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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Couleuvre tachetée (Lampropeltis triangulum) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Bon nombre de facteurs réels et potentiels limitent ou réduisent le nombre de couleuvres tachetées en Ontario et au Québec ainsi qu'aux États-Unis, notamment : 1) la disparition de l'habitat due à l'urbanisation (y compris la construction de routes) et la modification de l'habitat; 2) l'utilisation intensive du sol (p. ex. foresterie et agriculture); 3) la persécution par les humains; 4) la prédation par les chiens et les chats domestiques et harets; 5) la mortalité routière.

1.     Perte d'habitat due à l'étalement urbain et modification de l'habitat

Il est indéniable que l'habitat de la couleuvre tachetée a diminué partout dans le Sud de l'Ontario et du Québec (M. Oldham, comm. pers.). C'est par exemple ce qui s'est produit dans la zone de conservation du marais Rattray, et ce, de bien des façons. Ainsi, la construction de complexes domiciliaires dans les environs a réduit la taille des champs de même que le couvert de forêts et de marais. La disparition de cet habitat adjacent a diminué la probabilité d'une immigration à partir d'autres régions, exposant la population restante à la disparition après une période d'isolement prolongée (Hussey et Goulin, 1990). La fréquentation accrue de la région du marais Rattray par les humains a également entraîné une perte du couvert végétal à cause du piétinement. Il reste donc moins d'endroits où la couleuvre tachetée peut se cacher, ce qui la rend plus vulnérable face aux humains. On démolit par ailleurs les vieux bâtiments et les vieilles granges où les couleuvres trouvaient des souris et aménageaient leurs sites d'hibernation (Hussey et Goulin, 1990). À Toronto, toutes les populations de couleuvre tachetée vivent à proximité de vieux bâtiments agricoles ou de lieux où se trouvaient ces bâtiments autrefois (Johnson, 1989). Les bâtiments restants seront probablement démolis pour céder la place à des lotissements. Au Québec, c'est à Hull et dans l'Ouest de l'île de Montréal que l'on trouve les plus fortes concentrations de couleuvre tachetée (Bider et Matte, 1996), et les deux endroits sont en cours d'urbanisation, ce qui fait peser une autre menace sur la survie des couleuvres qui vivent à proximité de ces centres (Bider et Matte, 1996).

2.   Modes d'utilisation des terres

Dans certaines régions des États-Unis, le retour des champs abandonnés à l'état de forêt aurait provoqué un déclin des populations de couleuvre tachetée (Hunter et al., 1992; DeGraaf et Rudis, 1983). En effet, les tas d'ordures et les bâtiments des zones agricoles abritent d'abondantes populations de rongeurs qui servent de proie à la couleuvre (Vogt, 1981). Selon l'Atlas herpétofaunique de Hamilton, le nombre de couleuvres augmenterait avec la proportion de couvert boisé (Lamond, 1994). La machinerie agricole s'est en effet avérée être un problème. Plusieurs couleuvres tachetés mentionnées dans les données du OHS ont été trouvées emprisonnées dans des balles de foin ou avaient été prises dans des presses à fourrage. Il importe d'étudier ces problèmes pour déterminer les effets de la foresterie et de l'agriculture. Les granges modernes et les pratiques agricoles d'aujourd'hui pourraient diminuer les populations de rongeurs et convenir moins bien aux couleuvres tachetées (F.R. Cook, comm. pers., 2002).

3.   Persécution par les humains

Bien que cela soit moins fréquent aujourd'hui, les gens continuent toujours d'abattre les couleuvres tachetées à cause de leur grande taille, de leur attitude agressive et de leur présence dans les sous-sols, et parce qu'elles adoptent lorsqu'elles ont peur un comportement qui rappelle celui d'espèces venimeuses.

4.   Prédation

Malgré son comportement des plus discrets, la couleuvre tachetée a quand même un certain nombre de prédateurs (Harding, 1997), qui s'attaquent notamment aux nouveau-nés et aux couleuvreaux. Ces prédateurs sont les ouaouarons (Rana catesbeiana), les Moqueurs roux (Toxostoma rufum) (Mitchell, 1994), les rapaces diurnes et nocturnes, les ratons laveurs, les coyotes, les renards, les mouffettes, les opossums (Ernst et Barbour, 1989), d'autres espèces de serpents (Hunter et al., 1992) et même les autres couleuvres tachetées (Ernst et Barbour, 1989). Les belettes et les musaraignes, qui chassent sous terre, peuvent aussi s'en prendre aux œufs et aux petits qui hibernent (Harding, 1997).

Les animaux de compagnie associés à l'augmentation des populations humaines, comme les chiens et les chats, s'attaquent eux aussi aux couleuvres tachetées (Hussey et Goulin, 1990). La base de données du OHS contient deux mentions de couleuvres tachetées tuées par des chiens. Mais ce sont probablement les chats qui sont les principaux prédateurs, en particulier pour les jeunes couleuvres. Le nombre élevé de chats harets ou domestiques que l'on trouve dans les environs des fermes et des quartiers résidentiels ne peut manquer d'avoir un impact sur les populations de couleuvre tachetée (Carbone et Gittleman, 2002). Par ailleurs, bien que la couleuvre tachetée ne soit pas un animal très en demande sur le marché des animaleries, la chasse et le braconnage en vue de ce marché pourraient augmenter dans les régions où la population humaine augmente (Hussey et Goulin, 1990).

Pour Lazell (1976), trois raisons expliqueraient l'abondance étonnante des couleuvres tachetées dans la région du cap Cod. Premièrement, on y trouve une abondante réserve de petits mammifères, comme le campagnol des champs (Microtus pennsylvanicus), la souris à pattes blanches (Peromyscus leucopus), la musaraigne cendrée (Sorex cinereus), la grande musaraigne (Blarina brevicauda) et la taupe à queue glabre (Scalopus aquaticus). Deuxièmement, la couleuvre agile (Coluber constrictor), principal compétiteur et prédateur occasionnel de la couleuvre tachetée, en est absente. Troisièmement, on n'y trouve pas non plus de prédateurs comme le raton laveur, le renard, la mouffette et la belette (Lazell, 1976). Tout facteur qui viendrait modifier l'une ou l'autre de ces conditions favorables ne pourrait qu'avoir une incidence néfaste sur les populations de couleuvre tachetée.

5.   Mortalité routière

Dans la région de Hamilton, 27 p. 100 de toutes les couleuvres tachetées observées ont été trouvées mortes sur les routes (Lamond, 1994); pour l'ensemble de l'Ontario, cette proportion s'élève à 16 p. 100 (CIPN, 1997). Ce fort taux de mortalité routière est probablement à l'origine du déclin ou de la disparition de l'espèce dans certains endroits, mais aucune donnée ne permet de vérifier cette hypothèse.