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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'andersonie charmante (Bryoandersonia illecebra) au Canada

Biologie

La biologie du Bryoandersonia illecebra n’a pas été étudiée de manière approfondie. Les renseignements qui suivent s’appliquent à d’autres mousses présentant certains des caractères de cette espèce.

Généralités

Le cycle vital des mousses comporte quatre stades essentiels, chacun se caractérisant par des exigences écologiques particulières.

  1. Dispersion : Les mousses comme le B. illecebra se dispersent au moyen de leurs spores, qui s’échappent dans l’atmosphère à travers les dents du péristome entourant l’orifice apical de la capsule. Dès qu’une spore entre en contact avec un substrat favorable se trouvant dans un micro-habitat adéquat, elle germe et produit une structure filamenteuse appelée protonéma.
  2. Établissement : Le protonéma peut être très sensible au dessèchement et exige un taux d’humidité élevé. C’est à partir du protonéma que se développent les gamétophores, qui sont les individus feuillés du gamétophyte et possèdent généralement des caractéristiques leur permettant de supporter les contraintes liées aux milieux privilégiés par l’espèce.
  3. Croissance : Les gamétophytes se multiplient par voie végétative et finissent ainsi par former des colonies. Les mousses pleurocarpes, comme le B. illecebra, sont généralement très ramifiées, ce qui leur permet de s’étendre efficacement sur le substrat. L’humidité est requise pour la photosynthèse et la croissance, mais l’espèce peut facilement survivre aux périodes de sécheresse.
  4. Reproduction : Les gamétophytes produisent des oosphères (œufs) non mobiles et des spermatozoïdes flagellés, et il faut la présence d’eau libre pour que ces structures puissent entrer en contact. Après la fécondation, l’oosphère, toujours enfermée dans le gamétophyte, se développe en un sporophyte dont la tige, appelée « soie », se termine par une capsule remplie de spores. 

Reproduction

Le Bryoandersonia illecebra est dioïque, ce qui signifie que les anthéridies, qui produisent les spermatozoïdes, et les archégones, qui produisent les oosphères, sont situées sur des individus différents (contrairement aux espèces monoïques, dont chaque individu fertile produit les deux types d’organes sexuels). La reproduction sexuée exige donc que des individus mâle et femelle se trouvent suffisamment près l’un de l’autre, à quelques centimètres au maximum (Mishler, 1988; Schofield, 1985). On a d’ailleurs constaté que les sporophytes sont moins fréquents chez les espèces dioïques que chez les monoïques (Gemmell, 1950; Longton, 1992; Longton et Schuster, 1983; Mishler, 1988). Longton (1992) a également observé que la rareté des espèces dioïques est étroitement reliée à leur incapacité de produire des sporophytes, mais son analyse excluait les « fausses-rares », c’est-à-dire les espèces qui ne sont rares que parce qu’elles se trouvent, dans le territoire étudié, à la limite de leur répartition. C’est justement le cas du B. illecebra au Canada. Quoiqu’il en soit, aucun sporophyte n’était présent dans les populations que nous avons observées, et aucun sporophyte n’a jamais été signalé dans les spécimens récoltés au Canada.

En Grande-Bretagne, la rareté d’une espèce de bryophyte et le fait qu’elle ne produise pas de sporophytes peuvent être liés aux conditions sous-optimales de croissance auxquelles elle est exposée dans les localités situées à la limite de son aire de répartition (Longton, 1992). Au moins deux mécanismes peuvent jouer un rôle à cet égard. Premièrement, comme les milieux propices à la croissance de la mousse se font de plus en plus rares à mesure qu’on s’approche des limites de son aire, il devient de moins en moins probable que des individus mâle et femelle s’établissent à proximité l’un de l’autre et que la plante puisse donc produire des sporophytes. Gemmell (1950) et Longton (1976) ont avancé que l’incapacité des espèces dioïques à produire des sporophytes serait liée à la distance séparant les individus mâle et femelle. Ce facteur est d’ailleurs préoccupant pour certaines plantes vasculaires de la zone carolinienne : Ambrose et Kevan (1990) signalent que l’absence d’individus de l’autre sexe suffisamment nombreux ou rapprochés peut constituer un facteur limitatif pour certaines plantes vasculaires dioïques qui sont rares dans le Sud de l’Ontario.

Deuxièmement, selon Longton et Schuster (1983), il est possible qu’un effectif inégal des individus mâles et femelles ait pour effet d’inhiber la production de sporophytes chez certaines mousses. Bopp (1983) énumère plusieurs facteurs environnementaux, comme l’intensité lumineuse, la longueur des jours et la température, qui influent sur la production d’anthéridies et d’archégones. Les paramètres climatiques du milieu pourraient être suffisamment différents à la limite nord de l’aire de répartition du Bryoandersonia illecebra, par rapport aux localités situées davantage au centre de cette aire, pour que cela influe sur la production de l’un ou de l’autre de ces organes.

Tous les spécimens canadiens du Bryoandersonia illecebra dont le sexe a été déterminé se sont révélés femelles (voir tableaux 2 et tableau 33) et présentaient une abondance de gynécies, ou « inflorescences » femelles. Comme la manière la plus efficace de détecter les gynécies et les andrécies (inflorescences mâles) consiste à dépouiller les tiges de leurs feuilles, aucun spécimen ne pouvait être ainsi examiné de manière approfondie. Il demeure cependant plausible que toutes les populations ontariennes actuelles du B. illecebra soient entièrement constituées d’individus femelles. 

Déplacements et dispersion

La dispersion du Bryoandersonia illecebra est probablement en grande partie assurée par les spores, car on n’a jamais trouvé de propagules asexuées chez l’espèce. Celle-ci fait partie des « perennial stayers » (vivaces persistantes) de la classification de During (1979), ce qui signifie qu’elle présente certaines caractéristiques (comme la production d’un gamétophyte pleurocarpe de grande taille) qui la rendent bien adaptée aux milieux stables. Les mousses de ces milieux, contrairement à celles des milieux et des substrats temporaires, peuvent affecter une plus grande proportion de leurs ressources à la croissance végétative qu’à la production de sporophytes (Longton, 1992). Cependant, dans une région comme le Sud de l’Ontario, il se peut que les mousses de cette catégorie ne soient pas capables de se disperser et de s’établir dans de nouvelles localités au même rythme que les milieux favorables sont altérés par les activités humaines.

La croissance végétative peut constituer pour la mousse un important mode de déplacement à faible distance. La terre dénudée peut constituer un substrat relativement continu. De plus, dans les berges terreuses que privilégie le Bryoandersonia illecebra, de nouvelles superficies de terre dénudée se forment fréquemment.

Comportement et capacité d’adaptation

Le Bryoandersonia illecebra semble pouvoir tolérer toute une gamme de substrats (Crum et Anderson, 1981) et de milieux. Cependant, comme nous le faisions remarquer, sa faible capacité de dispersion l’empêche peut-être de tirer parti de nombreux milieux qui seraient par ailleurs disponibles.