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Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur la martre d’Amérique (population de Terre Neuve) au Canada - Mise à jour

Information sur l’espèce

Nom et classification

L’identification de sous-espèces de la martre d’Amérique (Martes americana) à partir de données morphologiques demeure spéculative et discutée. Hall (1981) a identifié 14 sous-espèces, y compris la sous-espèce M. americana atrata, endémique à Terre-Neuve. D’autres auteurs ont fait valoir que le fractionnement des sous-espèces était arbitraire et pourrait donner lieu à des erreurs attribuables à la petite taille des échantillons ou à des échantillons biaisés par le sexe des individus ou la coloration de leur fourrure (Hagmeier, 1958, 1961; Anderson, 1970; Clark et al., 1987). Hagmeier (1958, 1961) et Clark et al. (1987) reconnaissent le M. americana atrata comme la sous-espèceprésente à Terre-Neuve, mais considèrent le nom de la sous-espèce M. americana brumalis, vivant dans le nord du Québec et au Labrador, comme un synonyme. Les sous-espèces de la martre d’Amérique n’ont pas été réexaminées à la lumière des récentes études qui ont révélé une unicité génétique par rapport aux populations continentales.

Description morphologique

La martre d’Amérique est un mustélidé arboricole au corps long et effilé. Ses membres sont courts, ses pieds larges et ses griffes semi rétractiles lui permettent de grimper. La tête est large et s’amincit pour former un museau pointu; les oreilles sont grandes et arrondies. La queue touffue mesure environ la moitié de la longueur du corps. Le pelage dense, long et soyeux va de chamois clair à brun foncé sur le dos. La tache sur la gorge et le thorax va de crème à orange vif. Les mâles sont environ 15 p. 100 plus longs que les femelles et jusqu’à 65 p. 100 plus lourds.

Les Martes americana atrata, qui occupent Terre-Neuve, le Labrador et le Nord québécois (figure 1) sont de grande taille et de coloration foncée (Hagmeier, 1961) par rapport aux martres de la forme vivant au sud et à l’ouest (M. americana americana), qui sont de petite taille et de coloration pâle. Les martres de la sous-espèce atrata et de la population de Terre-Neuve sont relativement grosses : le poids moyen des mâles dépasse 1 325 g. (Bissonette et al., 1988; Smith et Schaefer, 2002; Hearn et al., 2005).

Figure 1. La martre de Terre-Neuve (Martes americana atrata) Photographie : Lem Mayo

La martre de Terre-Neuve (Martes americana atrata) Photographie : Lem Mayo

Description génétique

En examinant le gène du cytochrome b de l’ADNmt, Carr et Hicks (1997) n’ont pu établir qu’il y avait divergence entre la martre de Terre-Neuve et la plupart des populations continentales du groupe americana. Cependant, pour ce qui est des microsatellites d’ADN (Kyle et Strobeck, 2003), et dans une certaine mesure l’ADN polymorphe amplifié de façon aléatoire (McGowan et al., 1999), la population de Terre-Neuve est génétiquement distincte des populations continentales de martres du groupe americana, lesquelles présentent une homogénéité relative suggérant une contiguïté génétique dans l’ensemble du Canada (Kyle et Strobeck, 2003). La variation génétique de la martre de Terre-Neuve est notablement plus faible que celle des populations continentales (McGowan et al., 1999, Kyle et Strobeck, 2003). L’hétérozygotie espérée (HE) moyenne de la population de Terre-Neuve est de 40,2 p. 100 par rapport à une moyenne de 63,6 p. 100 chez 24 populations continentales du Canada (Kyle et Strobeck, 2003).

La faible variation génétique et la divergence par rapport aux populations continentales vont de pair avec la dérive génétique et l’absence d’immigration attribuables à un isolement qui perdure depuis la dernière période glaciaire. Les récents déclins observés dans la population pourraient affaiblir davantage la variation génétique sur l’île. La population introduite dans le bassin versant de la rivière Main à partir d’autres régions de Terre-Neuve montre une diversité génétique plus faible que d’autres populations de l’île (M. McGrath, comm. pers., 2007), phénomène qui pourrait être dû à l’effet fondateur et témoigner d’un certain isolement. La reconnaissance de la population de Terre-Neuve de martres d’Amérique en tant qu’unité désignable repose sur ses particularités génétiques et écologiques (Green, 2005).