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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'héliotin de Verna (Schinia verna) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le Schinia verna se rencontre dans des prairies à végétation clairsemée comportant des colonies d’antennaires (Antennaria spp.), plantes hôtes de la chenille. Hardwick (1983) a décrit l’habitat de la population située près de Glenboro, au Manitoba, comme étant un pré brouté par des bovins, où poussent également diverses plantes à floraison printanière, dans un secteur partiellement occupé par des épinettes et des peupliers faux-trembles. En 2003, nous avons essayé de retrouver l’espèce aux alentours de Glenboro, dans les milieux pouvant convenir à l’espèce; ces milieux étaient des pâturages sablonneux constitués d’espèces indigènes (figure 5), où poussaient notamment des antennaires (Antennaria spp.), la benoîte à trois fleurs (Geum triflorum), un céraiste (Cerastium sp.), un grémil (Lithospermum sp.) et un carex (Carex sp.). En 2000, nous avons observé le S. verna près de Jenner, en Alberta, dans une vallée de prairie, au pied d’une pente orientée vers le nord; une visite subséquente faite en 2003 a révélé que les antennaires étaient communes sur les pentes de la vallée qui étaient couvertes de végétation et orientées vers le nord et qu’elles poussaient avec le Geum triflorum et le Koeleria macrantha (koélérie à crêtes) (figure 6). À Glenboro et à Jenner, le S. verna vole avec un autre héliotin, l’Eutricopis nexilis, qui a un aspect semblable et qui se nourrit également d’antennaires, mais qui est plus commun et plus répandu (Hardwick, 1983; C. Schmidt, données inédites). L’abondance de l’E. nexilis dans plusieurs des localités que nous avons visitées (à Jenner et à Big Stone, en Alberta) semble indiquer que les préférences de cette espèce, quant aux espèces précises d’Antennaria, sont plus variées ou à tout le moins légèrement différentes de celles du S. verna; de plus, sa présence n’indique pas nécessairement que le milieu convient au S. verna.

Figure 5.  Habitat de l’héliotin de Verna, à 8 km au nord-nord-est de Glenboro (Manitoba). Photographie de C. Schmidt.

Figure 5.  Habitat de l’héliotin de Verna, à 8 km au nord-nord-est de Glenboro (Manitoba)

Figure 6. Habitat de l’héliotin de Verna, à 10 km au nord de Jenner (Alberta). Photographie de C. Schmidt.

Figure 6. Habitat de l’héliotin de Verna, à 10 km au nord de Jenner (Alberta)

Il se peut que le terrain doive être brouté par des bovins pour que se maintiennent des colonies assez grandes d’antennaires en fleurs pour soutenir une communauté de S. verna et d’autres héliotins se nourrissant de ces plantes. En effet, les sites de Jenner et de Glenboro subissaient une certaine pression de broutage (Hardwick, 1983; Schmidt et Anweiler, données inédites). Il est possible que les antennaires soient présentes à l’état de tapis dépourvus de fleurs dans les prairies qui possèdent un étage supérieur riche en graminées non broutées, mais les antennaires doivent être en fleurs (et la floraison de ces plantes est déclenchée par le broutage ou le feu) pour accueillir des héliotins, dont les chenilles se nourrissent des graines et des fleurs. En plus des localités historiques de collecte, les sites que nous avons également étudiés en 2003 ont été choisis principalement en fonction de la présence de colonies d’antennaires (annexe 2). Cependant, nous n’avons repéré l’espèce dans aucune de ces localités, même si nous trouvions souvent de grandes colonies d’antennaires ou un grand nombre d’Eutricopis nexilis. Cela pourrait indiquer que certaines espèces d’antennaires ne conviennent pas au Schinia verna, comme l’antennaire à petites feuilles (A. parvifolia Nutt.), espèce répandue et souvent envahissante qui pousse dans les prairies soumises à un broutage modéré à excessif.

Selon l’information dont nous disposons actuellement, l’héliotin de Verna ne se rencontre que dans les milieux prairiaux de l’écozone des prairies. Les sites de Glenboro, au Manitoba, et de Saskatoon, en Saskatchewan, sont plus précisément situés dans l’écorégion de la prairie-parc à trembles, tandis que ceux de Medicine Hat et de Jenner, en Alberta, sont situés dans l’écorégion de la prairie mixte (Gauthier et al., 2001). Les sites de la prairie-parc à trembles sont probablement situés à la limite nord de l’aire de répartition du S. verna, et on devrait pouvoir trouver des milieux convenant à l’espèce dans toute l’écorégion des prairies mixtes humides, située entre la prairie-parc à trembles et les prairies mixtes. Nous avons étudié de nombreuses colonies d’antennaires du sud de l’Alberta pour y repérer et capturer l’Eutricopis nexilis, mais nous y avons observé le S. verna une seule fois (annexe 1). Cela pourrait indiquer que le S. verna a des exigences très précises en ce qui a trait à la plante hôte ou à l’habitat.

Tendances en matière d’habitat

La plupart des habitats potentiels du S. verna n’ont pas encore été étudiés, mais il est fort probable que la zone d’occurrence de l’espèce a diminué par rapport à ce qu’elle était autrefois, puisque seulement environ 25 p. 100 des Prairies canadiennes possèdent encore une végétation indigène (Statistique Canada, 1992).

Protection et propriété

La plupart des milieux convenant au S. verna sont probablement situés sur des terrains privés, comme presque toutes les terres arables de la prairie et de la prairie-parc. Il existe probablement des milieux adéquats dans la partie amont de la vallée de la Red Deer, dans le parc provincial Dinosaur, à 15 km au sud-ouest. L’habitat de la population de Glenboro, si celle-ci existe toujours, est situé sur un terrain privé. Une première visite des milieux accessibles situés dans le parc provincial Spruce Woods (annexe 2) semble indiquer que les conditions y sont trop sèches et sablonneuses pour soutenir de grandes colonies d’antennaires, mais il faudrait des recherches supplémentaires dans d’autres parties du parc pour déterminer l’étendue des prés légèrement moins secs qui peuvent soutenir des colonies d’antennaires.