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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'héliotin de Verna (Schinia verna) au Canada

Biologie

Généralités

Comme tous les papillons, le Schinia verna a un cycle de vie caractérisé par une métamorphose complète. Trois jours après la ponte, les chenilles émergent d’œufs insérés dans le capitule de la plante hôte. Il leur faut alors en moyenne 17 jours pour traverser les cinq (ou parfois six) stades larvaires (Hardwick, 1983; idem, 1996). Les chenilles des premier et deuxième stades vivent dans le capitule, tandis que celles des troisième et quatrième stades, plus grandes, lient les capitules adjacents. Les chenilles du dernier stade consomment les capitules par l’extérieur, en se reposant sur la tige de la plante (Hardwick, 1996). Elles creusent ensuite dans le sol pour construire une chambre peu profonde, où elles se transforment en chrysalides et hivernent dans cet état (Hardwick, 1983). Les adultes émergent au printemps suivant.

Reproduction

Le Schinia verna se reproduit durant la courte période de vol des adultes, entre la fin mai et la mi-juin. Chaque génération vit un an. Chez tous les héliotins qui ont été étudiés, les adultes ne vivent pas plus de sept jours (Hardwick, 1996). Chez les héliotins du genre Schinia, les œufs sont gros par rapport au corps de l’insecte (Hardwick, 1996). Ces papillons produisent donc probablement moins d’œufs que les autres noctuelles. Selon les données disponibles, le nombre maximal d’œufs pondus par une femelle du genre Schinia varie de 89, chez le S. indiana, à 356, chez le S. sueta (Hardwick, 1958). Étant donné que le S. verna produit des œufs plus gros que ceux des autres espèces du genre (Hardwick, 1996), sa fécondité doit se situer au bas de l’échelle, peut-être entre 100 et 200 œufs par femelle.

Survie

Comme les chenilles de l’héliotin de Verna sont cannibales, on en trouve habituellement une seule par capitule d’antennaire (Hardwick, 1983). Ces chenilles attaquent et mangent celles de l’Eutricopis nexilis, qui se nourrissent aussi à l’intérieur de capitules d’antennaires (Hardwick, 1983). Les chenilles du S. verna du premier stade abandonnent les capitules qui sont déjà occupés. Leur taux de survie est donc peut-être très faible, puisqu’elles sont petites et ne semblent pas capables de pénétrer dans un nouveau capitule (Hardwick, 1983).

On ne connait pas les autres causes de mortalité de l’espèce. De façon générale, chez les Lépidoptères, les chenilles sont plus sujettes que les adultes aux causes de mortalité que sont la prédation par les oiseaux et les invertébrés, le parasitisme par les mouches et les guêpes parasitoïdes ainsi que les maladies dues aux champignons, aux bactéries et aux virus. Chez les héliotins, le fait que les chenilles demeurent cachées dans les capitules lorsqu’elles se nourrissent pourrait leur permettre de mieux échapper aux prédateurs et aux parasites (Hardwick, 1996).

Physiologie

Aucune donnée n’est disponible sur la physiologie de l’espèce.

Déplacements et dispersion

Aucune donnée n’est disponible sur les déplacements et la dispersion du S. verna. La plupart des espèces du genre Schinia ont un vol rapide et bourdonnant (C. Schmidt, données inédites). Cette aptitude faciliterait la recherche de colonies de plantes hôtes séparées par des milieux ne leur convenant pas. Bien que les Schinia soient capables de se disperser, nombre d’entre eux font preuve d’une grande fidélité à l’égard de leurs sites et de leurs plantes hôtes et s’en éloignent rarement (Hardwick, 1996; Swengel et Swengel, 1999).

Alimentation et relations interspécifiques

Hardwick (1983) a observé des femelles de Schinia verna en train d’introduire leurs œufs dans des capitules d’Antennaria neglecta Greene (taxon incluant ici l’A. howellii Greene et l’A. neodioica Greene), dans le site de Glenboro, au Manitoba. Il ajoute que dans ce site les chenilles se nourrissaient aussi de l’A. aprica Greene (Hardwick, 1996; figures 4 et figure 66). L’A. aprica pousse également dans le site de Jenner. Bien que souvent localisées, ces deux espèces d’antennaires sont largement répandues dans la majeure partie de l’Amérique du Nord (Scoggan, 1979). Comme leur aire de répartition est très grande et qu’elles poussent dans plusieurs écorégions à l’extérieur des Prairies, il est peu probable que le S. verna soit limité par la répartition de cette plante hôte. Il est également fort improbable que les chenilles du S. verna utilisent d’autres plantes que des antennaires comme plantes hôtes, puisque la période de vol de ce papillon est synchronisée avec la floraison des antennaires et que les autres espèces du genre Schinia ont des exigences très spécifiques en matière d’hôtes.

Il se peut que les chenilles du Schinia verna mangent celles de l’Eutricopis nexilis qui occupent les capitules (Hardwick, 1983), ce qui constituerait un comportement inhabituel chez un papillon. Cette particularité pourrait se révéler un avantage pour le S. verna, surtout si la quantité de nourriture ou la qualité de celle-ci constituent des facteurs limitatifs. On ne sait pas si les chenilles de l’E. nexilis s’attaquent à celles du S. verna.

Les papillons de nuit adultes ont besoin de sources de nectar pour s’alimenter, mais on ne sait pas quelles espèces de fleurs peuvent convenir comme sources de nectar. Étant donné que l’Eutricopis nexilis se nourrit du nectar des antennaires dans le centre de l’Alberta (Schmidt, données inédites), il est probable que le S. verna adulte fait de même.

Comportement et adaptabilité

Selon les rares données disponibles, il semble que le Schinia verna ne fait pas que tolérer la perturbation modérée causée par le broutage du bétail. En effet, cette perturbation pourrait être essentielle au maintien de colonies de plantes hôtes de bonne qualité. Il faudrait obtenir plus de données quant à l’effet de la pression de broutage sur la présence et l’abondance du S. verna et des antennaires.