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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la violette pédalée au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

En 1990, lorsque le Viola pedata a été désigné « espèce menacée », on en connaissait la présence dans seulement trois localités canadiennes (Hutchison et Kavanagh, 1994; Kavanagh et al., 1990; Oldham, 1996; Oldham, 2001). Il existe en outre neuf mentions historiques dont on n'a trouvé aucune trace depuis 1950. Avant la préparation du rapport de situation de 1990, la plupart de ces populations avaient été recherchées, mais en vain. Deux autres mentions historiques remontent à la période de 1950 à 1965. Des recherches minutieuses ont été effectuées dans ces deux localités, mais aucun sujet du Viola pedata n'y a été découvert. De 1965 à 1990, année du premier rapport de situation, aucun nouveau site n'a été trouvé.

Deux sites historiques qui semblaient disparus ont été retrouvés entre la première désignation de l'espèce par le COSEPAC, en 1990, et les travaux menés sur le terrain en 2001. Les cinq localités suivantes sont donc considérées comme toujours existantes.

Brantford : En 1987, cette localité comptait environ 3 300 individus répartis en six sous-populations (localité 2 de la figure 3). Certaines des sous-populations semblaient menacées par la construction résidentielle (Kavanagh et al., 1990). Melinda Thompson et Don Kirk ont effectué des travaux sur le terrain le 21 septembre 2000 et ont constaté que la construction de nouvelles habitations avait fait disparaître deux des sous-populations et que l'effectif des quatre autres n'était plus que d'une centaine d’individus.

Forestville : En 1987, ce site était considéré comme disparu, car aucun individu n'y avait été observé depuis 1937 (Kavanagh et al., 1990), même dans le cadre des relevés des aires naturelles d'Haldimand-Norfolk (Gartshore et al., 1987). Mary Gartshore a retrouvé une petite population en 1994 (localité 3 de la figure 3). Mary Gartshore et moi-même avons fouillé la localité le 10 juillet 2001, mais y avons retrouvé un seul individu, dans une toute petite clairière.

St. Williams Forest Station : Une petite population a été découverte en 1987 de l'autre côté de la route longeant le parc provincial de la Pointe Turkey (localité 12 de la figure 3). Des travaux effectués sur le terrain les 9 et 14 mai 2001 par Bill Draper, et le 10 juillet 2001 par Mary Gartshore et moi-même ont permis de découvrir quelque 183 individus répartis en six sous-populations voisines les unes des autres. Moins de 200 mètres séparaient ce site de celui du parc provincial de la Pointe Turkey, situé de l'autre côté du chemin de comté no 10.

Parc provincial de la Pointe Turkey : En 1987, quelque 10 300 individus avaient été dénombrés dans le parc (Kavanagh et al., 1990). Lors de travaux menés sur le terrain le 11 juillet 2001, j’ai estimé l'effectif à environ 6 500 individus, répartis en huit sous-populations (localité 12 de la figure 3). Une des sous-populations regroupe la plupart des individus (environ 6 000). Les sept autres en comptent chacune de 6 à 300. Comme un temps très sec a prévalu dans le Sud de l'Ontario en 2001, il se peut que de nombreux individus soient entrés prématurément en dormance, de sorte que l'effectif réel de la population pourrait ne pas avoir diminué depuis 1987.

Vittoria : En 1987, ce site était considéré comme disparu, puisqu'il n'avait pas été observé depuis 1936, même dans le cadre des relevés des aires naturelles d'Haldimand-Norfolk (Gartshore et al., 1987). Mary Gartshore et Sam Brinker ont repéré une petite population en 2000 (localité 13 de la figure 3). Mary Gartshore et moi-même avons fouillé le site le 10 juillet 2001 et y avons retrouvé neuf individus, qui étaient dans une situation précaire puisqu'ils étaient établis près du sommet d'un talus rongé par l'érosion.


Les neuf localités suivantes ont probablement disparu. Aucune de ces mentions anciennes ne renfermait des détails sur la taille de la population.

Backus Woods : Cette mention est fondée sur une récolte faite en 1963 (localité 1 de la figure 3). Malgré les relevés intensifs effectués par Steve Varga en 1985 et les fouilles plus récentes, aucune violette pédalée n'a été observée depuis.

London : La dernière observation remonte à 1890 (localité 4 de la figure 3). Aucune nouvelle observation n'a été effectuée, même dans le cadre des relevés des zones écologiquement sensibles du comté de Middlesex.

Niagara-on-the-Lake : La dernière observation remonte à 1906 (localité 5 de la figure 3). L'habitat qui subsistait encore dans ce secteur a été fouillé en 1988 par Steve Varga et d'autres personnes, mais aucun individu n'y a été observé.

Au nord de Normandale : La dernière observation remonte à 1960 (localité 6 de la figure 3). Aucun individu n'a été découvert dans le cadre des relevés des aires naturelles d'Haldimand-Norfolk (Gartshore et al., 1987).

Normandale : La dernière observation remonte à 1928 (localité 7 de la figure 3). Aucun individu n'a été découvert lors des relevés des aires naturelles d'Haldimand-Norfolk (Gartshore et al., 1987).

Paris : La dernière observation remonte aux alentours de 1900 (localité 8 de la figure 3). Aucun individu n'a été découvert malgré les recherches minutieuses menées dans le secteur en 1989 (Kavanagh et al., 1990).

St. Williams : La dernière observation remonte à 1939 (localité 9 de la figure 3). Aucun individu n'a été découvert lors des relevés des aires naturelles d'Haldimand-Norfolk (Gartshore et al., 1987).

Sarnia : La dernière observation remonte à 1909 (localité 10 de la figure 3). Aucun individu n'a été découvert malgré les recherches minutieuses effectuées en 1959 et en 1961 par L. Gaiser et pendant les années 1970 et 1980 par Dorothy Tiedje (comm. pers., 2001).

Simcoe : La dernière observation remonte à 1905 (localité 11 de la figure 3). Aucun individu n'a été découvert lors des relevés des aires naturelles d'Haldimand-Norfolk (Gartshore et al., 1987).


Figure 3 : Répartition du Viola pedata dans le Sud de l'Ontario

Figure 3 : Répartition du Viola pedata dans le Sud de l'Ontario.

Les chiffres renvoient aux localités et aux populations traitées dans le présent rapport. Les populations des localités 2, 3, 12 (représentant 2 sites voisins) et 13 existent encore.

À l'époque du premier rapport de situation, l’effectif canadien total du Viola pedata était estimé à quelque 13 600 individus, répartis entre trois localités (Kavanagh et al., 1990). D'après les travaux sur le terrain menés en 2000 et en 2001, il serait maintenant d'environ 6 800 individus, répartis entre cinq localités. Environ 5 000 d'entre eux doivent être en âge de se reproduire. Les dénombrements et estimations, notamment dans le cas du parc de la Pointe Turkey, sont peut-être inférieurs aux effectifs réels, étant donné les conditions extrêmement sèches qui ont régné pendant l'été 2001. De plus, comme l’effectif de la grande population de la Pointe Turkey a été estimé par extrapolation à partir de secteurs-échantillons et qu'il était difficile de distinguer la violette pédalée des autres espèces agressées par la sécheresse, l’effectif de cette population peut avoir été sous-estimé. Dans les sites plus petits, le dénombrement a porté sur les individus réellement observés dans l'ensemble de la localité et constitue donc une meilleure estimation de l’effectif de la population. Si on tient compte de la difficulté d’estimer la taille d'une grande population comme celle du parc de la Pointe Turkey, on peut dire que l’effectif total de la violette pédalée en Ontario a diminué de quelque 25 à 50 p. 100 depuis le rapport de situation de 1990.

Les populations ontariennes du Viola pedata sont isolées par rapport à son aire de répartition principale, située aux États-Unis (voir la figure 2). Si elles venaient à disparaître, les populations situées aux États-Unis ne pourraient vraisemblablement pas recoloniser les localités canadiennes au moyen de mécanismes naturels, puisque la violette pédalée ne peut disperser ses graines que sur de courtes distances et que son habitat est discontinu.