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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la troncille pied-de-faon au Canada

Répartition

Aire de répartition mondiale

L’aire de répartition mondiale du troncille pied-de-faon se limite au centre de l’Amérique du Nord, où sa répartition est étendue. En effet, on rencontre l’espèce dans 23 États des États-Unis et dans une province canadienne. Principalement présente dans les bassins hydrographiques des Grands Lacs et du fleuve Mississippi, l’espèce habite également le bassin de la rivière Mobile et la région côtière du Golfe (NatureServe, 2007). Aux États-Unis, le troncille pied-de-faon est observé dans les États suivants : Alabama, Arkansas, Géorgie, Iowa, Illinois, Indiana, Kansas, Kentucky, Louisiane, Michigan, Minnesota, Missouri, Massachusetts, Nebraska, New York, Ohio, Oklahoma, Pennsylvanie, Dakota du Sud, Tennessee, Texas, Wisconsin et Virginie-Occidentale (figure 2). La population de l’État de New York est considérée comme probablement disparue du pays (NatureServe, 2007). Malgré sa vaste aire de répartition, l’espèce est considérée comme apparemment stable ou stable dans seulement 6 États (Alabama, Illinois, Kentucky, Mississippi, Oklahoma et Tennessee), et la tendance mondiale globale à court terme semble être un déclin rapide à très rapide (NatureServe, 2007).

Figure 2. Aire de répartition nord-américaine du troncille pied-de-faon (Truncilla donaciformis).

Figure 2. Aire de répartition nord-américaine du troncille pied-de-faon (Truncilla donaciformis).

Aire de répartition canadienne

Au Canada, le troncille pied-de-faon se rencontre seulement dans le bassin des Grands Lacs, dans le sud de l’Ontario, notamment dans la partie inférieure du lac Huron, le lac Sainte-Claire, le lac Érié et les rivières Detroit et Niagara. Il n’y a aucune mention du troncille pied-de-faon dans les autres provinces ou dans les territoires du Canada (Metcalfe-Smith et Cudmore-Vokey, 2004).

Le troncille pied-de-faon a toujours été une espèce rare selon les registres fauniques du Canada. Seulement 58 mentions de l’espèce sont répertoriées dans la base de données sur les Unionidés des Grands Lacs inférieurs (voir la section « Collections examinées » pour en savoir plus), et elles remontent à 1930, année où Wright (1955) a détecté l’espèce dans le bassin ouest du lac Érié. En 1966, l’espèce avait été observée à plusieurs emplacements du bassin ouest du lac Érié, dont l’île Pelée et les îles East et Middle Sister. J. P. Oughton et H. van der Schalie l’ont signalée dans le cours inférieur de la rivière Grand (spécimen nº ROM23 du Musée royal de l’Ontario), le lac Sainte-Claire (spécimen nº ROM43 du Musée royal de l’Ontario) et la rivière Niagara (spécimen nº MZUM444 du Museum of Zoology de l’University of Michigan) en 1934. Le premier prélèvement d’un spécimen vivant documenté a été réalisé en 1982 par D. W. Schloesser dans la rivière Detroit. L’espèce a pour la première fois été capturée dans les rivières Sydenham, Thames et Saugeen en 1991, 1997 et 2005, respectivement.

L’aire de répartition historique (1930-1996) illustrée à la figure 3 est basée sur 43 mentions de l’espèce, dont 8 correspondent à 17 spécimens vivants. L’aire de répartition actuelle (1997-2007) montrée à la figure 4 est basée sur 15 mentions (11 mentions d’individus vivants) rapportant 56 animaux vivants. L’année 1997 a été choisie comme le point de départ des mentions actuelles, car elle marque le début d’activités de recherche continues plus intenses dans l’ensemble de l’aire de répartition du troncille pied-de-faon. L’analyse qui suit décrit en détail les aires de répartition historique et actuelle de l’espèce dans l’ensemble du bassin des Grands Lacs, en commençant par le bassin du lac Huron, puis en allant vers l’aval dans le réseau des Grands Lacs.

Figure 3. Aire de répartition historique (de 1930 à 1996) du troncille pied-de-faon (Truncilla donaciformis) au Canada. Données tirées de la base de données sur les Unionidés des Grands Lacs inférieurs.

Figure 3. Aire de répartition historique (de 1930 à 1996) du troncille pied-de-faon (Truncilla donaciformis) au Canada. Données tirées de la base de données sur les Unionidés des Grands Lacs inférieurs.

Figure 4.  Aire de répartition actuelle (de 1997 à 2007) du troncille pied-de-faon (Truncilla donaciformis) au Canada. Données tirées de la base de données sur les Unionidés des Grands Lacs inférieurs.

Figure 4.  Aire de répartition actuelle (de 1997 à 2007) du troncille pied-de-faon (Truncilla donaciformis) au Canada. Données tirées de la base de données sur les Unionidés des Grands Lacs inférieurs.

On n’avait jamais observé de troncilles pied-de-faon dans le bassin du lac Huron avant la collecte d’un spécimen vivant en 2005. Au cours d’une évaluation visant des invertébrés benthiques, un seul animal vivant a été capturé au filet troubleau dans le ruisseau Muskrat, près de la rivière Teeswater, dans le bassin hydrographique de la rivière Saugeen (Logan, comm. pers., 2007; spécimen vérifié par le rédacteur du rapport). Les échantillonnages antérieurs de moules dans ce bassin, en 1993 et 1994 (5 sites; activité = 1 heure-personne par site), n’avaient pas permis de détecter la présence de troncilles pied-de-faon (Morris et Di Maio, 1998-1999). Huit autres sites ont fait l’objet de relevés dans le bassin de la Saugeen en 2006, dont 2 sites de la rivière Teeswater (1 de ces 2 sites se trouve juste en aval de la confluence de la rivière avec le ruisseau Muskrat) (Morris et al., 2007). Malgré les grands efforts déployés (4,5 heures-personnes par site), aucun spécimen n’a été trouvé. D’autres échantillonnages dans les rivières Bayfield (18 sites en 2007), Maitland (11 sites entre 1998 et 2003) et Ausable (6 sites en 1993-1994; 15 sites entre 1998 et 2002), du bassin du lac Huron, n’ont pas permis d’obtenir de spécimens. La mention de la rivière Saugeen est unique non seulement parce qu’elle représente la seule mention dans le bassin du lac Huron, mais aussi parce qu’elle se trouve très loin en amont, bien éloigné de l’embouchure de la rivière, à l’extérieur de l’aire de répartition de son ou de ses hôtes présumés (voir la section « Cycle vital et reproduction ») et en amont des 6 premiers barrages de la rivière (voir la figure 5). Toutes les autres mentions canadiennes du troncille pied-de-faon sont associées au lac proprement dit ou à des tronçons inférieurs des rivières, en aval du premier obstacle important; il en est probablement ainsi à cause de la capacité limitée de dispersion des hôtes (voir la section « Facteurs limitatifs et menaces »).

Figure 5.  Aire de répartition du troncille pied-de-faon et aires de répartition des deux hôtes potentiels (malachigan et doré noir), et emplacement des barrages. Les données de répartition dutroncille pied-de-faon sont tirées de la base de données sur les Unionidés des Grands Lacsinférieurs, et celles des poissons, de la base de données sur la répartition des poissons de Pêches et Océans Canada. Les données sur l’emplacement des barrages sont fournies par les offices de protection de la nature.

Figure 5.  Aire de répartition du troncille pied-de-faon et aires de répartition des deux hôtes potentiels (malachigan et doré noir), et emplacement des barrages. Les données de répartition dutroncille pied-de-faon sont tirées de la base de données sur les Unionidés des Grands Lacsinférieurs, et celles des poissons, de la base de données sur la répartition des poissons de Pêches et Océans Canada. Les données sur l’emplacement des barrages sont fournies par les offices de protection de la nature.

Nalepa et Gauvin (1988) ont entrepris les premiers relevés extensifs d’Unionidés dans le lac Sainte-Claire, et Nalepa et al. (1996) en ont effectué en 1986, 1990 et 1992. Ces activités ont permis d’établir que le troncille pied-de-faon représentait une petite portion de la grande communauté de moules d’eau douce. Nalepa et Gauvin (1988) ont signalé 1 seul individu dans 1 des 29 sites qu’ils ont échantillonnés, alors que Nalepa et al. (1996) ont rapporté que le troncille pied-de-faon représentait entre 0,35 p. 100 et 2,4 p. 100 de la mytilifaune globale dans ces mêmes sites. Dans le cadre de leurs récents relevés, Zanatta et al. (2002) et Metcalfe-Smith et al. (2004) ont seulement trouvé un individu.

Le troncille pied-de-faon a pour la première fois été signalé dans la rivière Sydenham, dans le bassin du lac Sainte-Claire, en 1991, année où Clarke (1992) a rapporté avoir trouvé une coquille près de la ville de Croton. Des relevés ultérieurs, menés par Metcalfe-Smith et al. (2003) en 1997-1998 (17 sites), et des échantillonnages par quadrats avec excavation du substrat dans 15 sites en 1999-2003 (Metcalfe-Smith, et al. 2007) ont permis de confirmer la présence de l’espèce près de la ville de Dawn Mills, mais pas dans d’autres sites du bassin.

Il n’y a aucune mention historique du troncille pied-de-faon dans la rivière Thames, dans le bassin du lac Sainte-Claire (figure 3), probablement parce que la portion inférieure du bassin n’a pas fait systématiquement l’objet de relevés pendant la période historique. Toutefois, les récentes activités de recherche d’Environnement Canada en 1997 (Metcalfe-Smith et al., données inédites) et de Pêches et Océans Canada en 2004-2005 (48 sites) (Morris et Edwards, 2007) montrent que l’espèce est relativement répandue, bien qu’à de faibles densités, dans la portion inférieure de la Thames (voir la section « Abondance »). La population de la Thames représente probablement la plus grande population restante du Canada.

Le troncille pied-de-faon a pour la première fois été prélevé dans la rivière Detroit en 1982 : un seul animal avait été trouvé dans un des 13 sites échantillonnés par Schloesser et al. (1998). Il s’agit là de la dernière mention de l’espèce dans la portion canadienne de la rivière Detroit (Schloesser et aI. [1998] ont continué à trouver des individus dans les eaux états-uniennes de la rivière jusqu’en 1992). Aucun spécimen vivant n’a été observé dans la rivière Detroit depuis le relevé de 1992, et l’espèce ainsi que d’autres espèces de la famille des Unionidés sont maintenant considérées comme disparues de la rivière (Schloesser et al., 2006).

Lors de ses relevés de benthos dans le lac Érié en 1930, Wright (1955) a prélevé certains des premiers spécimens de troncille pied-de-faon dans les Grands Lacs. Nalepa et al. (1991) ont résumé le déclin des Unionidés dans le bassin ouest du lac Érié au cours de la période de 1951 à 1982 et montré que le troncille pied-de-faon, bien qu’il ait toujours été rare (de 2,4 à 2,6 p. 100 de la communauté de moules), était déjà apparemment disparu du bassin en 1961.

Metcalfe-Smith et al. (2000b) font un résumé des données historiques et actuelles sur la mytilifaune de la rivière Grand, dans le bassin du lac Érié. Ils fournissent des renseignements tirés de plus de 900 mentions faites dans la rivière Grand de 1885 à 1998. Seulement huit de ces mentions, qui datent de la période de 1934 à 1997, sont des troncilles pied-de-faon. Toutes les mentions de l’espèce proviennent d’une zone définie par Metcalfe-Smith et al. (2000) comme étant le cours inférieur de la rivière et concernent en fait la portion inférieure extrême se trouvant entre l’embouchure, à Port Maitland, et l’aire de conservation de l’île Byng à Dunnville, environ à 8 km en amont de l’embouchure. La plus récente mention du troncille pied-de-faon dans la rivière Grand est tirée de la collecte de 11 individus vivants et de nombreuses valves fraîchement mortes dans une zone juste en aval du barrage de Dunnville en 1997 (Metcalfe-Smith et al., 2000b). Cette zone a été revisitée en 2005 par le rédacteur du rapport, qui ne l’a toutefois pas échantillonné officiellement. Aucun spécimen n’a été trouvé, bien que des coquilles d’une dizaine d’autres espèces aient été observées.

Une des premières mentions de l’espèce au Canada a été faite dans la rivière Niagara en 1934. La seule autre mention de l’espèce dans le bassin de la Niagara date de 2002, année où une pêche au filet troubleau qui ne visait pas les Unionidés, a permis de recueillir un seul spécimen de troncille pied-de-faon vivant dans le ruisseau Lyons (Logan, comm. pers., 2007). Bien qu’un spécimen de référence semble avoir été recueilli, il n’a pas été vérifié et a été égaré depuis. Le rédacteur du rapport n’a pas été en mesure de confirmer cette mention. Par conséquent, cette occurrence doit être considérée comme suspecte jusqu’à ce qu’un autre spécimen puisse être adéquatement confirmé, et le présent rapport n’en tient pas compte. Un échantillonnage limité de moules a été effectué ces dernières années dans la rivière Niagara. Riveredge Associates a inventorié les moules de 15 sites de la région de l’île Grand en 2001 et 2002 et trouvé des spécimens vivants appartenant à 6 espèces autres que le troncille pied-de-faon (New York Power Authority, 2003).

La zone d’occurrence a été calculée dans ArcView GIS 3.3 au moyen d’un polygone convexe maximum construit autour des aires de répartition historique et actuelle représentées aux figures 3 et figure4. En présumant que la population du ruisseau Muskrat a toujours été présente même si elle n’a pas été détectée avant 2005, ce qui est possible étant donné les faibles densités et les faibles activités d’échantillonnage dans ce bassin, la zone d’occurrence historique est de 51 238 km². À titre de comparaison, la zone d’occurrence actuelle est de 24 952 km², ce qui représente une réduction de 51 p. 100. La zone d’occupation actuelle, quant à elle, est estimée à 128 km², mais elle a connu un déclin au cours des 20 dernières années, des populations ayant disparu des eaux du large du lac Sainte-Claire, de la rivière Detroit et du lac Érié. La zone d’occupation ne semble pas avoir changé dans les rivières Sydenham et Grand, mais de nouvelles populations ont été découvertes dans la Thames (1997) et la Saugeen (2005) (voir la section « Fluctuations et tendances »). Pour toutes les populations, sauf celles de la Thames, on a calculé la zone d’occupation en appliquant une grille de 2 x 2 km sur chaque occurrence. Dans le cas de la population de la rivière Thames, le calcul de la zone d’occupation a été fondé sur l’hypothèse voulant que la répartition soit continue entre la mention la plus en amont et la mention la plus en aval ainsi que sur l’application d’une grille de 1 km sur ce tronçon entier de la rivière (Filion, comm. pers., 2007). Pour chacune des cinq populations existances, la zone d’occupation a été calculée comme suit : 4 km² pour chacune des populations du delta de la Sainte-Claire, du ruisseau Muskrat, de la rivière Sydenham et de la rivière Grand et 112 km² pour la population de la rivière Thames.