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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'hétérodermie maritime (Heterodermia sitchensis) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Malgré des recherches intensives échelonnées sur quatre années, la population canadienne connue d’H. sitchensis n’est que de 227 thalles. Les trois emplacements des îles Florencia, Wouwer et les environs de Kyuquot regroupent 65 p. 100 de ces thalles. Les deux premiers emplacements se trouvent dans la réserve de parc national Pacific Rim, et le troisième sur une terre domaniale située à 130 km des deux autres. Tous ces emplacements semblent être ou avoir été récemment enrichis d’azote en raison de la présence d’échoueries d’otaries ou de sites de nidification d’oiseaux de mer. Les autres sites comptent en moyenne seulement huit thalles d’H. sitchensis, lesquels semblent être entretenus très localement par les nutriments provenant des excréments d’oiseaux percheurs. Vu le petit nombre de thalles présents sur chacun des sites, l’espèce pourrait disparaître soudainement d’une grande partie de son aire de répartition, que ce soit, par exemple, en raison de violentes tempêtes hivernales, du déclin des populations d’oiseaux percheurs, de sécheresses estivales prolongées ou d’activités d’exploitation forestière. La présence de quelques-unes des populations connues à proximité de sentiers fait craindre que des branches qui portent l’H. sitchensis soient arrachées (par exemple pour permettre à des randonneurs trempés d’allumer un feu).

Le présent rapport montre que l’H. sitchensis est sensible à une exposition prolongée aux embruns salés soulevés lors de violentes tempêtes hivernales. Ailleurs sur la côte nord, on a observé que de telles tempêtes avaient déjà détruit des communautés entières de lichens épiphytes sur de grandes superficies. Puisque la tendance actuelle est à l’intensification des tempêtes, il est probable que l’H. sitchensis soit à risque, au moins dans certaines parties de son aire de répartition.

L’association souvent exclusive de l’H. sitchensis avec les colonnes de nutriments sous les perchoirs est particulièrement préoccupante parce qu’elle suggère que l’espèce n’est pas stable sur la majorité des sites, comme c’était le cas pour l’emplacement de l’holotype, où la population de douze thalles observée en 1983 ne comptait plus qu’un seul thalle lors de la dernière visite. Bien que les arbres soient eux-mêmes longévifs, les perchoirs peuvent, quant à eux, être relativement éphémères.

Il semble que la présence continue de l’H. sitchensis sur de grandes portions de son aire de répartition dépende de sa capacité à recoloniser à des intervalles assez fréquents. En présumant que la tendance au réchauffement climatique (et à l’assèchement des côtes) se maintienne, l’H. sitchensis en fin de compte perdre cette capacité sur plusieurs des sites qui le soutiennent actuellement. Par conséquent, on peut s’attendre à ce que cette espèce décline peu à peu. Cependant, une récente défoliation, apparemment causée par une invasion d’insectes survenue dans le Pacific Rim, suggère que de nouveaux habitats pourraient être créés en abondance pour cette espèce à court terme, du moins localement.