait. Un tel déplacement vers des sites mésoïques au cours de l’élevage de couvées tardives n’a pas été signalé chez les 15 femelles munies d’un radioémetteur dans le sud de l’Alberta (Aldridge et Brigham, 2002). Dans le sud de l’Alberta, les femelles ayant des couvées choisissaient des secteurs où le couvert d’armoises était supérieur (Aldridge et Brigham, 2002), contrairement aux études dans lesquelles l’armoise tridentée représentait le couvert d’arbustes dominant (Klebenow, 1969; Dunn et Braun, 1986). Les auteurs suggèrent que l’habitat d’élevage de couvées mésoïques riche en couvert de plantes herbacées non graminéennes pourrait être limité dans le sud-est de l’Alberta (Aldridge et Brigham, 2002; Aldridge, 2005; Aldridge et Boyce, 2007).

Hiver

L’habitat d’hivernage est relativement similaire dans toute l’aire de répartition de l’espèce (Connelly et al., 2000a). Le Tétras des armoises maintient une relation presque obligatoire avec l’armoise pour le fourrage et le couvert pendant l’hiver (Eng et Schladweiler, 1972; Wallestad et al., 1975) et la répartition est limitée par la topographie et la présence d’armoises dépassant la neige (Beck, 1977; Hupp et Braun, 1989). En raison de la sélection d’habitat au couvert forestier et à la taille d’armoises supérieures (Eng et Schladweiler, 1972; Wallestad et al., 1975; Aldridge et al., 2004), les sites d’hivernage préférés comprennent les pentes sud-ouest, les vallons, les dépressions et les crêtes balayées par les vents (Beck, 1977; Hupp et Braun, 1989).

Tendances en matière d’habitat

L’habitat du Tétras des armoises au Canada est associé à l’armoise argentée (McNeil et Sawyer, 2001; Jones et al., 2005). L’armoise argentée est très restreinte à l’écorégion de prairie mixte. La culture et l’exploitation pétrolière et gazière sont les principales causes de l’élimination de la végétation indigène dans l’écorégion de prairie mixte de la Saskatchewan et de l’Alberta (Hammermeister et al., 2001; Braun et al., 2002; Lungle, 2006).

En Saskatchewan, l’armoise argentée est fréquente au sud des collines Cypress et du mont Wood, et du nord des collines Cypress au sud de la rivière Saskatchewan (Thorpe, 2002). La superficie de prairie mixte restante en Saskatchewan s’établit à 2,7 millions d’hectares ou environ 31 p. 100 de l’écorégion (Hammermeister et al., 2001; Nernberg et Ingstrup, 2005). McAdam (2003) a examiné les changements dans l’utilisation des terres dans 3,2 km d’arènes en Saskatchewan à l’aide de photographies aériennes datant de 1955, 1971, 1981 et 1996. La culture devégétation indigène aux arènes occupées est passée de 5,4 ha par année (de 1955 à 1971) à 24,3 ha par année (de 1971 à 1996). De même, les cultures entourant les arènes abandonnées sont passées de 25,5 ha par année à 63,7 ha par année (McAdam, 2003). Thorpe et al. (2005) n’ont signalé aucune hausse nette des cultures aux arènes en Saskatchewan de 1981 à 2003.

En Alberta, il ne reste que 2,6 millions d’hectares de prairie mixte, ce qui représente 54 p. 100 de l’étendue historique (Nernberg et Ingstrup, 2005). De la fin des années 1970 jusqu’à maintenant, l’exploitation pétrolière et gazière a constitué la principale cause de l’élimination et de la fragmentation de la végétation de prairies indigènes en Alberta (Braun et al., 2002).

Une vaste superficie de terres privées au sud de la frontière de la Saskatchewan, au Montana, appartient au gouvernement fédéral (Bureau of Land Management) et sert principalement au pâturage du bétail (Carlson, comm. pers., 2006). Le paysage naturel est encore relativement intact. Cependant, d’importantes superficies de paysage naturel dans le nord-est du Montana ont été converties à des fins agricoles ou d’exploitation pétrolière et gazière (Connelly et al., 2004; Carlson, comm. pers., 2006).

Protection et propriété

En Alberta, 75 p. 100 de toutes les arènes occupées sont situées dans des terres publiques. Toutefois, 33 p. 100 de la prairie mixte restante en Alberta se trouve dans des terres privées (Nernberg et Ingstrup, 2005). Des 35 arènes actives et inactives, uniquement cinq se trouvent dans des terres privées (Nicholson, comm. pers., 2006). Une protection fédérale est octroyée à une arène de la One-Four Agricultural Research Station, inactive depuis 1976 (Nicholson, comm. pers., 2006). L’Alberta Fish and Wildlife élabore des recommandations et des lignes directrices dans le but de réduire les répercussions de la prospection pétrolière et gazière, en particulier dans l’habitat de reproduction important. Toutefois, aucune loi n’oblige l’Alberta Public Lands et l’Alberta Energy Utility Board à suivre ces recommandations (Braun et al., 2002).

En Saskatchewan, 66 p. 100 des arènes occupées se trouvent dans le parc national des Prairies. Le parc s’étend sur 497 km² dans les blocs est et ouest et pourrait s’étendre sur une superficie allant jusqu’à 900 km² le long de la frontière canado-américaine (Parcs Canada, 2005). Cette acquisition supplémentaire protégera une arène occupée connue et une deuxième arène qui pourrait l’être (Fargey, comm. pers., 2006). Une autre arène surveillée par le parc national des Prairies est présente dans le pâturage de l’Administration du rétablissement agricole des Prairies (ARAP) de Val Marie, qui est sous la protection fédérale de la Loi sur les espèces en péril et du Representative Areas Network (RAN) (McAdam, comm. pers., 2006). Les arènes occupées et abandonnées surveillées par Saskatchewan Environment se trouvent dans des terres provinciales protégées par la Wildlife Habitat Protection Act (WHPA) ou dans les pâturages de l’ARAP (McAdam, comm. pers., 2006).

Le modèle à l’échelle du paysage a montré que l’habitat « source » de bonne qualité pour la nidification et l’élevage de couvées est restreint (Aldridge et Boyce, 2007). Une bonne partie de l’habitat convenable pour le Tétras des armoises au Canada se trouve dans des terres provinciales ou fédérales; il est possible de soutenir les populations canadiennes au moyen de pratiques de gestion favorables (Lungle, 2006).