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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la troncille pied-de-faon au Canada

Taille et tendances des populations (2)

Abondance

Au meilleur des connaissances, le troncille pied-de-faon a disparu de la rivière Detroit (Schloesser et al., 2006), du lac Érié (Schloesser et Nalepa, 1994; D. McGoldrick, Environnement Canada, données inédites) et de la rivière Niagara (New York Power Authority, 2003). Les occurrences actuelles se limitent à la région du delta de la rivière Sainte-Claire du lac Sainte-Claire, à la rivière Saugeen (ruisseau Muskrat), au cours inférieur de la Sydenham, au cours inférieur de la Thames et au cours inférieur de la Grand.

Lac Sainte-Claire

On peut estimer l’abondance relative du troncille pied-de-faon dans la région du delta de la rivière Sainte-Claire du lac Sainte-Claire à partir des travaux de Zanatta et al. (2002) et de Metcalfe-Smith et al. (2004). Il est évident, d’après ces études, que l’espèce représente à l’heure actuelle une très petite portion de la mytilifaune de la région du lac. Zanatta et al. (2002) ont trouvé 1 356 Unionidés vivants dans 33 sites différents entre 1998 et 2001, mais aucun troncille pied-de-faon. De même, Metcalfe-Smith et al. (2004) ont observé 1 778 Unionidés vivants dans 18 sites du delta, mais n’ont rapporté qu’un troncille pied-de-faon vivant (abondance relative totale de 0,00024 p. 100 de la communauté des Unionidés). Même en tenant compte seulement des eaux canadiennes du delta où le seul spécimen a été trouvé, on obtient une abondance relative de seulement 0,12 p. 100 de la communauté totale des Unionidés. Metcalfe-Smith et al. (2004) ont calculé une densité de 6,86 × 10-5/m² (un troncille pied-de-faon trouvé dans une superficie de 14 577 m² échantillonnée) pour le delta entier. Cet animal a été recueilli dans trois parcelles circulaires de 650 m² chacune, ce qui donne une densité propre au site de 0,000513/m² (écart-type = 0,000513). Il est impossible d’évaluer la taille de la population de troncille pied-de-faon du delta en se fondant sur les renseignements provenant d’un individu unique.

Cours d’eau intérieurs

Trente-six heures d’échantillonnage dans 8 stations du bassin de la Saugeen en 2006 ont permis de prélever 1 064 moules de 8 espèces, mais aucun troncille pied-de-faon vivant ou mort (Morris et al., 2007). La seule mention du troncille pied-de-faon dans le bassin ou dans la portion canadienne entière du bassin du lac Huron provient d’un échantillon benthique recueilli dans le ruisseau Muskrat, en amont de Teeswater. Il est impossible d’estimer l’abondance dans la Saugeen avec les données existantes.

L’espèce a été trouvée dans seulement un des 22 sites échantillonnés de la rivière Sydenham de 1997 à 2003 (Metcalfe-Smith et al., 2007). Sept individus ont été prélevés dans des quadrats de 78,1 m² excavés du site, ce qui donne une densité approximative de 0,089/m² (écart-type = 0,0348). Il est impossible d’estimer la taille de la population dans la Sydenham, car l’espèce y a été observée dans un seul site. Bien que la taille de l’échantillon soit petite (n = 20, ce qui comprend les individus recueillis pendant les échantillonnages selon un temps déterminé ainsi qui ceux prélevés pendant les échantillonnages par quadrats avec excavation du substrat), la distribution de la fréquence des tailles présentée pour la Sydenham (figure 6) révèle un recrutement et la représentation de plusieurs classes de tailles.

Figure 6. Distribution des tailles des troncilles pied-de-faon prélevés dans la rivière Sydenham selon des méthodes d’échantillonnage à temps déterminé en 1998 (n = 13) et par quadrats avec excavation du substrat en 1999 (n = 7) (J. Metcalfe-Smith, Environnement Canada, données inédites).

Figure 6. Distribution des tailles des troncilles pied-de-faon prélevés dans la rivière Sydenham selon des méthodes d’échantillonnage à temps déterminé en 1998 (n = 13) et par quadrats avec excavation du substrat en 1999 (n = 7) (J. Metcalfe-Smith, Environnement Canada, données inédites).

Un total de 23 spécimens vivants ont été prélevés dans 7 des 48 sites échantillonnés dans la Thames entre 1997 et 2005. Les 7 sites étaient contigus, sur un tronçon de 112 km du cours inférieur de la rivière, entre London et Chatham. Un site à l’intérieur de l’aire de répartition du troncille pied-de-faon a été ciblé par les travaux d’échantillonnage par quadrats avec excavation du substrat. Trois troncilles pied-de-faon ont été répertoriés pendant les excavations, ce qui donne pour la rivière Thames une densité estimative de 0,043/m² (écart-type = 0,0237). Dans les sites où l’espèce a été observée, cela représentait 0,55 à 4,0 p. 100 de la communauté totale de moules. La figure 6 représente la distribution de tailles des 23 animaux recueillis dans la Thames. Malgré la petite taille de l’échantillon, il y a encore une fois évidence de plusieurs classes de tailles, ce qui indique une reproduction sur plusieurs années (figure 7).

Figure 7. Distribution des tailles des troncilles pied-de-faon prélevés dans la rivière Thames selon des méthodes d’échantillonnage à temps déterminé (n = 20) et par quadrats avec excavation du substrat (n = 3) (T. Morris, Pêches et Océans Canada, données inédites).

Figure 7. Distribution des tailles des troncilles pied-de-faon prélevés dans la rivière Thames selon des méthodes d’échantillonnage à temps déterminé (n = 20) et par quadrats avec excavation du substrat (n = 3) (T. Morris, Pêches et Océans Canada, données inédites).

Metcalfe-Smith et al. (2000b) ont effectué des relevés de moules dans 24 sites de la rivière Grand en 1997-1998 et ont trouvé des troncilles pied-de-faon dans seulement un de ces sites. À ce site, qui se trouve immédiatement en aval du barrage de Dunnville, 11 individus ont été recueillis, ce qui équivaut à 21,1 p. 100 de toutes les moules vivantes du site. On n’a pas prélevé d’individus pendant l’échantillonnage par quadrats dans 4 sites de la Grand en 2007; il est donc impossible d’estimer l’abondance de la population. La distribution des tailles des spécimens de la Grand (figure 8) montre une fourchette beaucoup plus petite de tailles dans cette rivière comparativement à celles de la Sydenham et de la Thames. Il n’est pas clair si la distribution tronquée de tailles indique une reproduction limitée ou si elle est simplement la conséquence de la petite taille de l’échantillon.

Figure 8. Distribution des tailles des troncilles pied-de-faon prélevés dans la rivière Grand selon des méthodes d’échantillonnage à temps déterminé en 1997 (n = 11) (J. Metcalfe-Smith, Environnement Canada, données inédites).

Figure 8. Distribution des tailles des troncilles pied-de-faon prélevés dans la rivière Grand selon des méthodes d’échantillonnage à temps déterminé en 1997 (n = 11) (J. Metcalfe-Smith, Environnement Canada, données inédites).

Fluctuations et tendances

Il est très difficile d’évaluer les fluctuations ou les tendances démographiques des troncilles pied-de-faon dans le temps, car il existe très peu de mentions. Il y a seulement 58 mentions du troncille pied-de-faon dans la base de données sur les Unionidés des Grands Lacs inférieurs, et seuls 9 de ces mentions représentent des prélèvements de plus d’un animal vivant.

L’espèce semble avoir disparu des eaux du large des lacs Sainte-Claire et Érié et des rivières Detroit et Niagara à la suite de l’invasion par les moules du genre Dreissena. Même avant cette invasion, les troncilles pied-de-faon n’ont jamais été de grands représentants de la mytilifaune indigène. Dans le lac Sainte-Claire, Nalepa et al. (1996) rapportent que l’espèce constituait 0,35 p. 100 (1 animal sur 281), 2,4 p. 100 (6 animaux sur 248) et 1,0 p. 100 (1 animal sur 99) de la mytilifaune totale capturée en 1986, 1990 et 1992, respectivement. Quand Zanatta et al. (2002) ont échantillonné 95 sites entre 1998 et 2001, aucun troncille pied-de-faon n’a été trouvé parmi les 2 356 animaux vivants détectés. La seule mention du troncille pied-de-faon dans le lac Sainte-Claire au cours des 15 dernières années concerne un unique animal vivant prélevé par Metcalfe-Smith et al. (2004) dans la région du delta en 2003.

Pareillement, dans le bassin ouest du lac Érié, Nalepa et al. (1991) ont indiqué que l’espèce représentait 2,4 p. 100 de la faune en 1951-1952 et 2,6 p. 100 en 1961. Nalepa et al. (1991) n’ont pas donné les nombres précis d’Unionidés capturés, mais ils ont toutefois rapporté une densité totale moyenne de 10/m² en 1961. Le troncille pied-de-faon n’a pas été signalé dans le lac Érié depuis 1961.

Schloesser et al. (1998) ont résumé les activités de relevé de moules dans la rivière Detroit menées entre 1982 et 1994. Le long de la côte sud-est (canadienne), le troncille pied-de-faon représentait 0,23 p. 100 (1 animal sur 422) de la mytilifaune en 1982-1983, mais aucun individu vivant n’a été détecté depuis. Le long de la côte nord-ouest (états-unienne), l’espèce était plus abondante, mais représentait seulement 4,24 p. 100 (7 animaux sur 165) en 1982-1983 et 0,31 p. 100 (5 animaux sur 1 592) en 1992; aucun spécimen n’a été repéré en 1994. D’autres activités de relevé ont été déployés depuis 1994, mais n’ont pas permis d’obtenir de mentions, et toutes les moules d’eau douce sont maintenant réputées avoir disparu de la Detroit (Schloesser et al., 2006).

La seule mention historique du troncille pied-de-faon dans la Sydenham correspond à un spécimen unique recueilli par Clarke dans un site proche de Croton en 1991. Metcalfe-Smith et al. (2003) ont observé l’espèce presque au même endroit en 1998-1999. Ce site est le seul endroit de la Sydenham où l’espèce a été répertoriée, et ce, malgré des activités d’échantillonnage considérable récemment déployés. Cet endroit a été revisité chaque année depuis 2005 dans le cadre de l’atelier d’identification des moules d’eau douce de l’Ontario, et le rédacteur du rapport a pu observer l’espèce chaque fois. Aucune donnée ne permet d’estimer les tendances de l’abondance des populations fluviales; cependant, rien n’indique que l’aire de répartition du troncille pied-de-faon a changé dans la Sydenham.

L’espèce a pour la première fois été rapportée dans la Thames en 1997, alors qu’une valve fraîche provenant de la région de Big Bend (Metcalfe-Smith et al., données inédites) a été trouvée. Morris et Edwards (2007) ont revisité le site en 2005 et trouvé 1 coquille usée et 4 autres coquilles fraîches en 4,5 heures-personnes. De plus, 3 autres spécimens vivants ont été répertoriés pendant les excavations de quadrats dans le même site. Le troncille pied-de-faon a été enregistré dans 6 autres sites, sur un tronçon de 112 km du cours inférieur de la Thames. Ce dernier abrite donc probablement la plus grande et la plus saine des populations restantes du Canada. En l’absence de séries chronologiques, il est impossible d’évaluer les tendances ou les fluctuations de cette population.

Dans le passé, on avait déterminé la présence du troncille pied-de-faon dans le cours inférieur de la Grand à partir de 6 mentions, entre Dunnville et Port Maitland. De ces mentions, 5 provenaient de la région de Dunnville, où les récentes activités d’échantillonnage ont permis de détecter les seuls spécimens vivants dans le bassin hydrographique. Kidd a découvert 10 coquilles, mais aucun individu vivant dans la région en 1972, tandis que Metcalfe-Smith et al. (2000b) ont observé 11 spécimens vivants en 1997-1998. Aucune donnée ne permet d’estimer les tendances de l’abondance des populations fluviales; cependant, rien n’indique que l’aire de répartition du troncille pied-de-faon a changé dans la Grand.

Il est impossible d’évaluer les fluctuations ou les tendances des effectifs de troncilles pied-de-faon dans le ruisseau Muskrat, dans le bassin de la Saugeen, car on ne dispose que d’une mention correspondant à un seul individu prélevé à une seule occasion. Les populations de troncilles pied-de-faon dans le couloir lac Sainte-Claire-lac Érié ont subi un important déclin au cours des 20 à 40 dernières années. Un seul spécimen vivant a été trouvé dans le lac Sainte-Claire au cours des 15 dernières années et aucun n’a été trouvé dans la rivière Détroit. Les populations de troncille pied-de-faon semblent s’être effondrées avant dans le bassin ouest du lac Érié, aucun spécimen n’ayant été répertorié depuis 1961. Les données sont insuffisantes pour estimer les tendances de l’abondance dans les cours d’eau intérieurs, mais rien n’y indique une réduction de l’aire de répartition.

Immigration de source externe

Toutes les populations canadiennes de troncilles pied-de-faon sont isolées les unes des autres ainsi que des populations états-uniennes par de vastes étendues d’habitat non adéquat, ce qui réduit la probabilité de rétablissement des populations disparues par l’immigration. Les 2 hôtes potentiels du troncille pied-de-faon, soit le malachigan et le doré noir, peuvent se déplacer à grande échelle, ce qui pourrait relier les populations. Toutefois, chez ces poissons, les déplacements de cette ampleur sont généralement associés au comportement de fraye au printemps (Funk, 1957; Pegg et al., 1997) et surviendraient donc à une période où ils ne porteraient pas de glochidies. De plus, les populations de troncilles pied-de-faon dans les États adjacents qui pourraient servir de sources ne sont pas considérées stables. Les populations de 2 des 4 États du couloir lac Huron-lac Sainte-Claire-lac Érié sont considérées plus à risque du point de vue de la conservation que celles en Ontario (New York – SH, possiblement disparue du pays [possibly extirpated]; Pennsylvanie – S1, gravement en péril [critically imperiled]), alors que l’une d’entre elles est considérée comme au même risque (Ohio – S2, en péril [imperiled]). L’espèce n’a pas encore été cotée au Michigan.