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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Couleuvre tachetée (Lampropeltis triangulum) au Canada

Biologie

Reproduction

Étonnamment, malgré sa vaste répartition et sa grande taille, on ne sait que fort peu de choses sur la reproduction de la couleuvre tachetée (Mitchell, 1994). On suppose que ses habitudes reproductrices ressemblent à celles des serpents ovipares types (Ditmars, 1907). Deux à trois semaines après avoir émergé du site d’hibernation, ces couleuvres se mettent à la recherche de partenaires (Tyning, 1990). L’accouplement a lieu sur une période de plusieurs semaines, habituellement entre la mi-avril et le début juin (Lamond, 1994). La majorité des copulations ont lieu en mai (Ernst et Barbour, 1989). Au début de l’été, les femelles semblent se rassembler dans des aires de ponte communautaires, les couvées étant souvent pondues à quelques centimètres les unes des autres. On ne sait pas au juste ce que signifie ce comportement, mais on peut l’attribuer au nombre limité de sites convenables pour la ponte (Tyning, 1990; P. Gregory, comm. pers.).

La gestation dure habituellement de 30 à 40 jours. La saison de nidification dure de la fin mai au début juillet (Ernst et Barbour, 1989). Les femelles gravides cessent fort probablement de se nourrir quelques semaines avant de pondre. Elles peuvent ainsi utiliser le temps et l'énergie normalement consacrés à la quête de nourriture pour favoriser le développement des œufs en se chauffant au soleil et trouver un endroit pour la ponte (Hendersonet al., 1980). On a déjà observé un groupe de 10 femelles gravides sous une feuille de tôle jetée au rebut, près d'une route revêtue dans une localité du Sud-Ouest du Wisconsin. Cette feuille de tôle offrait sans doute aux couleuvres des conditions qu'elles n'avaient pu trouver ailleurs pour assurer leur thermorégulation et leur protection. Ce genre de regroupement n'a fort probablement pas lieu pour des raisons d'ordre social (Henderson et al., 1980). Bien que la femelle ne construise pas de nid, il semble qu'elle aménage quand même une petite « chambre » dans laquelle elle pond ses œufs (Tyning, 1990).

Les œufs sont pondus dans une variété de substrats, dont des billes de bois pourries (Strickland et Rutter, 1992; Lamond, 1994), des souches, des terriers de mammifères (Ernst et Barbour, 1989), des tas de fumier ou de feuilles (Froom, 1972), des tas de bran de scie (Lamond, 1994), du compost (Tyning, 1990), du sable, sous des planches, des billes de bois ou dans le sol meuble (Williams, 1988). La majorité des œufs sont pondus entre la fin mai et juillet (Ernst et Barbour, 1989). Les œufs, elliptiques (Shaffer, 1991), à enveloppe lisse, résistante, opaque, blanchâtre semblable à du parchemin, adhèrent parfois les uns aux autres en grappe, mais pas toujours (Williams, 1988). Ils mesurent de 21 à 35 mm de longueur et de 11 à 15 mm de largeur, et chacun pèse environ 4,5 g (Ernst et Barbour, 1989). La taille de la couvée peut varier de 3 à 20 œufs, mais la moyenne est normalement de 8 à 11 œufs (Lamond, 1994). Le nombre d'œufs pondus est corrélé à la longueur corporelle de la mère (Ernst et Barbour, 1989). Par exemple, les femelles d'une sous-espèce comme L. t. syspila, dont on sait qu'elles atteignent jusqu'à 92 cm de longueur totale (Fitch et Fleet, 1970), ne pondent que de quatre à neuf œufs (Ernst et Barbour, 1989), tandis que les femelles du L. t. triangulum, qui atteignent des longueurs supérieures, en pondent de 8 à 11 (Fitch et Fleet, 1970).

On pense que l'espèce ne pond qu'une couvée par année, mais on ignore si la femelle a besoin de deux ans pour en produire une nouvelle ou si elle se reproduit chaque année (Tyning, 1990). Selon Tryon (1984), certaines femelles sont capables de pondre 2 couvées par année (Ernst et Barbour, 1989), ce qui semble peu probable au Canada vu la brièveté de la saison active et la longueur de la période de gestation (P. Gregory, comm. pers.). Les œufs incubent de 50 à 70 jours (Ernst et Barbour, 1989) à une température constante d'environ 24 °C (Williams, 1988). L'éclosion a normalement lieu en août ou en septembre (Ernst et Barbour, 1989), mais on a déjà vu des nouveau-nés en juillet dans le Sud de l'Ontario (Lamond, 1994). Une « dent de l’œuf » située à l'extrémité du museau du nouveau-né lui permet de briser l’enveloppe de l'œuf pour en sortir (Tyning, 1990). Le nouveau-né mesure de 162 à 241 mm de longueur totale (Williams, 1988), et est orné des mêmes motifs que les adultes, quoique ses taches dorsales soient d'un rouge plus vif (Oldfield et Moriarty, 1994).

La couleuvre tachetée atteint la maturité sexuelle vers l'âge de 3 ou 4 ans (DeGraaf et Rudis, 1983; Fitch et Fleet, 1970). La couleuvre la plus vieille qu'on connaisse est une femelle qui, capturée à l'âge adulte, a vécu encore 21 ans, 4 mois et 14 jours au zoo de Philadelphie (Ernst et Barbour, 1989).

Physiologie

Les températures corporelles enregistrées par Henderson et al. (1980) chez les couleuvres tachetées variaient de 13 à 30 °C. On ignore quelles sont les températures essentielles pour la survie de l'espèce, mais elles ressemblent probablement à celles des autres colubridés des zones tempérées (P. Gregory, comm. pers.). À des températures relativement élevées, on peut raisonnablement présumer que la couleuvre peut trouver refuge sous des billes de bois ou dans d'autres abris convenables pour prévenir l'hyperthermie.

La couleuvre tachetée assure habituellement sa thermorégulation en captant la chaleur irradiée depuis le dessous d'un objet exposé directement au soleil (Ernst et Barbour, 1989). Les jours chauds et ensoleillés, elle absorbe la chaleur dégagée par des objets comme des feuilles (Tyning, 1990), des planches (Willliams, 1994), des plaques de tôle (Henderson et al., 1980) et d'autres objets convenables. À mesure que la température baisse, la couleuvre tend toutefois à se réfugier sous la ligne de profondeur du gel (Johnson, 1989). La nuit, il arrive aussi parfois qu'elle tente de profiter de la chaleur accumulée par les chaussées recouvertes d'un revêtement noir, ce qui de toute évidence n'est pas une très bonne stratégie (Harding, 1997).

Les serpents doivent hausser leur température corporelle pour mieux digérer leur nourriture ou accélérer le développement de leurs œufs. En se chauffant au soleil sous des objets, la couleuvre tachetée diminue les risques de prédation (Henderson et al., 1980). Cela est particulièrement important pour les femelles gravides, qui doivent maintenir une température plus élevée et plus stable que les autres pour assurer le développement de leurs œufs. Lorsqu'elles se chauffent au soleil à découvert, elles sont plus vulnérables face aux prédateurs, car elles se déplacent moins rapidement que les autres (Bider et Matte, 1996). Ce comportement est passablement courant chez les autres serpents (P. Gregory, comm. pers.).

Alimentation

On en sait plus sur l'alimentation de la sous-espèce triangulum que pour toute autre sous-espèce (Williams, 1988). Cette couleuvre ne peut manger que des proies de taille relativement petite (Tyning, 1990) à cause de ses petites mâchoires délicates et de son corps mince qui n'est pas conçu pour engloutir de grosses proies encombrantes (Fitch et Fleet, 1970). La couleuvre mord sa proie et s'enroule plusieurs fois autour d'elle en serrant de plus en plus jusqu'à ce que l'animal suffoque (Vogt, 1981) ou meure d'une crise cardiaque (P. Gregory, comm. pers.). Cette méthode est avantageuse car elle permet à la couleuvre d'avaler sa proie entière sans être mordue (Vogt, 1981). Les proies très petites, comme les souriceaux et les œufs, sont avalées sans constriction (Harding, 1997). Les jeunes couleuvres tachetées mangent des vers (R. MacCulloch, comm. pers.) ainsi que les petits d'autres espèces de serpents, dont des couleuvres à collier, des couleuvres rayées, des couleuvres vertes, des couleuvres brunes et des couleuvres à ventre rouge (Vogt, 1981). En captivité, on a vu des couleuvres tachetées tout juste écloses ingurgiter facilement des souris nouveau-nées (P. Gregory, comm. pers.). À l'état sauvage, il est rare qu'on les voie chasser leurs proies parce que leur camouflage est efficace et qu'elles restent à couvert pendant la journée (Tyning, 1990) et chassent la nuit (Harding, 1997).

Les couleuvres tachetées adultes mangent des rongeurs, des reptiles, des poissons et des amphibiens, de même qu'un certain nombre d'invertébrés (A. Lentini, comm. pers.). Brown (1979) a déterminé que les mammifères constituaient 68 p. 100 de tous les aliments consommés et représentaient 79 p. 100 du volume des aliments chez les couleuvres sauvages qu'il a examinées. Il rapporte également que les jeunes mammifères constituaient 59 p. 100 de tous les mammifères capturés. Les oiseaux constituent 12,7 p. 100 du volume d'aliments pour une fréquence de 19 p. 100, et les reptiles, 8,1 p. 100 en volume pour une fréquence de 12,4 p. 100 (Ernst et Barbour, 1989). Chez les spécimens de Pennsylvanie qu'il a étudiés, Surface (1906, in Williams, 1988) a noté que les souris représentaient 71,5 p. 100 du contenu stomacal (par volume), les autres mammifères, 11 p. 100, les oiseaux, 5,5 p. 100 et les limaces, 3 p. 100. La préférence affichée de la couleuvre tachetée pour les petits mammifères explique sa présence dans les granges et leurs environs, car les rats et les souris y abondent (Lamond, 1994). La couleuvre tachetée est bien immunisée contre le venin du mocassin à tête cuivrée (Agkistrodon contortrix) et du crotale des bois (Crotalus horridus); ces espèces constituant une partie de son régime alimentaire dans les régions qu'elles fréquentent (Logier, 1958).

Il se pourrait que la couleuvre tachetée se dispute les proies avec les autres serpents constricteurs dans son aire de répartition (R. MacCulloch, comm. pers.), mais on ignore l'ampleur de la concurrence chez les serpents (P. Gregory, comm. pers.). Parmi les compétiteurs possibles figurent la couleuvre fauve de l'Est (Elaphe gloydi), la couleuvre obscure de l'Est (Elaphe obsoleta) (R. MacCulloch, comm. pers.) et la couleuvre agile bleue (Coluber constrictor) (Lazell, 1976).

La présence de proies n'est probablement pas un facteur limitatif pour la répartition septentrionale de la couleuvre tachetée, car les rongeurs, qui constituent sa principale source d'alimentation, sont présents encore bien plus au nord (Bleakney, 1958). Lorsque les populations de rongeurs sont faibles, les oiseaux et leurs œufs peuvent devenir des proies plus importantes (Bider et Matte, 1996) (tableau 2). Dans les régions populeuses, comme Toronto, le déclin apparent des couleuvres tachetées est probablement attribuable à d'autres facteurs que la disponibilité des proies car, contrairement à la plupart des prédateurs de rongeurs, la couleuvre tachetée est capable de pénétrer dans des endroits exigus pour y capturer de jeunes souris au nid. La compétition avec les autres prédateurs demeure donc limitée (B. Johnson, comm. pers.).

Tableau 2 : Liste des aires protégées (notamment parcs nationaux, provinciaux, et régionaux, zones de conservation, réserves) où l'on a observé la couleuvre tachetée en Ontario (selon le OHS) et au Québec (selon la banque de données de l'Atlas des amphibiens et des reptiles du Québec). District/Région/Comté entre parenthèses
OntarioQuébec
  • Parc provincial de Cyprus Lake (Bruce)
  • Parc national des Îles-de-la-Baie-Georgienne (Bruce)
  • Parc provincial d’Inverhuron (Bruce)
  • Parc provincial de la Pointe MacGregor (Bruce)
  • Parc provincial des Falaises Mono (Dufferin)
  • Zones de conservation de Holiday Beach (Essex)
  • Parc national de la Pointe-Pelée (Essex)*
  • Zone de conservation du Ruisseau Dead (Frontenac)
  • Parc provincial Craigleith (Grey)
  • Parc provincial du Ruisseau Bronte (Halton)
  • Parc provincial de la Pointe Long (Haldimand-Norfolk)
  • Parc provincial Selkirk (Haldimand-Norfolk)
  • Zone de conservation de Berry (Hamilton-Wentworth)
  • Parc provincial Rondeau (Kent)
  • Parc provincial du Lac Charleston (Leeds et Grenville)
  • Parc national du Saint-Laurent (Leeds et Grenville)
  • Parc provincial de la Baie Brown’s (Leeds et Grenville)
  • Parc provincial Ipperwash (Lambton)
  • Parc provincial The Pinery (Lambton)
  • Parc provincial de la Pointe Murphys (Lanark)
  • Parc provincial Killarney (Manitoulin)
  • Réserve naturelle provinciale de la Pointe O’Donnell (Muskoka)
  • Réserve naturelle provinciale de la Baie McDonald (Muskoka)
  • Parc provincial du Lac Six Mile (Muskoka)
  • Réserve naturelle provinciale de la Rivière Gibson (Muskoka)
  • Parc provincial Effingham (Niagara)
  • Zone de conservation de Rockway (Niagara)
  • Parc provincial Algonquin (Nipissing)
  • Parc provincial de la Rivière Mattawa (Nipissing)
  • Parc provincial du Lac Grundy (Parry Sound)
  • Réserve naturelle provinciale du Havre Blackstone (Parry Sound)
  • Parc provincial Forks of the Credit (Peel)
  • Parc provincial des Pétroglyphes (Peterborough)
  • Parc provincial Sandbanks (Prince Edward)
  • Parc provincial Outlet Beach (Prince Edward)
  • Réserve nationale de faune de Prince Edward Point (Prince Edward)
  • Réserve naturelle provinciale de la Pointe Méthodist (Simcoe)
  • Réserve naturelle provinciale de Matchedash (Simcoe)
  • Parc de la Gatineau (Gatineau)
  • Parc-nature du Cap-Saint-Jacques

Croissance et survie

Comme c’est le cas pour la plupart des serpents, nous n’en connaissons que fort peu sur la vie des jeunes couleuvres tachetées (Tyning, 1990); nous ignorons notamment si les jeunes se nourrissent ou non avant le début du premier hiver. En effet, à la limite nord de leur aire de répartition, les couleuvres nouvellement écloses pourraient n’avoir que peu d’occasions de se nourrir, sinon pas du tout, car elles doivent trouver un site d’hibernation avant l’arrivée de l’hiver (Tyning, 1990). Toutefois, les jeunes qui ont émergé en juillet (comme cela s’est déjà vu à Hamilton, en Ontario; P. Gregory, comm. pers.; Lamond, 1994), peuvent certainement s'alimenter pendant quelques semaines avant d’entrer en hibernation.

Selon Fitch et Fleet (1970), qui ont étudié les couleuvres tachetées du Nord-Est du Kansas, les nouveau-nés grandissent en moyenne d’environ 15 p. 100 par rapport à leur longueur originale (soit 30 mm) au cours des deux premiers mois de vie active. Il est assez facile de distinguer ces couleuvres de l’année des autres, car elles forment une classe de taille distincte (de 198 à 268 mm [moyenne = 237 mm] du museau au cloaque). Dans cette classe d’âge, la longueur moyenne des femelles ne différait pas significativement de celle des mâles. Les couleuvres de plus d'un an mesureraient quant à elles entre 296 et 397 mm (moyenne = 360 mm) du museau au cloaque. Bien qu’il y ait probablement des chevauchements entre les individus de 2e et de 3e année, on peut fixer à 400 mm la longueur du museau au cloaque qui marque la limite entre ces deux groupes d’âge. Dans leur troisième année, les couleuvres mesurent entre 400 et 500 mm, et elles continuent de grandir rapidement au cours des 3e, 4e et 5e années (Fitch et Fleet, 1970).

Comme la couleuvre tachetée n’a fait l’objet d’aucune étude de population au Canada, on ne peut établir la structure d’âge ni la stabilité des populations. Aucune étude n’a par ailleurs été faite pour déterminer quel est le stade biologique le plus essentiel pour la survie. Toutefois, si l’on tient compte des données indiquant que l’espèce vivrait plus de 20 ans et du taux de mortalité des adultes potentiellement faible découlant de ses mœurs souterraines (ce qui la protège contre les prédateurs), on peut penser que la couleuvre tachetée a au Canada un cycle vital caractéristique des espèces à longévité élevée (ce qui exige un taux élevé de survie des adultes) (R. Brooks, comm. pers.). Selon la date où ils éclosent, il se pourrait que les nouveau-nés n’aient pas le temps de se nourrir avant leur premier hiver, ce qui réduirait leur croissance au minimum (leur alimentation étant assurée par les réserves de vitellus) et entraînerait une perte de poids même avant l’hibernation (Fitch et Fleet, 1970); ils risquent donc beaucoup de mourir de faim s’ils ne trouvent pas de sites d’hibernation optimaux (A. Lentini, comm. pers.). Selon certains auteurs, les nouveau-nés de plus grande taille jouiraient d’un avantage sélectif, étant plus forts et mieux à même de trouver de quoi se nourrir (Dyrkacz, 1977). Les femelles pourraient aussi être plus vulnérables que les mâles parce qu’elles se chauffent plus souvent à découvert au soleil et ont tendance à riposter lorsqu’elles sont menacées par des humains ou des prédateurs (B. Johnson, comm. pers.).

Hibernation

Les couleuvres tachetées peuvent être actives jusqu’au mois d’octobre ou de novembre (Lamond, 1994); d’après les données du OHS, 46 couleuvres ont été observées en octobre et 4 en novembre. La température d’hibernation optimale pour la plupart d'entre elles oscille entre 4 et 6 °C; à des températures plus élevées, elles sont plus vulnérables aux infections bactériennes (A. Lentini, comm. pers.), quoique cela ne semble pas être le cas pour les couleuvres tachetées en captivité (P. Gregory, comm. pers.). Ces couleuvres ont aussi besoin d’un site d’hibernation assez humide pour ne pas s’assécher pendant l’hiver (A. Lentini, comm. pers.). Les sites convenables sont les terriers de mammifères, les fondations des vieux bâtiments (Lamond, 1994), les vides sanitaires (Harding, 1997), les vieux puits et les vieilles citernes, les murs de pierre, les tas de gravier ou de terre, les billes de bois creuses, les souches en décomposition (Ernst et Barbour, 1989) ou les crevasses des rochers (Tyning, 1990). Les mêmes sites peuvent être utilisés plus d’une fois (Ernst et Barbour, 1989). Plusieurs mentions font état de la présence de couleuvres tachetées dans le sous-sol de vieilles maisons, dans les secteurs à forte densité de population (Johnson, 1989) où les hibernacula sont parfois rares à cause de la destruction de l’habitat.

Jamais on n’a signalé de grands hibernacula de couleuvres tachetées (Bider et Matte, 1996), bien qu’elles hibernent souvent en communauté (Harding, 1997). Dans la base de données du OHS, le groupe le plus nombreux jamais signalé compte 17 individus (on ne mentionne cependant pas l’époque de l’année). Un groupe de huit couleuvres rassemblées dans un tas de pierres qui leur servait probablement de site d’hibernation a été rapporté en avril. Le plus souvent, les couleuvres sont observées seules ou en compagnie d’un seul autre individu. On a déjà aperçu, en mai et en septembre, des couleuvres tachetées qui se chauffaient au soleil près de leur hibernacula en compagnie de plusieurs congénères (Vogt, 1981) ou d’individus d’autres espèces (dont des mocassins à tête cuivrée, des couleuvres agiles, des crotales [Tyning, 1990] et des couleuvres rayées [Johnson, 1989]). Ces bains de soleil en groupe près des hibernacula sont fréquents (Coffin et Pfannmuller, 1988). Au printemps, les couleuvres tachetées des régions nordiques et celles qui vivent en haute altitude émergent parfois de leur tanière avant les autres espèces de serpents (Tyning, 1990). Selon la base de données du OHS, 17 couleuvres tachetées ont été observées en avril, et 208 en mai.

Comportement

Comme la couleuvre tachetée est très discrète, on sait peu de choses au sujet de son comportement comparativement à de nombreux autres serpents (Ernst et Barbour, 1989). Rien n’indique qu’elle défend son territoire contre ses congénères (Tyning, 1990). On pense que le domaine vital des individus couvre plusieurs hectares, mais sans pouvoir le confirmer (Tyning, 1990). La couleuvre tachetée peut se trouver en association avec un certain nombre d’autres espèces de serpents, comme la couleuvre rayée de la sous-espèce Thamnophis sirtalis sirtalis, la couleuvre d’eau (Nerodia sipedon sipedon) (CIPN, 1997), la couleuvre rayée de la sous-espèce Thamnophis sirtalis semifasciatus, et la couleuvre des plaines (Thamnophis radix) (Dyrkacz, 1977), soit dans la même tanière, soit à proximité, ce qui laisse croire qu’elle ne défend pas son territoire contre ces autres espèces.

Certaines couleuvres tachetées sont très imprévisibles alors que d’autres sont passablement faciles à manipuler; leur tempérament varie (Bider et Matte, 1996). Elle sont faciles à capturer sur le terrain, mais essaient quand même de s’enfuir lorsqu’on les approche (Green et Paule, 1987). Si on compare les cartes de répartition des établissements humains dans le Sud de l’Ontario et du Québec (Anonyme, 1985) à celles de la couleuvre tachetée au Canada, on constate que les deux se chevauchent presque exactement. La couleuvre tachetée doit donc être très tolérante face aux perturbations anthropiques.

Bien que l’espèce préfère éviter la confrontation (Harding, 1997), certaines de ses caractéristiques comportementales la rendent vulnérable à la persécution par les humains. Par exemple, lorsqu’on la dérange ou la menace, la couleuvre tachetée prend une pose défensive, lève la tête en l’air (Bider et Matte, 1996), fait vibrer sa queue et essaie de mordre (Green et Paule, 1987). Lorsqu’on la saisit, il arrive souvent qu'elle morde et maintienne sa prise avec un mouvement de mastication, ou qu'elle s’accroche si bien qu’il est difficile de la détacher (P. Gregory, comm. pers.). Si, en vibrant, sa queue touche des feuilles mortes ou d’autres genres d’objets, le son produit ressemble à celui que fait le crotale; cette ressemblance, justement, protégerait l’espèce contre les éventuels prédateurs (Lamond, 1994) : profitant de l’hésitation du prédateur, la couleuvre a le temps de filer pour se mettre à l’abri (Tyning, 1990). Malheureusement, bien des gens se sentent menacés par ce « crotale » inoffensif et souvent le tuent. Plusieurs « crotales » signalés dans la région de Toronto se sont ainsi avérés être des couleuvres tachetées (Johnson, 1989; D. Scallen, comm. pers., 2002).

Déplacements et migration

On ne possède aucune information sur les déplacements et les migrations de la couleuvre tachetée au Canada; Fitch et Fleet (1970) ont toutefois étudié les déplacements de quelques individus dans le Nord-Est du Kansas. Six individus capturés, marqués et recapturés après une période de plusieurs mois avaient ainsi parcouru entre 76 et 396 m, pour une distance moyenne de 254 m. Six des déplacements ont été faits sur une distance de 244 à 293 m. Par conséquent, si l’on fixe à 254 m (déplacement moyen) le rayon type du domaine vital de la couleuvre tachetée, on peut considérer qu’il couvre 20 hectares, en supposant qu’il est circulaire.

Au printemps et à l’automne, la couleuvre tachetée se trouve plus loin en altitude qu’au milieu de l’été, probablement en direction ou en provenance de son hibernaculum (Ernst et Barbour, 1989). Peut-être migre-t-elle en été vers les zones plus basses parce qu’elle y trouve l’humidité dont elle a besoin et que les proies y sont plus abondantes (Breckenridge, 1958, in Williams, 1988).

De nombreux reptiles suivent des voies de migration ou de dispersion qui traversent des routes et des zones habitées ou exploitées par les humains. Ashley et Robinson (1996) ont effectué une étude sur la mortalité routière le long de la levée de Long Point, au lac Érié, en Ontario, près de la Réserve nationale de faune du ruisseau Big Creek. Cette étude a révélé que la mortalité routière chez les espèces sauvages suivait une tendance saisonnière, et était plus élevée au printemps et à l’automne, probablement à cause de la migration en direction ou en provenance des sites d’hibernation. La base de données du OHS compte plus de 226 mentions de couleuvres tachetées tuées sur les routes. Cette mortalité atteint un pic en mai et en juin, puis diminue en juillet; elle augmente de nouveau en août et baisse ensuite de façon régulière jusqu’en novembre. On signale des cas de mortalité routière chaque mois de la saison active, ce qui porte à croire que les itinéraires menant à plusieurs aires de reproduction, d’alimentation et d’hibernation traversent des routes. En outre, comme la base de données du OHS ne fait état que de deux individus aperçus en train de se chauffer au soleil sur une route, il semble que la couleuvre tachetée soit moins portée que les autres serpents à se chauffer au soleil sur la chaussée (étant donné qu'elle se chauffe généralement sous des objets), mais plus susceptible d’utiliser les routes comme voies de dispersion et de migration.