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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la troncille pied-de-faon au Canada

Résumé

Troncille pied-de-faon
Truncilla donaciformis

Information sur l’espèce

Le troncille pied-de-faon est une petite moule d’eau douce. En Ontario, les adultes mesurent généralement autour de 35 mm; on a rapporté une longueur maximale de 45 mm. La coquille est modérément épaisse, ovale à triangulaire, arrondie sur le bord antérieur et en pointe émoussée sur le bord postérieur. La crête postérieure proéminente est arrondie et aplatie dorsalement. Le sommet, ou umbo (partie la plus ancienne de la coquille), est complet, central et légèrement élevé au-dessus de la charnière. Il est composé de 3 à 8 fins bourrelets; le premier est concentrique, alors que les autres sont à faible boucle double. La coquille est lisse, jaune à verdâtre, arborant souvent de nombreux rayons vert foncé quelquefois brisés en V ou en chevrons.

Répartition

L’aire de répartition mondiale du troncille pied-de-faon se limite au centre de l’Amérique du Nord, où sa répartition est étendue. En effet, on rencontre l’espèce dans 23 États des États-Unis et dans une province canadienne. Au Canada, le troncille pied-de-faon est seulement observé dans la région des Grands Lacs, où elle aurait autrefois habité les lacs Huron, Sainte-Claire et Érié, de même que leurs voies interlacustres et les tronçons inférieurs de certains affluents. L’aire de répartition actuelle se limite à un seul site dans le delta de la rivière Sainte-Claire, à un seul site dans le ruisseau Muskrat (bassin versant de la rivière Saugeen), à un seul site dans le cours inférieur de la rivière Sydenham, au cours inférieur de la rivière Thames, en aval de London, et au cours inférieur de la rivière Grand, entre Dunnville et Port Maitland.

Habitat

Le troncille pied-de-faon vit dans des rivières moyennes et grandes à débit modéré à faible, à des profondeurs variant de moins de 1 m à plus de 5 m; il peut aussi s’adapter à des milieux à faible débit tels que les lacs et les réservoirs. L’espèce est généralement associée à des substrats sableux ou vaseux, mais on la trouve parfois sur des substrats plus grossiers. Les populations restantes du Canada vivent habituellement dans les tronçons inférieurs de grandes rivières, sur du sable fin ou du gravier.

Biologie

Les sexes sont séparés chez le troncille pied-de-faon, mais les mâles et les femelles ne sont pas différents en apparence. Les glochidies (juvéniles immatures) sont des parasites obligatoires sur un poisson-hôte. Bien que cela ne soit pas encore confirmé pour les populations canadiennes, les poissons hôtes sont réputés être le malachigan et le doré noir, le premier étant probablement l’hôte principal. La période de gravidité de l’espèce est longue. La reproduction a lieu au printemps, et les femelles gardent les glochidies dans une poche de leurs branchies avant de les relâcher le printemps suivant. Les moules juvéniles s’enfouissent dans le substrat pendant les 3 à 5 premières années de leur vie, se nourrissant de bactéries, de détritus et d’algues provenant de l’eau interstitielle. Les adultes se rencontrent sur la surface du substrat et se nourrissent principalement en filtrant des bactéries, du plancton et des algues dans la colonne d’eau.

Taille et tendances des populations

Le troncille pied-de-faon a toujours été un représentant mineur de la communauté de moules (< 5 p. 100), quel que soit le site, et des mentions récentes indiquent qu’il en est encore ainsi. Des 5 occurrences existantes, 2 sont représentées par des spécimens individuels (lac Sainte-Claire, ruisseau Muskrat), tandis que 2 autres (rivières Sydenham et Grand) sont représentées par plusieurs individus qui proviennent toutefois d’un seul site. Seule l’occurrence de la Thames correspond à plusieurs moules prélevées dans plus d’un site. Les populations des Grands Lacs et des voies connexes, sauf celle du delta de la Sainte-Claire, ont disparu. Les populations des rivières Sydenham et Grand occupent encore l’aire de répartition historique connue. Aucune évaluation des populations du ruisseau Muskrat et de la rivière Thames ne peut être réalisée, car il n’existe aucune donnée historique.

Facteurs limitatifs et menaces

Les principaux facteurs influant sur la répartition actuelle du troncille pied-de-faon au Canada sont l’établissement des moules zébrées, qui a rendu inadéquates de vastes portions de l’habitat historique, et l’accessibilité limitée à l’habitat riverain découlant de la répartition du malachigan, hôte présumé des glochidies. Les populations fluviales restantes se limitent à de petites sections des tronçons inférieurs de cours d’eau où elles font face à une qualité de l’eau à la baisse à cause des activités agricoles et urbaines dans les portions supérieures des bassins versants.

Importance de l’espèce

Les moules d’eau douce sont des indicateurs vulnérables de la santé globale des écosystèmes et jouent un rôle important dans la structuration des communautés aquatiques. Elles fournissent nourriture et habitat à d’autres espèces animales, depuis les bactéries et le plancton microscopiques aux gros vertébrés aquatiques et terrestres. Les moulières assurent la stabilité physique des substrats, et la capacité de filtration des moules peut grandement influer sur la qualité de l’eau. Le troncille pied-de-faon est l’un des deux membres du genre Truncilla vivant au Canada.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

La Loi sur les pêches du gouvernement fédéral représente le plus important document de loi qui protège à l’heure actuelle le troncille pied-de-faon au Canada. La récolte de moules d’eau douce nécessite un permis de récolte délivré par l’autorité de la Loi sur les pêches. La dernière population lacustre de troncilles pied-de-faon qui reste se trouve dans les eaux du territoire de la Première Nation de Walpole Island. Ces eaux sont situées dans des régions à incidence relativement faible et servent essentiellement à la chasse et à la pêche. L’accès à ces régions est réglementé par des permis d’utilisateurs délivrés par la Première Nation de Waldpole Island. Les régions qui abritent des troncilles pied-de-faon chevauchent les aires de répartition de plusieurs espèces de moules protégées par la Loi sur les espèces en péril du Canada. L’espèce bénéficie peut-être indirectement de la protection accordée à ces espèces ou des mesures mises en œuvre dans le cadre des programmes de rétablissement.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (2008)

Espèce sauvage

Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d'animal, de plante ou d'une autre organisme d'origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s'est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)

Espèce sauvage qui n'existe plus.

Disparue du pays (DP)

Espèce sauvage qui n'existe plus à l'état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Note de bas de page a

Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)

Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Note de bas de page b

Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Note de bas de page c

Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page d, Note de bas de page e

Une catégorie qui s'applique lorsque l'information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l'admissibilité d'une espèce àl'évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l'espèce.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.