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Résumés du COSEPAC sur les espèces terrestres admissibles pour ajout ou reclassification à l’annexe 1

La section qui suit présente un résumé des justifications de la désignation par le COSEPAC du statut d’espèces individuelles et leur biologie, les menaces, la répartition et d’autres informations. Pour une explication détaillée de la situation de conservation d’une espèce individuelle, veuillez vous référer au rapport du COSEPAC pour cette espèce, qui est aussi disponible sur le Registre public des espèces en péril.

ou contactez :
Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)  K1A 0H3

Table des matières

  1. Acroscyphe des montagnes [HTML]
  2. Alétris farineux [HTML]
  3. Ambystoma unisexué - population dépendante de la salamandre à petite bouche [HTML]
  4. Ambystoma unisexué - population dépendante de la salamandre de Jefferson [HTML]
  5. Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna [HTML]
  6. Carex des sables [HTML]
  7. Caribou de Peary [HTML]
  8. Coccinelle à neuf points [HTML]
  9. Couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest [HTML]
  10. Couleuvre d'eau du lac Érié [HTML]
  11. Criquet du lac Huron [HTML]
  12. Fissident pygmée [HTML]
  13. Hémileucin de Nuttall [HTML]
  14. Leptoge des terrains inondés [HTML]
  15. Limace gainée [HTML]
  16. Limace pygmée [HTML]
  17. Limace-prophyse bleu-gris [HTML]
  18. Pannaire jaune pâle [HTML]
  19. Paruline hochequeue [HTML]
  20. Perceur du ptéléa [HTML]
  21. Plectrophane de McCown [HTML]
  22. Ptéléa trifolié [HTML]
  23. Sanicle patte-d'ours [HTML]
  24. Tortue molle à épines [HTML]

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Partie 1 - Acroscyphe des montagnes à Fissident pygmée

1. Acroscyphe des montagnes

Photo d’un acroscyphe des montagnes
Photo: © Paula Bartemucci
Nom scientifique
Acroscyphus sphaerophoroides
Taxon
Lichens
Statut du COSEPAC
Préoccupante
Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation

Ce lichen attrayant forme des coussins en forme de corail, de couleur gris pâle à gris-jaune. Il est rare à l’échelle mondiale et il ne compte que huit occurrences connues au Canada. Toutes ces occurrences sont en Colombie-Britannique dans une zone climatique très restreinte, située entre les conditions hyper maritimes de la côte extérieure et le climat continental de l’intérieur. L’indice de zone d’occupation de 32 km2 est faible, et la population totale estimée de ce lichen est de moins de 250 colonies. Toutefois, ce lichen se trouve dans des sites éloignés et inaccessibles dans les montagnes accidentées de la chaîne Côtière, et de nouvelles occurrences additionnelles seront probablement découvertes. Au Canada, l’espèce se rencontre principalement sur les chicots morts de pruche subalpine dans les complexes de tourbières minérotrophes ou ombrotrophes structurées. Les pressions associées au développement (routes, pipelines, hydroélectricité, exploitation minière et forestière) et les changements climatiques menacent le régime hydrologique et les conditions microclimatiques requises par cette espèce à de nombreux sites connus.

Description et importance de l’espèce sauvage

L’acroscyphe des montagnes est un lichen produisant un thalle de grosseur moyenne, jaunâtre à gris pâle, en forme de coussin. Le thalle de l’espèce se compose de touffes denses de ramifications coralloïdes cylindriques épaisses dressées à semi­dressées. L’intérieur du thalle est jaune à orange vif et plein. Les ramifications fertiles présentent des organes de fructification noirs enfoncés qui les font ressembler à des yeux de crabes. Les ramifications stériles sont de plus petit diamètre et plus courtes. Les spores sont brun foncé, en forme d’écale d’arachide, dépourvues d’ornementation et dispersées de manière passive, mais elles ne sont pas adaptées pour la dispersion par le vent. Le symbiote photosynthétique serait une algue verte du genre Trebouxia, mais il y a une certaine incertitude quant à l’identité de celui-ci. L’acroscyphe des montagnes a une composition chimique secondaire complexe et renferme des substances qui n’ont jamais été observées chez les lichens des autres genres de la famille des Caliciacées.

L’acroscyphe des montagnes est la seule espèce du genre Acroscyphus. Il faut signaler que l’habitat de l’espèce au Canada, des tourbières, est très différent à ailleurs dans le monde. Il pourrait donc y avoir des différences génétiques ou chimiques entre les sous-populations canadiennes et les autres sous-populations.

a) Des podétions fertiles portant des masses de spores noires dépassant des apothécies.
Photo de Acroscyphe des montagnes
Photo: © Paula Bartemucci

 

b) Des apothécies jeunes avec podétions ramifiés stériles
Acroscyphe des montagnes
Photo: © Paula Bartemucci

Répartition

La répartition mondiale de l’acroscyphe des montagnes est très fragmentée. L’espèce a été signalée dans des milieux alpins exposés de haute altitude (> 3000 m), en Chine, au Tibet, en Inde, au Bhoutan, au Japon, en Afrique du Sud, au Pérou, en Patagonie et au Mexique. La présence de l’espèce dans ce dernier pays n’a pas été confirmée. Au Canada et aux États-Unis, l’espèce pousse à des altitudes moins élevées, en Alaska (948 m), dans l’État de Washington (1 300 m) et en Colombie-Britannique (420 à 1 000 m). Il y a actuellement huit occurrences connues au Canada, toutes situées dans la chaîne Côtière, en Colombie-Britannique, depuis la rivière Kingcome, au sud, jusqu’à Kitsault, au nord. Même si l’espèce a une vaste répartition, il y a peu d’occurrences au Canada et à l’échelle mondiale.

Répartition de l’acroscyphe des montagnes (Acroscyphus sphaerophoroides) au Canada montrant les occurrences confirmées (2014, 2015), les sites où l’espèce a été cherchée, mais n’a pas été trouvée ainsi que la zone restreinte située entre la zone hypermaritime et la zone climatique continentale de la région intérieure de la Colombie-Britannique où l’habitat et les conditions climatiques semblent favorables à la présence de l’espèce.
Carte montrant la répartition de l’acroscyphe des montagnes (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’acroscyphe des montagnes (Acroscyphus sphaerophoroides) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition de l’acroscyphe des montagnes

Carte montrant la répartition de l’acroscyphe des montagnes (Acroscyphus sphaerophoroides). Huit occurrences de l’espèce sont actuellement connues en Colombie Britannique. L’espèce a une large répartition et est présente depuis la rivière Satsalla, près de Kingcome Inlet, au sud, jusqu’à Kitsault, près de la frontière sud est de l’Alaska, au nord. Sa répartition est ouest est étroite et limitée à la chaîne Côtière. La zone hachurée correspond à la région restreinte située entre la zone hypermaritime et la zone climatique continentale de la région intérieure de la Colombie Britannique où l’habitat et les conditions climatiques semblent favorables à la présence de l’espèce.

Habitat

Au Canada, l’acroscyphe des montagnes se rencontre presque uniquement sur des arbres, dans la chaîne Côtière, dans une zone climatique très restreinte où les conditions se situent entre les conditions hypermaritimes observées sur la côte, comme à Haida Gwaii et dans la région de Prince Rupert, et les conditions continentales de la région intérieure de la province. Cette zone ne semble ni trop humide ni trop sèche et convient donc à l’acroscyphe des montagnes, qui colonise le tronc et les branches de chicots encore debout ou la cime morte d’arbres vivants. L’espèce a été observée sur la pruche subalpine, le cyprès de Nootka ou l’épinette de Sitka. L’espèce n’est pas présente dans les zones à climat hypermaritime de la côte extérieure ou dans celles à climat continental de la région intérieure de la Colombie-Britannique.

Six des huit occurrences connues au Canada se trouvent dans des tourbières à végétation arborée éparse (tourbières minérotrophes et complexes de tourbières ombrotrophes). La septième occurrence se situe dans une forêt subalpine à pruche subalpine, et la dernière, dans une forêt-parc subalpine, humide et ouverte. L’espèce pousse couramment sur des substrats rocheux alpins dans d’autres régions du monde, mais seulement deux colonies ont été signalées sur la roche au Canada.

Biologie

L’acroscyphe des montagnes produit couramment des organes de fructification noirs. Les spores sont lisses (sans ornementation) et grosses et ne sont pas éjectées dans l’air de manière active, contrairement à celles de la plupart des lichens. Elles ne sont donc pas dispersées efficacement par le vent, mais sont probablement transportées par les animaux, notamment sur les pattes des oiseaux. Lorsque les conditions sont propices, les spores du champignon germent et produisent des filaments, ou hyphes. Pour qu’un nouveau thalle soit produit, les filaments doivent rencontrer une algue partenaire compatible. L’acroscyphe des montagnes ne se reproduit pas par voie asexuée au moyen de propagules végétatives renfermant à la fois le champignon et l’algue partenaires, et il ne semble pas se reproduire par fragmentation du thalle. Toutefois, l’acroscyphe des montagnes produit des spores, appelées conidies, à l’intérieur de structures en forme de flacon, nommées pycnides, mais on ignore si celles­ci servent à la reproduction asexuée ou participent à la formation des organes de fructification. La longévité, la durée d’une génération et de nombreux autres paramètres biologiques de l’acroscyphe des montagnes sont actuellement inconnus.

Taille et tendances des populations

Depuis 1989, année où l’acroscyphe des montagnes a été récolté pour la première fois au Canada, le nombre d’occurrences connues a graduellement augmenté avec le temps et l’intensification des activités de recherche. Les premiers spécimens récoltés ne sont accompagnés d’aucun renseignement sur la taille des individus ou l’effectif. Actuellement, il y a huit occurrences connues (6 localités) d’acroscyphe des montagnes au Canada, qui comptent au moins une colonie à jusqu’à 100 colonies. La notion de colonie équivaut ici à celle d’individu mature chez d’autres espèces végétales, et chaque colonie est généralement issue d’un minuscule bourgeon qui finit par former une touffe sur laquelle les organes de reproduction sont produits. Dans le cas de l’acroscyphe des montagnes, les colonies poussent souvent ensemble, parfois de manière étroite et parfois les unes sur les autres, de sorte qu’il est difficile d’évaluer le nombre d’individus. Le nombre de colonies actuellement connues au Canada est évalué à moins de 250, et la majorité des colonies se trouvent dans un seul site. L’espèce se rencontre dans des sites éloignés et inaccessibles, dans le paysage accidenté de la chaîne Côtière, en Colombie­Britannique. La réalisation de relevés dans un nombre additionnel de tourbières dans cette région pourrait mener à la découverte de nouvelles occurrences de l’espèce. Toutefois, l’espèce est rare dans l’ensemble de son aire de répartition mondiale. Des lichénologues ont cherché l’acroscyphe des montagnes sur des arbres dans de nombreuses tourbières de la région côtière de la Colombie-Britannique, mais sans succès, ce qui laisse croire que la population totale serait de moins de 1 000 colonies au Canada.

Menaces et facteurs limitatifs

Au Canada, la plupart des colonies d’acroscyphe des montagnes (100 des 250 colonies estimées) se trouvent dans un seul site soumis à des menaces actuelles et potentielles, ce qui rend l’espèce particulièrement vulnérable aux effets des activités humaines et aux phénomènes stochastiques, qui pourraient avoir des répercussions en très peu de temps.

Au Canada, l’acroscyphe des montagnes a des besoins très spécifiques en matière d’habitat, compte une population petite et a une faible capacité de dispersion, ce qui le rend particulièrement vulnérable au changement climatique, puisqu’il ne serait peut-être pas en mesure de réagir rapidement aux changements de son habitat associés au climat ou aux modifications des écosystèmes. La hausse des températures et des précipitations pourrait entraîner une modification des assemblages d’espèces non vasculaires qui occupent les chicots et les arbres secs en cime. L’acroscyphe des montagnes pourrait donc être supplanté par des espèces bien adaptées aux régimes climatiques nouveaux ou changeants. Le fonctionnement et l’intégrité des systèmes de milieux humides pourraient être modifiés ou dégradés par les phénomènes météorologiques violents causés par le changement climatique.

En outre, l’acroscyphe des montagnes est menacé par des projets de développement industriel en cours et potentiels, comme la construction de routes, l’exploitation forestière, l’aménagement d’emprises de pipelines, l’exploitation minière (agrandissement d’une mine de molybdène), la construction de barrages et un projet de centrale électrique au fil de l’eau, qui pourraient tous causer une destruction et une dégradation directes de l’habitat et entraîner indirectement la modification du régime hydrologique et du microclimat aux endroits où pousse l’espèce.

Protection, statuts et classements

La situation de l’acroscyphe des montagnes à l’échelle mondiale n’a pas encore été évaluée (cote GNR).

Au Canada, l’espèce a été jugée gravement en péril à l’échelle nationale (N1) et en Colombie-Britannique, où l’espèce a été placée sur la liste rouge.

Aux États-Unis, elle a reçu la cote NNR (non classée). En Alaska et dans l’État de Washington, elle est actuellement cotée SNR (non classée), mais la cote S1 (gravement en péril) a été proposée dans les deux États.

Trois des huit occurrences d’acroscyphe des montagnes se trouvent dans des aires protégées désignées (parcs provinciaux et réserves écologiques), notamment l’occurrence qui compte le plus grand nombre d’individus matures, ce qui confère une certaine protection juridique à l’espèce. Toutefois, des permis peuvent tout de même être accordés pour l’aménagement d’emprises, des concessions minières et d’autres activités de développement. Les cinq autres occurrences se trouvent sur des terres de la Couronne provinciales et ne sont pas protégées à l’heure actuelle.


2. Alétris farineux

Photo d’un alétris farineux
Photo: © Jennifer Anderson
Nom scientifique
Aletris farinosa
Taxon
Plantes vasculaires
Statut du COSEPAC
En voie de disparition
Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation

Cette herbe vivace est restreinte aux vestiges d’habitats de prairie, dépendants des perturbations, dans le sud-ouest de l’Ontario. Elle continue de connaître un déclin en raison de menaces multiples, dont la modification de l’habitat, les espèces envahissantes et le broutage des cerfs. L’habitat de prairie, par exemple, passe naturellement à un type d’habitat moins convenable en l’absence de perturbations périodiques (p. ex. incendie), et sa qualité et son étendue sont également vulnérables au développement urbain et industriel continu. La récente construction d’un nouveau corridor de transport a causé l’enlèvement de plus de 50 % de tous les plants matures de la population canadienne ainsi qu’une perte d’habitat. Bien que les plants aient été transplantés depuis le corridor de transport aux sites de restauration à proximité, il est trop tôt pour savoir si ces sous-populations relocalisées seront auto-suffisantes; elles ne peuvent donc encore être considérées pour contribuer à la population.

Description et importance de l’espèce sauvage

L’alétris farineux (Aletris farinosa) est une plante herbacée vivace appartenant à la famille des Narthéciacées. Il possède une rosette basale de feuilles vert jaunâtre lancéolées. Au début de l’été, il produit une tige florifère dressée haute d’environ 40 à 100 cm portant une grappe de petites fleurs blanches à texture farineuse. Après la floraison, les pétales séchés demeurent sur le fruit. L’alétris farineux a été utilisé comme remède contre les problèmes menstruels et utérins et renferme des composés chimiques actifs qui pourraient posséder des propriétés hormonales.

Photo d’un alétris farineux montrant les fleurs tubulaires blanches à texture farineuse.
Photo: © Thomas G. Barnes @ USDA-NRCS PLANTS Database 

Répartition

Au Canada, l’alétris farineux est limité à quatre régions géographiques du sud-ouest de l’Ontario : les villes de Windsor et de LaSalle; l’île Walpole; un site à proximité d’Eagle (municipalité de West Elgin); un site à proximité de la pointe Turkey, où on suppose que l’espèce est disparue (comté de Haldimand-Norfolk).

Répartition de l’alétris farineux (Aletris farinosa) au Canada montrant les régions où l’on trouve des sous populations existantes. Les occurrences historiques ne sont pas indiquées. Windsor LaSalle : 4 sous populations, 30 colonies; île Walpole : 2 sous populations, 4 colonies; Eagle : 1 sous population, 1 colonie; Pointe Turkey : 1 sous population, 1 colonie dont la situation est inconnue, mais qui est présumée disparue.
Carte montrant la répartition de l’alétris farineux (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’alétris farineux (Aletris farinosa) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition de l’alétris farineux

Carte montrant la répartition de l’alétris farineux (Aletris farinosa) au Canada, sur laquelle on voit quatre régions où sont présentes des sous populations existantes. Au Canada, l’aire de répartition de l’alétris farineux est extrêmement limitée, et l’espèce n’a jamais été observée ailleurs que dans le sud ouest de l’Ontario. Il existe actuellement des occurrences confirmées dans la ville de Windsor et la ville adjacente de LaSalle, à l’île Walpole (au lac Sainte Claire) ainsi que près d’Eagle, dans la municipalité de West Elgin, en Ontario. Il y a sept sous populations comprenant 35 colonies existantes confirmées, et une sous population comptant une seule colonie est présumée disparue.

Habitat

L’alétris farineux pousse en terrains dégagés, dans des sols sableux humides associés aux prairies à grandes graminées et aux prés sableux humides. Il se rencontre actuellement dans des prairies et des savanes reliques, des champs abandonnés, des corridors de services publics et à la lisière de boisés. L’espèce ne tolère pas l’ombre créée par la végétation environnante. Pour que l’habitat demeure propice à l’espèce, il doit subir un certain type de perturbation qui maintient le milieu dégagé et la végétation courte et clairsemée. Dans le passé, les incendies assuraient probablement le maintien de l’habitat, mais plus récemment ce sont les activités humaines, comme les fauchages périodiques, la culture et l’utilisation de sentiers pour la randonnée et le vélo, qui créent des perturbations dans l’habitat de l’alétris farineux, mais les conditions créées par ces perturbations sont relativement peu propices à l’espèce. La destruction de l’habitat causée par la succession constitue la première cause de déclin de l’alétris farineux et est une menace imminente. De plus, l’habitat de l’espèce a été détruit par le développement urbain, la construction de la promenade Right Honorable Herb Gray et la conversion des terres à des fins agricoles.

Dans les sites de rétablissement associés à la promenade et certains sites de l’île Walpole, des brûlages dirigés et une élimination manuelle des espèces ligneuses et envahissantes sont réalisés pour maintenir l’habitat de l’espèce. Cependant, des pertes d’habitat ont été observées dans des zones du patrimoine naturel et une réserve naturelle provinciale, ce qui montre que l’alétris farineux n’est pas protégé en l’absence de mesures de gestion adéquates. On ignore si les habitats entièrement boisés peuvent être restaurés.

Biologie

L’alétris farineux est vivace, et certains individus vivent probablement des décennies. On ignore en combien de temps les individus issus de graines parviennent à maturité, mais il est probable que cela prend plus d’un an et dépend des conditions du site. On ignore également pendant combien de temps les graines de l’alétris farineux demeurent viables ou si l’espèce produit un réservoir de semences dans le sol. En plus de se reproduire par voie sexuée, l’espèce peut se reproduire par voie végétative par la formation de bourgeons sur le rhizome, mais ce type de multiplication est peu fréquent. Il peut donc arriver que certains individus dans une colonie ne soient pas distincts sur le plan génétique. Les fleurs de l’alétris farineux sont pollinisées par les insectes, principalement des bourdons et des abeilles solitaires. On ignore si l’espèce est autogame. Certains ont avancé que l’alétris farineux pourrait avoir besoin de s’associer à un champignon mycorhizien, car jusqu’à récemment la plupart des tentatives de transplantation avaient échoué. Cependant, aucun avantage associé à la présence de champignons mycorhiziens n’a été observé dans le cadre d’essais en serre. L’alétris farineux est dépourvu de structures spécialisées favorisant la dispersion. Les tiges florifères de l’espèce sont fréquemment consommées par des cerfs ou d’autres herbivores, et les feuilles sont parfois consommées par des insectes. On ignore si les graines peuvent être dispersées par les herbivores qui les consomment.

Taille et tendances des populations

En 2014, l’effectif total était de 14 000 à 15 000 individus, la meilleure estimation étant de 14 600 individus. Plus de la moitié des individus de la population canadienne sont issus d’une transplantation ou d’une multiplication réalisées en lien avec la construction de la promenade. Il y a 35 colonies existantes d’alétris farineux réparties entre sept sous-populations existantes confirmées, en plus d’une colonie présumée existante, mais dont la situation est inconnue dans une sous-population additionnelle. Environ 93 % du nombre total d’individus se trouvent dans une zone de 12 km2 à Windsor-LaSalle, et 82 % des individus (~12 000) se trouvent dans les sites de rétablissement associés à la promenade. Seulement environ 18 % des individus (~2 700) se trouvent ailleurs que dans ces sites. Tous les individus transplantés dans les sites de rétablissement associés à la promenade étaient naturellement présents dans les sites d’où ils ont été prélevés, de sorte qu’ils sont considérés comme des individus naturels.

Les nouveaux sites découverts et les hausses d’effectif totalisent environ 14 000 individus, mais l’effectif total en 2014 était d’environ 14 600 individus : la majeure partie de la population connue lors de la première évaluation, en 1987, est donc disparue. Si on suppose que les nouvelles occurrences découvertes existaient déjà à cette époque et qu’on inclut les individus qui étaient alors déjà connus, la population comptait peut-être 18 330 individus en 1986. Si on soustrait les 7 680 individus transplantés de ce total, il reste 10 650 individus. Depuis, il y a eu une perte mesurable de plus de 5 000 individus, ou >47 % de la population, et le déclin réel serait bien supérieur à cette valeur.

Menaces et facteurs limitatifs

Les menaces pesant sur l’alétris farineux sont 1) l’absence de perturbations, 2) les espèces envahissantes, 3) l’herbivorie et 4) le développement. Pour que l’alétris farineux puisse persister, son habitat doit faire l’objet de mesures de gestion actives et fréquentes permettant de freiner la succession végétale; la majeure partie de l’habitat de l’espèce ne fait pas l’objet de telles mesures, même dans les aires protégées. Les activités récréatives peuvent causer un piétinement, mais produisent parfois des perturbations nécessaires à l’espèce. Toutefois, on ignore si ces activités sont globalement bénéfiques ou nuisibles à l’espèce.

Protection, statuts et classements

Selon la dernière évaluation du COSEPAC, réalisée en novembre 2015, l’alétris farineux est en voie de disparition. L’alétris farineux figure actuellement à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) à titre d’espèce menacée et est désigné « espèce menacée » aux termes de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario. En novembre 2014, aucune superficie d’habitat n’avait été réglementée aux termes de la loi provinciale. Seize colonies d’alétris farineux se trouvent dans des aires « protégées » publiques, mais l’espèce demeure très menacée sur ces terres et y subit des déclins considérables. Dix colonies se trouvent sur des terrains privés, quatre, sur des terres appartenant à une Première Nation, cinq, dans les sites de rétablissement associés à la promenade et une, sur un terrain privé appartenant à une entreprise.


3. Ambystoma unisexué - population dépendante de la salamandre à petite bouche

Photo d’un Ambystoma unisexué
Photo: © Patrick Heney
Nom scientifique
Ambystoma laterale - texanum
Taxon
Amphibiens
Statut du COSEPAC
En voie de disparition
Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation

Ces salamandres unisexuées inhabituelles ne sont présentes que sur une seule île isolée au Canada (île Pelée dans le lac Érié) et dépendent pour le recrutement d’une espèce donneuse de sperme en voie de disparition, la salamandre à nez court (Ambystoma texanum). De nombreuses menaces pèsent sur la salamandre, ce qui rend son existence précaire. Ces menaces comprennent la prédation et la modification de l’habitat par les dindons sauvages introduits, les activités de drainage qui peuvent causer l’assèchement précoce des étangs de reproduction, la mortalité attribuable à la circulation routière pendant les migrations saisonnières, le développement urbain et les activités récréatives.

Description et importance de l’espèce sauvage

Les populations d’Ambystoma formées uniquement de femelles (individus unisexués) sont membres de la famille des salamandres fouisseuses, soit les Ambystomatidés. Leur morphologie, variable, est déterminée par leurs génomes nucléaires. Les individus unisexués qui possèdent deux garnitures chromosomiques ou plus de la salamandre à points bleus (A. laterale) sont noirs et présentent des mouchetures bleues plus ou moins nombreuses, des membres relativement courts et une tête étroite. Les individus unisexués qui possèdent deux garnitures chromosomiques ou plus de la salamandre de Jefferson (A. jeffersonianum) sont quant à eux plus gros, leur peau est de couleur grise ou brune avec quelques mouchetures bleues, leurs membres sont relativement plus longs et leur tête est plus large. Enfin, les individus unisexués qui possèdent au moins deux garnitures chromosomiques de la salamandre à petite bouche (A. texanum) sont gris, leur corps est plus mince et leur tête est étroite.

Les Ambystoma unisexués partagent tous un ADN mitochondrial très similaire, différent de celui des espèces bisexuées. Ces individus ont un système génétique unique et représentent une lignée monophylétique distincte qui est apparue il y a de 3 à 5 millions d’années, ce qui en fait la plus ancienne lignée connue de vertébrés unisexués. Les œufs se forment normalement par gynogenèse. Ce processus exige du sperme, qui provient d’espèces sympatriques bisexuées. Le sperme ne sert qu’à déclencher la formation des œufs et n’est habituellement pas incorporé au développement de l’embryon. Dans de rares cas, le sperme est incorporé et, lorsque l’ADN du sperme est incorporé, la ploïdie des embryons augmente (de triploïde à tétraploïde).

Répartition

Les salamandres unisexuées se trouvent en association avec les espèces bisexuées appropriées, dont les mâles servent de donneurs de sperme. L’aire de répartition géographique des salamandres unisexuées du genre Ambystoma coïncide à peu près avec les forêts décidues et mixtes du nord-est de l’Amérique du Nord, soit de la Nouvelle-Écosse et des États de la Nouvelle-Angleterre à l’Indiana. La limite nord de l’aire de répartition se trouve au Minnesota, dans le centre-nord de l’Ontario et dans le sud du Québec, et la limite sud se trouve au Kentucky. Trois unités désignables sont prises en compte dans le présent rapport, selon les espèces dont les mâles servent de donneurs de sperme. Au Canada, les salamandres unisexuées se trouvent en association avec la salamandre à points bleus en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, au Québec et en Ontario, avec la salamandre de Jefferson en Ontario et avec la salamandre à petite bouche sur l’île Pelée, dans le lac Érié, en Ontario. Au Canada, des populations unisexuées de salamandres sont présentes au sein de toutes les populations connues de salamandres de Jefferson et de salamandres à petite bouche, ainsi que dans la majorité des populations de salamandres à points bleus qui ont été examinées. Les salamandres unisexuées peuvent être beaucoup plus nombreuses que les individus des espèces sympatriques bisexuées qui servent de donneurs de sperme.

Répartition mondiale des Ambystoma unisexués dépendants de la salamandre à petite bouche (Ambystomalaterale - texanum), qui ont besoin de la salamandre à petite bouche comme espèce donneuse de sperme. Ces populations contiennent des individus qui possèdent au moins une garniture chromosomique de la salamandre à points bleus et au moins une garniture chromosomique de la salamandre à petite bouche (LT et LTT).

Carte montrant la répartition mondiale des Ambystoma unisexués (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’ambystoma unisexué (Ambystoma laterale), population dépendante de la salamandre à petite bouche, population dépendante de la salamandre de Jefferson et la population dépendante de la salamandre à points bleus, au Canada.

Description longue pour la carte montrant la répartition mondiale des Ambystoma unisexués dépendants

Carte montrant la répartition mondiale des Ambystoma unisexués dépendants de la salamandre à petite bouche (Ambystoma laterale - texanum). L’estimation de l’aire de la répartition (zone d’occurrence) des salamandres unisexuées qui dépendent de la salamandre à petite bouche au Canada est fondée sur la superficie de l’île Pelée, qui est d’environ 43 km2.

Habitat

Les salamandres unisexuées ont les mêmes besoins en matière d’habitat que leurs espèces donneuses de sperme respectives. Elles se trouvent normalement dans des forêts décidues ou mixtes qui contiennent des étangs de reproduction convenables ou qui y sont adjacentes. Ces étangs sont habituellement des mares éphémères ou printanières qui s’assèchent à la fin de l’été. L’habitat terrestre se situe dans des boisés humides où les salamandres s’abritent des prédateurs et du dessèchement sous des arbres tombés ou des pierres, ainsi que dans des terriers de mammifères. Les adultes s’alimentent lorsque les conditions sont humides la nuit, sur le tapis forestier, à moins de 1 km de l’étang de reproduction. Ces salamandres ont aussi besoin de sites d’hivernage sous la ligne de gel.

Biologie

En conjonction avec les individus de leurs espèces donneuses de sperme respectives, les adultes unisexués migrent en direction et en provenance des étangs de reproduction la nuit, très tôt au printemps. La plupart de ces épisodes de migration coïncident avec la pluie ou des conditions très humides. Des mâles sympatriques bisexués prennent part à la parade nuptiale et, un jour ou deux après l’accouplement, les salamandres unisexuées pondent plusieurs masses d’œufs sur des brindilles ou de la végétation émergente à diverses profondeurs dans l’étang de reproduction. La ponte peut aussi avoir lieu sous la glace. La durée du développement des œufs et des larves est variable et dépend de la température. Les larves sont carnivores et se nourrissent d’une variété d’invertébrés; elles sont aussi cannibales. Au Canada, les larves se métamorphosent normalement en juillet ou au début août, et quittent l’étang. Les jeunes et les adultes sont entièrement terrestres, sauf durant la période de reproduction annuelle.

Taille et tendances des populations

Il est difficile d’estimer la taille des populations de salamandres unisexuées, car ces dernières sont semblables sur le plan morphologique aux femelles de leurs espèces donneuses de sperme respectives. La plupart des sites historiques qui ont fait l’objet de recherches visant la salamandre de Jefferson en 1990 et 1991 n’accueillaient plus ni de salamandres de Jefferson ni de salamandres unisexuées en 2003 et 2004. En outre, à certains sites où des salamandres de Jefferson et des salamandres unisexuées étaient toujours présentes en 2003-2004, on a constaté une réduction notable du nombre de masses d’œufs par rapport aux quantités observées au cours de relevés précédents. La taille des populations de salamandres unisexuées varie en fonction de l’espèce donneuse de sperme et de la région géographique. Toutes les sous-populations de salamandres de Jefferson et de salamandres à petite bouche contiennent aussi des individus unisexués qui peuvent représenter quelque 85 % des individus à un site donné. Le pourcentage d’individus unisexués trouvés dans les étangs de reproduction de la salamandre à points bleus varie davantage, et certains de ces étangs ne contiennent aucun individu unisexué.

Menaces et facteurs limitatifs

La perte de donneurs de sperme sexués constitue un facteur limitatif unique aux salamandres unisexuées du genre Ambystoma, car celles-ci ont besoin de mâles diploïdes sexués pour se reproduire. Les menaces qui pèsent sur l’espèce sont : i) l’élimination partielle ou absolue de l’habitat convenable causée par l’aménagement des terres, y compris la perte d’étangs de reproduction, d’arbres et de couverture végétale; ii) les obstacles (routes, clôtures anti-érosion) qui bloquent les voies migratoires reliées aux étangs de migration; iii) l’assèchement prématuré des étangs durant l’été.

Protection, statuts et classements

Les salamandres unisexuées coexistent avec certaines espèces qui ont reçu une cote de conservation, et sont impossibles à distinguer de ces espèces sur le plan morphologique. L’État du Connecticut désigne le « complexe » A. jeffersonianum et le « complexe » A. laterale comme des espèces préoccupantes. En Ontario, les salamandres polyploïdes dominées par la salamandre de Jefferson sont des individus unisexués qui ont besoin de salamandres de Jefferson mâles. Depuis 2010, ces individus reçoivent la même protection sur le plan de l’habitat que la salamandre de Jefferson en vertu de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition (LEVD) (voir Règl. de l’Ont. 242/08, art. 28). Jusqu’ici, aucun règlement semblable n’a été adopté pour les salamandres unisexuées du Canada qui vivent avec la salamandre à petite bouche (A. texanum; en voie de disparition) sur l’île Pelée (Ontario) ni pour les salamandres unisexuées qui dépendent de la salamandre à points bleus (A. laterale).


4. Ambystoma unisexué - population dépendante de la salamandre de Jefferson

Photo d’un Ambystoma unisexué
Photo: © Jim Bogart
Nom scientifique
Ambystoma laterale - (2) jeffersonianum
Taxon
Amphibiens
Statut du COSEPAC
En voie de disparition
Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation

Ces salamandres unisexuées inhabituelles occupent des zones restreintes dans des aires peuplées et fortement modifiées de l’Ontario et dépendent pour le recrutement d’une espèce donneuse de sperme en voie de disparition, la salamandre de Jefferson (Ambystoma jeffersonianum). La salamandre fait face à de nombreuses menaces résultant d’activités humaines, menant à la perte et à la fragmentation de l’habitat, ce qui rend son existence précaire.

Description et importance de l’espèce sauvage

Les populations d’Ambystoma formées uniquement de femelles (individus unisexués) sont membres de la famille des salamandres fouisseuses, soit les Ambystomatidés. Leur morphologie, variable, est déterminée par leurs génomes nucléaires. Les individus unisexués qui possèdent deux garnitures chromosomiques ou plus de la salamandre à points bleus (A. laterale) sont noirs et présentent des mouchetures bleues plus ou moins nombreuses, des membres relativement courts et une tête étroite. Les individus unisexués qui possèdent deux garnitures chromosomiques ou plus de la salamandre de Jefferson (A. jeffersonianum) sont quant à eux plus gros, leur peau est de couleur grise ou brune avec quelques mouchetures bleues, leurs membres sont relativement plus longs et leur tête est plus large. Enfin, les individus unisexués qui possèdent au moins deux garnitures chromosomiques de la salamandre à petite bouche (A. texanum) sont gris, leur corps est plus mince et leur tête est étroite.

Les Ambystoma unisexués partagent tous un ADN mitochondrial très similaire, différent de celui des espèces bisexuées. Ces individus ont un système génétique unique et représentent une lignée monophylétique distincte qui est apparue il y a de 3 à 5 millions d’années, ce qui en fait la plus ancienne lignée connue de vertébrés unisexués. Les œufs se forment normalement par gynogenèse. Ce processus exige du sperme, qui provient d’espèces sympatriques bisexuées. Le sperme ne sert qu’à déclencher la formation des œufs et n’est habituellement pas incorporé au développement de l’embryon. Dans de rares cas, le sperme est incorporé et, lorsque l’ADN du sperme est incorporé, la ploïdie des embryons augmente (de triploïde à tétraploïde).

Répartition

Les salamandres unisexuées se trouvent en association avec les espèces bisexuées appropriées, dont les mâles servent de donneurs de sperme. L’aire de répartition géographique des salamandres unisexuées du genre Ambystoma coïncide à peu près avec les forêts décidues et mixtes du nord-est de l’Amérique du Nord, soit de la Nouvelle-Écosse et des États de la Nouvelle-Angleterre à l’Indiana. La limite nord de l’aire de répartition se trouve au Minnesota, dans le centre-nord de l’Ontario et dans le sud du Québec, et la limite sud se trouve au Kentucky. Trois unités désignables sont prises en compte dans le présent rapport, selon les espèces dont les mâles servent de donneurs de sperme. Au Canada, les salamandres unisexuées se trouvent en association avec la salamandre à points bleus en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, au Québec et en Ontario, avec la salamandre de Jefferson en Ontario et avec la salamandre à petite bouche sur l’île Pelée, dans le lac Érié, en Ontario. Au Canada, des populations unisexuées de salamandres sont présentes au sein de toutes les populations connues de salamandres de Jefferson et de salamandres à petite bouche, ainsi que dans la majorité des populations de salamandres à points bleus qui ont été examinées. Les salamandres unisexuées peuvent être beaucoup plus nombreuses que les individus des espèces sympatriques bisexuées qui servent de donneurs de sperme.

Répartition mondiale des Ambystoma unisexués dépendants de la salamandre de Jefferson (Ambystoma laterale - (2) jeffersonianum), qui ont besoin de la salamandre de Jefferson comme espèce donneuse de sperme. Ces populations contiennent des individus qui possèdent normalement une garniture chromosomique de la salamandre à points bleus et deux garnitures chromosomiques de la salamandre de Jefferson (LJJ).
Carte montrant la répartition mondiale des Ambystoma unisexués (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’ambystoma unisexué (Ambystoma laterale), population dépendante de la salamandre à petite bouche, population dépendante de la salamandre de Jefferson et la population dépendante de la salamandre à points bleus, au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition mondiale des Ambystoma unisexués dépendants

Carte montrant la répartition mondiale des Ambystoma unisexués dépendants de la salamandre de Jefferson (Ambystoma laterale - (2) jeffersonianum). L’aire de répartition des salamandres unisexuées qui dépendent de la salamandre de Jefferson se limite au sud de l’Ontario.

Habitat

Les salamandres unisexuées ont les mêmes besoins en matière d’habitat que leurs espèces donneuses de sperme respectives. Elles se trouvent normalement dans des forêts décidues ou mixtes qui contiennent des étangs de reproduction convenables ou qui y sont adjacentes. Ces étangs sont habituellement des mares éphémères ou printanières qui s’assèchent à la fin de l’été. L’habitat terrestre se situe dans des boisés humides où les salamandres s’abritent des prédateurs et du dessèchement sous des arbres tombés ou des pierres, ainsi que dans des terriers de mammifères. Les adultes s’alimentent lorsque les conditions sont humides la nuit, sur le tapis forestier, à moins de 1 km de l’étang de reproduction. Ces salamandres ont aussi besoin de sites d’hivernage sous la ligne de gel.

Biologie

En conjonction avec les individus de leurs espèces donneuses de sperme respectives, les adultes unisexués migrent en direction et en provenance des étangs de reproduction la nuit, très tôt au printemps. La plupart de ces épisodes de migration coïncident avec la pluie ou des conditions très humides. Des mâles sympatriques bisexués prennent part à la parade nuptiale et, un jour ou deux après l’accouplement, les salamandres unisexuées pondent plusieurs masses d’œufs sur des brindilles ou de la végétation émergente à diverses profondeurs dans l’étang de reproduction. La ponte peut aussi avoir lieu sous la glace. La durée du développement des œufs et des larves est variable et dépend de la température. Les larves sont carnivores et se nourrissent d’une variété d’invertébrés; elles sont aussi cannibales. Au Canada, les larves se métamorphosent normalement en juillet ou au début août, et quittent l’étang. Les jeunes et les adultes sont entièrement terrestres, sauf durant la période de reproduction annuelle.

Taille et tendances des populations

Il est difficile d’estimer la taille des populations de salamandres unisexuées, car ces dernières sont semblables sur le plan morphologique aux femelles de leurs espèces donneuses de sperme respectives. La plupart des sites historiques qui ont fait l’objet de recherches visant la salamandre de Jefferson en 1990 et 1991 n’accueillaient plus ni de salamandres de Jefferson ni de salamandres unisexuées en 2003 et 2004. En outre, à certains sites où des salamandres de Jefferson et des salamandres unisexuées étaient toujours présentes en 2003-2004, on a constaté une réduction notable du nombre de masses d’œufs par rapport aux quantités observées au cours de relevés précédents. La taille des populations de salamandres unisexuées varie en fonction de l’espèce donneuse de sperme et de la région géographique. Toutes les sous-populations de salamandres de Jefferson et de salamandres à petite bouche contiennent aussi des individus unisexués qui peuvent représenter quelque 85 % des individus à un site donné. Le pourcentage d’individus unisexués trouvés dans les étangs de reproduction de la salamandre à points bleus varie davantage, et certains de ces étangs ne contiennent aucun individu unisexué.

Menaces et facteurs limitatifs

La perte de donneurs de sperme sexués constitue un facteur limitatif unique aux salamandres unisexuées du genre Ambystoma, car celles-ci ont besoin de mâles diploïdes sexués pour se reproduire. Les menaces qui pèsent sur l’espèce sont : i) l’élimination partielle ou absolue de l’habitat convenable causée par l’aménagement des terres, y compris la perte d’étangs de reproduction, d’arbres et de couverture végétale; ii) les obstacles (routes, clôtures anti-érosion) qui bloquent les voies migratoires reliées aux étangs de migration; iii) l’assèchement prématuré des étangs durant l’été.

Protection, statuts et classements

Les salamandres unisexuées coexistent avec certaines espèces qui ont reçu une cote de conservation, et sont impossibles à distinguer de ces espèces sur le plan morphologique. L’État du Connecticut désigne le « complexe » A. jeffersonianum et le « complexe » A. laterale comme des espèces préoccupantes. En Ontario, les salamandres polyploïdes dominées par la salamandre de Jefferson sont des individus unisexués qui ont besoin de salamandres de Jefferson mâles. Depuis 2010, ces individus reçoivent la même protection sur le plan de l’habitat que la salamandre de Jefferson en vertu de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition (LEVD) (voir Règl. de l’Ont. 242/08, art. 28). Jusqu’ici, aucun règlement semblable n’a été adopté pour les salamandres unisexuées du Canada qui vivent avec la salamandre à petite bouche (A. texanum; en voie de disparition) sur l’île Pelée (Ontario) ni pour les salamandres unisexuées qui dépendent de la salamandre à points bleus (A. laterale).


5. Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna

Photo d’un Bec croisé
Photo: © Alan Wilson
Nom scientifique
Loxia curvirostra percna
Taxon
Oiseaux
Statut du COSEPAC
Menacée
Aire de répartition canadienne
Québec. Terre-Neuve-et-Labrador

Justification de la désignation

Cette sous-espèce est un groupe taxinomique distinct endémique au Canada. Connue auparavant pour se reproduire seulement sur l’île de Terre-Neuve, la sous-espèce a également été documentée au cours des cinq dernières années comme nichant sur l’île d’Anticosti. Bien que la population canadienne serait plus grande que ce que l’on avait compris antérieurement, et ce, en raison de la récente découverte d’une composante de population reproductrice sur l’île d’Anticosti, il n’y a pas d’indication d’une tendance à la hausse. Au contraire, ce taxon a connu un déclin substantiel à long terme. Une baisse supplémentaire de la population est prévue sur la base des menaces identifiées, plus particulièrement la compétition et la prédation par les écureuils introduits à Terre-Neuve, la perte d’habitat en raison de l’exploitation forestière, et une maladie fongique affectant le pin rouge.

Description et importance de l’espèce sauvage

Le Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna est l’une des 10 formes reconnues de Becs-croisés des sapins en Amérique du Nord. Il est un Fringillidé de taille moyenne et un consommateur de graines spécialisé, ayant des mandibules incurvées et croisées, de puissantes mâchoires articulées, et de fortes pattes dont il se sert pour tenir fermement les cônes de conifères quand il en écarte les écailles avec son bec pour accéder aux graines. Le Bec-croisé mâle est rouge terne, la femelle est olive grisâtre, et le juvénile est gris terne à brunâtre et fortement strié. Comparativement aux autres formes de Becs-croisés des sapins d’Amérique du Nord, la sous-espèce percna a un bec relativement épais et haut, un corps de plus grande taille, et un plumage plus foncé, plus sombre.

Chaque forme de Bec-croisé des sapins d’Amérique du Nord se caractérise par des différences mineures pour ce qui est de sa morphologie, de sa génétique et de son comportement. Les différentes formes consistent également en types vocaux; la manière la plus facile et la plus fiable d’identifier chaque forme est l’analyse spectrographique de ses vocalisations uniques en vol. De récentes recherches portent à croire que le Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna pourrait correspondre au type 8. Les Becs-croisés des sapins d’Amérique du Nord représentent probablement un complexe d’espèces cryptiques. Bien qu’elle soit faiblement différenciée sur le plan génétique, la vocalisation pourrait favoriser l’isolement reproductif, même parmi les groupes qui ne sont pas séparés sur le plan géographique. Le Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna est important parce qu’il constitue un groupe taxinomique distinct restreint à la partie insulaire de Terre-Neuve-et-Labrador (ci-après « Terre-Neuve ») et aux îles avoisinantes, ainsi qu’à l’île d’Anticosti (Québec).

Répartition

Historiquement, des Becs-croisés des sapins (formes/types vocaux inconnus) étaient considérés comme présents dans la majeure partie de Terre-Neuve, mais selon une répartition irrégulière et localisée. Leur aire de répartition a apparemment rapetissé depuis la première moitié du 20e siècle; l’aire de répartition actuelle du Bec-croisé des sapins (sous-espèce percna et autres formes) à Terre-Neuve n’est pas entièrement comprise. La présence de la sous-espèce percna/type 8 à Terre-Neuve a été confirmée par les analyses audiospectographiques et morphométriques effectuées entre 2005 et 2011 sur la presqu’île Avalon, ainsi que dans l’est, le centre et l’ouest de l’île de Terre-Neuve. La reproduction probable de Becs-croisés des sapins de type 8 ayant une morphologie qui correspond à la fourchette de données documentée pour la sous-espèce percna a également été répertoriée dans l’île d’Anticosti (Québec) à l’été 2014.

Des individus appartenant possiblement à la sous-espèce percna (c.-à-d. ayant un gros bec) ont été observés en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, au Québec (sur le continent et aux îles de la Madeleine), ainsi qu’en Nouvelle-Angleterre (États-Unis); ces observations pourraient représenter des zones d’irruptions irrégulières pendant des années de pénurie de nourriture dans les principales zones d’occurrence.

Répartition mondiale du Bec croisé des sapins de la sous espèce percna (Loxia curvirostra percna) (en noir), qui est endémique au Canada.
Carte montrant la répartition mondiale du Bec croisé (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna (Loxia curvirostra percna) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition mondiale du Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna

Carte montrant la répartition mondiale du Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna (Loxia curvirostra percna), qui est endémique au Canada. Il semble y avoir deux sous-populations au Canada : une à Terre-Neuve et l’autre sur l’île d’Anticosti.

Habitat

Toutes les formes de Becs-croisés des sapins sont étroitement liées aux forêts conifériennes. Les formes varient selon la morphologie du bec, chacune étant propre à la consommation d’une espèce de conifère en particulier. Tous les becs-croisés à gros bec, y compris la sous-espèce percna, sont associés à des forêts de pins. À Terre-Neuve, les peuplements de pin rouge et de pin blanc représentaient probablement un pourcentage considérable de l’habitat important de la sous-espèce percna par le passé; toutefois, ces pins indigènes (particulièrement le pin rouge) se font actuellement rares dans l’île et sont absents de l’île d’Anticosti. Historiquement et actuellement, les forêts matures d’épinette noire, et, dans une moindre mesure, les forêts de sapin baumier et d’épinette blanche offrent un habitat important à la sous-espèce percna. Au cours de l’histoire récente, la conversion de l’habitat, l’exploitation forestière, les incendies, les dommages dus aux insectes et les infections fongiques ont réduit l’abondance des graines de conifères à Terre-Neuve. La consommation de cônes par les écureuils roux introduits à Terre-Neuve en 1963 fait partie des causes expliquant les récents déclins considérables de cônes disponibles. De récentes prévisions du Department of Natural Resources de Terre-Neuve-et-Labrador (T.-N.-L.) indiquent une augmentation importante de la production de cônes sur la presqu’île Avalon, à Terre-Neuve, au cours des deux prochaines décennies. Toutefois, une infestation majeure de tordeuse des bourgeons de l’épinette devrait se produire à Terre-Neuve et à l’île d’Anticosti dans un avenir rapproché; une telle infestation pourrait avoir un effet négatif sur la disponibilité de cônes, mais pourrait fournir de la nourriture sous forme de larves et de chrysalides de tordeuses.

Biologie

Toutes les formes de Becs-croisés des sapins dépendent des forêts conifériennes en raison des ressources alimentaires que celles-ci leur fournissent sous forme de graines de conifères; la disponibilité de cônes influe grandement sur la survie et la reproduction de l’espèce. Le Bec-croisé des sapins est nomade et entreprend des déplacements à diverses échelles spatiales à la recherche de productions suffisantes de cônes (d’où ses irruptions), bien que certaines populations (incluant possiblement la sous-espèce percna) tendent à présenter un comportement plus sédentaire. Les oiseaux qui font des irruptions ont Les oiseaux nomades qui font des irruptions ont tendance à être assez fidèles à leurs lieux de reproduction principaux, auxquels certains individus retournent après quelques années suivant une irruption. Les Becs-croisés des sapins, monogames et formant des couples, se rassemblent en groupes peu denses pour la reproduction, et en bandes pour la recherche de nourriture. Leur stratégie de reproduction est souple, ils peuvent produire plusieurs couvées dans une même année, et la nidification peut avoir lieu pendant les mois froids si les graines de conifères sont abondantes. D’autres adaptations à la variabilité extrême des productions de graines de conifères englobent la maturité sexuelle à un âge relativement jeune, la succession rapide de couvées et la tolérance aux refroidissements répétés et au développement lent des petits lorsque la nourriture est relativement rare.

Taille et tendances des populations

Le Bec-croisé des sapins a déjà été relativement commun à Terre-Neuve, mais il connaît un déclin précipité et continu depuis les années 1950. Actuellement, cette espèce est rare et on l’observe peu souvent, et irrégulièrement, dans les relevés formels ou informels. Le nombre d’individus de la sous-espèce percna qui forment la population récemment confirmée dans l’île d’Anticosti (qui se reproduit probablement dans l’île) est inconnu, mais on estime qu’il s’élève à plusieurs centaines. L’estimation de la population canadienne de Becs-croisés des sapins de la sous-espèce percna s’élève à quelques milliers (c.-à-d.1 000 à 2 500 individus matures), selon de récentes analyses bioacoustiques et des relevés systématiques localisés ciblant l’espèce, les données du Recensement des oiseaux de Noël (RON), du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) et de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec, ainsi que des mentions anecdotiques d’ornithologues amateurs. Cette estimation comporte beaucoup d’incertitude à cause de l’échantillonnage relativement limité (particulièrement dans les régions éloignées), des difficultés liées au dénombrement des oiseaux nomades faisant des irruptions, et de la possibilité que la sous-espèce percna parcoure de très grandes distances en période de pénurie de nourriture.

Menaces et facteurs limitatifs

Les menaces pour la sous-espèce percna ne sont pas clairement comprises en raison du manque général de données sur le taxon à Terre-Neuve et à l’île d’Anticosti. Les menaces probables (classées en ordre décroissant d’impact apparent/prévu) englobent : i) les espèces non indigènes envahissantes et les espèces indigènes problématiques (c.-à-d. la compétition pour les ressources alimentaires et la prédation des nids par les écureuils roux introduits à Terre-Neuve, les infections fongiques affectant les pins indigènes et non indigènes à Terre-Neuve, et les infestations d’insectes entraînant la réduction de la production de cônes ou la mortalité d’arbres); ii) l’utilisation des ressources biologiques (c.-à-d. l’exploitation forestière); iii) les modifications des systèmes naturels (c.-à-d. les incendies de forêt et la suppression des incendies de forêt); iv) les corridors de transport et de service (c.-à-d. les routes); v) l’exploitation de mines et de carrières; vi) l’agriculture. Parfois, les oiseaux font face à la famine si la production de cônes est mauvaise dans de grandes régions géographiques. Parmi les autres causes de mortalité chez la sous-espèce percna, mentionnons les collisions avec des véhicules et la prédation.

Protection, statuts et classements

Depuis 2004, le Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna est désigné comme espèce en voie de disparition aux termes de la Loi sur les espèces en péril du Canada et de l’Endangered Species Act de Terre-Neuve. L’espèce est également protégée en vertu de la Loi sur la convention concernant les oiseaux migrateurs. Elle est considérée en péril dans le programme Situation générale des espèces au Canada. NatureServe a attribué au Bec-croisé des sapins de la sous-espèce percna le statut d’espèce en péril à l’échelle nationale (N2), mais ne lui a pas attribué de cote provinciale, quoique la cote S2 est recommandée pour le Québec; le Bec-croisé des sapins en général a une cote S2S3 à Terre-Neuve, et S4 au Québec.


6. Carex des sables

Photo d’un carex des sables
Photo: © Ryan Batten
Nom scientifique
Carex sabulosa
Taxon
Plantes vasculaires
Statut du COSEPAC
Préoccupante
Aire de répartition canadienne
Yukon

Justification de la désignation

Au Canada, cette espèce est restreinte à 16 sites retrouvés dans 10 champs de dunes dans le sud-ouest du Yukon. Depuis la dernière évaluation, 11 nouvelles sous-populations ont été découvertes et deux menaces importantes ont été éliminées, ce qui réduit le risque connu pour la population canadienne. Toutefois, la succession naturelle mène à la perte d’habitat, ce qui est exacerbé par la suppression des incendies. D’autres menaces à l’origine des déclins récents comprennent l’utilisation de véhicules récréatifs hors route et la perte d’habitat en raison du développement résidentiel. Les plantes exotiques envahissantes représentent une menace potentielle importante entraînant la stabilisation des dunes et l’exclusion compétitive.

Description et importance de l’espèce sauvage

Le carex des sables (Carex sabulosa) est une plante cespiteuse vivace à longs rhizomes. À mesure que ses fleurs se développent, les tiges minces de la plante s’inclinent et deviennent arquées, et les lourdes têtes fructifères touchent parfois le sol.

Le carex des sables occupe un écosystème dunaire qui a déjà été répandu mais qui est maintenant rare au Canada; les sites pouvant accueillir cette plante sont peu nombreux. En outre, les sous-populations de l’espèce présentent probablement un intérêt particulier sur le plan génétique, car elles se trouvent isolées à la périphérie orientale d’une aire de répartition fragmentée qui s’étend depuis l’Asie centrale jusqu’au sud-ouest du Yukon. Le carex des sables joue un rôle important dans la stabilisation des dunes.

Répartition

Le carex des sables pousse dans les régions sableuses d’Asie centrale, depuis le Kazakhstan jusqu’en Mongolie, en passant par le sud de la Sibérie et l’ouest de la Chine. À plus de 3 000 km de distance en Amérique du Nord, l’espèce est présente dans un champ de dunes du centre-ouest de l’Alaska et dans 10 champs de dunes (16 sous-populations) d’une petite région du sud-ouest du Yukon. Deux autres occurrences n’ont pu être relocalisées malgré les recherches, et sont considérées comme disparues.

Carte de répartition du carex des sables (Carex sabulosa) montrant les occurrences connues et les occurrences historiques dans le sud ouest du Yukon, au Canada. Par occurrence historique (points orange),on entend les sites où l’espèce est présumée disparue. Les points gris représentent des sites où le carex des sables a été cherché sans succès.

Carte montrant la répartition du carex des sables (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le carex des sables (Carex sabulosa) au Canada.

Description longue pour la carte montrant la répartition du carex des sables

Carte montrant la répartition du carex des sables (Carex sabulosa) dans le sud-ouest du Yukon, au Canada. Les localités connues sont indiquées par des points rouges. Les occurrences historiques, c’est-à-dire les sites où l’espèce est présumée disparue, sont indiquées par des points orange, et les sites où des recherches ont été effectuées en 2009, mais où la présence de l’espèce n’a pas été décelée, sont indiqués par des points gris. Au Canada, le carex des sables est uniquement présent dans 16 sites se trouvant dans 10 champs de dunes actifs répartis dans le sud-ouest du Yukon, depuis le parc national et la réserve de parc national Kluane jusqu’à Whitehorse vers l’ouest et jusqu’au lac Dezadeash et à Carcross, vers le sud.

Habitat

Le carex des sables se rencontre dans les dunes actives ou semi-stabilisées, aux endroits où le sable s’accumule, et est souvent la seule espèce de plante vasculaire dominante. Au Yukon, ces dunes sont des vestiges des champs de dunes beaucoup plus vastes qui existaient à la fin du Pléistocène. La plupart des anciennes dunes sont maintenant stabilisées et recouvertes de forêts ou de prairies. De nombreux sites existants qui abritent le carex des sables sont confinés à des petits creux de déflation dans des dunes où l’apport de sable est limité.

Biologie

La biologie du carex des sables n’a pas été étudiée. Par contre, il ne fait aucun doute que cette espèce peut résister à des vents froids et desséchants et à l’accumulation de sable. L’espèce se reproduit principalement par voie végétative, au moyen de rhizomes; la production de graines est souvent limitée. Au Yukon, un champignon causant une infection charbonneuse, le Planetella lironis, s’attaque aux fruits en développement (akènes semblables à des graines); on ignore l’incidence de la maladie sur le taux de reproduction du carex des sables.

Photo de têtes fructifères du carex des sables
Photo: © Ryan Batten

Taille et tendances des populations

La plus grande sous-population se trouve près du confluent des rivières Kaskawulsh et Dezadeash, dans le parc national et la réserve de parc national du Canada Kluane. Le nombre de ramets (touffes) est estimé à 2,5 à 3 millions dans ce site. Le nombre total de ramets présents dans les 15 sous-populations restantes est estimé à 1 053 000, ce qui donne une population canadienne totale estimée à environ 3,5 à 4 millions de ramets.

Les populations de tous les systèmes dunaires, sauf de celui de Carcross, sont probablement demeurées assez stables au cours des dernières années, bien qu’un faible déclin se soit vraisemblablement produit en raison de la succession naturelle et de la stabilisation des dunes. Le carex des sables a probablement subi un déclin plus marqué dans les dunes de Carcross, compte tenu de la réduction apparente des dunes actives et de la diminution apparente de l’étendue de la présence de l’espèce dans les dunes actives.

Menaces et facteurs limitatifs

La succession végétale naturelle entraînant la stabilisation des dunes est un facteur qui limite la persistance du carex des sables. Ce processus soulève des préoccupations pour la plus grande sous-population de l’espèce (Alsek), située près du confluent des rivières Kaskawulsh et Dezadeash. La suppression des incendies, en causant l’accélération de la succession végétale, menace plusieurs sous-populations. Une perte apparente d’habitat dunaire due à la stabilisation a également été observée à Carcross. Les plantes envahissantes qui accélèrent la stabilisation des dunes constituent une menace importante pour l’avenir.

La menace que représentent les perturbations causées par les véhicules récréatifs hors route est particulièrement préoccupante dans les dunes de Carcross; cette menace est également préoccupante, mais dans une moindre mesure, dans le système dunaire de la rivière Takhini (sud). L’utilisation excessive de véhicules hors route a pour effet non seulement d’endommager les plantes en surface, mais aussi de compacter le sable et de détruire les clones.

L’aménagement de dunes à des fins de lotissement résidentiel ou d’activités touristiques constitue une préoccupation dans la zone située derrière la plage du lac Bennett, à Carcross.

Protection, statuts et classements

Le carex des sables est inscrit sur la liste des espèces menacées en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada. L’habitat essentiel du carex des sables a été désigné uniquement dans le parc national et la réserve de parc national Kluane, où l’espèce bénéficie également de certaines mesures de protection aux termes de la Loi sur les parcs nationaux du Canada. Le système dunaire de la rivière Takhini est protégé du développement dans le parc territorial Kusawa, qui n’a pas encore été établi; un plan directeur a récemment été ébauché pour ce parc. Les sous-populations situées au nord-est de la route du Klondike, à Carcross, se trouvent dans une réserve de parc territorial; des véhicules hors route y circulent toutefois régulièrement, et cette activité continue de réduire la superficie occupée par le carex. Compte tenu du niveau d’utilisation actuel de ce site, le rétablissement n’y est pas possible. Ailleurs, le carex des sables se rencontre sur des terres de la Couronne (terres du Commissaire), où seul un décret fédéral spécial peut protéger l’espèce en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Selon le système de classification de NatureServe, le carex des sables est coté G5 (non en péril) à l’échelle mondiale, N2 (en péril) à l’échelle nationale et S2 au Yukon.


7. Caribou de Peary

Photo d’un caribou de Peary mâle
Photo: © Morgan Anderson – Gouvernement du Nunavut
Nom scientifique
Rangifer tarandus pearyi
Taxon
Mammifères
Statut du COSEPAC
Menacée
Aire de répartition canadienne
Territoires du Nord-Ouest, Nunavut

Justification de la désignation

Cette sous espèce de caribou est endémique à l’archipel arctique canadien, vivant à la limite de croissance des végétaux dans les milieux de désert polaire et de toundra arctique. La population actuelle est estimée à 13 200 individus matures. L’espèce a connu un pic en 1987 avec 22 000 individus, mais elle a connu un épisode de mortalité massive catastrophique au milieu des années 1990 liés à de graves phénomènes de formation de couches de glace dans certaines parties de son aire de répartition. La population totalisait environ 5 400 individus matures en 1996, son plus bas niveau depuis qu’elle fait l’objet de relevés, soit depuis 1961. Parmi les quatre sous populations, deux connaissent actuellement une tendance à la hausse, une est stable et la quatrième comptait moins de dix individus lors du dernier dénombrement en 2005, avec aucun signe de rétablissement. L’ensemble de la population a connu un déclin estimé de 35 % sur trois générations, mais augmente depuis les deux dernières décennies. Les menaces ayant le plus de conséquences résultent d’un climat changeant, et incluent une intensité et une fréquence accrues d’épisodes de pluie sur neige qui ont des effets négatifs sur l’accessibilité de la nourriture durant l’hiver ainsi qu’une diminution de l’étendue et de l’épaisseur de la glace de mer qui cause des changements dans les habitudes de migration et de déplacement.

Description et importance de l’espèce sauvage

Le caribou de Peary est le plus petit caribou d’Amérique du Nord. Il est principalement blanc, mais son dos est gris foncé et le devant de ses pattes arbore une bande grise. En hiver, le gris foncé de son dos peut tourner au brun foncé, et certains individus semblent être presque entièrement blancs. Le velours de ses bois est de couleur grise plutôt que brune comme celui du chevreuil et des autres caribous. Comparativement aux bois des autres caribous, ceux du caribou de Peary sont de moindre envergure, mais, autrement, ils sont semblables. Son crâne présente un rostre court et une calotte crânienne développée. Ses sabots sont courts et larges. Le caribou de Peary se distingue des autres caribous du Canada sur le plan génétique.

Le caribou de Peary fait partie intégrante de la culture et de l’économie des Inuits et des Inuvialuits. En tant que seule source de viande de caribou pour plusieurs collectivités arctiques, il est important dans l’économie de subsistance des collectivités locales, et il est représenté dans les produits d’artisanat traditionnel qui sont commercialisés et collectionnés partout au Canada et à l’échelle internationale. Subsistant aux limites de l’existence des végétaux et des animaux, le caribou de Peary fait partie intégrante de la biodiversité arctique et est de plus en plus important dans les études scientifiques sur la réaction des écosystèmes aux changements climatiques.

Répartition

Le caribou de Peary est endémique au Canada et présent dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut. Parmi tous les caribous d’Amérique du Nord, il est celui dont l’aire de répartition se trouve la plus au nord; en effet, sa présence est presque exclusive à l’archipel arctique canadien, à l’exception de l’île de Baffin. Le caribou de Peary parcourt des distances relativement longues, notamment des migrations annuelles sur la glace de mer, des déplacements réguliers au sein de son domaine vital comptant plusieurs îles, et des déplacements irréguliers à grande échelle parmi les îles pendant les hivers rigoureux. Quatre sous-populations sont reconnues selon des données génétiques probantes, l’ampleur des déplacements interinsulaires ainsi que l’expertise scientifique et locale : 1) îles Banks et Victoria, 2) île Prince of Wales, île Somerset et presqu’île de Boothia, 3) est des îles Reine-Élisabeth et 4) ouest des îles Reine-Élisabeth.

Carte de répartition du caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi), montrant les sous populations du caribou de Peary (Johnson et al. en préparation). Le vert pâle et le mauve pâle indiquent des observations supplémentaires de caribous de Peary à l’extérieur de l’aire de répartition principale des sous populations Banks-Victoria et Prince of Wales-Somerset-Boothia, respectivement. Carte fournie par : Dawn Andrews, Environnement Canada.
Carte montrant la répartition mondiale du caribou de Peary (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition mondiale du caribou de Peary

Carte montrant la répartition mondiale du caribou de Peary (Rangifer tarandus pearyi), qui se trouve entièrement au Canada. Parmi tous les caribous de l’Amérique du Nord, le caribou de Peary est celui dont l’aire de répartition est la plus septentrionale. Il se rencontre dans l’ensemble de l’archipel arctique, à l’exception de l’île de Baffin (qui est occupée par le caribou de la toundra). Le caribou de Peary est également présent dans le nord-ouest de l’île Victoria, et certains éléments indiquent des déplacements vers d’autres parties de cette île. Un petit nombre de caribous se trouvent (ou se trouvaient) sur la presqu’île de Boothia et possiblement dans l’île King William.

Habitat

L’habitat du caribou de Peary est la toundra arctique dépourvue d’arbres, principalement dans les écorégions de la toundra du Haut-Arctique et du Moyen-Arctique. La majeure partie de l’aire de répartition peut être caractérisée comme un désert polaire marqué d’étés courts et frais et d’hivers longs et froids. La saison de croissance est brève (de 50 à 60 jours) et variable. En général, la couverture de neige est présente de septembre à mai (île Banks) ou jusqu’aux dernières semaines de juin (île Melville). La couverture terrestre dominée par une végétation sèche représente environ 36 % de la zone dépourvue de glace de l’aire de répartition du caribou de Peary, tandis que le terrain va d’étendues relativement plates (sud et ouest) à montagneuses (nord et est). Le climat présente une forte variation régionale, avec des gradients est-ouest et nord-sud des précipitations et des températures, qui influe sur la productivité primaire et la disponibilité de nourriture. La biomasse végétale aérienne varie de moins de 100 g/m2 (îles Reine-Élisabeth et parties du groupement des îles Prince of Wales et Somerset) jusqu’à une quantité de 500 à 2 000 g/m2 dans certaines régions (île Banks et île Prince of Wales). Le caribou de Peary a un régime alimentaire diversifié et polyvalent, son alimentation variant selon les saisons, en fonction de la nourriture disponible et de la valeur nutritive connexe. Essentiellement, tout l’habitat historique du caribou de Peary est disponible et n’a pas été perdu ou fragmenté par des développements industriels ou autres développements anthropiques.

Photo de cinq caribous de Peary
Le caribou de Peary dans leur habitat typique de l'Arctique. Photo: © Morgan Anderson – Gouvernement du Nunavut

Biologie

Le caribou de Peary s’est adapté de plusieurs façons à son environnement arctique, notamment en ayant un corps compact pour conserver la chaleur, des sabots qui lui permettent de marcher et de creuser dans la neige accumulée par le vent, et un pelage qui lui assure une capacité de camouflage. Il s’est adapté à la croissance limitée des végétaux, à la saison de croissance très courte et aux longues périodes où la végétation sur pied est gelée et couverte de neige.

Le caribou de Peary est une espèce polygyne qui vit en petits groupes et maintient une vaste dispersion dans le paysage, même pendant la mise bas et la saison du rut. On estime qu’il vit environ 15 ans à l’état sauvage, et il a des indices vitaux grandement variables. Les biches donnent habituellement naissance à leur premier faon vers l’âge de trois ans; dans des conditions de grande disponibilité de nourriture, elles peuvent mettre bas chaque année, mais cette situation est rare. Les femelles doivent occasionnellement composer avec des années d’accès restreint à de la nourriture, ce qui fait en sorte qu’elles ne se reproduisent pas ou qu’elles sèvrent leurs faons prématurément. La période intergénérationnelle (âge moyen des parents de la cohorte de l’année en cours) ne peut pas être calculée avec précision, mais elle est estimée à neuf ans.

Taille et tendances des populations

Il est difficile d’évaluer les tendances des effectifs du caribou de Peary depuis que les premiers relevés ont été effectués dans les années 1960 en raison de la fréquence irrégulière des relevés (dans le temps et l’espace), ainsi que des changements apportés au plan et à la méthode de relevé. De 1961 à 2014, des organismes gouvernementaux ont effectué un total de 154 relevés aériens pour évaluer les effectifs du caribou de Peary dans l’ensemble de l’Arctique canadien. Il n’y a pas eu une seule année où toute l’aire de répartition a fait l’objet de relevés.

La population actuelle de caribous de Peary est évaluée à environ 13 200 individus matures. Au début des années 1960, lorsque le premier recensement de la population a été effectué, il y avait environ 50 000 caribous de Peary. En 1987, la population était d’environ 22 000 individus matures. Elle a atteint un creux en 1996, soit environ 5 400 individus, à la suite de mortalités massives liées à des épisodes de verglas qui ont particulièrement touché la sous-population de l’ouest des îles Reine-Élisabeth. Les chiffres ont augmenté depuis, mais la population ne s’est pas totalement rétablie. La sous-population Prince of Wales-Somerset-Boothia, qui composait presque la moitié de la population connue de caribous de Peary en 1987, a commencé à décliner dans les années 1980 pour des raisons qui demeurent incomprises. Bien que le dernier relevé ait été effectué en 2006, aucune donnée probante n’indique un rétablissement à ce jour. Les chiffres de Banks-Victoria augmentent depuis 10 ans, mais pas ceux de l’île Victoria. Les deux sous-populations du nord (est et ouest des îles Reine-Élisabeth) ont augmenté de manière générale depuis le milieu des années 1990, bien que les nifaons de référence ne soient pas bien connus. Le déclin global de la population de caribous de Peary sur 3 générations (27 ans) est évalué à 35 %, tandis que la tendance sur 2 générations est positive (environ 142 %).

Menaces et facteurs limitatifs

L’impact global des menaces calculé est très élevé-moyen pour le caribou de Peary. Cette vaste plage d’intensité de l’impact des menaces découle de l’effet combiné du nombre élevé de menaces, dont l’impact est principalement faible, et de l’incertitude considérable, de l’imprévisibilité ainsi que du chevauchement et de l’interaction potentiels de la plupart des menaces individuelles.

La menace ayant le plus grand impact sur le caribou de Peary découle des diverses répercussions des changements climatiques, notamment l’intensité et la fréquence accrues des phénomènes météorologiques violents, qui nuisent à l’accessibilité à de la nourriture, ainsi que la diminution de l’étendue et de l’épaisseur de la glace de mer, qui cause des changements dans les habitudes de migration et de déplacement. La mesure dans laquelle de tels effets négatifs pourraient être annulés par des augmentations de la productivité végétale est incertaine. Parmi les autres menaces connues, présumées ou prévues qui ont ou auraient des répercussions négatives sur le succès reproducteur ou la survie du caribou de Peary en raison du réchauffement climatique figurent les agents pathogènes (particulièrement ceux des genres Brucella et Erysipelothrix) et l’augmentation du trafic maritime. Les menaces directes ayant un plus faible impact englobent la chasse, la production d’énergie, l’exploitation minière, les intrusions humaines découlant d’activités de travail (non touristiques), les exercices militaires effectués toute l’année, l’augmentation du trafic de motoneiges, d’hélicoptères et d’avions, la compétition avec le bœuf musqué et la pollution atmosphérique.

Protection, statuts et classements

Dans le cadre de son évaluation la plus récente, soit en 2015, le COSEPAC a désigné le caribou de Peary « espèce menacée ». Le caribou de Peary figure actuellement à titre d’espèce en voie de disparition à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (2011), et il a été inscrit comme espèce menacée aux termes de la Loi sur les espèces en péril (TNO) en 2013. Le caribou de Peary est cogéré au Nunavut aux termes de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, et dans les Territoires du Nord-Ouest, aux termes de la Convention définitive des Inuvialuit. L’Accord et la Convention confèrent le pouvoir principal de gestion des espèces sauvages au Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut et au Conseil consultatif de gestion de la faune, respectivement.


8. Coccinelle à neuf points

Photo d’une coccinelle ȧ neuf points
Photo: © John Acorn
Nom scientifique
Coccinella novemnotata
Taxon
Arthropodes
Statut du COSEPAC
En voie de disparition
Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique, Alberta, Saskatchewan, Manitoba, Ontario, Québec

Justification de la désignation

Cette espèce a déjà été commune et largement répartie dans l’ensemble du sud du Canada, depuis l’île de Vancouver jusque dans le sud du Québec, en passant par les Prairies. Depuis, elle a connu un déclin considérable et est maintenant rarement observée. Malgré des efforts de recherche ciblés au cours de la dernière décennie, l’abondance de l’espèce a diminué relativement à d’autres espèces de coccinelle. Les causes précises du déclin sont inconnues. Les menaces possibles comprennent l’introduction de coccinelles non indigènes, lesquelles pourraient affecter cette espèce indigène par la compétition, la prédation intraguilde, ou l’introduction d’agents pathogènes. D’autres menaces possibles incluent la diminution de la qualité de l’habitat causée par les effets indirects de l’utilisation de pesticides/substances chimiques associés à l’agriculture pour lutter contre leurs espèces proies, l’expansion urbaine, ainsi que l’abandon des terres agricoles et la succession naturelle subséquente.

Description et importance de l’espèce sauvage

La coccinelle à neuf points (Coccinella novemnotata Herbst) est un petit coléoptère (4,7 à 7,0 mm) indigène en Amérique du Nord. Les adultes se reconnaissent facilement à leurs caractères morphologiques externes distinctifs : les élytres sont orange vif à rouges, avec une ligne foncée bordant la suture de chaque élytre. Les élytres sont généralement ornés de neuf points, mais la taille et le nombre de points peuvent varier. La tête et le pronotum sont noirs avec des marques blanches. Autrefois une des coccinelles les plus communes et les plus largement réparties en Amérique du Nord, cette espèce charismatique jouait un rôle important à titre d’agent de lutte biologique contre les pucerons et d’autres insectes nuisibles.

Répartition

La coccinelle à neuf points est une espèce largement répartie qui se rencontre dans la plupart des régions du sud du Canada bordant la frontière canado-américaine depuis l’île de Vancouver jusque dans le sud du Québec, et au nord, jusqu’à Quesnel en Colombie-Britannique, à Edmonton en Alberta, au lac Athabasca en Saskatchewan et à Roberval au Québec. Vers le sud, cette coccinelle est également présente dans la zone continentale des États-Unis presque jusqu’à la frontière mexicaine.

La carte de la répartition canadienne de la coccinelle à neuf points (Coccinella novemnotata), fondée sur des collections de musée et des relevés récents (1897 2014).
Carte montrant la répartition de la coccinelle à neuf points  (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la coccinelle à neuf points (Coccinella novemnotata) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition de la coccinelle à neuf points

Carte montrant la répartition de la coccinelle à neuf points (Coccinella novemnotata). L’espèce est présente dans presque tout le sud du Canada et dans la zone continentale des États-Unis jusqu’à la frontière mexicaine. La coccinelle à neuf points a été observée (mention non vérifiée) près du Grand lac des Esclaves dans les Territoires du Nord-Ouest. Cette espèce est peut-être présente dans le sud des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon, mais cette hypothèse n’était corroborée par aucune mention confirmée en date de 2016.

Habitat

La coccinelle à neuf points est une espèce généraliste en matière d’habitat qui consomme un large éventail de proies dans des habitats très divers. Elle fréquente les milieux agricoles, les jardins suburbains, les parcs, les forêts conifériennes, les forêts décidues, les prairies herbeuses, les prés, les zones riveraines et les aires naturelles isolées. Cette grande plasticité à l’égard de l’habitat témoigne de la capacité de l’espèce de s’adapter aux changements saisonniers de proies qui se produisent dans les différents types de végétation qu’elle fréquente.

Biologie

Le cycle vital de la coccinelle à neuf points comporte quatre grandes étapes : œuf, larve, nymphe et adulte. Cette espèce peut avoir deux générations par année. Les adultes de la génération printanière peuvent entrer en estivation pour échapper aux hautes températures estivales avant de redevenir actifs et de se reproduire au début de l’automne. Les adultes de la génération automnale se rassemblent pour hiberner et entrent en diapause et redeviennent actifs et se reproduisent lorsque les températures s’élèvent au début du printemps. Au Canada, la coccinelle à neuf points occupe une large niche écologique dans divers types d’habitats exposés à des régimes de température différents. On sait peu de choses sur sa capacité de dispersion en milieu naturel. En général, les coccinelles sont des insectes très mobiles qui se montrent peu fidèles à leur lieu de naissance et sont enclins à se disperser sur des distances allant de faibles à grandes. L’action conjuguée de la densité des proies et de diverses variables environnementales telles que la température, la vitesse du vent et les précipitations joue un rôle déterminant dans la dispersion de l’espèce. Cette espèce n’est pas migratrice. Elle est prédatrice tant au stade larvaire qu’à l’âge adulte et se nourrit principalement de pucerons. Elle est elle-même la proie de coccinelles introduites et d’autres invertébrés ainsi que de vertébrés et sert d’hôte à diverses espèces de parasitoïdes et de pathogènes.

Taille et tendances des populations

La vaste aire de répartition historique de la coccinelle à neuf points contraste vivement avec l’aire de répartition actuelle. Avant 1975, cette espèce était très largement répartie et une des espèces de coccinelles les plus fréquemment récoltées en Amérique du Nord. Depuis, cette espèce a subi un déclin et est rarement capturée en dépit des recherches ciblées dont elle est l’objet. L’abondance relative de la coccinelle à neuf points a continué de décliner au cours de la dernière décennie en comparaison de celle d’autres espèces de coccinelles.

Menaces et facteurs limitatifs

Les causes précises du déclin de la coccinelle à neuf points sont inconnues. Les menaces potentielles pesant sur l’espèce comprennent les interactions négatives avec des espèces non indigènes récemment établies, telles la coccinelle à sept points et la coccinelle asiatique, résultant de la compétition, de la prédation intraguilde et des effets indirects de l’introduction de pathogènes. Les effets directs et indirects des pesticides et des autres produits chimiques utilisés en agriculture pour lutter contre les pucerons, principales proies de l’espèce, ainsi que la perte d’habitat occasionnée par l’expansion urbaine, l’abandon des terres agricoles et d’autres perturbations humaines sont également considérés comme des menaces potentielles.

Protection, statuts et classements

Au Canada, aucune loi ne confère une protection à la coccinelle à neuf points et à sa résidence ou à son habitat. À l’échelle mondiale, NatureServe lui a attribué la cote de conservation G2 (en péril). Au Canada, aucune cote infranationale (provinces ou territoires) ne lui a été attribuée, mais au Québec, elle compte parmi les espèces susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables.


9. Couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest

Photo d’une couleuvre agile ȧ ventre jaune de l’Ouest
Photo: © Karl W. Larsen
Nom scientifique
Coluber constrictor mormon
Taxon
Reptiles
Statut du COSEPAC
Menacée
Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation

La répartition canadienne de cette couleuvre est confinée aux vallées arides du centre-sud de la Colombie-Britannique, un secteur comportant une exploitation agricole intensive, ainsi qu’une population humaine et une industrie touristique en expansion. Même si on en sait relativement peu sur cette couleuvre difficile à trouver, elle fait probablement face à des menaces semblables à celles pesant sur d’autres gros serpents avec lesquels elle partage son habitat (crotale de l’Ouest, couleuvre à nez mince du Grand Bassin). Le comportement migratoire de ces serpents entre les tanières d’hivernage sur les pentes des vallées et les habitats d’alimentation dans les basses terres, ainsi que le nombre de routes et le débit de circulation en croissance, rendent les populations particulièrement vulnérables à la mortalité attribuable à la circulation routière ainsi qu’à la perte et à la fragmentation de l’habitat. Les caractéristiques du cycle vital, telles que la petite taille des pontes et la reproduction peu fréquente des femelles, augmentent la vulnérabilité des populations aux perturbations, à la persécution et aux changements de l’utilisation des terres.

Description et importance de l’espèce sauvage

Le complexe d’espèces de couleuvres agiles (Coluber constrictor) a une vaste aire de répartition en Amérique du Nord, et trois sous-espèces se trouvent au Canada : la couleuvre agile à ventre jaune de l’Est (Coluber constrictor flaviventris), la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest (C. c. mormon) et la couleuvre agile bleue (C. c. foxii; celle-ci fait l’objet d’un rapport de situation distinct). Les couleuvres agiles sont des serpents longs et minces qui possèdent une queue en forme de fouet. Les couleuvres agiles à ventre jaune de l’Est et de l’Ouest sont de couleur vert olive à gris-bleu; leur coloration ventrale varie de crème à jaune vif, d’où le nom « couleuvre agile à ventre jaune ». Les juvéniles ont des taches dorsales foncées en forme de selle qui deviennent moins visibles à mesure que l’individu atteint la maturité. Leur corps lisse aide à les rendre très rapides, tandis que leur coloration offre un excellent camouflage. Au Canada, les couleuvres agiles se trouvent à l’extrémité nord de leur aire de répartition mondiale, où elles ont une valeur de conservation élevée puisque de telles populations possèdent souvent des adaptations écologiques uniques. Les couleuvres agiles ne sont pas venimeuses et sont inoffensives pour l’humain. Se nourrissant principalement de rongeurs et d’insectes, elles sont bénéfiques pour les processus écologiques locaux.

Répartition

Les couleuvres agiles ont une vaste aire de répartition en Amérique du Nord, mais les couleuvres agiles à ventre jaune de l’Est et de l’Ouest possèdent des aires de répartition plus restreintes. Au Canada, l’aire de répartition de la sous-espèce de l’Est s’étend dans trois vallées fluviales distinctes du sud de la Saskatchewan et une vallée fluviale du sud-est de l’Alberta. L’aire de répartition canadienne de la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest est restreinte aux régions intérieures arides du centre-sud de la Colombie-Britannique, où la sous-espèce se trouve dans cinq vallées fluviales distinctes.

Répartition canadienne de la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest (Coluber constrictor mormon). On montre les zones générales (ombragées) où la sous espèce se trouve en Colombie Britannique.
Carte montrant la répartition canadienne de la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre agile à ventre jaune de l'Est (Coluber constrictor flaviventris) et la couleuvre agile à ventre jaune de l'Ouest (Coluber constrictor mormon) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition canadienne de la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest

Carte montrant la répartition canadienne de la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest (Coluber constrictor mormon). Au Canada, la répartition de la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest est restreinte aux vallées arides du centre-sud intérieur de la Colombie-Britannique. L’aire de répartition inclut les bassins versants du fleuve Columbia Sud, de la rivière Granby, de la rivière Kettle, de l’Okanagan/de la Similkameen et de la Thompson/du Fraser.

Habitat

Au Canada, les couleuvres agiles hibernent dans des tanières collectives aménagées dans la roche. La couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest peut également utiliser des terriers de rongeurs ou d’autres refuges, et hiberne seule, comme on l’a montré pour la couleuvre à nez mince du Grand Bassin (espèce sympatrique). Les tanières aménagées dans la roche sont souvent situées sur des pentes abruptes orientées vers le sud de vallées fluviales, et les sites convenables semblent être limités dans le paysage. Pendant la saison active, les couleuvres agiles quittent les tanières et se déplacent dans des aires d’alimentation, dans les prairies des terres basses adjacentes. Tandis que la couleuvre agile à ventre jaune de l’Est occupe des prairies mixtes, la sous-espèce de l’Ouest fréquente principalement un habitat à pin ponderosa et à graminées cespiteuses. Les deux sous-espèces s’alimentent dans des zones riveraines et dans le fond des vallées.

Biologie

Dans les zones plus au sud de leur aire de répartition aux États-Unis, les femelles atteignent la maturité à 2 à 4 ans et produisent une couvée par an; toutefois, selon leur forme physique, elles peuvent se reproduire seulement aux deux ans. Peu de données sont disponibles sur l’âge à la maturité et le taux de survie des couleuvres agiles au Canada. La durée d’une génération serait de 7 ou 8 ans. Les couleuvres agiles s’accouplent après leur émergence des tanières hivernales, au printemps. Les femelles pondent de 3 à 12 œufs, qui éclosent après environ 2 mois (généralement en août ou en septembre); les nouveau-nés se déplacent alors vers une tanière pour hiberner. Les individus sont souvent très fidèles à un hibernacle spécifique. Les couleuvres agiles à ventre jaune de l’Est et de l’Ouest juvéniles s’alimentent principalement d’insectes, dont des grillons et des sauterelles. Les adultes se nourrissent également de proies de plus grande taille, comme des petits mammifères, des reptiles, des oiseaux et des amphibiens.

Taille et tendances des populations

Les couleuvres agiles se camouflent bien en plus d’être rapides et méfiantes; il est donc difficile d’estimer adéquatement la taille des populations, ou même d’établir leur présence/absence. D’après des recherches récentes en Saskatchewan et en Alberta, la couleuvre agile à ventre jaune de l’Est n’est pas courante dans les Prairies canadiennes, et la fragmentation de l’habitat peut avoir des effets négatifs sur la dynamique de la population. La taille de la population canadienne est probablement de moins de 10 000 adultes, répartis dans 4 importantes vallées des Prairies. Au cours des dix dernières années, la population a décliné à cause d’un affaissement de terrain dans le parc national du Canada des Prairies, qui a tué ou fait fuir les serpents de la plus grosse tanière connue de cette sous-espèce au pays.

En Colombie-Britannique, la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest est également peu courante, et la population a vraisemblablement diminué par rapport aux niveaux historiques à cause de la perte d’habitat liée à l’expansion des zones urbaines et agricoles. Il y a possiblement cinq sous-populations dans des vallées fluviales importantes des régions intérieures arides de la province. Les menaces continues attribuables à la mortalité routière ainsi qu’à la perte, à la détérioration et à la fragmentation de l’habitat laissent croire que la population est en déclin.

Menaces et facteurs limitatifs

Les couleuvres agiles à ventre jaune de l’Est et de l’Ouest sont vulnérables à la perte et à la fragmentation de l’habitat. Ces serpents sont très fidèles à des hibernacles spécifiques, aux sites de ponte et aux aires d’alimentation estivales, et ne semblent pas tolérer les perturbations importantes de ces milieux. Les couleuvres agiles sont limitées par la disponibilité des tanières convenables, et ne semblent pas se déplacer ailleurs si leur tanière est détruite. De grandes distances ou des obstacles dans l’habitat isolent les petites sous-populations, diminuant davantage la probabilité des individus de se disperser entre les sites. Les deux sous-espèces sont régulièrement tuées sur les routes, mais la menace de la mortalité routière varie grandement dans l’aire de répartition et est beaucoup plus grande pour la sous-espèce de l’Ouest. D’après le calculateur des menaces du COSEPAC, l’impact global des menaces est élevé pour la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest et moyen pour la sous-espèce de l’Est.

Protection, statuts et classements

Le COSEPAC a désigné la couleuvre agile à ventre jaune de l’Est menacée, et la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest, préoccupante en 2004. Les deux sous-espèces sont inscrites à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril. À l’échelle provinciale, la Wildlife Act de la Saskatchewan et la Wildlife Act de la Colombie-Britannique interdisent du tuer ou de posséder des couleuvres agiles sans autorisation, mais l’espèce n’a pas de protection juridique en Alberta. NatureServe considère que les deux sous-espèces sont « non en péril » (G5T5) à l’échelle mondiale, « vulnérables » (N3) au Canada et « vulnérables » (S3) à l’échelle provinciale, sauf en Alberta, où les couleuvres agiles ne peuvent être classées (SU) à cause d’un manque d’information. La situation générale du C. constrictor (les sous-espèces ne sont pas classées séparément) est considérée comme « sensible » (cote 3) au Canada, « sensible » en Colombie-Britannique et « en péril » (cote 1) en Saskatchewan. L’UICN considère le C. constrictor comme une espèce peu préoccupante.


10. Couleuvre d'eau du lac Érié

Photo d’une couleuvre d’eau du lac Érié
Photo: © Gary Allen
Nom scientifique
Nerodia sipedon insularum
Taxon
Reptiles
Statut du COSEPAC
Préoccupante
Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation

La répartition canadienne de cette population unique de couleuvre d’eau se limite à quatre petites îles dans le lac Érié. Aux États-Unis, les sous-populations se sont rétablies en raison d’une augmentation de la quantité de poissons proies, résultant de l’introduction du gobie à taches noires. Il n’est pas certain qu’un rétablissement semblable se soit produit chez les sous-populations canadiennes. Il existe des préoccupations à savoir que la plus grande sous-population sur l’île Pelée continue d’être menacée par la mortalité attribuable à la circulation routière, le développement riverain et la persécution par les humains.

Description et importance de l’espèce sauvage

La couleuvre d’eau du lac Érié (Nerodia sipedon insularum) est l’une des deux sous-espèces de la couleuvre d’eau (Nerodia sipedon, famille des Colubridés) que l’on trouve au Canada. Sa coloration varie d’un gris uniforme (tirant souvent sur le verdâtre ou brunâtre terne) dépourvu de tout motif à un agencement régulier de taches dorsales et latérales foncées. Les écailles ventrales, généralement blanches ou blanc jaunâtre, présentent souvent des mouchetures foncées. Son corps est trapu et couvert d’écailles carénées, tandis que sa grosse tête est couverte de larges écailles lisses. Des études à long terme sur la couleuvre d’eau du lac Érié ont servi de modèles pour comprendre des processus évolutionnaires comme les échanges génétiques entre populations et la sélection, en plus de mettre en évidence un rare exemple d’une espèce qui tire profit de l’introduction d’une espèce envahissante.

Répartition

La couleuvre d’eau du lac Érié a l’une des plus petites aires de répartition des serpents de l’Amérique du Nord. Au Canada, elle n’est présente que sur quatre îles du bassin ouest du lac Érié (îles Pelée, Middle, East Sister et Hen). Aux États-Unis, on la trouve en Ohio, sur un petit segment du rivage de la terre ferme et 11 îles à l’extrémité ouest du lac Érié.

Répartition de la couleuvre d’eau du lac Érié (Nerodia sipedon insularum) dans la région des îles de l’ouest du lac Érié (Canada et États Unis) et son aire de répartition mondiale (encadré).
Carte montrant la répartition de la couleuvre d’eau du lac Érié (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre d’eau du lac Érié (Nerodia sipedon insularum) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition de la couleuvre d’eau du lac Érié

Carte montrant la répartition de la couleuvre d’eau du lac Érié (Nerodia sipedon insularum) dans la région des îles de l’ouest du lac Érié (Canada et États-Unis); l’aire de répartition mondiale est illustrée dans la carte de l’encadré. L’aire de répartition de l’espèce s’étend sur les îles Pelée, Middle et East Sister. L’espèce a été observée sur l’île Hen en 1990, mais on ignore si elle y est encore présente.

Habitat

Durant la saison active, la couleuvre d’eau du lac Érié fréquente des rivages rocheux ou sableux, de même que des corniches de calcaire ou de dolomite fissurées abritant plus ou moins de végétation. Elle utilise aussi des talus de pierres naturels ou artificiels. Elle se nourrit dans l’eau, mais s’éloigne alors rarement à plus de 200 m du rivage. On la rencontre par ailleurs rarement à plus de 100 m à l’intérieur des terres durant la saison active, et elle passe alors la plupart de son temps à moins de 13 m du bord de l’eau. La distance qu’elle parcourt dans les terres en saison active dépend de la disponibilité d’abris et peut-être de congénères durant la saison d’accouplement. Les sites d’hibernation se trouvent plus loin à l’intérieur des terres et consistent habituellement en des cavités ou crevasses dans le sol ou le roc.

Biologie

La couleuvre d’eau du lac Érié peut vivre jusqu’à 12 ans à l’état sauvage. Elle atteint la maturité sexuelle à l’âge de 3 ou 4 ans. La parade nuptiale comporte une compétition « en mêlée » au cours de laquelle plusieurs mâles courtisent une même femelle. Les femelles se reproduisent souvent chaque année. La femelle donne naissance à des petits vivants. La taille de la portée atteint en moyenne 23 couleuvreaux et est positivement corrélée à la taille de la mère. Les proies dont se nourrissait la couleuvre d’eau du lac Érié par le passé ont aujourd’hui largement été remplacées par le gobie arrondi (Neogobius melanostomus), qui a envahi le lac Érié au début des années 1990.

Taille et tendances des populations

Entre le début du XIXe siècle et le début des années 1960, la couleuvre d’eau du lac Érié était très abondante sur plusieurs îles de l’ouest du lac Érié. Ses populations ont diminué dans la dernière moitié du XXe siècle, mais elles augmentent maintenant sur les îles américaines du lac, apparemment en raison de l’apport accru de proies dû à l’introduction du gobie arrondi, une espèce envahissante. Il n’existe pas de données sur les tendances des populations sur les îles canadiennes, mais la persistance de plusieurs menaces laisse croire que ces populations sont encore en déclin.

Menaces et facteurs limitatifs

La mortalité anthropique intentionnelle ou accidentelle, particulièrement la mortalité routière, constitue dans doute la plus grave menace pesant sur l’espèce. La réduction de la quantité et de la qualité de l’habitat est une autre menace importante. L’espèce est également menacée par la contamination de l’environnement et une forte prédation. La petite aire de répartition et la faible population sont des facteurs limitatifs qui rendent la couleuvre d’eau du lac Érié plus vulnérable aux perturbations.

Protection, statuts et classements

NatureServe cote le taxon couleuvre d’eau du lac Érié comme en péril à l’échelle mondiale (cote G5T2) ainsi qu’en Ontario (cote S2). Au Canada, le COSEPAC a évalué la couleuvre d’eau du lac Érié et l’a désignée espèce en voie de disparition en 1991 et en 2006. Elle a été inscrite en 2009 à la liste des espèces en voie de disparition de l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral. Entrée en vigueur en 2008, la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario protège la couleuvre d’eau du lac Érié (inscrite comme espèce en voie de disparition à la Liste des espèces en péril en Ontario). Le taxon est désigné « reptile spécialement protégé » en vertu de la Loi sur la protection du poisson et de la faune de l’Ontario. Sur l’île Middle, le taxon est protégé par la Loi sur les parcs nationaux du Canada. La couleuvre d’eau du lac Érié a été retirée de la liste fédérale des espèces menacées et en voie de disparition aux États-Unis le 16 août 2011. L’État de l’Ohio la désigne espèce en voie de disparition (endangered).


11. Criquet du lac Huron

Photo d’un criquet femelle du lac Huron
Photo: © Allan Harris
Nom scientifique
Trimerotropis huroniana
Taxon
Arthropodes
Statut du COSEPAC
Menacée
Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation

Ce criquet rare à l’échelle mondiale est endémique à la région des Grands Lacs de l’Ontario, du Michigan et du Wisconsin où il se limite aux dunes le long des rives des lacs Huron, Michigan et Supérieur. Au Canada, sa présence est connue dans 11 sites de dunes : une localité sur la rive est du lac Supérieur, et sept au lac Huron sur la rive sud de l’île Manitoulin et de l’île Great Duck. Anciennement, l’espèce se retrouvait dans trois sites additionnels au lac Huron, mais ces sous-populations semblent être disparues de ces sites dans les années 1990, probablement à la suite du développement résidentiel et commercial ainsi que de l’utilisation récréative intensive qui a endommagé la majeure partie de l’habitat de dunes. Alors que l’utilisation récréative par les randonneurs et les véhicules hors route continuent de menacer certaines dunes, d’autres sites ont fait l’objet d’améliorations récentes dans le cadre de programmes d’intendance des dunes. Les menaces additionnelles pesant sur les milieux dunaires comprennent les plantes envahissantes et les variations du niveau des lacs liées au changement climatique, aux cycles naturels ou à la gestion des niveaux d’eau des lacs.

Description et importance de l’espèce sauvage

Le criquet du lac Huron est gris argenté à brunâtre et orné de mouchetures de couleur variable lui permet de se confondre avec son habitat sableux. Les ailes postérieures, claires ou jaune pâle dans leur portion basale, ornées d’une bande transversale noire au milieu et claires ou enfumées à l’extrémité, sont exposées lorsque l’insecte prend son envol. Les femelles (29 à 40 mm) sont plus grandes que les mâles (24 à 30 mm). Le criquet du lac Huron est une des rares espèces endémiques à la région des Grands Lacs laurentiens.

Répartition

Le criquet du lac Huron est endémique à la région des Grands Lacs de l’Ontario, du Wisconsin et du Michigan. Il se rencontre uniquement parmi les dunes le long des rives des lacs Huron, Michigan et Supérieur. Au Canada, il est présent dans 11 sites dunaires, soit une localité sur la rive est du lac Supérieur et 7 localités réparties le long de la rive sud de l’île Manitoulin et sur l’île Great Duck, au lac Huron. Historiquement, il a également été observé sur l’île Giant’s Tomb et à la plage Wasaga, dans la baie Georgienne, et à la plage Sauble (Southampton), sur la rive est du lac Huron. L’espèce est aujourd’hui tenue pour disparue à ces sites.

Carte de la répartition canadienne du criquet du lac Huron (Trimerotropis huroniana), montrant l’emplacement des recherches effectuées en 2014. Les occurrences existantes et historiques ainsi que les sites où la présence de l’espèce n’a pas été décelée et les dunes non fouillées y sont indiqués.

Carte montrant la répartition canadienne du criquet du lac Huron (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le criquet du lac Huron (Trimerotropis huroniana) au Canada.

Description longue pour la Carte montrant la répartition canadienne du criquet du lac Huron

Carte montrant la répartition canadienne du criquet du lac Huron (Trimerotropis huroniana), qui comprend la baie Pancake dans le sud du lac Supérieur et les complexes dunaires sur la rive sud de l’île Manitoulin ainsi que l’île Great Duck dans le lac Huron. Historiquement, l’aire de répartition de cette espèce s’étendait plus loin vers le sud, tant en Ontario qu’au Michigan. Les sous-populations de l’île Giant’s Tomb, de la plage Wasaga et de la plage Sauble (Southampton), en Ontario, ainsi que celle de la baie Saginaw, au Michigan, sont apparemment disparues. Les relevés effectués à ces sites historiques depuis les années 1990 dans l’espoir d’y confirmer la présence de l’espèce se sont tous révélés infructueux.

Habitat

Les dunes des Grands Lacs couvrent une superficie totale de moins de 1 800 ha au Canada, dont 492 ha et 100 ha le long des rives du lac Huron et du lac Supérieur, respectivement. Les dunes sont présentes le long du littoral, d’importantes quantités de sable s’y étant accumulées sous forme de dépôts glaciaires et à l’embouchure des rivières. L’exposition aux vents et à l’action des vagues est essentielle pour maintenir l’érosion et le dépôt du sable et prévenir la succession forestière. L’habitat de prédilection du criquet du lac Huron est l’avant-dune, faible crête la plus rapprochée du lac comportant des zones sableuses dénudées piquées de graminées éparses.

Biologie

À la fin de l’été, les mâles attirent les femelles en stridulant (c.-à-d. en produisant des trilles en frottant leurs pattes postérieures contre leurs ailes antérieures) et en effectuant des vols de parade durant lesquels ils exposent leurs ailes postérieures et produisent un crépitement. Après l’accouplement, les femelles déposent des grappes d’œufs dans le sable. Les œufs éclosent au printemps suivant. Les larves passent par cinq stades avant d’atteindre le stade adulte, à la fin de juillet ou en août. L’ammophile à ligule courte, l’armoise des champs et le calamovilfa à feuilles longues sont les plantes nourricières préférées des larves et des adultes.

Photo d’un criquet femelle du lac Huron et de deux mâles.
Photo: © Allan Harris

Taille et tendances des populations

La taille et les tendances de la population sont inconnues. Toutes les sous-populations canadiennes existantes connues ont été découvertes depuis 2002, et l’on ne dispose d’aucune estimation de leur taille ou donnée de surveillance. Le criquet du lac Huron semble avoir disparu à trois sites historiques au Canada (île Giant’s Tomb, plage Wasaga et plage Sauble) entre le début et le milieu des années 1990.

Menaces et facteurs limitatifs

Le développement résidentiel et commercial et l’utilisation intensive des dunes à des fins récréatives ont entraîné la destruction ou l’altération d’une grande partie de l’habitat dunaire et sont probablement à l’origine de la disparition du criquet du lac Huron aux sites historiques. L’utilisation des dunes à des fins récréatives par les amateurs de randonnée pédestre et les véhicules hors route ont réduit considérablement les sous-populations et continuent de menacer certaines dunes en endommageant la végétation et en causant la formation de creux de déflation (dépressions formées par l’érosion du sable par le vent). Certaines plantes envahissantes, en particulier le roseau commun et la centaurée maculée, peuvent remplacer les plantes nourricières préférées et altérer les processus dunaires. Les fluctuations des niveaux d’eau liées aux changements climatiques, aux cycles naturels ou à la gestion des niveaux d’eau peuvent réduire la quantité d’habitat dunaire disponible. Récemment, la mise en place de programmes d’intendance des dunes a permis d’améliorer la qualité de l’habitat à certains sites.

Protection, statuts et classements

Le criquet du lac Huron ne bénéficie d’aucune protection juridique (lois ou règlements) au Canada. Il est désigné menacé au Michigan et en voie de disparition au Wisconsin, mais il ne figure pas parmi les espèces protégées en vertu de l’Endangered Species Act des États-Unis et de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). La baie Pancake, au lac Supérieur, est un parc provincial, mais ailleurs, l’habitat se trouve sur des terres municipales ou privées. Le criquet du lac Huron se rencontre en compagnie du chardon de Pitcher (espèce désignée menacée en Ontario et préoccupante à l’échelle nationale) à 10 sites où les dunes bénéficient d’une certaine protection en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario.

À l’échelle mondiale, le criquet du lac Huron est coté G2G3 (en péril à vulnérable). À l’échelle infranationale, en Ontario, sa cote a été abaissée de S1 (gravement en péril) à S2 (en péril) par suite de la découverte de nouvelles sous-populations en 2014. Aux États-Unis, il est classé S1 (gravement en péril) au Wisconsin et S2S3 (vulnérable) au Michigan.


12. Fissident pygmée

Photo d’un fissident pygmée
Photo: © Stéphane Leclerc
Nom scientifique
Fissidens exilis
Taxon
Mousses
Statut du COSEPAC
Non en péril
Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique, Ontario, Québec, Nouvelle-Écosse

Justification de la désignation

Cette espèce a une zone d’occurrence canadienne très grande, présente sur les côtes du Pacifique et de l’Atlantique ainsi que dans le centre du Canada. Malgré une faible détectabilité qui complique les tentatives de quantifier la taille et les tendances de la population, le nombre d’occurrences connues a augmenté de 7 à 21 depuis 2005, et il est attendu que davantage d’occurrences seront documentées grâce aux efforts de recherche qui se poursuivent. Bien que l’espèce soit présente dans certaines régions densément peuplées du Canada, incluant le sud de l’Ontario, aucun déclin ou menaces imminentes directes ne sont connus pour cette espèce. Une perturbation localisée du sol est requise pour un habitat convenable, de sorte que certaines perturbations humaines pourraient en fait profiter à l’espèce. Bien que les données soient insuffisantes dans de multiples aspects de sa biologie, de son écologie, de sa répartition et de son abondance, rien n’indique que cette espèce est en péril au Canada.

Description et importance de l’espèce sauvage

Le fissident pygmée (Fissidens exilis) est une mousse éphémère qui produit périodiquement des plantes minuscules (jusqu’à 2 mm de hauteur) portant 4 à 8 feuilles. Les plantes prennent naissance sur un tapis constitué de filaments verts indifférenciés, ou « protonéma », qui persiste à la surface et dans la couche superficielle du sol entre les périodes d’activité reproductrice. L’espèce peut être identifiée par l’examen de certaines caractéristiques microscopiques de ses individus feuillés (gamétophores), mais il est impossible d’identifier visuellement le protonéma. Des capsules remplies de spores, portées sur des soies mesurant 2 à 9 mm, sont fixées au sommet de chaque plante mature fécondée. La probabilité de détection du fissident pygmée est plus élevée lorsque des capsules sont présentes, surtout dans les grandes colonies de l’espèce.

Répartition

Le fissident pygmée est présent en Europe, en Asie, en Afrique, dans les Antilles, en Nouvelle-Zélande et en Amérique du Nord. Certains auteurs avancent que l’espèce pourrait avoir été introduite dans les trois dernières régions, mais aucune donnée concluante ne le prouve. En Amérique du Nord, le fissident pygmée a été découvert en 1947, à Cleveland, en Ohio, et l’espèce a été signalée dans au moins quinze États de l’est des États-Unis ainsi que dans les provinces canadiennes suivantes : Nouvelle-Écosse, Québec, Ontario et Colombie-Britannique. Certains experts croient que l’espèce pourrait avoir été introduite en Colombie-Britannique.

Les activités de recherche ciblant le fissident pygmée exigent l’application de méthodes exhaustives particulières tenant compte des difficultés propres à la détection des mousses éphémères, dont l’identification visuelle est possible uniquement dans certaines conditions sporadiques. De telles méthodes n’ont pas été appliquées, et la plupart des sous-populations connues de l’espèce ont été découvertes de manière opportuniste.

Répartition canadienne du fissident pygmée (Fissidens exilis) a) dans l’est du Canada et b) dans l’ouest duCanada. Les cartes sont fondées sur 20 spécimens canadiens connus et/ou mentions publiées.
Carte montrant la répartition dans l’est du Canada du fissident pygmée (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le fissident pygmée (Fissidens exilis) au Canada.
Description longue pour la figure 1

Carte montrant la répartition canadienne du fissident pygmée (Fissidens exilis). Des spécimens canadiens de fissident pygmée ont été récoltés en Nouvelle-Écosse, au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique. L’espèce a été trouvée dans les écozones suivantes : Plaines à forêts mixtes, partie sud du Bouclier boréal, Maritime de l’Atlantique et Maritime du Pacifique. La Colombie-Britannique est la seule province où aucune population de l’espèce n’a encore été signalée en milieu naturel. Les deux sites connus se trouvent dans la région de Vancouver.

Répartition canadienne du fissident pygmée (Fissidens exilis) a) dans l’est du Canada et b) dans l’ouest duCanada. Les cartes sont fondées sur 20 spécimens canadiens connus et/ou mentions publiées.
Carte montrant la répartition dans l’ouest du Canada du fissident pygmée (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le fissident pygmée (Fissidens exilis) au Canada.
Description longue pour la figure 2

Carte montrant la répartition canadienne du fissident pygmée (Fissidens exilis). Des spécimens canadiens de fissident pygmée ont été récoltés en Nouvelle-Écosse, au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique. L’espèce a été trouvée dans les écozones suivantes : Plaines à forêts mixtes, partie sud du Bouclier boréal, Maritime de l’Atlantique et Maritime du Pacifique. La Colombie-Britannique est la seule province où aucune population de l’espèce n’a encore été signalée en milieu naturel. Les deux sites connus se trouvent dans la région de Vancouver.

Habitat

En Amérique du Nord, la plupart des individus de l’espèce ont été trouvés principalement sur des sols ou des loams de type argileux dénudés, humides et au moins partiellement ombragés. L’espèce a été récoltée dans des zones boisées en bordure de cours d’eau et de ravins, dans des plaines inondables, sur des falaises, des plages, en bordure de routes, sur des sentiers et dans d’autres milieux où du sol dénudé est exposé. L’emplacement des parcelles d’habitat est transitoire et peut être imprévisible, en raison de divers phénomènes naturels ou liés aux activités humaines. Aucune tendance générale ne se dégage en ce qui concerne l’habitat de prédilection du fissident pygmée.

Biologie

Le fissident pygmée est une espèce éphémère dont la stratégie de survie est « fugitive » : le cycle vital et le cycle de reproduction des plantes feuillées de l’espèce sont courts (moins de un an), ne sont pas liés aux saisons et sont largement tributaires de facteurs abiotiques. La petite taille du fissident pygmée lui permet de parvenir à maturité plus rapidement que les grandes mousses, dont les processus de développement prennent plus de temps. L’effort de reproduction est relativement élevé chez le fissident pygmée, puisque chaque plante minuscule ou presque produit une capsule remplie de spores. Ces petites spores (mesurant moins de 20 μm) sont caractéristiques des espèces dont les spores persistent longtemps dans le réservoir de spores. Ces caractéristiques permettent aux individus feuillés du fissident pygmée d’accomplir leur cycle vital dans les milieux transitoires de début de succession et d’éviter les facteurs de stress durant les périodes où l’habitat n’est pas propice en persistant sous des formes (spores et filaments souterrains) qui sont moins vulnérables aux conditions défavorables.

Les spores sont dispersées d’une hauteur de moins de 1 cm au-dessus du substrat, et la plupart des individus de l’espèce ont été trouvés dans des milieux au moins partiellement abrités. La dispersion des spores sur de grandes distances pourrait donc être très peu fréquente. La dispersion de sol comportant des spores ou des individus de l’espèce par l’intermédiaire de divers vecteurs biotiques et abiotiques pourrait être importante.

Taille et tendances des populations

On ignore la taille et les tendances des populations de fissident pygmée; les efforts déployés pour établir ces données devront tenir compte des difficultés liées à la nature éphémère et à la taille minuscule de l’espèce.

Menaces et facteurs limitatifs

Il est possible d’inférer certaines menaces en se fondant sur la biologie générale des mousses et sur les différents milieux où le fissident pygmée a été trouvé, mais aucune recherche n’a permis de déterminer les menaces particulières pesant sur cette espèce. Certaines activités humaines qui menacent habituellement d’autres espèces végétales pourraient avoir un effet neutre ou bénéfique sur le fissident pygmée, qui dépend de perturbations localisées du sol.

Protection, statuts et classements

Le fissident pygmée figure actuellement sur la liste des espèces préoccupantes de la Loi sur les espèces en péril du Canada. L’espèce est également protégée aux termes de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario, et au moins la moitié des sites où elle a été trouvée sont gérés par le gouvernement fédéral ou par le gouvernement de l’Ontario, ou encore par des organismes de conservation. Certaines instances en Amérique du Nord, y compris la Colombie-Britannique, ont attribué la cote SE (exotique) au fissident pygmée.

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Partie 2 - Hémileucin de Nuttall à Tortue molle à épines

13. Hémileucin de Nuttall

Photo d’un hémileucin de Nuttall au stade adulte
Photo : © Merrill A. Peterson
Nom scientifique
Hemileuca nuttalli
Taxon
Arthropodes
Statut du COSEPAC
En voie de disparition
Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation

Ce grand papillon nocturne, voyant et remarquable est restreint à l’habitat de la purshie tridentée dans la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique. Ce type d’habitat a connu un déclin considérable en qualité et en étendue au cours du dernier siècle et demeure menacé par la conversion continue en viticulture, le développement résidentiel et commercial ainsi que par l’impact des incendies. Ce papillon nocturne est rare au Canada, peu d’individus ont été observés depuis la première mention en 1920. Des fluctuations potentiellement importantes dans la taille de la population pourraient affecter sa viabilité à long terme.

Description et importance de l’espèce sauvage

L’hémileucin de Nuttall (Hemileuca nuttalli) est une grande espèce de papillon nocturne qui appartient à la famille des Saturniidés. Chez les adultes des deux sexes, les ailes antérieures mesurent 32 à 39 mm de longueur et sont blanches à jaune pâle, tandis que les ailes postérieures sont jaune vif; les deux paires d’ailes sont ornées d’un motif d’épaisses marques noires. Les chenilles sont noires et hérissées d’épines et atteignent une longueur d’environ 50 mm au dernier stade.

Répartition

L’aire de répartition mondiale de l’hémileucin de Nuttall s’étend du nord au sud depuis l’extrême sud de la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, jusqu’au nord de l’Arizona et au Nouveau-Mexique. Au Canada, l’espèce a été observée dans trois régions du sud de la vallée de l’Okanagan : 1) Osoyoos; 2) Oliver (emplacement précis du site inconnu); 3) lac Vaseux. Les mentions les plus récentes de l’espèce ont été enregistrées en 2002, près du lac Vaseux, et en 1986, dans la réserve écologique Hayne’s Lease (à environ 8 km au nord d’Osoyoos). On ignore si l’occurrence de la réserve écologique de Hayne’s Lease correspond exactement au site où ont été enregistrées les mentions historiques étiquetées « Osoyoos », et l’emplacement exact de l’observation d’Oliver est inconnu. Les recherches ciblées effectuées à six sites en 2009 (adultes) et à 16 sites en 2014 (chenilles) se sont révélées infructueuses. Le site où l’espèce avait été observée en 2002 a été revisité lors des recherches ciblées effectuées en 2014.

Répartition de l’hémileucin de Nuttall (Hemileuca nuttalli) au Canada et de l’habitat à purshie tridentée (Purshia tridentata) dans la vallée de l’Okanagan, en Colombie Britannique.
Map showing the distribution of Nine-spotted Lady Beetle (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’hémileucin de Nuttall (Hemileuca nuttalli) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition de l’hémileucin de Nuttall

Carte montrant la répartition de l’hémileucin de Nuttall (Hemileuca nuttalli). La portion intérieure sèche du Grand Bassin et du bassin du Columbia, depuis les monts Cascade et la Sierra Nevada jusqu’au début des Rocheuses dans l’ouest du Montana, du Wyoming et du Colorado, forment le cœur de l’aire de répartition de l’espèce. Au Canada, l’hémileucin de Nuttall a été observé dans seulement trois régions comprises dans la vallée de l’Okanagan, à moins de 35 km de la frontière canado américaine – à Osoyoos, à Oliver (emplacement précis du site inconnu) et au lac Vaseux (deux sites séparés l’un de l’autre par une étendue d’environ 1 400 m comportant des parcelles d’habitat convenable). Le Canada contient moins de 1 % de l’aire de répartition et de la population mondiales et constitue la limite septentrionale de l’aire de répartition de l’espèce en Amérique du Nord.

Habitat

Au Canada, l’hémileucin de Nuttall se rencontre à faible altitude sur les pentes sèches et dégagées de steppes arbustives à graminées cespiteuses où sa seule plante hôte larvaire connue au Canada, la purshie tridentée (Purshia tridentata), atteint son abondance maximale. Son principal habitat est la communauté végétale à purshie tridentée et à stipe chevelue qui, sous l’effet de la perte d’habitat, est aujourd’hui fragmentée et couvre moins de 33 % de sa superficie historique dans la vallée de l’Okanagan, soit environ 3 200 ha.

Biologie

L’hémileucin de Nuttall est univoltin, et son cycle vital est probablement étalé sur 1 ou 2 ans. Les œufs, déposés sur les plantes hôtes à la fin de l’été, passent l’hiver et éclosent habituellement au printemps suivant, à la fin d’avril ou en mai. Les jeunes chenilles sont grégaires, mais les chenilles plus âgées adoptent un mode de vie solitaire. À la fin du cinquième stade, les chenilles se tissent un cocon dans la litière de feuilles ou dans un terrier peu profond, et les adultes émergent plus tard durant la saison ou possiblement au cours de l’année suivante. Au Canada, la période de vol connue s’étend d’août au début de septembre, mais la durée de vie individuelle des adultes est beaucoup plus courte (les adultes ne s’alimentent pas). Les adultes sont diurnes et affichent un pic d’activité en après-midi. Les deux sexes volent rapidement. Depuis un perchoir approprié, les femelles émettent des phéromones pour attirer des partenaires en vue de l’accouplement.

Taille et tendances des populations

On ne dispose actuellement pas de toutes les informations requises pour évaluer la taille ou les tendances des populations. Des milliers de chenilles ont été observées près du lac Vaseux en 1976, et l’espèce y a été vue pour la dernière fois en 2002. À la réserve écologique Hayne’s Lease, les dernières observations de l’espèce remontent à 1986, en dépit des recherches répétées qui ont été effectuées. On ne dispose d’aucune donnée sur les tendances des populations, mais apparemment, l’habitat à purshie tridentée convenant à l’espèce a subi un important déclin (tant en qualité qu’en superficie et en étendue) dans la vallée de l’Okanagan.

Menaces et facteurs limitatifs

Les effets cumulés de la perte cumulée d’habitat et de la dégradation et de la fragmentation des parcelles d’habitat restantes causées par l’agriculture (principalement l’aménagement de vignobles et de vergers) et le développement résidentiel et commercial représentent les plus importantes menaces pour les populations d’hémileucins de Nuttall au Canada.

Protection, statuts et classements

L’hémileucin de Nuttall ne bénéficie d’aucune protection officielle et n’a aucun statut de conservation au Canada. Il n’est pas classé par le Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique et il est considéré comme non en péril à l’échelle mondiale.


14. Leptoge des terrains inondés

Photo d’un leptoge des terrains inondés
Photo : © Robert E. Lee
Nom scientifique
Leptogium rivulare
Taxon
Lichens
Statut du COSEPAC
Préoccupante
Aire de répartition canadienne
Manitoba, Ontario, Québec

Justification de la désignation

Depuis la dernière évaluation de ce lichen en 2004, des activités de recherche accrues et une meilleure compréhension de ses besoins en matière d’habitat ont permis de constater de nouvelles occurrences au Manitoba, en Ontario et au Québec, et le nombre minimum d’individus matures est maintenant estimé à 350 000. Le Canada est par conséquent le bastion de cette espèce qui a connu un déclin ou est disparue ailleurs dans son aire de répartition mondiale. L’agrile du frêne est une importante menace car il tue les frênes qui représentent une espèce hôte importante de ce lichen là où il est le plus abondant dans le sud de l’Ontario. Jusqu’à 50 % de la population pourrait être affectée d’ici les quelques prochaines décennies. Une autre menace est le changement climatique qui devrait créer des conditions plus sèches qui réduiront les inondations saisonnières dont ce lichen a besoin pour survivre. Il a également besoin d’enrichissement calcaire, et par conséquent a une répartition encore plus morcelée dans les régions boréales inaccessibles du Manitoba et de l’Ontario où le nombre d’individus est plus faible mais n’est pas connu de façon exacte. L’impact prévu de ces deux menaces sur ce lichen mène au statut recommandé d’espèce « préoccupante ».

Description et importance de l’espèce sauvage

Le leptoge des terrains inondés (Leptogium rivulare) est un petit lichen foliacé à thalle gris ou gris bleuâtre (à l’état sec) dont la surface devient gélatineuse lorsqu’elle est mouillée. Chaque thalle mesure jusqu’à 4 cm de diamètre et présente de nombreux petits organes de fructification (apothécies) brun rougeâtre sur sa surface. Le leptoge des terrains inondés est un cyanolichen, c’est-à-dire un lichen dont le symbiote photosynthétique est une cyanobactérie du genre Nostoc. Les cyanolichens fournissent des quantités importantes d’azote aux écosystèmes qui les hébergent. Le leptoge des terrains inondés est un des seuls macrolichens capables de tolérer une immersion saisonnière dans l’eau douce.

Répartition

Le leptoge des terrains inondés est une espèce rare à l’échelle mondiale qui se rencontre dans les régions boréales et tempérées, dans les anciennes régions glaciaires de l’est de l’Amérique du Nord ainsi que de l’est, du centre et de l’ouest de l’Europe. Il se rencontre principalement entre les 45e et 60e parallèles nord. Aux États-Unis, le leptoge des terrains inondés a déjà été signalé en Illinois et au Vermont (potentiellement dans des refuges glaciaires), mentions les plus méridionales de l’espèce, mais il existe une seule mention récente de l’espèce, dans le centre du Wisconsin.

Au Canada, on connaît trois sous-populations de leptoge des terrains inondés. La plus grande sous-population, celle des basses terres de l’Ontario, est principalement limitée aux mares printanières boisées. La sous-population du Sud du Bouclier, deuxième en importance, se situe le long de la limite sud du Bouclier précambrien, près de l’interface avec les basses terres d’âge Paléozoïque, en Ontario et au Québec, et comprend des occurrences isolées à Wawa et à Temagami. La sous-population du bassin du lac postglaciaire Agassiz comprend des localités très éparpillées dans l’écorégion de la forêt boréale, dans le nord du Manitoba et l’Ontario. Un groupe d’occurrences qui se trouve près de Flin Flon, au Manitoba, constitue la mention la plus nordique (55°N) de l’espèce au Canada.

 

Répartition du leptoge des terrains inondés (Leptogium rivulare) au Canada, comprenant trois groupes : (1) un dans les basses terres de l’Ontario; (2) un dans le sud du Bouclier; (3) un dans la zone anciennement recouverte par les lacs glaciaires Agassiz et Ojibway. Les secteurs où se sont concentrées les activités de recherche sont indiqués par des cercles hachurés. La superficie approximative occupée par le lac postglaciaire Agassiz et sa combinaison possible avec le lac postglaciaire Ojibway sont montrées sur la carte (adaptée de Teller et al., 2002); les flèches grises indiquent les principales voies de drainage des lacs postglaciaires par rapport aux occurrences nordiques isolées du leptoge des terrains inondés.
Map showing the distribution of Nuttall’s Sheep Moth (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le leptoge des terrains inondés (Leptogium rivulare) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition canadienne du leptoge des terrains inondés

Carte montrant la répartition canadienne du leptoge des terrains inondés (Leptogium rivulare), qui comprend trois sous-populations distinctes (basses terres de l’Ontario, sud du Bouclier et bassin du lac postglaciaire Agassiz). Au Canada, la répartition du L. rivulare s’étend depuis Flin Flon, au Manitoba, point le plus au nord et à l’ouest, jusqu’à la rivière Attawapiskat, 1 000 km plus à l’est, à la limite sud-ouest des basses terres de la baie d’Hudson, puis jusqu’au comté de Grey, 800 km plus au sud, dans le sud de l’Ontario, et enfin vers l’est, le long de la limite sud du Bouclier canadien, dans le centre de l’Ontario, depuis la région des lacs Kawartha jusqu’à la région de Gatineau, au Québec.

Habitat

Au Canada, le leptoge des terrains inondés pousse uniquement dans les milieux humides et calcaires soumis à des inondations saisonnières. La sous-population des basses terres de l’Ontario est principalement limitée aux mares printanières boisées. La sous-population du Sud du Bouclier se rencontre également dans des marécages et des mares périodiquement inondés, le long de la limite sud du Bouclier précambrien, près de l’interface avec les basses terres d’âge Paléozoïque. La sous-population du bassin du lac postglaciaire Agassiz est petite et composée d’occurrences éparpillées sur un vaste territoire dans le nord de l’Ontario et du Manitoba, où l’espèce colonise des affleurements rocheux ou de gros blocs rocheux situés dans la zone inondable du rivage de lacs assis sur un substrat rocheux calcaire ou en bordure de cours d’eau ou de lacs qui connaissent des crues saisonnières et présentent des dépôts calcaires. Pour que le leptoge des terrains inondés prospère, l’eau doit avoir une faible charge en sédiments, le substrat doit être adéquat (arbre, arbuste ou roche), et la température doit être appropriée. Le leptoge des terrains inondés est généralement observé sur des frênes et, dans une moindre mesure, sur des érables, des ormes et des saules. L’ombrage partiel que fournissent les arbres et les grands arbustes semble être important pour le maintien d’un taux d’humidité élevé et de températures modérées durant les mois d’été. L’espèce ne tolère généralement pas l’ombre complète. La faible capacité de dispersion du leptoge des terrains inondés limite probablement la présence et l’abondance de l’espèce.

Biologie

Le leptoge des terrains inondés produit généralement une abondance d’apothécies, et la reproduction sexuée est importante pour le maintien de l’espèce. Les spores sont dispersées de manière passive par le vent et peuvent possiblement être emportées par le courant. L’espèce ne produit aucun organe végétatif spécialisé, mais elle peut probablement se reproduire par fragmentation à petite échelle. La dispersion de l’espèce est probablement limitée par le fait que les conditions dont elle a besoin sont peu communes dans le paysage et que les spores ont besoin pour germer d’un substrat au pH convenable, d’une température, d’une luminosité et d’un taux d’humidité convenables ainsi que de la présence d’une cyanobactérie compatible qui permet la régénération d’un organisme symbiotique champignon-algue. Certains vecteurs biotiques, comme les oiseaux et les mammifères, pourraient constituer des moyens de dispersions, mais de manière peu fréquente.

Taille et tendances des populations

Il est impossible d’évaluer les tendances en matière de répartition ou d’effectif pour le leptoge des terrains inondés au Canada, car on dispose de très peu de données historiques. Jusqu’à 2004, la seule population canadienne connue comprenait uniquement quatre occurrences. Une de ces occurrences, celle de Wawa, en Ontario, est historique et n’a pas été retrouvée, et il est probable qu’elle soit disparue à cause de la pollution atmosphérique et de la destruction de son habitat. Depuis 2004, l’intensification des activités de recherche et l’acquisition de connaissances sur les besoins en matière d’habitat du leptoge des terrains inondés ont permis une hausse du nombre d’occurrences connues, qui est actuellement de 76 (environ 352 000 individus). Il est probable que des occurrences additionnelles existent dans le nord de l’Ontario et au Manitoba et possiblement en Saskatchewan et dans le nord du Québec, dans les régions anciennement recouvertes par les lacs postglaciaires Agassiz et Ojibway. Cependant, la sous-population du lac Agassiz se compose de sites très éparpillés comptant chacun un petit nombre de thalles, de sorte qu’il est peu probable que des recherches supplémentaires dans ces autres régions mènent à une augmentation considérable de l’effectif total connu.

Menaces et facteurs limitatifs

D’après le calculateur des menaces du COSEPAC, l’impact des menaces sur la survie du leptoge des terrains inondés est élevé. Depuis l’évaluation précédente de l’espèce par le COSEPAC, en 2004, la gravité et la portée des menaces ont changé. Actuellement, la principale menace pesant sur le leptoge des terrains inondés est l’agrile du frêne, qui tue toutes les espèces indigènes de frênes et se propage rapidement en Ontario et au Québec. Les frênes sont des hôtes importants dans une proportion considérable de la répartition du leptoge des terrains inondés. En fait, 99 % des thalles connus sont associés à des communautés végétales où le frêne est présent. Vingt des 76 occurrences connues (environ le quart de la population canadienne) se trouvent dans des milieux dominés par le frêne, et le frêne est un hôte codominant dans 7 autres occurrences. Compte tenu du rythme connu de propagation de l’agrile du frêne, les occurrences de leptoge des terrains inondés du sud de l’Ontario et du Québec seront probablement toutes touchées par cette menace au cours des 10 à 20 prochaines années. L’orme, autre hôte important pour le leptoge des terrains inondés dans les occurrences du centre de l’Ontario, est touché par la maladie hollandaise de l’orme, qui tue des arbres de façon continue dans la province.

Le changement climatique constitue une autre menace importante pour l’espèce, car il pourrait modifier les inondations saisonnières dans les mares printanières et le long des cours d’eau où les crues favorisent l’espèce ainsi que l’établissement des arbres et arbustes hôtes préférés par l’espèce. Environ 80 % des occurrences de leptoge des terrains inondés sont associées à des mares printanières, type de milieu qui risque de s’assécher et de devenir moins fréquent. En outre, la capacité de dispersion limitée du leptoge des terrains inondés accentue sa vulnérabilité au changement climatique, car plusieurs des occurrences sont petites et isolées dans des parcelles restantes de forêt renfermant des mares printanières.

Les barrages constituent une autre menace pour le leptoge des terrains inondés, car ils modifient les régimes d’inondations le long des rivières. La modification des régimes hydrologiques pourrait endommager ou détruire l’habitat du leptoge des terrains inondés. D’autres activités qui entraînent une modification des cours d’eau, de la qualité de l’eau ou de la végétation protectrice qui entoure les sites hébergeant l’espèce, comme l’exploitation forestière, l’exploitation minière, les carrières et le développement urbain, pourraient dégrader l’habitat et ainsi accroître l’exposition des individus au rayonnement solaire et au vent, réduire le taux d’humidité et augmenter l’érosion et la turbidité de l’eau.

Protection, statuts et classements

L’inscription du leptoge des terrains inondés à la liste rouge mondiale a été proposée en janvier 2015. L’espèce a été désignée « menacée » par le COSEPAC en 2004 et a ensuite été inscrite à ce titre à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril du Canada. Un programme de rétablissement fédéral sur l’espèce a été publié en 2013. En outre, le leptoge des terrains inondés est désigné « espèce menacée » aux termes de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario, qui confère une protection à l’espèce et à son habitat. Il est également protégé dans un parc provincial au Manitoba et dans neuf parcs provinciaux ou réserves de conservation en Ontario, qui englobent environ 4 % de la population canadienne totale. Le leptoge des terrains inondés ne bénéficie d’aucune protection juridique particulière au Québec.


15. Limace gainée

Photo d’une limace gainée
Photo : © Kristiina Ovaska
Nom scientifique
Zacoleus idahoensis
Taxon
Mollusques
Statut du COSEPAC
Préoccupante
Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation

Au Canada, cette limace est confinée à une petite aire dans la région de Kootenay du sud-est de la Colombie-Britannique, généralement à une distance de 25 km de la frontière canado-américaine. La plupart des mentions de l’espèce sont dans des peuplements forestiers de conifères ombragés plus âgés allant d’approximativement 50 ans à plus de 200 ans. L’espèce occupe souvent des zones riveraines et autres microsites très humides. Les menaces comprennent l’exploitation forestière et la récolte du bois, ainsi que les conséquences prévues des changements climatiques incluant une augmentation des conditions de sécheresse et des incendies de forêt. Un déclin de l’aire, de l’étendue et de la qualité de l’habitat est prévu. Le faible nombre de sous-populations dispersées rend l’espèce vulnérable aux perturbations naturelles et humaines.

Description et importance de l’espèce sauvage

La limace gainée est une petite (20 à 24 mm de longueur) limace au corps effilé; la queue est carénée, et les côtés et la queue portent des sillons longitudinaux et obliques. La limace gainée est de couleur gris uni ou gris brunâtre. De petites mouchetures pâles sur le manteau et la queue donnent à la limace une teinte bleuâtre. L’espèce est endémique à la région des forêts humides du bassin nord du fleuve Columbia, qui présente de nombreuses espèces végétales et animales uniques.

Répartition

L’aire de répartition mondiale de la limace gainée comprend le nord de l’Idaho, le nord-ouest du Montana et le sud-est de la Colombie-Britannique. Dans cette province, la limace gainée est présente dans des localités isolées de la région des Kootenay, au sud du 49°22’N, à moins de 25 km environ de la frontière canado-américaine. Depuis le début des années 1990, des relevés de Gastéropodes terrestres ont été réalisés à plus de 700 sites dans la région des  Kootenay; les relevés récents visaient spécifiquement l’espèce et d’autres limaces indigènes. Il existe des mentions de l’espèce à neuf sites. L’aire de répartition (zone d’occurrence) de la limace gainée au Canada est estimée à 1 892 km2 si l’on tient compte de ces occurrences.

Répartition de la limace gainée (Zacoleus idahoensis) au Canada. Carte préparée par Jenny Wu, Secrétariat du COSEPAC.
Map showing the global distribution of Peary Caribou (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la limace gainée (Zacoleus idahoensis) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition canadienne de la limace gainée

Carte montrant la répartition canadienne de la limace gainée (Zacoleus idahoensis). Au Canada, la limace gainée est présente dans le sud-est de la Colombie-Britannique, dans des localités isolées situées au sud du 49°22’N, à moins de 25 km environ de la frontière canado-américaine. L’aire de répartition mondiale de la limace gainée comprend le nord de l’Idaho, le nord-ouest du Montana et le sud-est de la Colombie-Britannique.

Habitat

En Colombie-Britannique, la limace gainée a été trouvée surtout dans des peuplements de conifères d’âges divers, allant de 40 à 50 ans jusqu’à la forêt ancienne (plus de 200 ans); la plupart des mentions proviennent de vieilles forêts ombragées. L’espèce occupe souvent les zones riveraines et les ravines associées aux petits affluents à débit rapide, aux zones de suintement ou à d’autres microsites très humides. Les microhabitats humides et les refuges que constituent les troncs d’arbres en décomposition semblent importants pour la limace gainée.

Biologie

L’histoire naturelle de la limace gainée est peu connue. Il s’agit d’une espèce hermaphrodite (qui possède à la fois les organes reproducteurs mâles et femelles) et qui pond des œufs. Il est présumé que les juvéniles survivent à l’hiver, mais la proportion d’adultes qui survivent aussi n’est pas connue. La durée d’une génération est probablement de un an ou légèrement plus, selon la petite taille corporelle des adultes et l’espérance de vie relativement courte des limaces de la famille des Arionidés en général. Les limaces gainées se nourrissent de champignons et d’hépatique, et probablement aussi d’autres végétaux vivants ou en état de décomposition. Il est présumé que la capacité de déplacement de l’espèce est faible. En général, les limaces ont une faible capacité de dispersion si les humains, le vent ou l’eau ne les aident pas à se déplacer; aucun de ces modes de transport passifs n’est connu pour la limace gainée, ce qui aggrave les effets de la fragmentation de l’habitat sur sa répartition dans le paysage.

Taille et tendances des populations

La taille et les tendances des populations de limaces gainées ne sont pas connues. Les relevés effectués visaient principalement à clarifier la répartition de l’espèce et non pas à estimer son abondance. Les mentions de l’espèce en Colombie-Britannique ont été faites de 2009 à 2014, ce qui ne permet pas de dégager les tendances des populations. Des déclins soutenus sont présumés, parce que l’exploitation forestière et d’autres causes continuent à dégrader l’habitat. Aux États-Unis, la limace gainée serait en déclin en raison de la perte d’habitat.

Menaces et facteurs limitatifs

Les principales menaces pesant sur les populations de limaces gainées en Colombie-Britannique seraient l’exploitation forestière, qui continue à modifier et à fragmenter l’habitat, ainsi que les sécheresses et les inondations, dont la fréquence et la gravité devraient continuer à augmenter selon les scénarios de changements climatiques. Les autres menaces sont notamment les espèces envahissantes introduites, les incendies et la suppression des incendies, les routes et l’élevage de bétail. Les changements climatiques et les phénomènes météorologiques violents, les incendies et la suppression des incendies ainsi que l’exploitation forestière interagissent probablement de manière cumulative. L’augmentation de la fréquence et de la gravité des sécheresses estivales prolongées devrait aggraver les effets du déboisement (tant récent que prévu) et des incendies de forêt sur l’habitat des limaces gainées, entraînant des baisses de la quantité d’habitat et de la qualité de l’habitat.

Protection, statuts et classements

La majeure partie de l’aire de répartition et des mentions de la limace gainée se trouve dans des terres forestières provinciales non protégées. Une superficie représentant seulement 3 % de l’aire de répartition canadienne de l’espèce est protégée dans des parcs ou des terres vouées à la conservation, mais on ne sait pas si l’espèce est présente dans ces aires protégées.

La limace gainée ne jouit d’aucune protection officielle et n’a aucun statut officiel, en vertu de la Loi sur les espèces en péril, de la Wildlife Act de la Colombie-Britannique ou de toute autre loi. Les cotes attribuées à la limace gainée par NatureServe sont les suivantes : cote mondiale – G3G4 (vulnérable – apparemment non en péril); États-Unis – N3N4 (vulnérable – apparemment non en péril); Canada – N1N3 (gravement en péril – vulnérable); Idaho : S2 (en péril); Montana – S2S3 (gravement en péril – vulnérable); Colombie-Britannique – S1S3 (gravement en péril – vulnérable). En Colombie-Britannique, la limace gainée figure sur la liste rouge provinciale des espèces en péril.


16. Limace pygmée

Photo d’une limace pygmée
Photo : © Kristiina Ovaska
Nom scientifique
Kootenaia burkei
Taxon
Mollusques
Statut du COSEPAC
Préoccupante
Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation

Au Canada, cette petite limace est confinée aux forêts humides du bassin Columbia nord de la Colombie-Britannique. Elle se trouve dans les forêts humides mixtes et de conifères et est communément associée aux habitats riverains le long de petits ruisseaux. Les exigences essentielles en matière d’habitat incluent une humidité élevée du substrat avec une abondance de débris ligneux et de litière de feuilles en guise d’abri. Les menaces incluent les routes existantes et nouvelles résultant en la fragmentation, des effets de lisière accrus, et des obstacles à la dispersion; la prédation et la compétition des espèces envahissantes; l’endommagement des zones riveraines associé au pâturage du bétail; la perte et la dégradation de l’habitat liées à l’exploitation forestière; et les conséquences prévues des changements climatiques, incluant un accroissement des conditions de sécheresse ainsi qu’une augmentation du nombre d’incendies de forêt et de leur gravité.

Description et importance de l’espèce sauvage

La limace pygmée est la seule espèce du genre nouvellement décrit Kootenaia. Comme le sous-entend son nom commun, la limace pygmée est très petite, la longueur d’un adulte variant habituellement entre 9 et 14 mm. Sa couleur va du gris foncé au havane clair, et son manteau et sa queue sont densément couverts de mouchetures bleuâtres. Des taches foncées sont souvent présentes sur son manteau. Sa queue est arrondie (non carénée) avec une série de sillons longitudinaux obliques et parallèles, pouvant ressembler à de minces rayures foncées. La limace pygmée est une espèce endémique régionale qui se rencontre dans les forêts humides du nord du bassin du Columbia, où l’on trouve de nombreuses espèces végétales et animales uniques.

Répartition

La répartition mondiale de la limace pygmée s’étend depuis le sud-est de la Colombie-Britanique, en passant par l’Idaho (Idaho Panhandle), jusqu’au nord-ouest du Montana. Au Canada, la limace pygmée est présente dans les zones des chaînes de montagnes Selkirk et Purcell à l’intérieur de la région de la chaîne Columbia, dans le sud-est de la Colombie-Britannique. L’espèce a été observée à 44 sites dans la province; le nombre de sites pourrait continuer à augmenter grâce aux activités de recherche accrues. Environ 36 % de son aire de répartition se trouve au Canada.

Répartition mondiale de la limace pygmée (Kootenaia burkei), fondée sur les mentions de répartition de 2009 2015. Carte préparée par Lennart Sopuck et Jenny Wu.
Map of eastern distribution of Pygmy Pocket Moss (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la limace pygmée (Kootenaia burkei) au Canada.
Description longue pour la carte répartition mondiale de la limace pygmée

La répartition mondiale de la limace pygmée (Kootenaia burkei) s’étend depuis le sud-est de la Colombie-Britanique, en passant par l’Idaho (Idaho Panhandle), jusqu’au nord-ouest du Montana. Au Canada, l’espèce n’a été observée que dans la région de Kootenay (Colombie-Britannique). Environ 36 % de son aire de répartition se trouve au Canada.

Habitat

En Colombie-Britannique, les limaces pygmées sont présentes surtout dans la zone biogéoclimatique intérieure à thuya et à pruche, qui est l’une des zones les plus pluvieuses de l’intérieur de la province. Elles ont été observées dans les forêts mixtes et conifériennes humides, à des altitudes faibles à moyennes (de 580 m à 1 585 m), où elles sont communément associées aux milieux riverains le long de petits ruisseaux affluents. Les besoins clés en matière d’habitat semblent être caractérisés par un substrat très humide et par une grande quantité d’abris, notamment ceux qu’offrent les débris ligneux grossiers et les épaisses litières de feuilles. Des limaces pygmées ont été observées dans des peuplements de seconde venue de 40 à 50 ans et dans des peuplements anciens de plus de 200 ans. Le thuya géant et le peuplier de l’Ouest figurent parmi les espèces d’arbres courantes dans les sites occupés; la végétation du sous-étage est souvent composée d’espèces hydrophiles, comme la ronce parviflore, le bois piquant et l’athyrie fougère-femelle.

Biologie

L’histoire naturelle de la limace pygmée est peu connue. Les limaces sont hermaphrodites, mais l’échange de sperme entre individus, plutôt que l’autofécondation, est probablement la norme. Elles pondent un petit nombre d’œufs, qui sont relativement gros (10 % ou plus de la longueur corporelle de l’adulte reproducteur). On sait que les limaces se nourrissent de lichens et de champignons, et probablement qu’elles consomment aussi de la matière organique en décomposition dans la couche d’humus. La plupart des observations en Colombie-Britannique et aux États-Unis ont été faites à l’automne, lorsque les limaces sont actives sur le parterre forestier. Il est probable que les jeunes et une proportion inconnue d’adultes hivernent. La durée d’une génération est d’environ 1 an. La petite taille de l’espèce pourrait lui permettre de se maintenir dans de petites parcelles d’habitat, pourvu que ses besoins en matière d’humidité et d’abri soient comblés. En général, les limaces présentent une faible capacité de dispersion si elles ne sont pas aidées par les humains ou transportées par le vent ou l’eau, mais aucun moyen de dispersion passif n’est connu pour la limace pygmée, ce qui exacerbe les effets de la fragmentation de l’habitat sur sa répartition dans le paysage.

Taille et tendances des populations

On ne connaît ni la taille ni les tendances des populations de la limace pygmée. En Colombie-Britannique, les relevés effectués visaient principalement à clarifier la répartition de la limace pygmée et non pas à estimer son abondance. Les observations de l’espèce en Colombie-Britannique ont été effectuées durant la période 2007-2015, ce qui ne permet pas de dégager les tendances des populations.

Menaces et facteurs limitatifs

La répartition canadienne de la limace pygmée témoigne probablement d’une expansion post-glaciaire à partir de refuges plus au sud. Sa répartition actuelle est probablement limitée vers le nord, par une courte saison de croissance et par les hivers longs et froids, et vers l’est et l’ouest, par des types de forêts plus secs. La faible capacité de dispersion et les besoins en matière d’habitat humide limitent la vitesse avec laquelle les limaces peuvent coloniser de nouveaux milieux.

Les populations de limaces pygmées sont menacées par les événements extrêmes liés aux changements climatiques, les espèces envahissantes introduites, les incendies et la suppression des incendies, l’exploitation forestière, les routes et l’élevage de bétail. On estime que les plus graves menaces pesant sur les limaces pygmées à l’échelle de leur aire de répartition canadienne sont les sécheresses et les inondations, dont la fréquence et la gravité devraient continuer d’augmenter selon les prévisions de scénarios de changement climatique. Parmi les espèces non indigènes envahissantes qui menacent les populations de limaces pygmées, on retrouve notamment les gastéropodes introduits, qui sont propagés par inadvertance par les humains, et qui se nourrissent d’espèces indigènes ou leur font compétition ainsi que d’autres prédateurs invertébrés, comme les carabes, qui peuvent être des prédateurs agressifs des limaces. On prévoit que la fréquence et la gravité des feux de végétation vont augmenter en raison des changements climatiques. En raison de leur faible mobilité, les gastéropodes ne peuvent pas échapper aux feux en se déplaçant et recolonisent lentement les brûlis. L’exploitation forestière est pratiquée dans l’ensemble de l’aire de répartition de la limace pygmée et continue de modifier et de fragmenter les habitats. Les effets de l’exploitation forestière sur les limaces pourraient être atténués, dans une certaine mesure, par les bandes riveraines boisées, qui sont requises le long des grands cours d’eau fréquentés par des poissons, ou que les entreprises forestières peuvent laisser volontairement le long des petits cours d’eau sans poissons, où ces bandes ne sont pas requises. Les chemins forestiers et les autres routes d’accès aux ressources continuent aussi de fragmenter les habitats.

Protection, statuts et classements

La limace pygmée ne bénéficie ni d’une protection ni d’un statut officiels aux termes de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral, de la Wildlife Act de la Colombie-Britannique ou d’autres lois. NatureServe attribue les cotes suivantes à la limace pygmée : cote mondiale - G2 (en péril); États-Unis - N2 (en péril); Canada - N1 (gravement en péril); Idaho - S2 (en péril); Montana - S1S2 (espèce gravement en péril à en péril); Colombie-Britannique - S1? (possiblement gravement en péril). En Colombie-Britannique, l’espèce figure sur la liste rouge provinciale des espèces en péril.

Dans l’aire de répartition canadienne de l’espèce, les terres protégées représentent environ 20 % du territoire et font partie notamment de parcs provinciaux, d’aires d’habitat faunique provinciales établies pour d’autres espèces et d’autres aires de conservation. Aucune mention d’observation de la limace pygmée n’a été répertoriée sur ces terres, exception faite d’un site dans une petite aire de conservation. La majeure partie de l’aire de répartition et des sites connus de l’espèce se trouvent sur des terres forestières provinciales.


17. Limace-prophyse bleu-gris

Photo of a Pygmy Slug (voir longue description ci-dessous)
Photo : © Kristiina Ovaska
Nom scientifique
Prophysaon coeruleum
Taxon
Mollusques
Statut du COSEPAC
Menacée
Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation

Cette petite limace de couleur bleue au corps effilé ne se trouve que dans l’ouest de l’Amérique du Nord, où elle vit dans la couche humide de litière de feuilles mortes et de mousses dans des forêts mixtes. Au Canada, elle est confinée à l’extrême sud-est de l’île de Vancouver dans la zone biogéoclimatique côtière à douglas et là où il y a transition entre cette zone et la zone biogéoclimatique côtière à pruche de l’Ouest. L’étendue de ces habitats subit un déclin et ce qui reste est de plus en plus fragmenté. Quinze sous-populations sont actuellement connues, une augmentation qui a mené à un changement de statut. Un déclin continu de la qualité de l’habitat est attendu en raison de la modification de l’écosystème naturel et de la compétition avec les espèces envahissantes, ainsi que des sécheresses et des phénomènes météorologiques violents associés aux changements climatiques.

Description et importance de l’espèce sauvage

La limace-prophyse bleu-gris (Prophysaon coeruleum est une limace gélatineuse de petite taille (Arionidés : Anadeninés) dont les adultes mesurent de 20 à 40 mm de longueur. Les caractères morphologiques permettant de la reconnaître sont sa coloration bleu-gris unie, sans stries, et les sillons et les crêtes parallèles et distinctes qui ornent le dessus et les côtés de la queue. Comme chez les autres espèces du genre Prophysaon, on peut généralement distinguer une légère constriction ou dépression oblique à l’endroit où la queue se détache (autonomie) lorsque la limace est attaquée par un prédateur.

La limace-prophyse bleu-gris joue peut-être un rôle dans la dispersion des spores de champignons formant des associations avec les racines d’arbres, remplissant ainsi un rôle écologique essentiel.

Répartition

La limace-prophyse bleu-gris est endémique à la partie occidentale de l’Amérique du Nord. Elle est présente depuis le sud-ouest de la Colombie-Britannique jusque dans l’Oregon et le nord de la Californie, en passant par les basses terres du Puget Sound et la chaîne des Cascades de l’État de Washington; on trouve également une population disjointe dans le nord de l’Idaho. Au Canada, sa présence a été documentée uniquement dans le sud de l’île de Vancouver, où 15 sous-populations sont connues. Toutes les mentions de l’espèce, sauf deux, proviennent du district régional de la capitale. En 2013, l’espèce a été trouvée dans le district de North Cowichan, à environ 28 km au nord de la mention la plus proche, puis elle a de nouveau été observée dans le même secteur en 2015.

Au Canada, l’aire de répartition (zone d’occurrence) présumée de la limace-prophyse bleu-gris est passée de 150 à 658 km2 depuis le rapport de situation précédent, sous l’effet de l’intensification des activités de recherche au cours de la dernière décennie. Il existe probablement d’autres sites, mais il est hautement improbable que l’aire de répartition de la limace-prophyse bleu gris augmente de façon marquée, compte tenu des activités de recherche intensives menées dans le sud de l’île de Vancouver; des centaines de sites de l’île de Vancouver et de la côte adjacente de la Colombie-Britannique continentale ont été explorées à la recherche de gastéropodes terrestres.

Répartition canadienne de la limace prophyse bleu gris (Prophysaon coeruleum). Carte fournie par Jenny Wu, Secrétariat du COSEPAC.
The global distribution of Pygmy Slug (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la limace-prophyse bleu-gris (Prophysaon coeruleum) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition canadienne de la limace-prophyse bleu-bris

Carte montrant la répartition canadienne de la limace prophyse bleu bris (Prophysaon coeruleum), qui est présente seulement dans le sud de l’île de Vancouver. Les noms et les numéros des sous populations (constituées d’occurrences situées à moins de 1 km les unes des autres) sont indiqués.

Habitat

La limace-prophyse bleu-gris se rencontre dans les forêts mixtes de seconde venue matures ou en cours de maturation (> 60 ans) à basse altitude (< 250 m au-dessus du niveau de la mer) de la zone biogéoclimatique côtière à douglas, qui couvre l’extrémité sud-est plus sèche de l’île de Vancouver et où il existe une transition vers la zone biogéoclimatique côtière à pruche de l’Ouest. L’étendue de ces zones se contracte rapidement et celles-ci deviennent gravement fragmentées à cause du développement urbain et rural. La zone biogéoclimatique côtière à douglas est l’un des écosystèmes les plus perturbés de la Colombie-Britannique. Cette zone renferme plusieurs écosystèmes de douglas, de chêne de Garry et d’arbousier rares et inscrits à une liste provinciale dans lesquels la limace-prophyse bleu-gris a été trouvée, même si elle n’est pas restreinte à ces habitats. La répartition des limaces dans le paysage est irrégulière. À la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce, la limace-prophyse bleu-gris pourrait favoriser les petites clairières et les terrains boisés au détriment des forêts plus profondes, étant donné que ces habitats captent l’énergie thermique du soleil et offre un tapis forestier relativement chaud. On estime que la disponibilité de refuges humides convenables, comme ceux qui sont offerts par l’abondance de gros débris ligneux et/ou les tapis de mousse épais, est importante.

Biologie

Il semble que la limace-prophyse bleu-gris ait un cycle vital annuel, accomplissant sa croissance jusqu’à la maturité et se reproduisant en une seule année; l’espèce hiverne à l’état d’œuf. En Colombie-Britannique, des juvéniles ont été observés d’avril à juin, tandis que la majorité des adultes ont été observés de septembre à décembre; un adulte a été trouvé en mars, ce qui indique qu’au moins certains adultes réussissent leur hivernage.

L’espèce se nourrit en grande partie de champignons. Divers prédateurs vertébrés et invertébrés, indigènes et introduits, se nourrissent de limaces, et la limace-prophyse bleu-gris compte probablement parmi leurs proies. La limace-prophyse bleu-gris possède la faculté de s’amputer de sa queue, adaptation efficace pour échapper à certains prédateurs. On pense que l’espèce a une capacité de dispersion très limitée, de l’ordre de quelques dizaines à quelques centaines de mètres par génération.

Taille et tendances des populations

Il n’existe pas d’estimations fiables de la taille de la population, mais des estimations grossières réalisées à quatre sites au cours d’une année indiquent la présence d’au moins 50 à 125 adultes par hectare. Lorsqu’on extrapole la densité de l’espèce aux zones occupées connues, on obtient une population de 1 800 à 4 500 adultes. La population canadienne totale, en incluant les sites non encore découverts, est probablement inférieure à 10 000 individus. Toutefois, comme l’espèce est répartie de façon irrégulière dans la zone, il est difficile de générer des estimations de taille de la population. La limace-prophyse bleu-gris a été observée pour la première fois en Colombie-Britannique en 2002, de sorte qu’on ne connaît ni les fluctuations ni les tendances à long terme de la population de cette espèce. À l’automne 2014, au cours de relevés de vérification de terrain, l’espèce a été trouvée dans 6 des 18 sites revisités. L’habitat n’avait subi aucune modification dans la majorité des sites, mais il s’était détérioré dans six sites où l’espèce n’a pas été observée, en raison de l’empiètement par des plantes envahissantes, des activités récréatives et/ou de projets d’aménagement. Des sous-populations de l’espèce se rencontrent dans 2 parcelles d’habitat dont la superficie est inférieure à 20 hectares et que l’on croit nécessaires à sa viabilité à long terme, et 3 autres sous-populations se trouvent dans des paysages ruraux hautement fragmentés. Les dix autres sous-populations se trouvent dans des milieux ayant une certaine connectivité avec des zones forestières plus vastes.

Menaces et facteurs limitatifs

Dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique, la limace-prophyse bleu-gris se trouve à la limite nord de son aire de répartition. La faible capacité de dispersion des limaces et le fait qu’elles aient besoin de vivre dans un milieu humide limitent la vitesse à laquelle elles peuvent coloniser de nouveaux milieux ou des parcelles d’habitat d’où elles ont disparu.

Les principales menaces à la survie de la limace-prophyse bleu-gris sont les modifications des écosystèmes naturels par des plantes exotiques envahissantes, la compétition et la prédation par des espèces d’invertébrés introduites, les périodes de sécheresse dues aux changements climatiques et les phénomènes météorologiques violents. Les plantes envahissantes introduites sont répandues dans de nombreux sites de l’île de Vancouver abritant l’espèce et détériorent la qualité de l’habitat en évinçant les plantes indigènes et en modifiant le microclimat et possiblement la disponibilité de nourriture pour les limaces. Les gastéropodes et d’autres invertébrés non indigènes, comme les carabes (coléoptères de la famille des Carabidés), présentent des menaces du fait qu’ils utilisent la limace-prophyse bleu-gris comme proie et qu’ils lui livrent concurrence pour la nourriture et les abris. On s’attend à ce que des périodes de sécheresse plus longues et plus fréquentes réduisent le taux de survie de l’espèce de même que le temps dont elle dispose pour chercher de la nourriture et croître. Ces effets se feraient probablement sentir de façon plus aiguë dans les parcelles d’habitat dégradé dépourvues de microhabitats où l’espèce pourrait se réfugier. Les activités récréatives, la construction domiciliaire et l’urbanisation sont d’autres menaces généralisées qui contribuent à la perte et à la détérioration de l’habitat.

Protection, statuts et classements

La limace-prophyse bleu gris figure à titre d’espèce en voie de disparition à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril. À l’échelle mondiale, l’espèce est cotée G3G4 (cote mondiale arrondie – G3), soit « vulnérable – apparemment non en péril ». La limace-prophyse bleu-gris a été inscrite sur la liste rouge des espèces en péril en Colombie-Britannique, qui comprend des espèces disparues de la province, en voie de disparition ou menacées, et est jugée gravement en péril (S1) à l’échelle de la province.

La majorité des sous-populations, en tout ou en partie, se trouvent sur des terres fédérales (ministère de la Défense nationale, Conseil national de recherches du Canada), dans des parcs ou des sentiers du district régional de la capitale (dans le système de parcs et sentiers de CRD Parks and Trails), et dans des parcs municipaux qui sont protégés contre la conversion des terres, du moins à court terme. Trois sous-populations et une partie d’une quatrième se trouvent sur des terres rurales privées. Il y a probablement d’autres sites sur des terres privées.


18. Pannaire jaune pâle

Photo d’un pannaire jaune pâle
Photo : © Frances Anderson
Nom scientifique
Pannaria lurida
Taxon
Lichens
Statut du COSEPAC
Menacée
Aire de répartition canadienne
Nouveau-Brunswick, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve et Labrador

Justification de la désignation

Ce lichen colonise des arbres feuillus matures, le plus souvent l’érable rouge, et on en connaît 56 occurrences dans les provinces de l’Atlantique. Les relevés n’ont pu confirmer si l’espèce était toujours présente à l’île-du-Prince-Édouard, à l’une des deux occurrences à Terre-Neuve, à deux des quatre occurrences au Nouveau-Brunswick, ainsi qu’à plusieurs des 49 occurrences connues en Nouvelle-Écosse. Les menaces pesant sur l’espèce incluent l’exploitation forestière continue menant à l’élimination des arbres hôtes, ainsi que l’impact des changements climatiques, résultant en un climat humide convenable moindre.

Description et importance de l’espèce sauvage

La pannaire jaune pâle (Pannaria lurida) est un lichen foliacé qui forme des plaques ou des rosettes pouvant mesurer jusqu’à 10 cm de diamètre. Elle pousse presque toujours sur le tronc de feuillus. La face supérieure du thalle est gris brunâtre et ridée. Le symbiote photosynthétique est une cyanobactérie.

Répartition

La pannaire jaune pâle est présente en Asie, en Australie, dans les îles du Pacifique, en Afrique et en Amérique. Trois sous-espèces ont été décrites. Ce serait la sous-espèce russellii qui serait présente au Canada et dans le nord-est des États-Unis. Toutefois, il est possible qu’il s’agisse d’une sous-espèce différente, mais aucune analyse moléculaire n’a été réalisée pour confirmer cette théorie.

Au Canada, 56 occurrences de pannaire jaune pâle sont connues : 49 en Nouvelle-Écosse, 4 au Nouveau-Brunswick, 2 à Terre-Neuve et 1 à l’Île-du-Prince-Édouard. Il existe probablement des occurrences qui n’ont pas encore été découvertes, particulièrement en Nouvelle-Écosse et peut-être au Nouveau-Brunswick, voire même à Terre-Neuve.

Répartition de la pannaire jaune pâle (Pannaria lurida) au Canada et dans le Maine (États Unis), fondée sur les occurrences connues de l’espèce provenant de collection et de mentions d’observation. Les points noirs représentent des occurrences actuellement existantes de P. lurida au Canada, et les points jaunes, des occurrences où P. lurida n’a pas été observé de nouveau.
Map showing the global distribution of Red Crossbill (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2016. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le pannaire jaune pâle (Pannaria lurida) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition de la pannaire jaune pâle

Carte montrant la répartition de la pannaire jaune pâle (Pannaria lurida) au Canada et dans le Maine (États-Unis). La plupart des occurrences connues de l’espèce sont situées près de la côte atlantique de la Nouvelle-Écosse, au sud d’Halifax, et au centre de la province jusqu’au cap Breton. Au Nouveau-Brunswick, les occurrences sont situées près du détroit de Northumberland, vis-à-vis de l’Île-du-Prince-Édouard et à la frontière avec l’État du Maine au sud. Les occurrences connues à Terre-Neuve et à l’Île-du-Prince-Édouard se trouvent exclusivement sur les côtes ouest.

Habitat

En Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, la pannaire jaune pâle colonise les feuillus matures, le plus souvent les érables rouges qui poussent à proximité, mais généralement pas à l’intérieur, des milieux mal drainés. Ainsi, l’espèce se rencontre sur les arbres situés près de la limite des marécages ou des plaines inondables boisés. La seule occurrence signalée à l’Île-du-Prince-Édouard se trouvait sur un thuya, tandis qu’à Terre-Neuve les occurrences ont été signalées sur des épinettes blanches poussant dans un milieu inhabituel, sur une falaise à proximité de la mer.

Biologie

Les organes de fructification du champignon sont fréquents chez la pannaire jaune pâle et constituent la seule composante spécialisée de reproduction de l’espèce. Les spores qui sont éjectées de ces organes doivent atterrir sur le tronc d’un arbre mature, germer et rencontrer une souche de cyanobactérie compatible du genre Nostoc. Après qu’elle ait été enveloppée par le champignon, la cyanobactérie fournit à celui-ci des glucides et de l’azote, grâce à sa capacité de photosynthèse et de fixation de l’azote atmosphérique. Contrairement à de nombreuses autres espèces de lichens, la pannaire jaune pâle ne produit aucune structure de reproduction végétative. Cependant, la fragmentation du thalle et la fixation de ces fragments sur le tronc des arbres hôtes pourraient permettre la dispersion de l’espèce à une échelle très restreinte.

Taille et tendances des populations

La population canadienne de pannaire jaune pâle compte environ 5 000 individus. Toutefois, certaines des occurrences connues n’ont pas été revisitées ou n’ont pas fait l’objet de dénombrements, et le nombre d’individus matures variait grandement d’un site à l’autre, de sorte que la population pourrait compter plus de 10 000 individus. Le nombre d’individus par occurrence allait de 1 à un peu plus de 2 400.

Au total, 56 occurrences sont connues au Canada. Des 24 occurrences découvertes avant 1986, 19 ont été revisitées, et l’espèce n’a pas été retrouvée dans 15 d’elles. En outre, l’espèce était absente de deux occurrences récemment découvertes en Nouvelle-Écosse et d’une à l’Île-du-Prince-Édouard. Ainsi, l’espèce était absente de 18 des 56 occurrences, ce qui représente un déclin de 32 %. On suppose que cette diminution du nombre d’occurrences correspond à un déclin équivalent du nombre d’individus matures.

Menaces et facteurs limitatifs

D’après l’analyse du calculateur des menaces, l’impact global des menaces qui pèsent sur le P. lurida est « élevé à très élevé »; la principale menace actuelle est l’exploitation forestière, qui cause la disparition des arbres hôtes ainsi que des modifications du microclimat. Les activités d’exploitation forestière destinée à la production de bois d’œuvre, de bois de chauffage, de copeaux de bois et de biomasse ont des répercussions particulièrement graves, puisque l’espèce colonise généralement les arbres qui présentent une écorce rugueuse, caractère qui apparait après environ 50 ans. La récolte annuelle de bois de feuillus en Nouvelle-Écosse a doublé entre 1990 et 2000, et on s’attend à ce que cette hausse se poursuive, avec la récolte continue de feuillus. Un déclin semblable du nombre de forêts de feuillus anciennes a été observé au Nouveau-Brunswick, mais l’exploitation forestière y est principalement réalisée dans les sites mésiques en terrain élevé.

Les autres menaces d’une gravité moindre qui pèsent sur la pannaire jaune pâle sont les changements climatiques, la construction routière, le développement et la pollution. Une diminution des pluies, un prolongement des périodes de sécheresse estivales et une réduction du brouillard sont prévus en Nouvelle-Écosse, et ces facteurs pourraient entraîner une diminution du taux de croissance ou la mort de la pannaire jaune pâle. Les activités de construction routière ou de développement qui modifient le drainage et entraînent des changements de l’humidité dans les boisés qui environnent ou se trouvent à proximité de l’espèce pourraient nuire à la croissance ou causer la mort de celle-ci. Enfin, l’espèce est sensible au dioxyde de soufre et aux pluies acides. Le niveau de ces deux menaces a diminué au cours des dernières années, mais les émissions continues pourraient surpasser la capacité tampon de l’écorce des arbres hôtes et rendre celle-ci trop acide pour qu’elle soit colonisée par l’espèce.

Protection, statuts et classements

La cote mondiale de la pannaire jaune pâle est de G3 (vulnérable) à G5 (non en péril). Aux États-Unis, aucune cote n’a été attribuée à l’espèce, ou sa situation n’a pas encore été évaluée. Au Canada, aucune cote n’a été attribuée à la pannaire jaune pâle.
 

En Nouvelle-Écosse, cinq occurrences sont protégées : une dans le parc national Kejimkujik, une dans le parc provincial Five Islands, une autre dans des terres communes municipales, et une dans une réserve naturelle provinciale. Au Nouveau-Brunswick, à la pointe Clark, une occurrence se trouve dans une aire naturelle protégée.


19. Paruline hochequeue

Photo d’une Paruline hochequeue
Photo : © Dan Garber
Nom scientifique
Parkesia motacilla
Taxon
Oiseaux
Statut du COSEPAC
Menacée
Aire de répartition canadienne
Ontario, Québec

Justification de la désignation

Durant la saison de reproduction au Canada, cet oiseau chanteur niche le long de cours d’eau froide et claire situés dans des zones ombragées, ainsi que dans les milieux humides boisés dans le sud de l’Ontario et le sud-ouest du Québec. Il occupe des habitats semblables en Amérique latine durant l’hiver. La population canadienne est petite, probablement constituée de moins de 500 adultes, cependant les couples nicheurs sont difficiles à détecter. Les tendances démographiques de la population canadienne sont incertaines. Des déclins ont été constatés dans certaines parties de l’aire de répartition canadienne, particulièrement dans son bastion du sud-ouest de l’Ontario, alors que de nouveaux couples ont été trouvés dans d’autres parties. L’immigration d’individus en provenance du nord-est des États-Unis est considérée comme étant importante pour le maintien de la population canadienne. Toutefois, bien que la population source des États-Unis semble actuellement relativement stable, elle pourrait faire l’objet de déclins futurs en raison de menaces émergentes pesant sur l’habitat.

Description et importance de l’espèce sauvage

La Paruline hochequeue (Parkesia motacilla) est une espèce d’assez grande taille, de couleur terne, semblable a une petite grive. L’apparence des mâles et des femelles est identique. Les parties supérieures sont brun terne. Les parties inférieures sont crème et présentent des traits foncés sur la poitrine et les flancs. Une large rayure sourcilière blanche va jusqu’à la nuque. Les pattes sont rose dragée, et le bec est plutôt long et puissant pour une paruline.

Répartition

La plus grande partie de l’aire de répartition mondiale (> 99 %) de l’espèce se trouve dans l’est des États-Unis. Au Canada, la Paruline hochequeue se reproduit dans le sud de l’Ontario, où elle est considérée comme un résident rare mais régulier en été. Elle se reproduit également sporadiquement dans le sud-ouest du Québec. La plus grande partie de la population canadienne se concentre dans deux régions de l’Ontario : la région de la plaine sablonneuse de Norfolk, sur la rive nord du lac Érié, et la partie centrale de l’escarpement du Niagara, entre Hamilton et Owen Sound.

Son aire d’hivernage s’étend depuis le nord du Mexique jusqu’à l’extrême nord-ouest de l’Amérique du Sud, en passant par l’Amérique centrale et les Antilles.

Répartition mondiale de la Paruline hochequeue (Parkesia motacilla), montrant les aires de reproduction, de migration et d’hivernage. Carte fondée sur Ridgely et al., 2007; préparée par Environnement Canada.
Map showing the Canadian distribution of Sheathed Slug (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Paruline hochequeue (Parkesia motacilla) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition mondiale de la Paruline hochequeue

Carte montrant la répartition mondiale de la Paruline hochequeue (Parkesia motacilla), où sont indiquées les aires de reproduction, de migration et d’hivernage. L’espèce niche principalement dans l’est des États-Unis. Au Canada, la Paruline hochequeue se reproduit régulièrement dans le sud de l’Ontario, et elle se reproduit rarement et sporadiquement dans le sud-ouest du Québec. La Paruline hochequeue hiverne depuis le nord du Mexique et le sud de l’Amérique centrale jusqu’aux Antilles.

Habitat

La Paruline hochequeue occupe un habitat spécialisé; pour la nidification et l’hivernage, elle a une forte préférence pour les ruisseaux d’amont aux eaux relativement intactes et pour les milieux humides situés dans de grandes étendues de forêt mature. Elle préfère l’eau courante (particulièrement les ruisseaux d’eau froide et limpide), mais elle habite également les marécages densément boisés où se trouvent des mares printanières ou semi-permanentes. Dans cet habitat, le territoire de la Paruline hochequeue chevauche celui de son espèce sœur, la Paruline des ruisseaux. La Paruline hochequeue est souvent classifiée comme une espèce forestière sensible à la superficie de l’habitat et une espèce inféodée aux milieux riverains. Elle construit son nid dans des cavités le long des berges de ruisseaux abruptes, dans les racines d’arbres déracinés ou dans des billots et souches couverts de mousse, généralement à quelques mètres de l’eau.

Biologie

La Paruline hochequeue migre sur de longues distances, et arrive généralement dans le sud de l’Ontario beaucoup plus tôt au printemps que les autres oiseaux chanteurs néotropicaux. L’espèce est fidèle aux sites de reproduction et d’hivernage d’une année à l’autre. La Paruline hochequeue pond de 4 à 6 œufs, et la période d’incubation est de 12 à 14 jours. L’espèce ne produit généralement qu’une nichée par année.

La Paruline hochequeue passe la plus grande partie de son temps sur le sol ou à proximité, le long des rivages de ruisseaux et de mares. Elle a une alimentation spécialisée, et se nourrit principalement de macroinvertébrés aquatiques, notamment d’insectes, et mange parfois de petits mollusques, poissons, crustacés et amphibiens.

Taille et tendances des populations

La population canadienne est d’environ 235 à 575 adultes. Les tendances de la population sont mal comprises. L’espèce a connu des déclins à l’échelle locale dans certaines parties du pays au cours du dernier siècle et des quelques dernières décennies (liés à la dégradation de l’habitat et/ou aux fluctuations de la population), mais des relevés ciblés ont permis d’observer plus d’oiseaux dans certaines régions de l’aire de répartition canadienne ces dernières années. Dans l’ensemble, les populations au Canada et dans la plus grande partie des États-Unis semblent relativement stables.

Menaces et facteurs limitatifs

La Paruline hochequeue est un spécialiste de l’habitat, et sa population globale est limitée par la quantité de milieux aquatiques de grande qualité dans les aires de reproduction et d’hivernage. Il n’y a pas de menace imminente à la survie de la population canadienne; le problème réside plutôt dans les effets cumulatifs de nombreuses menaces à différents stades du cycle vital annuel. La perte d’habitat et les changements dans la qualité et la quantité d’eau dus à l’intensification de l’agriculture, de même que le développement résidentiel dans les banlieues, pourraient également avoir contribué aux déclins observés dans certaines parties du sud de l’Ontario. Au Canada, les conditions de l’habitat devraient se détériorer à cause de la propagation prévue du puceron lanigère de la pruche, un ravageur forestier exotique, dans l’est du Canada. La fragmentation et la dégradation de l’habitat dans les aires de reproduction états-uniennes qui découlent de la combinaison des ravageurs forestiers exotiques et de la mise en valeur des ressources pourraient réduire l’émigration vers la population canadienne. La perte et la dégradation de l’habitat, y compris la dégradation de la qualité de l’eau et la déforestation dues aux activités liées à l’agriculture et au développement, constituent des menaces continues dans l’aire d’hivernage. Durant la migration, l’espèce connaît également des taux de mortalité relativement élevés à cause des collisions avec des bâtiments en hauteur et des tours de communication.

Protection, statuts et classements

La Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs offre actuellement la protection juridique la plus spécifique pour la Paruline hochequeue au Canada. Une proportion élevée des sites de nidification connus se trouve dans des aires protégées. L’habitat spécifique que l’espèce utilise en Ontario est également protégé par diverses politiques législatives. De plus, les caractéristiques physiques de cet habitat empêchent généralement la plupart des activités liées à l’agriculture et au développement.


20. Perceur du ptéléa

Photo d’un perceur du ptéléa (Prays atomocella) se reposant sur un brin d’herbe, près d’un ptéléa trifolié (Ptelea trifoliata)
Photo : © John and Jane Balaban
Nom scientifique
Prays atomocella
Taxon
Arthropodes
Statut du COSEPAC
En voie de disparition
Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation

Cette espèce est dépendante de la seule plante qui sert d’hôte aux larves, le ptéléa trifolié, qui se limite à une étroite bande du sud-ouest de l’Ontario et qui est évalué actuellement comme espèce « préoccupante ». Ce papillon nocturne a une aire de répartition encore plus limitée que celle de son hôte, sa présence n’étant connue que sur la rive ouest de la pointe Pelée et sur l’île Pelée. Très peu d’individus ont été détectés. Les menaces les plus imminentes comprennent la perte des habitats littoraux par l’érosion, la succession végétale et les espèces de plantes envahissantes.

Description et importance de l’espèce sauvage

Le perceur du ptéléa est un petit papillon nocturne (envergure de 17 à 20 mm) et la seule espèce indigène de la famille des Praydidés au Canada. En dépit de sa faible taille, il se reconnaît à sa coloration et à ses motifs distinctifs : les ailes antérieures sont blanc pur piqué de points noirs, tandis que les ailes postérieures et l’abdomen sont brun rouille rosé. Les chenilles mesurent jusqu’à 20 mm de longueur et sont vert ou jaunâtre pâle avec des lignes latérales indistinctes.

Le perceur du ptéléa est l’un des trois seuls insectes herbivores connus qui entretient une association exclusive avec le ptéléa trifolié, qui est actuellement classé « espèce préoccupante » aux échelles provinciale (Ontario) et fédérale.

Répartition

Le perceur du ptéléa se rencontre depuis le sud de la région des Grands Lacs jusqu’au centre-sud du Texas, en passant par les États du Midwest. Son aire de répartition est plus restreinte que celle de sa plante hôte larvaire, le ptéléa trifolié. Il est apparemment absent dans une grande partie de l’aire de répartition du ptéléa trifolié, qui s’étend depuis le sud de la plaine côtière de l’Atlantique jusqu’à la côte du golfe du Mexique, dans le sud-est des États-Unis. Au Canada, le perceur du ptéléa est reconnu comme présent uniquement à la pointe Pelée. On soupçonne également sa présence à l’île Pelée, car les dommages caractéristiques dus à l’alimentation larvaire y ont été observés. Au Canada, la superficie de l’aire de répartition du perceur du ptéléa est estimée à 148 km2.

Carte montrant la répartition présumée du perceur du ptéléa (Prays atomocella). La répartition présumée est fondée sur les mentions de collecte confirmées et les signes témoignant de la présence probable de l’espèce au parc national de la Pointe Pelée ainsi que sur les sites potentiels signalés en 2009 et en 2010 sur l’île Pelée.
Map showing the Canadian distribution of Spiny Softshell (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le perceur du ptéléa (Prays atomocella) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition canadienne présumée du perceur du ptéléa

Carte montrant la répartition canadienne présumée du perceur du ptéléa (Prays atomocella). Les occurrences confirmées du perceur du ptéléa sont toutes comprises dans le parc national de la Pointe-Pelée sur la rive nord du lac Érié. En 2009 et en 2010, des signes attestant la présence probable de l’espèce (pousses de ptéléa trifolié présentant des dommages caractéristiques) ont également été décelés sur l’île Pelée

Habitat

Le perceur du ptéléa dépend de son unique plante hôte larvaire, le ptéléa trifolié, qui pousse le long du littoral du lac Érié. Le ptéléa trifolié forme souvent la bande de végétation riveraine la plus avancée vers les eaux du lac et de ce fait activement soumise au régime de perturbations naturelles, en particulier l’érosion par le vent et les vagues. Le perceur du ptéléa a été observé uniquement dans les plus grandes sous-populations de sa plante hôte, mais il n’a pas été trouvé parmi les plus petites sous-populations plus isolées réparties le long du littoral du lac Érié, au nord-est de la pointe Pelée.

Biologie

Nos connaissances sur le cycle vital du perceur du ptéléa sont fragmentaires. En Ontario, l’espèce est univoltine, et les adultes sont actifs entre le milieu et la fin de juin. Les femelles déposent alors leurs œufs sur les feuilles ou les pousses de la plante hôte. Les chenilles semblent se nourrir uniquement sur les pousses de l’année. On ignore la durée précise des différentes étapes du cycle vital (œuf, chenille et adulte), et l’œuf et le comportement de ponte demeurent à décrire.

Le développement larvaire s’amorce probablement durant les mois d’été suivant l’éclosion de l’œuf. Les jeunes chenilles pénètrent dans une jeune pousse et forent une cavité caractéristique dans la tige ligneuse sous la pousse. Le matériel excavé est intégré à un couvercle soyeux couvrant la cavité et forme un court tube qui sert probablement de refuge contre les prédateurs et les parasitoïdes. Les chenilles hibernent probablement dans la galerie qu’elles ont forée dans la tige, comme c’est le cas chez d’autres espèces du genre Prays, puis recommencent à se nourrir au printemps suivant lorsque les plantes produisent de nouvelles pousses. Leur développement achevé, elles s’extraient de la tige pour se nymphoser à l’intérieur d’un cocon en dentelle distinctif, souvent parmi les grappes de fleurs de la plante hôte. L’alimentation des adultes n’a jamais été documentée.

Taille et tendances des populations

On ne dispose d’aucune estimation de la taille des populations. En 2010, des traces d’alimentation larvaire consistant en 84 pousses endommagées de ptéléa trifolié, soit 62 à la pointe Pelée et 22 sur l’île Pelée, ont été observées. Antérieurement, les seules mentions connues de l’espèce étaient fondées sur la capture ou l’observation d’individus uniques entre 1927 et 2013.

Les tendances de la population sont également inconnues. L’abondance du perceur du ptéléa a possiblement augmenté en réaction à la hausse du nombre d’individus de la plante hôte observée dans le cadre de relevés exhaustifs à la pointe Pelée et sur l’île Pelée entre 2002 et 2014. Cette augmentation de l’abondance de la plante hôte contraste avec les déclins apparents enregistrés entre 1982 and 2002 et risque d’être atténuée par les pertes actuelles et futures d’habitat. Le ptéléa trifolié est abondant à la pointe Pelée, la population s’y établissant à plus de 10 000 sujets matures, soit 80 à 90 % du nombre total de sujets matures connus au Canada. L’île Pelée abrite la deuxième plus grande sous-population de ptéléa trifolié au Canada, estimée à 1 000 individus.

Menaces et facteurs limitatifs

Les menaces auxquelles le perceur du ptéléa est exposé comprennent la plupart des menaces qui pèsent sur le ptéléa trifolié. L’impact potentiel des menaces est toutefois plus élevé chez le perceur du ptéléa, car ce dernier n’est pas présent au sein de toutes les sous-populations de sa plante hôte. Les menaces les plus imminentes comprennent l’érosion du littoral, la succession végétale, l’aménagement du littoral, les activités récréatives et les plantes envahissantes. Les pullulations d’un petit papillon également associé au ptéléa trifolié, l’Agonopterix pteleae, sont également considérées comme une menace potentielle, car les chenilles de ce papillon peuvent défolier presque entièrement les ptéléas trifoliés et nuire aux populations de perceurs du ptéléa en leur livrant une compétition directe pour les ressources et en provoquant le dépérissement des feuilles et des pousses. Il a également été démontré que les applications de pesticides destinées à enrayer les pullulations de la spongieuse ont des effets néfastes pour d’autres espèces de Lépidoptères.

Protection, statuts et classements

Le perceur du ptéléa ne bénéficie d’aucune protection légale et n’est pas classé en Ontario ni dans aucun des États où il se rencontre. Son habitat est protégé dans le parc national de la Pointe-Pelée en vertu de la Loi sur les parcs nationaux. Sur l’île Pelée, une occurrence présumée du perceur du ptéléa a été décelée le long du littoral, à proximité immédiate d’une emprise routière sous la responsabilité de la municipalité de l’Île Pelée (Municipality of Pelee Island). D’autres occurrences ont également été signalées sur l’île Pelée, dans la réserve naturelle Fish Point, où l’habitat est protégé en vertu de la Loi sur les parcs provinciaux et les réserves de conservation.

Le ptéléa trifolié est classé « espèce préoccupante » au Canada et en Ontario, et tant l’espèce que son habitat sont protégés en vertu de la Loi sur les espèces en péril et de la Loi sur les espèces en voie de disparition, respectivement. Il est classé par NatureServe non en péril (G5) à l’échelle mondiale; à l’échelle infranationale, il est classé selon les États gravement en péril (S1) à vulnérable (S3) dans l’État de New York, au New Jersey et au Maryland, mais le perceur du ptéléa n’y est pas tenu pour présent. Au Wisconsin, où l’on compte au moins une occurrence historique du perceur du ptéléa, le ptéléa trifolié est classé en péril (S2), et sa conservation soulève vraisemblablement des préoccupations.


21. Plectrophane de McCown

Photo of a Jefferson Salamander (voir longue description ci-dessous)
Photo : © Gordon Court
Nom scientifique
Rhynchophanes mccownii
Taxon
Oiseaux
Statut du COSEPAC
Menacée
Aire de répartition canadienne
Alberta, Saskatchewan

Justification de la désignation

Cet oiseau des prairies a connu un grave déclin de population depuis au moins la fin des années 1960, et il y a des indications que le déclin se poursuit et demeure important. L’espèce est principalement menacée par la perte et la dégradation continues des habitats de prairie dans ses lieux de reproduction et d’hivernage.

Description et importance de l’espèce sauvage

Le Plectrophane de McCown (Rhynchophanes mccownii) est un oiseau chanteur gris ou brun grisâtre qui ressemble à un moineau. La queue blanche est ornée d’un motif noir caractéristique en forme de « T » inversé. Chez le mâle, la tête est blanchâtre, et la calotte, la moustache et la tache pectorale sont noires. En tant qu’espèce endémique aux prairies du Nord, le Plectrophane de McCown est un indicateur utile de l’état de cet habitat.

Répartition

L’aire de reproduction s’étend depuis le sud de l’Alberta et l’est du Montana vers l’est jusque dans le sud de la Saskatchewan et jusqu’à l’extrémité ouest du Dakota du Nord et du Dakota du Sud. Elle est légèrement disjointe dans l’est du Wyoming et s’étend quelque peu jusqu’aux États voisins. Par le passé, l’aire de reproduction s’étendait vers l’est jusqu’au Minnesota et, vers le sud, jusqu’en Oklahoma. L’aire d’hivernage correspond au sud-ouest des États-Unis (principalement le Texas, le Nouveau-Mexique et l’Arizona) et au nord du Mexique (principalement les États de Chihuahua et de Sonora).

Répartition du Plectrophane de McCown (Rhynchophanes mccownii) au Canada, montrant une partie de l’aire de reproduction de l’espèce (COSEWIC, 2006). Il est rare d’observer cette espèce en périphérie de son aire de reproduction (rayures diagonales). Le Plectrophane de McCown n’est pas présent dans les hautes altitudes des Cypress Hills (noir).
Unisexual Jefferson Salamader (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2006. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le rapport de situation sur le Bruant de McCown (Calcarius mccownii) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition canadienne du Plectrophane de McCown

Carte montrant la répartition canadienne du Plectrophane de McCown (Rhynchophanes mccownii), qui représente 23 % de l’aire de reproduction mondiale de l’espèce. Au Canada, l’espèce se reproduit seulement dans le sud-est de l’Alberta et le sud-ouest de la Saskatchewan, excluant les plus hautes altitudes des Cypress Hills. Il est rare d’observer cette espèce en périphérie de son aire de reproduction, dans la zone indiquée par les rayures diagonales.

Habitat

L’espèce niche dans la prairie sèche où les herbes clairsemées ont été coupées à ras et où l’on trouve des parcelles de sol nu ainsi que quelques arbustes ou quelques plantes herbacées non graminoïdes. L’habitat comprend la prairie à herbes courtes, les pâturages non indigènes, la prairie mixte broutée à ras et certains champs cultivés. Au cours du siècle dernier, la superficie de l’habitat de reproduction a diminué, et la perte et la dégradation de l’habitat se poursuivent, principalement parce que les prairies indigènes sont converties en terres agricoles.

Biologie

Le Plectrophane de McCown commence probablement à se reproduire au cours de sa première année. L’espèce est monogame et territoriale, et l’oiseau élève une couvée par année et, plus rarement, deux couvées par année. Le taux d’éclosion est élevé et le manque de nourriture est rare, mais les prédateurs pillent 30 à 75 % des nids. Les variables démographiques, en particulier le taux de retour et le taux de survie, sont par ailleurs peu connues. Les invertébrés, notamment les sauterelles, sont la principale nourriture des oisillons, alors que les adultes consomment surtout des graines. Les plectrophanes quittent le Canada en direction des lieux d’hivernage à compter du mois d’août et reviennent au Canada à compter du mois d’avril suivant.

Taille et tendances des populations

Selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS), la population au Canada est estimée à 138 000 adultes, ce qui correspond à 23 % environ de la population mondiale de Plectrophanes de McCown. Selon les meilleures données sur les tendances, révélées par le BBS, la population aurait diminué de 98 % au Canada entre 1970 et 2012 et d’au moins 30 % durant la décennie de 2002-2012.

Menaces et facteurs limitatifs

Parmi les menaces pesant sur l’espèce, on compte les modifications des systèmes naturels, les effluents agricoles, le forage pétrolier et gazier, les cultures annuelles et pérennes de produits autres que le bois, l’énergie renouvelable et les corridors de transport et de service. L’impact global des menaces est élevé ou moyen.

Protection, statuts et classements

Le Plectrophane de McCown est protégé en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, et l’espèce est inscrite comme espèce préoccupante à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril. À l’échelle mondiale, l’espèce est considérée comme apparemment non en péril, mais elle est considérée comme en péril ou vulnérable dans la plupart des États américains de son aire de répartition. En Alberta et en Saskatchewan, elle est considérée comme vulnérable ou apparemment non en péril.


22. Ptéléa trifolié

Photo d’un ptéléa trifolié (Ptelea trifoliata), petit arbre/arbuste dont l’écorce est lisse et brun rougeâtre.
Photo : © Gary Allen
Nom scientifique
Ptelea trifoliata
Taxon
Plantes vasculaires
Statut du COSEPAC
Préoccupante
Aire de répartition canadienne
Ontario

Justification de la désignation

Au Canada, ce petit arbre dont la vie est de courte durée se retrouve dans le sud-ouest de l’Ontario, colonisant des habitats littoraux sableux. Un déclin à long terme de la qualité et de l’étendue de l’habitat est prévu en raison des effets du renforcement des rivages et de l’extraction historique de sable dans le lac Érié. Une sous-population dépend d’efforts de gestion continus. Des activités d’inventaire améliorées ont permis de recenser un nombre considérablement accru d’individus matures, ce qui réduit le risque global pour cette espèce.

Description et importance de l’espèce sauvage

Le ptéléa trifolié (Ptelea trifoliata) est un petit arbre de la famille des Rutacées. Les feuilles sont alternes, trifoliolées et aromatiques. La floraison se produit au début de l’été. Les fleurs sont de couleur crème, comportent quatre ou cinq pétales et sont réunies en groupes terminaux. Le fruit arrive à maturité tard en saison; il est sec, discoïde, et renferme deux ou trois graines.

Le ptéléa trifolié est souvent une composante de la végétation stabilisant certaines portions du littoral du lac Érié. Il est employé à des fins médicinales et économiques, y compris par les Premières Nations, depuis fort longtemps. Le ptéléa trifolié est l’une des deux espèces indigènes du Canada dont s’alimentent les chenilles du grand porte-queue, et est la principale source de nectar des jeunes porte-queues verdâtres adultes. Il est également le seul hôte de la larve du perceur du ptéléa. L’Agonopterix pteleae et le Phloeotribus scabricollis sont également des herbivores spécialistes du ptéléa trifolié.

Répartition

La sous-espèce typique (P. trifoliata ssp. trifoliata) est naturellement présente depuis les Grands Lacs inférieurs jusqu’au Texas et, vers l’est, depuis l’est de la Pennsylvanie et le sud de la Nouvelle-Angleterre jusqu’au nord de la Floride. D’autres sous-espèces sont présentes plus au sud et à l’ouest, jusqu’au Mexique.

Répartition du ptéléa trifolié (Ptelea trifoliata) au Canada, montrant les observations faites avant 2002 (cercles vides) et les observations faites entre 2002 et 2014 (cercles pleins). La répartition de l’espèce est confinée à l’extrême sud de l’Ontario, et plus précisément au rivage du lac Érié et à quelques sites à l’intérieur des terres.
Map of global distribution Small-mouthed  Salamander (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le ptéléa trifolié (Ptelea trifoliata) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition canadienne du ptéléa trifolié

Carte montrant la répartition canadienne du ptéléa trifolié (Ptelea trifoliata), où les cercles vides représentent des observations faites avant 2002 et les cercles pleins, les observations faites entre 2002 et 2014. Au Canada, la répartition de l’espèce est confinée au sud de l’Ontario, et plus précisément au rivage du lac Érié et à quelques sites à l’intérieur des terres.

Habitat

En Ontario, le ptéléa trifolié pousse presque exclusivement sur les bords du lac Érié ou à proximité, souvent dans des milieux subissant des perturbations naturelles, où il fait partie de la lisière extérieure de la végétation ligneuse littorale.

Photo d’un fruit du ptéléa trifolié Ptelea trifoliata). La figure montre le fruit ailé, discoïde, indéhiscent et sec qui renferme de 2 à 3 graines.
Photo : © Gary Allen

Biologie

Le ptéléa trifolié est une espèce dioïque (fleurs mâles et fleurs femelles portées par des individus différents) qui est pollinisée par des insectes. Les fruits sont principalement dispersés par le vent. Ils peuvent à l’occasion être dispersés sur l’eau, à la faveur de morceaux de glace de lac ou de débris. Les semis s’établissent facilement dans les milieux ouverts ou perturbés.

Taille et tendances des populations

La tendance de la population canadienne est inconnue. Cependant, dans les sites pour lesquels des données sur les sous-populations sont disponibles (moins de 10 % du total), le nombre d’individus matures semble avoir augmenté d’environ 200 % depuis le dernier rapport publié en 2002. Les effectifs de neuf sites sont en hausse, et trois petits sites ont disparu en raison du développement. En outre, on ne peut établir de tendance pour 34 sites, à cause de l’absence de données comparables. Onze sites qui n’avaient jamais été répertoriés auparavant ont été signalés, et deux des trois sites qui étaient considérés comme disparus en 2002 ont été redécouverts. Le nombre total d’individus matures au Canada est estimé à 12 000.

Menaces et facteurs limitatifs

Au Canada, le ptéléa trifolié s’établit rarement dans les milieux ouverts à l’intérieur des terres, étant principalement confiné aux milieux littoraux. Les principales menaces qui pèsent sur l’espèce sont la perte d’habitat résultant de la modification des processus riverains, la succession végétale et l’aménagement des rives.

Protection, statuts et classements

Au Canada, le ptéléa trifolié figure sur la liste des espèces menacées tant à l’échelle fédérale (annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril) que provinciale, et l’espèce est protégée à la fois par la Loi sur les espèces en péril (LEP) et par la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario. Un programme de rétablissement de l’espèce a été publié en 2012, et plusieurs des principaux objectifs visés ont été abordés. Le COSEPAC a attribué au ptéléa trifolié le statut d’espèce préoccupante en novembre 2015.

À l’échelle mondiale, NatureServe a attribué au ptéléa trifolié la cote G5 (manifestement non en péril); l’espèce est toutefois cotée S1 (gravement en péril) au New Jersey et dans l’État de New York, S4 (apparemment non en péril) en Virginie et S3 (vulnérable) en Ontario. Le ptéléa trifolié n’a pas été évalué en vue de son inclusion dans la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).


23. Sanicle patte-d'ours

Photo d’une sanicle patte-d’ours (Sanicula arctopoides), plante à fleur herbacée, vivace et basse.
Photo : © Matthew Fairbarns
Nom scientifique
Sanicula arctopoides
Taxon
Plantes vasculaires
Statut du COSEPAC
Menacée
Aire de répartition canadienne
Colombie-Britannique

Justification de la désignation

Cette fleur sauvage vivace n’est présente au Canada que le long d’une bande côtière de 30 km dans l’extrême sud-est de l’île de Vancouver. Bien que cette fleur sauvage puisse vivre pendant plus de 10 ans, elle fleurit et produit des fruits une seule fois, puis meurt. Elle occupe de petites zones d’habitat de pré restant, lequel se voit modifié par l’envahissement des plantes exotiques. Plusieurs nouveaux sites, découverts depuis la dernière évaluation de l’espèce, ont réduit le risque pour cette plante. La majeure partie de la population canadienne est présente à un site, qui est également menacé par le broutage d’une population non migratrice et nouvellement résidente de la Bernache du Canada. Un important piétinement par les humains affecte également quelques sites. Bon nombre des sous-populations connues ont relativement peu d’individus et pourraient ne pas persister. 

Description et importance de l’espèce sauvage

La sanicle patte-d’ours est une plante à fleur herbacée vivace basse à racine pivotante. Les feuilles basilaires, profondément lobées et bordées de dents pointues, forment une rosette compacte. Les inflorescences sont compactes et se composent de nombreuses fleurs jaune vif qui produisent des fruits munis de soies terminées par des crochets. La sanicle patte-d’ours fait partie d’un groupe de plus de 50 espèces qui sont rares à l’échelle nationale et limitées (au Canada) aux chênaies de Garry et aux écosystèmes connexes, dans le sud de l’île de Vancouver et les îles Gulf adjacentes.

Répartition

Au Canada, la sanicle patte-d’ours est présente uniquement dans une bande côtière de 30 km à proximité de Victoria, en Colombie-Britannique. Neuf sous-populations de sanicle patte-d’ours existantes sont connues au Canada. Aux États-Unis, l’espèce est présente dans les îles San Juan, dans l’État de Washington, et le long de la côte dans les États de Washington d’Oregon et de Californie. Dans l’État de Washington, les sous-populations sont très petites, et l’espèce est en péril. L’occurrence des États-Unis qui se trouve la plus près des sous-populations canadiennes (îles San Juan) est à environ 25 km de celles-ci et en est séparée par plusieurs kilomètres d’océan, de sorte que la dispersion entre ces sites est peu probable.

Carte de répartition de la sanicle patte-d’ours (Sanicula arctopoides) au Canada, où chaque cercle représente une localité. Moins de 1 % de l’aire de répartition mondiale de l’espèce se trouve au Canada. Carte fournie par : Jenny Wu, Secrétariat du COSEPAC.
Map showing the Canadian distribution of the Western Yellow-bellied Racer (voir longue description ci-dessous)
Source: COSEPAC 2015. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le ptéléa trifolié (Ptelea trifoliata) au Canada.
Description longue pour la carte montrant la répartition de la sanicle patte-d’ours

Carte montrant la répartition de la sanicle patte-d’ours (Sanicula arctopoides) au Canada, où chaque cercle représente une localité. Moins de 1 % de l’aire de répartition de l’espèce se trouve au Canada. La répartition canadienne s’étend sur 30 km le long du rivage de l’île de Vancouver, Victoria se trouvant environ au milieu de cette région.

Habitat

Au Canada, la sanicle patte-d’ours pousse uniquement dans des prés maritimes sujets à la sécheresse, à de faibles altitudes, sur le littoral. Les individus de l’espèce sont soumis à de grandes fluctuations saisonnières de la disponibilité de l’eau; des pluies abondantes sont généralement reçues à partir du milieu de l’automne et se poursuivent durant le reste de l’automne et l’hiver, puis cessent pour faire place aux sécheresses estivales, durant lesquelles la sanicle patte-d’ours demeure en dormance. Les conditions sèches en été empêchent la croissance d’arbres et d’arbustes indigènes, mais le genêt à balais, espèce exotique envahissante, est souvent présent. La sanicle patte-d’ours se rencontre généralement dans des milieux dominés par des plantes herbacées non graminoïdes et des graminées basses (< 20 cm de hauteur). Quelques espèces indigènes sont parfois relativement communes dans ces milieux, mais les espèces exotiques envahissantes de plantes herbacées non graminoïdes et de graminées sont généralement dominantes.

Biologie

La sanicle patte-d’ours est une espèce vivace monocarpique, ce qui signifie que les individus meurent entièrement après avoir fleuri et produit des graines. La germination des graines est observée à partir du début décembre et se poursuit parfois jusqu’en mars. Les plantes atteignent généralement leur grandeur maximale annuelle en avril ou en mai. Les petits individus non reproducteurs entrent en dormance, ou leurs parties aériennes meurent, à la fin mai ou au début juin, lorsque les sécheresses estivales s’intensifient. Les individus plus âgés et plus gros fleurissent en mars ou en avril, et leurs fruits sont mûrs au milieu ou à la fin de juin. Les fruits, secs et petits, sont couverts de soies terminées par des crochets qui peuvent rester accrochés à la fourrure ou au plumage des animaux ou aux vêtements des passants et ainsi favoriser la dispersion des graines. Les individus en dormance reprennent leur croissance en octobre ou en novembre et poussent lentement durant l’hiver. La majeure partie des graines germent durant l’automne suivant leur dispersion, ou alors elles meurent dans le sol. La plupart des semis meurent après quelques mois, et les survivants poussent lentement. La durée d’une génération est estimée à 14 ans.

Taille et tendances des populations

La population canadienne totale compte actuellement environ 2 900 individus matures. Il y a neuf sous-populations existantes au Canada. Cinq de ces neuf sous-populations comprennent moins de 50 individus matures. Environ 85 % de la population canadienne se concentre dans une seule sous-population, celle des îles Trial. La seule autre sous-population canadienne qui compte de manière constante plus de 100 individus matures est celle de la pointe Harling, qui se trouve sur un cap rocheux sur l’île de Vancouver, à proximité des îles Trial. Les données disponibles sur l’habitat de l’espèce donnent à penser que l’effectif et la taille de la population canadienne totale ont probablement subi un déclin au cours des 3 dernières générations (42 ans). La sanicle patte-d’ours est gravement en péril dans l’État de Washington; il est donc peu probable qu’une dispersion à partir de populations des États-Unis se produise et permette l’établissement de nouvelles populations au Canada.

Menaces et facteurs limitatifs

Dans l’ensemble de l’aire de répartition de la sanicle patte-d’ours, le principal facteur limitatif est le fait que l’espèce ne pousse que dans un type d’habitat rare, dans une très petite région du Canada. La principale menace pesant sur l’espèce est le déclin continu de la qualité de son habitat causé par l’augmentation de l’abondance des espèces envahissantes. Les autres menaces importantes sont l’herbivorie par la population non migratrice, nouvellement résidente et croissante de Bernache du Canada, observée dans plusieurs localités de sanicle patte-d’ours au Canada, les activités de construction et d’exploitation, le piétinement dans les sites fortement utilisés par les humains ainsi que le changement climatique, qui devrait entraîner une diminution du caractère convenable de l’habitat occupé.

Protection, statuts et classements

La sanicle patte-d’ours figure à titre d’espèce en voie de disparition à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral et est donc protégée par les dispositions de cette loi. En Colombie-Britannique, l’espèce n’est protégée par aucune loi provinciale sur les espèces en péril. La sanicle patte-d’ours a été classée comme non en péril à l’échelle mondiale, mais comme gravement en péril au Canada. En outre, la sanicle patte-d’ours est gravement en péril dans l’État de Washington, et sa situation n’a pas été évaluée en Oregon et en Californie, où l’espèce est également présente.


24. Tortue molle à épines

Photo d’une tortue-molle ȧ épines (Apalone spinifera), tortue au profil aplati qui possède une dossière recouverte d’une peau ressemblant ȧ du cuir et dépourvue d’écailles.
Photo : © Ryan M. Bolton
Nom scientifique
Apalone spinifera
Taxon
Reptiles
Statut du COSEPAC
En voie de disparition
Aire de répartition canadienne
Ontario, Québec

Justification de la désignation

Le déclin continu de cette espèce en Ontario et au Québec est attribué au très faible recrutement résultant de la perte de l’habitat de nidification. Les sites convenables de nidification et d’exposition au soleil ont disparu ou ont été dégradés en raison du développement, de l’altération de régimes hydrologiques (p. ex. barrages, inondations, érosion des berges des rivières), des plantes envahissantes, de l’utilisation récréative et de la récolte illégale d’individus. Sans protection du nid, peu d’oeufs survivent à la prédation par une abondance accrue de mammifères.

Description et importance de l’espèce sauvage

Les tortues molles à épines (Apalone spinifera) présentent un dimorphisme sexuel de taille notable, la dossière des mâles pouvant atteindre une longueur de 22 cm et celles des femelles, une longueur de 54 cm. La dossière, de couleur olive à havane, est relativement plate, ronde à ovale et recouverte d’une peau ressemblant à du cuir. Elle est garnie de projections épineuses le long du bord antérieur, celles-ci étant plus évidentes chez les femelles adultes. La tortue molle à épines est bien adaptée à la nage avec un plastron réduit, une forme hydrodynamique et des pattes antérieures et postérieures fortement palmées. Son cou est long, pouvant atteindre, lorsqu’il est étiré, presque les ¾ de la longueur de la dossière. Sa tête est relativement étroite et allongée et se termine par un long nez en forme de trompe. Les membres de la famille des Trionychidés ont une répartition mondiale et ont divergé d’autres tortues au Crétacé. L’espèce est importante, parce que c’est la seule représentante indigène de la famille des Trionychidés au Canada. Les populations canadiennes se trouvent à la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce et sont adaptées au climat nordique (p. ex. par une période d’hibernation prolongée). Contrairement au sexe d’autres espèces de tortues canadiennes, qui est déterminé par la température d’incubation des œufs, le sexe des tortues molles est génétiquement déterminé.

Répartition

À l’échelle mondiale, la tortue molle à épines est présente dans l’est de l’Amérique du Nord, depuis les États de la Nouvelle-Angleterre, en passant par l’extrême sud du Québec et de l’Ontario, vers l’ouest jusqu’au Nebraska, vers le sud jusqu’au Texas et, en traversant les États du golfe du Mexique, jusqu’à l’Atlantique. La population canadienne se divise en deux sous-populations géographiquement distinctes : la sous-population des Grands Lacs et du Saint-Laurent, dans le sud du Québec, et la sous-population carolinienne, dans le sud de l’Ontario.

Répartition de la tortue molle à épines (Apalone spinifera) au Canada (aire de répartition de la tortue molle à épines de l’Est [sous espèce] d’après Conant et Collins [1998]). Cette carte représente l’aire de répartition générale de l’espèce, et ne montre pas l’information détaillée sur la présence et l’absence d’observations dans l’aire de répartition.
Map showing the distribution of Wrinkled Shingle Lichen (voir longue description ci-dessous)
Source: Environnement Canada 2016. Programme de rétablissement de la tortue molle à épines (Apalone spinifera) au Canada [Proposition].
Description longue pour la carte montrant la répartition canadienne de la tortue molle à épines.

Carte montrant la répartition canadienne de la tortue molle à épines (Apalone spinifera). La population canadienne est divisée en deux sous-populations, une dans le sud du Québec et une dans le sud-ouest de l’Ontario. L’aire de répartition canadienne de l’espèce représente actuellement environ 1 % de son aire de répartition mondiale.

Habitat

La tortue molle à épines fréquente une grande variété de milieux aquatiques, y compris des rivières, des ruisseaux marécageux, des méandres morts, des lacs et des bassins de retenue. Ces milieux ont plusieurs caractéristiques en commun : un fond mou, une végétation aquatique clairsemée et la présence de barres de sable ou de vasières. Les sites d’hivernage se trouvent généralement dans des lacs et des rivières bien oxygénés.

Biologie

La tortue molle à épines peut vivre plusieurs dizaines d’années. La maturité sexuelle est atteinte tardivement, probablement pas avant 12-15 ans chez les femelles à la limite nord de l’aire de répartition au Canada. Sous l’influence du climat, le cycle vital de l’espèce est caractérisé par une longue hibernation et une période de croissance et d’activité courte. Les unités thermiques cumulatives durant la période d’activité déterminent le temps requis par l’incubation. La ponte des œufs survient habituellement en juin ou en juillet, la taille moyenne d’une couvée étant d’environ 20 œufs. Il semblerait que la plupart des femelles ne pondent qu’une seule fois par année, mais certaines ont deux couvées au cours d’une même année. Le temps d’incubation varie généralement de 60 à 75 jours, et la température ambiante du nid peut le prolonger ou l’accélérer. Le recrutement naturel est faible en raison d’une prédation élevée des œufs.

Taille et tendances des populations

La taille de la population est petite, et elle est en déclin. En Ontario, on estime que le nombre total d’individus matures est inférieur à 1 000, et il continue de diminuer. Les données de suivi des nids pour les trois plus importantes localités au Canada indiquent toutes des déclins d’environ 45 % du nombre total d’individus matures, au cours des deux dernières décennies. On prévoit d’importants déclins dans le futur compte tenu des menaces actuelles. Au Québec, les populations historiques de trois bassins versants ont disparu ou sont devenues non viables. La seule population qui reste compterait moins de 50 femelles adultes.

Menaces et facteurs limitatifs

Les principales menaces sont la fragmentation de l’habitat et de la population par les infrastructures, l’altération du régime hydrologique (inondation des nids) par les barrages et les régimes climatiques qui changent, l’utilisation accrue à des fins récréatives et agricoles des aires de nidification et des milieux aquatiques adjacents par les humains (perturbations en période de nidification), l’utilisation de VTT, l’équitation, l’utilisation d’embarcations, l’invasion des aires de nidification par des espèces végétales non indigènes (p. ex. le roseau commun (Phragmites a. australis)), des populations élevées de mammifères prédateurs des œufs et les braconniers qui s’emparent des œufs, les blessures et la mortalité dues à la pêche et aux bateaux à moteur (collisions, hélices), et la capture illégale de tortues juvéniles et adultes. Les proliférations de cyanobactéries (p. ex. accumulation de toxines, impacts sur les proies) peuvent aussi avoir une incidence sur l’espèce. Les facteurs limitatifs comprennent notamment le temps pris pour atteindre la maturité, un faible taux de recrutement, et la contrainte que pose la chaleur estivale limitée pour la fin de l’incubation et l’émergence des nouveau-nés.

Protection, statuts et classements

À l’échelle mondiale, la tortue molle à épines est classée dans la catégorie « préoccupation mineure » par l’UICN, parce que l’espèce est largement répartie, abondante et que sa population mondiale est considérée comme stable. La cote de l’espèce est de N3 (vulnérable) au Canada, de S3 (vulnérable) en Ontario et de S1 (menacée) au Québec. La cote S1 lui a aussi été attribuée au Vermont. Au Canada, la tortue molle à épines a été désignée « menacée » par le COSEPAC pour la première fois en 1991, et son statut a été reconfirmé en 2002. Elle est inscrite à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril depuis 2005. En Ontario, l’espèce a été évaluée comme étant « menacée » par le Comité de détermination du statut des espèces en péril de l’Ontario (CDSEPO) en 1996. Elle est protégée en vertu de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition. Elle est aussi « spécialement protégée » en vertu de la Loi de 1997 sur la protection du poisson et de la faune de l’Ontario. Au Québec, la tortue molle à épines a été désignée « menacée » en 1999 en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables; elle bénéficie aussi d’une protection en vertu de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune.

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