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Programme de rétablissement de l’Albatros à queue courte (Phoebastria albatrus) et du Puffin à pieds roses (Puffinus creatopus) au Canada (proposition)


1. Contexte

1.1 Évaluation des espèces par le COSEPAC

Albatros à queue courte

Date de l'évaluation : Novembre 2003

Nom commun (population) : Albatros à queue courte

Nom scientifique : Phoebastria albatrus

Statut selon le COSEPAC : Menacée

Justification de la désignation : Cet oiseau de mer a déjà été abondant le long de la côte de la Colombie-Britannique, mais il a pratiquement disparu du Canada au début du 20ième siècle. Ses effectifs augmentent maintenant lentement. Les populations d'Albatros en général sont très vulnérables aux prises accidentelles par les engins des pêches commerciales et aux déversements d'hydrocarbures; bien que ces incidences n'aient pas été observées pour cette espèce dans les eaux canadiennes, elles posent une menace éventuelle significative.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut selon le COSEPAC : Espèce désignée « menacée » en novembre 2003. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

Puffin à pieds roses

Date de l'évaluation : Mai 2004

Nom commun (population) : Puffin à pieds roses

Nom scientifique : Puffinus creatopus

Statut selon le COSEPAC : Menacée

Justification de la désignation : Cet oiseau de mer ne se reproduit que sur trois îles au large des côtes du Chili, où ses effectifs ont connu des déclins considérables, quoique non mesurés, par suite de la prédation des nids par des prédateurs introduits, de l'exploitation par l'être humain et de la dégradation de l'habitat. Pendant la saison de non-reproduction, la prise accessoire dans les filets de pêche au large de la côte de la Colombie-Britannique provoque vraisemblablement une certaine mortalité; l'espèce est par ailleurs vulnérable aux déversements d'hydrocarbures pouvant se produire en mer à cet endroit.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut selon le COSEPAC : Espèce désignée « menacée » en mai 2004. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

1.2 Description

1.2.1 Albatros à queue courte

L'Albatros à queue courte (Phoebastria albatrus; Pallas, 1769) est un oiseau de mer de grande taille pourvu de longues ailes étroites adaptées pour planer juste au-dessus de la surface de l'eau. L'Albatros à queue courte est le plus gros des albatros du Pacifique Nord. Son gros bec recourbé, une caractéristique distinctive chez toutes les classes d'âge, est rose avec une pointe bleuâtre.

Les adultes ont un plumage principalement noir et blanc, la tête et l'arrière du cou jaune pâle, et les pattes et les pieds pâles. Les adultes sont d'une longueur de 84 à 94 cm et d'une envergure de 213 à 229 cm. Dans leur première année, les individus sont entièrement brun chocolat et ressemblent beaucoup aux Albatros à pieds noirs juvéniles (Phoebastria nigripes). Le bec rose de l'Albatros à queue courte permet toutefois de bien distinguer les deux espèces sur le terrain. Les deux sexes sont semblables dans toutes les classes d'âge, et le plumage ne connaît pas de changements saisonniers (Harrison, 1983; Sibley, 2000).

1.2.2 Puffin à pieds roses

Le Puffin à pieds roses (Puffinus creatopus; Coues, 1864) est un oiseau de mer de taille moyenne au corps massif et aux ailes longues (envergure moyenne de 109 cm) et larges (de 10 à 11 cm; P. Hodum, comm. pers., 2007). Cette espèce est un proche parent du Puffin à pieds pâles (Puffinus carneipes). Bien que le Puffin à pieds roses soit actuellement considéré comme une espèce distincte, la classification taxinomique de ces deux espèces n'est pas encore complètement arrêtée; selon Palmer (1962), Bourne (1983), et Penhallurick et Wink (2004), le Puffin à pieds roses pourrait être une sous-espèce du Puffin à pieds pâles (mais voir aussi Rheindt et Austin, 2005).

Le Puffin à pieds roses possède un plumage variable, mais il peut généralement être distingué des autres espèces de puffins par la combinaison des caractéristiques suivantes : la coloration brun grisâtre des parties supérieures du corps, l'abdomen blanc portant des taches grisâtres, le dessous des ailes marbré de blanc et de gris, la tête sombre et le bec rose à bout foncé (Harrison, 1983). Les juvéniles et les adultes ont un plumage similaire; les mâles sont légèrement plus gros et plus lourds que les femelles (Guicking et al., 2004).

1.3 Populations et répartition

1.3.1 Albatros à queue courte

Selon l'estimation la plus récente, la population mondiale d'Albatros à queue courte compte 2 130 individus (H. Hasegawa, comm. pers., 2006). L'espèce se reproduit actuellement sur deux îles au Japon : 85 % de la population niche au sein de deux colonies situées sur l'île Torishima, le 15 % restant niche sur les îles Minami-kojima et Kita-kojima qui font partie des îles Senkaku. Historiquement, il y avait des colonies reproductrices à au moins neuf sites, tous situés dans la partie occidentale subtropicale du Pacifique Nord (Hasegawa, 1984).

Au cours des vingt dernières années, la population reproductrice de l'île Torishima a augmenté à un rythme de 6,5 à 8 % par année (United States Fish and Wildlife Service [USFWS], 2005). Il est estimé que les populations reproductrices des îles Senkaku s'accroissent à peu près au même rythme que celle de l'île Torishima (H. Hasegawa, comm. pers., 2006). Ces taux de croissance rapide sont probablement attribuables à la taille très réduite de la population par rapport à ce qu'elle était autrefois. À mesure que l'effectif de la population augmentera, il est très probable que les facteurs liés à la densité ralentiront le taux de croissance annuel. Cependant, cela ne surviendra probablement pas avant plusieurs décennies (Cochrane et Starfield, 1999).

La cote de conservation attribuée à l'Albatros à queue courte à l'échelle mondiale (G1-gravement en péril) n'a pas été modifiée depuis la publication du rapport de situation canadien du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), en 2003. En Colombie-Britannique, l'espèce est actuellement cotée « SNA », ce qui signifie qu'une cote de conservation ne peut être attribuée à l'espèce car celle-ci n'est pas une cible convenable pour la mise en œuvre de mesures de conservation (Centre de données sur la conservation de la Colombie-Britannique, 2005). L'Albatros à queue courte n'a pas été coté en raison de la difficulté à attribuer une cote à une espèce qui ne se reproduit pas en Colombie-Britannique et qui, lorsqu'elle se trouve dans la région, n'est observée que de façon irrégulière et par groupes disparates (L. Ramsay, comm. pers., 2006). L'Albatros à queue courte figure sur la liste rouge du Japon et sur la Liste rouge de l'Union mondiale pour la nature (UICN) en tant qu'espèce vulnérable et est protégé en vertu de l'Endangered Species Act des États-Unis en tant qu'espèce en voie de disparition (Endangered) (NatureServe, 2006). L'espèce figure aussi à l'Annexe 1 (espèces migratrices désignées en danger d'extinction sur l'ensemble ou une partie importante de leur aire de répartition) de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (ou Convention de Bonn).

La figure 1 montre l'emplacement des lieux (au Canada et dans des zones adjacentes) mentionnés dans le présent document. L'aire de répartition marine de l'Albatros à queue courte s'étend depuis le Japon et l'archipel des Kouriles (en Russie) jusque dans la mer de Béring et le golfe de l'Alaska vers l'est, et jusqu'en Basse-Californie vers le sud, ainsi que dans tout le Pacifique Nord. Historiquement, l'espèce était considérée commune dans l'ensemble de cette aire de répartition, indépendamment de la saison (revu par Sanger, 1972; American Ornithologists' Union [AOU], 1998). Des données récentes donnent à penser que la plupart des adultes et des immatures se concentrent à proximité des colonies reproductrices durant la saison de reproduction (de décembre à avril; McDermond et Morgan, 1993), bien qu'il arrive que des individus s'éloignent à des centaines de kilomètres de leur colonie à la recherche de nourriture (USFWS, 2005). En dehors de la saison de reproduction, les Albatros à queue courte se répartissent dans toute la zone subarctique de convergence du Pacifique Nord (Camp, 1993; McDermond et Morgan, 1993; Sherburne, 1993; Piatt et al., 2006) et passent la majeure partie de leur temps dans les eaux de l'Alaska, et en deuxième lieu dans les eaux de la Russie (Suryan et al., 2007).

Figure 1. Carte de la côte ouest du Canada indiquant les lieux et les zones marines dont il est question dans le texte.

Figure 1. Carte de la côte ouest du Canada indiquant les lieux et les zones marines.

Les données des relevés d'oiseaux marins effectués en mer (figure 2) et les données obtenues par satellite sur les oiseaux marqués l'année suivant l'éclosion (Suryan et al., 2006; R. Suryan et G. Balogh, données inédites, 2006; figures 3a et 3b) montrent les endroits qui ont été fréquentés par les Albatros à queue courte au Canada, dans les zones adjacentes au Canada et le long de la côte nord-ouest des États-Unis.

Au Canada, l'Albatros à queue courte se trouve au large de la côte de la Colombie-Britannique, exclusivement en tant qu'espèce non reproductrice. Historiquement, l'espèce pourrait avoir été l'espèce dominante parmi les albatros retrouvés à proximité des côtes. Au Canada, son aire de répartition marine comprend la zone économique exclusive (ZEE) canadienne de 200 milles marins, l'entrée Dixon, le détroit de la Reine-Charlotte et le détroit d'Hécate. L'espèce pourrait aussi avoir été présente dans le détroit de Juan de Fuca et dans des bras côtiers (COSEPAC, 2003). Au cours de la dernière décennie, 32 Albatros à queue courte ont été observés dans la ZEE canadienne et 5 autres à moins de 100 km de celle-ci (K. Morgan, données inédites, 2006). Il est très probable que de nombreux autres individus se trouvent dans le territoire canadien au cours de l'année, ceux-ci n'étant tout simplement pas observés. Il n'existe actuellement aucune estimation précise du nombre d'Albatros à queue courte qui se déplacent et cherchent de la nourriture au sein la ZEE canadienne.

Figure 2. Répartition des observations d'Albatros à queue courte dans les eaux canadiennes et les eaux adjacentes (de 1960 à 2004). Les données proviennent d'Environnement Canada, de la International Pacific Halibut Commission et de la North Pacific Pelagic Seabird Database (NPPSD, 2005).

Figure 2. Répartition des observations d'Albatros à queue courte dans les eaux canadiennes et les eaux adjacentes (de 1960 à 2004).

1.3.2 Puffin à pieds roses

Les seules colonies nicheuses du Puffin à pieds roses connues se trouvent au Chili : sur deux îles de l'archipel Juan Fernández, soit l'île Santa Clara et l'île Robinson Crusoe, de même que sur l'île Mocha (à environ 800 km au sud de l'archipel Juan Fernández). Birdlife International a estimé que la population mondiale de Puffins à pieds roses se composait de 34 000 à 60 000 couples (BirdLife International, 2005).

Brooke (1987) a estimé le nombre de couples sur les îles de l'archipel Juan Fernández à un nombre variant entre 4 000 et 4 500 couples. En 2003, un recensement détaillé de tous les terriers de l'île Santa Clara a permis d'estimer qu'au moins 2 544 couples composaient cette seule colonie (Hodum et Wainstein, 2003). Depuis l'éradication des lapins en 2003, la population reproductrice de cette île s'est accrue d'environ 36 % pour se chiffrer à quelque 3 470 couples (P. Hodum, données inédites, 2006). Pour ce qui est de l'île Robinson Crusoe, un recensement couvrant l'ensemble de l'île, effectué entre 2003 et 2006, a permis d'estimer à 8 500 le nombre de terriers de Puffins à pieds roses. Il existe peu de données concernant l'occupation des terriers sur l'île Robinson Crusoe, principalement parce que ceux-ci sont longs et inaccessibles. Toutefois, à l'aide du nombre de terriers recensés sur l'ensemble de l'île et des quelques données existantes sur le nombre de terriers occupés, Hodum et Wainstein ont estimé que cette île comptait environ 5 100 couples reproducteurs (données inédites, 2006). Sur l'île Mocha, un recensement de la colonie effectué en 1988 par l'établissement de transects et de sous-parcelles a permis d'estimer la population à un nombre variant entre 13 000 et 17 000 couples reproducteurs (Guicking, 1999).

Les données relatives aux activités de reproduction sur l'île Santa Clara donnent à penser que la population y est stable et peut-être même à la hausse (P. Hodum et M. Wainstein, données inédites, 2006). Tous les documents et les rapports publiés depuis 1999 mentionnent que la population de Puffins à pieds roses de l'île Robinson Crusoe est « plus ou moins stable depuis les quinze dernières années »; les données sont toutefois insuffisantes pour évaluer avec précision les tendances de la population (Guicking, 1999; COSEPAC, 2004; Commission de coopération environnementale [CCE], 2005). Sur l'île Mocha, le Puffin à pieds roses serait en déclin (Guicking, 1999), mais il est impossible d'estimer les tendances de la population avec précision sans avoir effectué un recensement complet.

Les estimations de toutes les colonies reproductrices donnent à penser qu'elles comptent une population totale de 21 500 à 25 500 couples reproducteurs. Il existe un écart entre l'estimation de la population reproductrice mondiale de BirdLife International (2005) et celle produite à partir des recensements des colonies reproductrices. Cet écart reflète notre compréhension incomplète de l'ensemble de la répartition de la reproduction ainsi que de la situation de l'espèce au Chili. L'estimation pour l'île Mocha a été établie à partir d'un seul relevé et l'erreur qui s'y rattache est inconnue. Il est aussi important de noter qu'il pourrait y avoir des colonies reproductrices encore inconnues sur des îles situées au sud du 44e degré de latitude sud. Il se peut également que la valeur produite par BirdLife soit une surestimation.

La cote de conservation attribuée au Puffin à pieds roses à l'échelle mondiale (G1G2Q - gravement en péril à en péril, taxinomie remise en question) est demeurée inchangée depuis l'élaboration du rapport de situation du COSEPAC. Pour les mêmes raisons que celles mentionnées dans le cas de l'Albatros à queue courte, la cote attribuée au Puffin à pieds roses par le Centre de données sur la conservation de la Colombie-Britannique est actuellement « SNA » (L. Ramsay, comm. pers., 2006). Le Puffin à pieds roses est inscrit comme espèce vulnérable (Vulnerable) au Chili (Rottmann et López-Callejas, 1992; Glade, 1993), considéré comme Vulnérable par l'UICN et figure à l'Annexe 1 de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage.

Durant la saison de reproduction (de novembre à mai), le Puffin à pieds roses est commun sur la côte du Chili, particulièrement au nord des 40e et 42e degrés de latitude sud (Guicking, 1999). Après la reproduction, les oiseaux partent vers le nord en direction de l'Amérique du Nord en longeant la côte occidentale de l'Amérique du Sud. Leur aire de répartition marine durant la saison internuptiale (de mai à octobre) s'étend vers le nord jusqu'à la côte méridionale de l'Alaska, bien qu'en règle générale peu d'individus soient observés au nord de l'île de Vancouver (51°N; K. Morgan, comm. pers., 2006). Le Puffin à pieds roses est présent au Canada de la fin mars à la fin octobre (Martin et Myers, 1969; Morgan et al., 1991; Burger, 2003), la majorité des oiseaux sont observés entre la fin juin et le début septembre. Il n'existe aucun enregistrement de la présence du Puffin à pieds roses dans les eaux canadiennes durant l'hiver (figures 4 à 6). D'après la densité d'oiseaux observés lors des relevés pélagiques d'Environnement Canada et la zone d'occurrence de l'espèce (COSEPAC, 2004), il est possible qu'entre 10 000 et 20 000 Puffins à pieds roses se trouvent dans les eaux canadiennes durant des périodes plus ou moins longues (K. Morgan, comm. pers., 2006). Cependant, cette estimation repose uniquement sur une extrapolation des densités moyennes en mer et ne tient pas compte de la variabilité spatiale et temporelle de l'effort des relevés. Par conséquent, le nombre précis de Puffins à pieds roses présents au large de la côte ouest du Canada au cours de la saison internuptiale est inconnu. Il n'existe aucune donnée permettant d'évaluer les changements dans la répartition géographique et aucune donnée permettant de comparer les tailles actuelle et historique des populations en mer dans l'ensemble de l'aire de répartition de l'espèce.

1.4 Besoins de l'Albatros à queue courte et du Puffin à pieds roses

1.4.1 Besoins biologiques et besoins en matière d'habitat

Les rapports de situation du COSEPAC (COSEPAC, 2003, 2004) contiennent davantage de détails sur les besoins biologiques et les besoins en matière d'habitat de ces deux espèces.

Albatros à queue courte

L‘Albatros à queue courte se reproduit en colonie nichant sur des îles isolées situées au large et auxquelles les humains ont un accès restreint (Sherburne, 1993). Historiquement, l'espèce nichait dans des secteurs plats et dégagés adjacents à de hautes touffes d'herbe. Tickell (dans Hasegawa et DeGange, 1982) décrit les nids comme des coupes creusées dans la cendre volcanique qui sont tapissées et construites avec de l'herbe.

Des observations en mer (Sanger, 1972; Camp, 1993; Sherburne, 1993; Federal Register, 2000; Piatt et al., 2006) et de récentes études de suivi par satellite (Suryan et al., 2006, 2007) indiquent qu'il existe une association de l'Albatros à queue courte avec les eaux de la zone externe du plateau continental et celles du talus supérieur; ces habitats marins se caractérisent par une remontée des eaux profondes et une forte productivité biologique (USFWS, 2005; Piatt et al., 2006). Au Canada, les relevés d'oiseaux pélagiques effectués par Environnement Canada et la International Pacific Halibut Commission indiquent que l'Albatros à queue courte survole les eaux de la zone externe du plateau continental (< 200 m) et du talus supérieur (de 200 à 1000 m), mais qu'il peut aussi survoler des eaux plus profondes (> 1000 m).

L'Albatros à queue courte se nourrit en surface, de jour comme de nuit (Hasegawa et DeGange, 1982; Prince et Morgan, 1987; Sherburne, 1993). Il s'alimente de calmars, de poissons, d'œufs d'exocet, de crevettes et d'autres crustacés (Prince et Morgan, 1987; Federal Register, 2000).

Figure 3a. Suivi des déplacements d'un Albatros à queue courte de l'année (de moins d'un an) le long de la côte ouest de l'Amérique du Nord au cours du mois de novembre 2003. L'individu a été capturé en mer dans le passage Seguam (52°26' N x 172°46' W), dans les îles Aléoutiennes (Alaska), à la mi-août 2003 et muni d'un émetteur satellite. Figure utilisée avec la permission des auteurs, données tirées de Suryan et al., 2006.

Figure 3a. Suivi des déplacements d'un Albatros à queue courte de l'année (de moins d'un an) le long de la côte ouest de l'Amérique du Nord au cours du mois de novembre 2003.

Figure 3b. Suivi des déplacements d'un Albatros à queue courte de l'année dans le golfe de l'Alaska et le long de la côte ouest de l'Amérique du Nord au cours de l'été et de l'automne de 2006. L'individu a été capturé en mer dans le passage Seguam en juillet 2006 et muni d'un émetteur satellite. Figure utilisée avec la permission de R. Suryan et G. Balogh (données inédites).

Figure 3b. Suivi des déplacements d'un Albatros à queue courte de l'année dans le golfe de l'Alaska et le long de la côte ouest de l'Amérique du Nord au cours de l'été et de l'automne de 2006.

Puffin à pieds roses

Le Puffins à pieds roses niche dans des terriers creusés sur des pentes herbeuses ou à végétation clairsemée, jusqu'à 380 m au-dessus du niveau de la mer. Sur l'île Santa Clara, les individus nichent dans des terriers relativement courts (de 0,5 à 2,2 m) creusés sur des pentes dénudées à moyennement végétalisées tandis que sur l'île Robinson Crusoe, ils nichent dans des terriers mesurant souvent plus de 3 m, creusés dans un terrain friable généralement dépourvu d'une couverture végétale dense ou d'un sol stable et contenant de nombreuses roches et de nombreux blocs rocheux souterrains.

Le suivi par satellite de trois Puffins à pieds roses adultes de l'île Mocha durant la période d'élevage des oisillons a permis de localiser, près du Chili continental, une importante aire d'alimentation s'étendant jusqu'à 300 km au nord de la colonie (Guicking et al., 2001). Sur l'île Santa Clara, une étude pluriannuelle de suivi par satellite de Puffins à pieds roses élevant des oisillons a révélé que ceux-ci se déplaçaient vers l'est jusqu'aux eaux froides et productives du rebord du plateau continental au large de la côte du Chili, soit la même région du courant de Humboldt que celle utilisée par les oiseaux repérés au nord de l'île Mocha (P. Hodum, D. Hyrenbach et M. Wainstein, données inédites, 2006). De plus, quelques oiseaux de l'île Santa Clara ont effectué de courts voyages de recherche de nourriture au nord et au sud-ouest de la colonie, survolant toujours des eaux profondes (> 2000 m; P. Hodum, données inédites, 2005, 2006). Au Chili, les Puffins à pieds roses, qu'ils soient reproducteurs ou non, sont associés aux eaux de surface chaudes (de 14 à 18 °C) et fortement salées (Guicking et al., 2001). Comme au Chili, la plupart des individus au Canada et aux États-Unis sont observés au-dessus du plateau continental et le long du talus supérieur (Guzman et Myres, 1983; Briggs et al., 1987, K. Morgan, données inédites, 2006; figures 4 à 6).

Les Puffins à pieds roses s'alimentent en surface, mais peuvent aussi effectuer des plongées à partir de la surface ou des airs pour poursuivre leurs proies (Ainley et Sanger, 1979; Ribic et Ainley, 1988/1989; P. Hodum, comm. pers., 2006). Les plongées visant la recherche de nourriture se font à une profondeur moyenne de 2,1 m (n = 1 362), et moins de 5 % de ces plongées dépassent 5 m de profondeur; la plongée la plus profonde ayant été enregistrée est de 36 m (P. Hodum et S. Shaffer, données inédites, 2006).

Le régime alimentaire des Puffins à pieds roses se reproduisant et hivernant au Chili et au Pérou se compose principalement de poissons fourrage, surtout de sardines (Sardinops sagax) et d'anchois du Pérou (Engraulis ringens; Ainley, 1976; Guicking et al., 2001). Des analyses des isotopes stables du sang d'adultes reproducteurs et d'oisillons ont confirmé que le régime alimentaire des adultes et des immatures est dominé par le poisson fourrage. La faible quantité de rostres de calmar retrouvée dans l'estomac d'individus reproducteurs permet de croire que les calmars seraient des proies d'importance mineure par rapport aux poissons fourrage (P. Hodum, données inédites, 2006). En revanche, Baltz et Morejohn (1977) ont trouvé une proportion élevée de calmars dans l'estomac de cinq Puffins à pieds roses capturés au large de Monterey en Californie, ce qui laisse supposer qu'il y aurait modification du régime lorsque les individus sont loin de leurs colonies de nidification.

Figure 4. Répartition des observations printanières de Puffins à pieds roses au Canada et dans les eaux adjacentes (de 1982 à 2006). Données provenant d'Environnement Canada.

Figure 4. Répartition des observations printanières de Puffins à pieds roses au Canada et dans les eaux adjacentes (de 1982 à 2006).

Figure 5. Répartition des observations estivales de Puffins à pieds roses au Canada (de 1982 à 2006). Données provenant d'Environnement Canada et de la International Pacific Halibut Commission.

Figure 5. Répartition des observations estivales de Puffins à pieds roses au Canada (de 1982 à 2006).

Figure 6. Répartition des observations automnales de Puffins à pieds roses au Canada (de 1982 à 2006). Données provenant d'Environnement Canada.

Figure 6. Répartition des observations automnales de Puffins à pieds roses au Canada (de 1982 à 2006).

1.4.2 Rôle écologique

Le rôle écologique de l'Albatros à queue courte et du Puffin à pieds roses est similaire à celui des autres espèces d'oiseaux de mer qui s'alimentent en surface des mêmes types de proies dans les eaux canadiennes. Ces oiseaux de mer occupent une position élevée dans la chaîne trophique et se nourrissent de producteurs secondaires (poissons fourrage et calmars par exemple). L'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses font tous deux partie de l'ordre des Procellariiformes (oiseaux à narines tubulaires qui incluent les albatros, les puffins, les pétrels et les fulmars). Dans le cas des albatros, les narines se trouvent de chaque côté du bec alors que dans le cas des puffins et des autres espèces d'oiseaux à narines tubulaires, les narines se trouvent à la base de la portion supérieure du bec. Les oiseaux à narines tubulaires diffèrent de la plupart des autres oiseaux par leur odorat extrêmement développé qui les aide à localiser la nourriture et les sites de reproduction. Au cours de la saison de reproduction et de la saison internuptiale, les oiseaux à narines tubulaires peuvent parcourir de longues distances (plus de 1 700 km dans le cas des Puffins fuligineux [Puffinus griseus]; Weimerskirch, 1998) à la recherche des bancs de proies nécessaires à leur alimentation et à celle de leurs oisillons. Il est possible que les déplacements de ces bancs de proies soient prévisibles dans l'espace ou dans le temps en raison de leur lien avec la remontée saisonnière des eaux profondes côtières, les monts sous-marins ou le plateau continental. En utilisant une équation allométrique développée par Birt-Friesen et al. (1989), Hunt et al. (2000) ont déterminé que les besoins énergétiques de l'Albatros à queue courte étaient de 8 165 kJ par jour et que ceux du Puffin à pieds roses étaient de 1 370 kJ par jour. Les besoins énergétiques quotidiens d'un Albatros à queue courte sont plus de deux fois supérieurs à ceux d'un Albatros à pieds noirs (4 000 kJ/jour) ou d'un Albatros de Laysan (Phoebastria immutabilis; 3 900 kJ/jour). Des sept espèces de puffins qui se trouvent dans la ZEE de la côte ouest du Canada, seul le Puffin fuligineux (1 460 kJ/jour; Hunt et al., 2000) a des besoins énergétiques quotidiens plus importants que le Puffin à pieds roses.

L'Albatros à queue courte sert parfois de proie à des prédateurs de niveaux trophiques supérieurs. Au cours des dernières années, par exemple, quelques oisillons ont été capturés, dans leurs lieux de reproduction du Japon, par des Pygargues empereurs (Haliaeetus pelagicus). L'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses (œufs, oisillons et adultes) peuvent aussi être la proie d'un certain nombre de prédateurs vertébrés introduits au sein de leurs colonies (voir la section 1.5 : Menaces).

1.4.3 Facteurs limitatifs

À l'échelle mondiale, la croissance des populations d'Albatros à queue courte et de Puffins à pieds roses est limitée par des facteurs qui caractérisent tous les Procellariiformes : faible fécondité (maximum d'un œuf par année), maturité tardive (première reproduction à l'âge de cinq ou de six ans) et grande fidélité des partenaires (les individus qui perdent leur partenaire durant la saison de reproduction peuvent connaître plusieurs échecs de reproduction ou perdre leur site de nidification). Les deux espèces sont limitées par un nombre restreint d'emplacements de reproduction. L'Albatros à queue courte peut perdre de l'habitat de nidification à la suite d'une éruption volcanique, et les deux espèces sont touchées par des facteurs anthropiques, par exemple la prédation par des espèces exotiques. Le Puffin à pieds roses est menacé par la prise illégale dans ses lieux de reproduction (voir la section 1.5.2 : Menaces dans les lieux de reproduction). Au Canada, les deux espèces peuvent être limitées par la disponibilité des proies, en particulier là où leurs proies sont touchées par des changements dans les conditions océanographiques.

1.5 Menaces

Le présent programme de rétablissement met en relief et aborde l'ensemble des menaces présentes en eaux canadiennes, mais il est reconnu que les menaces présentes dans les colonies reproductrices sont susceptibles d'avoir une incidence plus grande sur les deux espèces que les menaces ayant lieu au Canada. Les menaces présentes à l'étranger constituent les principales raisons justifiant l'évaluation par le COSEPACde l'Albatros à queue courte et du Puffin à pieds roses, et elles influent sur la capacité de ces espèces à se rétablir au Canada; pour cette raison, ces menaces sont traitées dans la présente section. Les menaces en mer (celles pouvant être abordées localement) et les menaces présentes dans les lieux de reproduction (qui ne peuvent être abordées directement sur le territoire canadien) sont traitées dans des sections distinctes. Les menaces ont été classifiées (tableaux 1et 2) conformément au document fédéral exposant les lignes directrices pour l'identification des menaces (Environnement Canada, 2006).

1.5.1 Menaces en mer

Les menaces en mer se classent dans les catégories « mortalité accidentelle », « pollution » et « climat et catastrophes naturelles » et sont résumées au tableau 1. Les menaces identifiées sont pertinentes et touchent les deux espèces lorsque celles-ci se trouvent dans les eaux canadiennes, mais elles existent aussi ailleurs dans leurs aires de répartition. Les interactions négatives avec les pêches commerciales, la pollution par les hydrocarbures, et l'ingestion de matières plastiques et d'autres polluants (Cifuentes et al., 2003) menacent les individus. La pollution par les hydrocarbures peut menacer les individus de même que la qualité de l'habitat marin. L'aménagement de parcs éoliens marins et la construction de plates-formes de forage pétrolier sur la côte de la Colombie-Britannique ont le potentiel de limiter l'accès à des aires d'alimentation d'importance, de dégrader les habitats marins et de provoquer des changements dans la répartition des populations de proies. Les structures des plates-formes de forage pétrolier et des parcs éoliens représentent aussi un risque potentiel pour les individus, car ces derniers peuvent entrer en collision avec elles ou, dans le cas des plates-formes de forage pétrolier, être incinérés par les torches.

Mortalité accidentelle : prise accessoire et enchevêtrement par suite d'interactions avec les pêches commerciales

L'enchevêtrement et la mortalité accidentelle dans les palangres des pêches commerciales benthiques (juste au-dessus du plancher océanique) du Pacifique et dans les filets maillants des pêches commerciales côtières sont considérés comme des menaces potentielles pesant sur les deux espèces et comptent parmi les raisons pour lesquelles celles-ci ont été désignées menacées au Canada (COSEPAC, 2003, 2004). Bien que la prise accessoire et l'enchevêtrement menacent les espèces dans l'ensemble de leur aire de répartition, la présente section porte sur ces menaces dans les eaux territoriales canadiennes.

La mortalité accidentelle due à la pêche à la palangre survient lorsqu'un oiseau tente de s'emparer des appâts fixés aux hameçons lancés à partir d'un navire de pêche. Des individus sont parfois accidentellement pris par un hameçon, entraînés sous l'eau avec la ligne de fond et noyés. Comme les deux espèces, mais surtout l'Albatros à queue courte, ont pour habitude de s'alimenter en surface, il est possible que plus d'individus soient accidentellement tués quand des poissons et des parties de poissons sont jetés du navire au même moment où les hameçons sont lancés (USFWS, 2005). La mortalité accidentelle liée à la pêche côtière au filet maillant survient lorsque des oiseaux de mer (dont les puffins) plongent sous la surface pour poursuivre une proie et s'enchevêtrent dans un filet. Aucun cas de mortalité d'albatros n'a été signalé en ce qui concerne les pêches canadiennes au filet maillant.

Au Canada, la pêche commerciale benthique du Pacifique (ciblant le flétan du Pacifique, Hippoglossus stenolepis,et les sébastes, Sebastes spp.) concentrent surtout ses efforts le long du plateau continental. Cette pêche a également lieu le long de la côte de la portion nord de l'île de Vancouver et dans le détroit de la Reine-Charlotte (Smith et Morgan, 2005). L'Albatros à pieds noirs est l'oiseau de mer ayant le plus souvent été capturé par les palangriers du Pacifique (Smith et Morgan, 2005). Le chevauchement maximal entre l'effort de pêche et la présence de l'Albatros à pieds noirs survient durant les mois d'été, le long du rebord du plateau continental (Wiese et Smith, 2003). La plupart des observations de l'Albatros à queue courte et du Puffin à pieds roses proviennent des régions de la zone externe du plateau continental et du talus supérieur (figures 2 à 6); aucune étude n'a toutefois été effectuée pour estimer le chevauchement potentiel entre les pêches à la palangre et la présence de l'une ou l'autre de ces deux espèces au Canada. Entre 1995 et 2003, 6 Albatros à queue courte ont été déclarés prises accessoires dans le golfe de l'Alaska et la mer de Béring (USFWS, 2005), faisant ainsi ressortir la possibilité que des interactions semblables se produisent dans les eaux de la Colombie-Britannique. Les pêches de l'Alaska aux poissons de fond et au flétan sont soumises à des mesures obligatoires visant à éviter la prise accessoire d'oiseaux de mer (Melvin et al., 2006). La pêche commerciale côtière effectuée au filet maillant cible le saumon du Pacifique (Oncorhynchus spp.), et la mise en place des filets maillants coïncide avec la présence d'un grand nombre d'espèces d'oiseaux de mer dans l'espace et dans le temps (Smith et Morgan, 2005). Les pêcheurs au filet maillant travaillant au large de la côte ouest de l'île de Vancouver, là où le Puffin à pieds roses cohabite avec d'autres espèces de puffins, ont signalé la prise accessoire de Puffins à bec grêle (Puffinus tenuirostris) et de Puffins fuligineux (Smith et Morgan, 2005); cependant, ils n'ont signalé aucune prise accessoire de Puffins à pieds roses dans les eaux de la Colombie-Britannique.

À ce jour, les programmes canadiens d'observation des pêches en mer ne signalent aucun cas de prise accessoire d'Albatros à queue courte ou de Puffins à pieds roses, que ce soit par les pêches commerciales à la palangre ou les pêches commerciales au filet maillant (L. Yamanaka, comm. pers., 2005). Entre 2000 et 2005, aucun Albatros à queue courte ou Puffin à pieds roses n'a été récupéré dans le cadre d'un programme de récupération des oiseaux de mer pris accidentellement dans les engins de pêche. Un Puffin à bec grêle pris par un palangrier ciblant le flétan a cependant été récupéré. Cet oiseau avait été identifié par erreur comme un Guillemot colombin (Cepphus columba), ce qui a mis en évidence l'importance d'un programme de récupération permettant d'obtenir une identification exacte des espèces (Smith et Morgan, 2005).

En 2002, Pêches et Océans Canada (MPO) obligeait tous les palangriers autorisés à se conformer à des mesures visant à éviter la prise accessoire d'oiseaux de mer. Au départ, un grand nombre de navires ne s'y conformaient pas car de nombreux propriétaires de navires croyaient que l'utilisation des dispositifs d'atténuation était volontaire. Cependant, depuis 2004, le MPO veille activement à l'application de ces mesures; tous les plans de gestion des pêches à la ligne aux poissons de fond comptent les mesures visant à éviter la prise accessoire d'oiseaux de mer parmi les priorités de l'application de la loi, et des accusations sont régulièrement portées (T. Mawani, comm. pers., 2007).

La prise accessoire d'albatros peut être biaisée en fonction de l'âge ou du sexe selon l'endroit et le moment où les oiseaux recherchent de la nourriture par rapport aux concentrations locales des pêches (Cochrane et Starfield, 1999). Six des sept Albatros à queue courte signalés comme prises accessoires en Alaska (entre 1983 et 1998) étaient des immatures (Cochrane et Starfield, 1999). Il pourrait être nécessaire d'en tenir compte dans les programmes d'atténuation du Canada car, juqu'à maintenant, la majorité des Albatros à queue courte observés dans les eaux canadiennes sont des immatures (COSEPAC, 2003). Depuis 1996, 34 Albatros à queue courte ont été observés à l'intérieur ou très près de la ZEE canadienne et seulement 5 ont été identifiés en tant qu'adultes (K. Morgan, données inédites, 2006). Les jeunes oiseaux étant plus enclins à s'approcher des navires que les adultes, il est possible que les Albatros à queue courte immatures soient plus à risque d'être pris accidentellement dans des engins de pêche que les adultes (R. Suryan, comm. pers., 2007). Alors qu'il est généralement reconnu que l'accroissement du taux de survie des adultes est le facteur ayant la plus forte incidence sur l'accroissement du taux de croissance démographique prévu, Cochrane et Starfield (1999) croient qu'un accroissement des taux de survie des immatures (par une réduction de la mortalité liée aux pêches) peut théoriquement avoir une incidence importante sur l'augmentation des taux de croissance des populations historiquement appauvries de l'Albatros à queue courte.

Le Puffin à pieds roses est l'une des neuf espèces du Pérou reconnues comme étant vulnérables à la prise accessoire et comme nécessitant une attention particulière (Goya et Cárdenas, 2003). Les responsables du secteur péruvien de la pêche pélagique à la palangre ont signalé un taux de prise accessoire d'oiseaux de mer de 0,74 à 1,75 oiseau/1 000 hameçons (toutes espèces d'oiseaux de mer confondues). Cependant, malgré ce constat, le Puffin à pieds roses n'a pas été inscrit à la liste des oiseaux de mer prioritaires au chapitre de la recherche et de la conservation au Pérou. Aucune mesure visant à réduire les prises accessoires n'a été adoptée par ce secteur de pêche (J. Cooper, comm. pers., 2005) et aucun plan d'action national n'a été achevé.

En ce qui concerne les engins de pêche abandonnés, tous les oiseaux de mer sont à risque de s'y enchevêtrer; toutefois, l'importance de ces incidences pour les deux espèces traitées dans le présent programme de rétablissement n'est pas connue. Chaque année sur l'île Torishima, trois ou quatre Albatros à queue courte reviennent au rivage enchevêtrés dans une ligne de pêche, et certains de ceux-ci en meurent (H. Hasegawa, comm. pers., 2001). Les engins de pêche perdus ou abandonnés (p. ex. des sections de filet maillant flottant à la surface ou près de la surface) constituent une menace potentielle pour l'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses dans l'ensemble de leur aire de répartition marine (BirdLife International, 2005). L'importance de cette incidence au Canada n'est pas connue.

Mortalité accidentelle : développement industriel en mer -- exploration pétrolière et parcs éoliens

Les parcs éoliens marins et les plates-formes de forage pétrolier peuvent être sources de mortalité directe (collisions des oiseaux avec les structures) et indirecte (dégradation des aires d'alimentation ou prévention de leur accès). De plus, l'aménagement de plates-formes de forage pétrolier augmenterait la circulation de pétroliers et, de ce fait, les possibilités de déversements d'hydrocarbures. Les parcs éoliens marins ne sont actuellement pas considérés comme une menace pour l'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses, car on croit qu'il n'y aura pas de chevauchement spatial entre les sites proposés pour aménager ces parcs et l'aire de répartition marine de ces deux espèces au Canada. Les futures propositions d'aménagement de parcs éoliens dans les eaux côtières canadiennes devraient faire l'objet d'une évaluation afin de déterminer leurs effets possibles sur ces espèces. Des études effectuées en Europe ont montré que certains oiseaux aquatiques en migration (huards, canards de mer, etc.) semblent éviter les parcs éoliens (p. ex. voir Desholm et Kahlert, 2005). Si les aménagements énergétiques proposés sont construits dans des aires d'alimentation essentiels pour l'une ou l'autre de ces deux espèces, ils pourraient chasser les oiseaux de ces secteurs et finalement avoir une incidence sur le taux de survie des populations. De façon semblable, la levée de l'actuel moratoire sur l'exploration pétrolière le long de la côte de la Colombie-Britannique pourrait potentiellement entraîner un conflit spatial avec les oiseaux de mer; les emplacements et les installations proposés devraient faire l'objet d'une évaluation de leurs incidences.

Pollution : déversements d'hydrocarbures, pollution chronique par les hydrocarbures, matières plastiques et autres polluants

Les hydrocarbures flottant à la surface de l'eau occasionnent des problèmes physiologiques chez les oiseaux de mer du fait de la toxicité du pétrole (ingéré ou absorbé) et parce qu'ils nuisent à la capacité des oiseaux touchés à réguler leur température corporelle. Les oiseaux de mer peuvent être souillés par des hydrocarbures lors des rejets d'eau de cale huileuse dans les habitats marins, lors de déversements accidentels ou de fuites chroniques venant de plates-formes de forage pétrolier ou de sources terrestres, ou lors de déversements accidentels majeurs (CCE, 2005; USFWS, 2005). Les déversements et les rejets d'hydrocarbures dans les aires d'alimentation d'importance ou à proximité de celles-ci représentent un risque élevé pour l'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses. Il se produit des déversements d'hydrocarbures et des rejets illégaux de pétrole dans de nombreuses parties de l'aire de répartition marine de ces deux espèces, y compris au Canada. Compte tenu de la répartition marine de l'Albatros à queue courte et du Puffin à pieds roses, il existe une possibilité d'interactions négatives entre ces oiseaux et la pollution par les hydrocarbures. En général, les oiseaux de mer sont plus à risque d'être touchés par de petits déversements chroniques que par des déversements catastrophiques étendus, car le moment, la fréquence et l'emplacement des déversements représentent de meilleurs indices de l'incidence que leur seule étendue (Burger, 1993; Wiese et Robertson, 2004).

Dans le cas particulier du Canada, les récentes discussions concernant la levée possible du moratoire fédéral sur l'exploration gazière et pétrolière au large de la côte de la Colombie-Britannique attirent l'attention sur ce risque. Le forage pourrait s'effectuer dans des eaux peu profondes du détroit d'Hécate, du détroit de la Reine-Charlotte et de la côte nord-ouest de l'île de Vancouver. Comme il est permis de rejeter une certaine quantité d'hydrocarbures lors de la production de pétrole et de gaz, il se peut que des nappes légères se forment autour des engins de forage en mer situés au large. Les Albatros à queue courte et les Puffins à pieds roses forment parfois des groupes, composés d'une seule ou de plusieurs espèces, flottant à la surface de la mer (p. ex.135 Albatros à queue courte ont été observés autour d'un seul navire de pêche en Alaska; Piatt et al., 2006); ceci augmente les incidences potentielles d'un événement de pollution marine par les hydrocarbures.

Le trafic maritime actuel (pétroliers, cargos, bateaux à passagers, navires de pêche) représente également un risque continu de déversement d'hydrocarbures dans les eaux côtières de la Colombie-Britannique par suite de collisions, d'échouages ou de rejets illégaux d'eau de cale huileuse. Si les Albatros à queue courte et les Puffins à pieds roses se déplacent et recherchent leur nourriture le long du talus supérieur du plateau continental, ils longent une bande relativement étroite coupée par des routes de navigation. Ainsi, la possibilité pour ces espèces de rencontrer des déversements de pétrole catastrophiques ou chroniques est très élevée. La majorité des pétroliers circulant sur la côte ouest demeurent très au large en raison de la création d'une zone d'exclusion des pétroliers volontaire; cependant, les autres navires utilisent des routes de navigation dont le trajet est parallèle au rebord du plateau continental situé au large de la côte ouest de l'île de Vancouver et des îles de la Reine-Charlotte (P. O'Hara, comm. pers., 2006).

Les rejets de matières plastiques constituent une autre forme de pollution qui menace les oiseaux de mer (Baltz et Morejohn, 1976). La plupart des Procellariiformes avalent des objets en plastique qui flottent, probablement parce qu'ils les prennent pour des proies (Blight et Burger, 1997). Les effets nocifs de l'ingestion de matières plastiques incluent la mort ou les blessures internes causées par les morceaux de plastique tranchants, une diminution des volumes d'aliments ingérés de même que la déshydratation (Sievert et Sileo, 1993). Les jeunes oiseaux qui n'ont pas encore développé leur capacité à régurgiter pourraient être particulièrement vulnérables (Sherburne, 1993). La régurgitation de débris en plastique a été observée chez les Albatros à queue courte se reproduisant sur l'île Torishima (Federal Register, 2000); d'après les échantillons stomacaux d'adultes de l'île Santa Clara, on sait également que les Puffins à pieds roses ingèrent du plastique (P. Hodum, comm. pers., 2006).

Les produits chimiques toxiques présents dans l'environnement marin constituent une autre menace pour les oiseaux de mer. Becker (2000) a mesuré des concentrations élevées de mercure dans les plumes de Puffins à pieds roses adultes nicheurs de même que dans le duvet de jeunes oisillons de l'île Mocha (ce qui s'explique par le fait qu'il y a contamination de l'œuf par le parent); en revanche, les plumes de contour des oisillons plus âgés n'en contenaient pas. D'après Becker, la contamination surviendrait durant la migration et l'hivernage des adultes. La présence de résidus de diphényles polychlorés a également été détectée dans des œufs de Puffins à pieds roses au Chili (Cifuentes et al., 2003). Les données concernant les métaux lourds et les organochlorés dans les tissus de l'Albatros à queue courte sont limitées (USFWS, 2005), mais la présence de concentrations élevées chez d'autres espèces d'albatros du Pacifique Nord est bien documentée (Finkelstein et al., 2006).

Climat et catastrophes naturelles : changement climatique

Le rôle du changement climatique sur l'environnement marin, et sur les oiseaux de mer en particulier, constitue un domaine de recherche courant tant pour les océanographes spécialistes de la biologie que les biologistes spécialistes des oiseaux de mer (voir Robinson et al., 2005). Les effets des changements de régime à l'échelle décennale, d'El Niño-oscillation australe et des tendances à plus long terme sur les habitats des oiseaux de mer ne sont pas bien compris. Baduini et al. (2001) ont cependant décrit un événement de mortalité massive d'adultes occasionné par une désynchronisation entre la disponibilité des proies et l'arrivée de millions de Puffins à bec grêle dans la mer de Béring et cette mortalité qui pourrait être liée au changement climatique. Une diminution de la quantité de proies et/ou de la qualité de celles-ci peut également nuire à l'efficacité de reproduction des oiseaux de mer reproducteurs ou à la survie de leur progéniture (Crick, 2004; Kitaysky et al., 2006).

Tableau 1. Tableau de classification des menaces -- sommaire des menaces en mer qui pèsent sur l'Albatros à queue courte (ALQC) et le Puffin à pieds roses (PUPR) au Canada et à d'autres endroits dans leur aire de répartition. Voir le texte pour obtenir de plus amples détails.
Genre de menacesInformation sur la menace
1. Prise accessoire et enchevêtrement par suite d'interactions avec les pêches commerciales
Catégorie de menace« Mortalité accidentelle »ÉtendueGénéralisée
 Échelle localeEnsemble de l'aire de répartition
Menace généralePêche et engins abandonnésOccurrenceActuelleActuelle
FréquenceSaisonnièreRécurrente
Menace spécifiquePrise accessoire dans les engins des pêches commerciales à la palangre et au filet maillant, et enchevêtrement dans les engins abandonnésCertitude causaleALQC = Moyenne
PUPR = Faible
ALQC = Moyenne
PUPR= Faible
GravitéALQC = Modérée
PUPR = Inconnue
ALQC = Modérée
PUPR = Inconnue
StressHausse de la mortalité, réduction de la taille des populationsNiveau de préoccupationALQC = Moyen
PUPR = Faible
ALQC = Moyen
PUPR = Faible
2. Développement industriel en mer : exploration pétrolière et parcs éoliens
Catégorie de menace« Mortalité accidentelle »ÉtendueLocalisée
 Échelle localeEnsemble de l'aire de répartition
Menace généralePrésence de plates-formes de forage pétrolier et/ou d'éoliennes dans les aires d'alimentation et/ou les corridors de déplacementOccurrenceAnticipées. o.
FréquencePUPR = Saisonnière
ALQC = Continue
s. o.
Menace spécifiqueMortalité consécutive à une collision avec des éoliennes, exclusion des aires d'alimentationCertitude causaleInconnues. o.
GravitéInconnues. o.
StressHausse de la mortalité, réduction de la taille des populationsNiveau de préoccupationInconnus. o.
3. Déversements d'hydrocarbures, pollution chronique par les hydrocarbures, matières plastiques et autres polluants
Catégorie de menace« Pollution »ÉtendueGénéralisée
 Échelle localeEnsemble de l'aire de répartition
Menace généraleRejets catastrophiques et chroniques d'hydrocarbures dans l'environnement marin; pollution de l'environnement marin par des matières plastiques; rejets de métaux lourds et de polluants organochlorésOccurrenceAnticipéeActuelle
FréquenceInconnueInconnue
Menace spécifiqueExposition directe aux hydrocarbures, ingestion de matières plastiques, bioaccumulation de polluantsCertitude causaleMoyenneMoyenne
GravitéModéréeModérée
StressHausse de la mortalité, réduction de la taille des populations, réduction de la productivité, effets mortels et sublétauxNiveau de préoccupationMoyenMoyen
4. Changement climatique
Catégorie de menace« Climat et catastrophes naturelles »ÉtendueGénéralisée
 Échelle localeEnsemble de l'aire de répartition
Menace généraleChangements dans la répartition des proies et dans la synchronisation de leur disponibilité.OccurrenceAnticipéeAnticipée
FréquenceContinueContinue
Menace spécifiqueRéduction du succès de la recherche de nourritureCertitude causaleMoyenneMoyenne
GravitéInconnueInconnue
StressDiminution du succès de reproduction, hausse possible de la mortalité des adultesNiveau de préoccupationMoyenMoyen

1.5.2 Menaces dans les lieux de reproduction

Les menaces dans les lieux de reproduction se classent dans les catégories « Climat et catastrophes naturelles », « Exploitation non rationnelle » et « Espèces exotiques envahissantes ». Les menaces identifiées sous ces trois catégories ne pèsent sur les espèces que dans leurs lieux de reproduction situés au Japon dans le cas de l'Albatros à queue courte, et au Chili dans le cas du Puffin à pieds roses. Chaque catégorie est traitée en abordant chacune des deux espèces, et le tableau 2 combine les trois catégories en les désignant par A (Climat et catastrophes naturelles), B (Exploitation non rationnelle) et C (Espèces exotiques envahissantes).

Climat et catastrophes naturelles, exploitation non rationnelle et espèces exotiques envahissantes
Albatros à queue courte

Environ 80 % de la population d'Albatros à queue courte se reproduit dans l'une des deux colonies de l'île Torishima. Cette île est un volcan actif qui est déjà entré en éruption violente dans le passé; une éruption survenant durant la période de reproduction pourrait tuer des adultes et des oisillons et détruire des sites de nidification ainsi que l'habitat (Hasegawa et DeGange, 1982). De plus, l'habitat de reproduction et les oiseaux nicheurs sont menacés par de fréquents glissements de cendre volcanique et l'érosion provoquée par les pluies de mousson se produisant sur l'île (Federal Register, 2000). On croit que le rat noir (Rattus rattus) serait un prédateur des œufs ou des jeunes oisillons, mais il n'existe aucune preuve directe (Hasegawa, 1984). Les chats féraux ont déjà constitué une menace, mais ce n'est plus le cas à l'heure actuelle. Les Albatros à queue courte ont pour habitude de flotter en groupes à proximité de l'île Torishima et des îles Senkaku (P. Sievert et R. Suryan, comm. pers., 2007); la pollution par les hydrocarbures près de la colonie reproductrice pourrait donc toucher la population reproductrice de manière importante.

Puffin à pieds roses

Au sein de leurs colonies ou près de celles-ci, les Puffins à pieds roses sont menacés par la prédation par des prédateurs introduits ou indigènes, le prélèvement des oisillons, la dégradation et la perte de l'habitat de nidification par suite du broutage par les chèvres (Capra spp.), la compétition pour les terriers avec les lapins (Oryctolagus cuniculus; Hodum et Wainstein, 2004; CCE, 2005), le piétinement par les bovins (Bos spp.) ainsi que la pollution lumineuse venant des villes voisines (M. Wainstein, comm. pers., 2006).

Les prédateurs introduits et indigènes menacent les œufs et les oisillons sur l'île Mocha (chats et rats) et l'île Robinson Crusoe (chats, rats et coatis [Nasua nasua]) (Guicking, 1999; Guicking et Fiedler, 2000; Hodum et Wainstein, 2003, 2004). Les taux de prédation maximaux estimés varient de 0 à 4 %, selon la colonie (Hodum et Wainstein, 2003, 2004). Les chèvres et les bovins introduits sur l'île Robinson Crusoe de même que les lapins introduits sur les îles Robinson Crusoe et Santa Clara entraînent la destruction de l'habitat. Les bovins et les chèvres endommagent les terriers par le piétinement, et leur pâturage cause l'érosion des sols. Les lapins ont été éliminés de l'île Santa Clara en 2003 grâce à un projet d'éradication qui a duré six ans (Ojeda et al., 2003; P. Hodum, comm. pers., 2006). Sur l'île Mocha, jusqu'à 20 % des oisillons sont prélevés illégalement comme source de nourriture chaque année, ce qui occasionne la perte de jeunes oiseaux et la destruction de terriers, et pourrait empêcher la reproduction future (durant plusieurs saisons) en détruisant les liens qui unissent les couples.

Tableau 2. Tableau de classification des menaces -- sommaire des menaces qui pèsent sur l'Albatros à queue courte (ALQC) et le Puffin à pieds roses (PUPR) dans les lieux de reproduction. Voir le texte pour obtenir de plus amples détails.
1. Menaces dans les lieux de reproductionInformation sur la menace
Catégories de menaceA) « Climat et catastrophes naturelles »;
B) « Exploitation non rationnelle »;
C) « Espèces exotiques envahissantes ».
ÉtendueLocalisée dans les lieux de reproduction
 Échelle localeEnsemble de l'aire de répartition
Menaces généralesA) Activité volcanique (ALQC);
B) prélèvement des oisillons (PUPR);
C) espèces introduites (ALQC et PUPR).
OccurrenceDe courante à historiques. o.
FréquenceDe récurrente à continues. o.
Menaces spécifiquesA) Perte d'adultes, d'oisillons et d'œufs par suite de glissements de cendre;
B) chasse des oiseaux pour leurs plumes, prélèvement des oisillons;
C) prédation, compétition et perte d'habitat causées par les espèces introduites.
Certitude causaleDe faible à élevées. o.
GravitéD'inconnue à élevées. o.
StressHausse de la mortalité des adultes, réduction de la productivité, réduction de la population et modification de l'habitat.Niveau de préoccupationDe faible à élevés. o.

1.6 Mesures déjà achevées ou en cours

1.6.1 Protection et statut légaux

Albatros à queue courte :
  • Inscrit à l'Annexe 1 de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).
  • Protégé en tant qu'espèce en voie de disparition (Endangered) dans l'ensemble de son aire de répartition en vertu de l'Endangered Species Act des États-Unis (65 Federal Register 147: 46643-46654); l'espèce est aussi inscrite comme étant en voie de disparition (Endangered) dans l'État de l'Alaska (Alaska Statutes, Article 4, Sec. 16.20.19).
  • En 2005, publication d'une ébauche de programme de rétablissement concernant l'espèce (Draft Recovery Plan for the Short-Tailed Albatros) par le U.S. Fish and Wildlife Service aux fins d'examen public.
  • Désigné par le gouvernement japonais comme un monument naturel particulier (Special Natural Monument) (Hasegawa et DeGange, 1982), comme un oiseau particulier à protéger (Special Bird for Protection) et comme espèce indigène en péril (Domestic Endangered Species) en vertu de la Species Conservation Act.
  • L'île Torishima a été désignée monument naturel (Natural Monument) (USFWS, 2005); la prise y est interdite, et les activités humaines et les perturbations y sont limitées.
Puffin à pieds roses :
  • Inscrit comme étant vulnérable (Vulnerable) au Chili (Rottmann et López-Callejas, 1992; Glade, 1993).
  • L'archipel Juan Fernández a été déclaré parc national par le Chili en 1935, réserve de la biosphère par l'UNESCO en 1977 et figure à la Liste du patrimoine mondial (Schlatter, 1984; Guicking et Fiedler, 2000).
  • À la fin des années 1980, l'île Mocha a été déclarée réserve nationale (Reserva Nacional Isla Mocha); l'archipel Juan Fernández et l'île Mocha sont tous deux gérés par la Corporación Nacional Forestal (Bourne et al., 1992; Guicking, 1999).
Albatros à queue courte et Puffin à pieds roses :

La plupart des oiseaux migrateurs qui se trouvent au Canada sont protégés en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs (LCOM); la Loirépondait aux conditions de la Convention concernant les oiseaux migrateurs conclue entre le Canada et les États-Unis en 1916. L'objet de la LCOM est de mettre en œuvre la Convention par la protection et la conservation des oiseaux migrateurs, en tant qu'individus et populations, et de leurs nids. En 2005, des modifications ont été apportées à la LCOM ainsi qu'à la Loi canadienne sur la protection de l'environnement (LCPE) afin de protéger plus efficacement les oiseaux migrateurs et l'environnement marin contre les effets négatifs des rejets de substances nocives, par exemple les hydrocarbures, dans les eaux marines. La promulgation (du Projet de loi C-15) a permis d'étendre les pouvoirs d'application et judiciaires de cette loi jusque dans la ZEE, et a rendu plus précis les outils nécessaires pour faire respecter la loi et porter devant les tribunaux les infractions qui se produisent dans cette zone. La LCOM, la LCPE, la Loi sur la marine marchande du Canada, la Loi sur les Océans et la Loi sur les pêches confirment le droit souverain et l'autorité du Canada sur sa ZEE. Les gardes-chasse responsables de l'application de la LCOM et les agents de l'autorité de la LCPE ont maintenant le pouvoir de lutter contre le rejet de substances nocives en mer afin de protéger les espèces sauvages et les eaux marines.

La British Columbia Wildlife Act (BCWA) protège toutes les espèces d'oiseaux indigènes inscrites à la liste de l'American Ornithologists' Union; la BCWA précise également que tout ce qui est visé par la LCOM est aussi visé par la BCWA. L'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses sont protégés en vertu de l'article 34 de la BCWA, qui interdit de posséder, de récolter, de blesser, de maltraiter ou de détruire un oiseau, son nid ou ses œufs.

1.6.2 Activités de recherche : colonies reproductrices

Les colonies de Puffins à pieds roses de l'archipel Juan Fernández font l'objet d'un suivi régulier depuis 2001, la plupart des travaux portant sur la biologie de reproduction ayant été menés sur l'île Santa Clara (Hodum et Wainstein, 2003, 2004). La population de l'île Mocha n'a pratiquement jamais été étudiée; Guicking (1999) est le seul à avoir étudié cette colonie depuis les relevés partiels effectués au milieu des années 1980. Les déplacements effectués durant la période de reproduction sont actuellement étudiés à l'aide d'émetteurs satellites (P. Hodum et M. Wainstein, données inédites, 2006; P. Hodum, comm. pers., 2007).

1.6.3 Activités de recherche et de gestion liées aux pêches

Un plan d'action international (oiseaux de mer) a été adopté par le Comité des pêches de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture en 1999. Les pays membres ont été encouragés à évaluer les taux de mortalité des oiseaux de mer dans le cadre de leur pêche à la palangre et, au besoin, de produire leur propre plan d'action national (PAN-Oiseaux de mer) afin de réduire cette mortalité. Le Canada a produit un PAN visant à réduire la capture accidentelle d'oiseaux de mer par la pêche à la palangre (Pêches et Océans, 2007).

En 2002, le Canada a introduit l'obligation de mettre en place des mesures d'évitement de la prise accessoire d'oiseaux de mer comme condition à l'obtention d'un permis de pêche commerciale à la palangre. Un suivi électronique, mis en place graduellement sur plusieurs années, s'effectue maintenant sur plus de 90 % des palangriers. Les quelques palangriers qui demeurent sans suivi ont l'obligation de transporter un observateur au cours de chacune de leurs sorties, et tous les navires ont l'obligation de consigner chaque prise d'oiseau de mer dans leur journal de bord (T. Mawani, comm. pers., 2007).

Le Washington Sea Grant Program a mené et mène encore de nombreuses études liées aux pêches ayant pour objet d'examiner les façons de réduire la prise accessoire d'oiseaux de mer. Ces études comprennent entre autres la vérification de l'efficacité des modifications apportées aux engins de pêche pour réduire la prise accessoire et l'analyse de la répartition spatio-temporelle des Albatros à queue courte et d'autres oiseaux de mer (USFWS, 2005).

En 2004, l'Accord sur la conservation des albatros et des pétrels (ACAP) a été établi sous l'égide de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage. Bien que l'Accord se concentre actuellement sur les espèces d'albatros et de pétrels de l'hémisphère Sud, il assure une sensibilisation aux albatros en général (USFWS, 2005). Le nombre d'espèces considérées par l'Accord sera probablement augmenté afin d'inclure les trois espèces d'albatros qui se reproduisent dans l'hémisphère Nord (K. Morgan, comm. pers., 2007).

Le Puffin à pieds roses a été choisi en tant qu'« espèce marine suscitant des préoccupations communes en matière de conservation » par la CCE, une organisation mandatée en 1994 par l'Accord nord-américain de coopération dans le domaine de l'environnement prévu en vertu de l'Accord de libre-échange nord-américain. Le puffin a été choisi comme espèce pilote pour l'entreprise de travaux de conservation menés conjointement par le Canada, les États-Unis et le Mexique. En préparant le Plan d'action nord-américain de conservation pour le Puffin à pieds roses (CCE, 2005), la CEE a créé un plan prévoyant des mesures de coopération et de conservation visant la protection du Puffin à pieds roses à l'échelle internationale. Le Plan prévoit, entre autres, la réalisation d'une étude pilote lancée en 2006 et destinée à mieux comprendre la migration de l'espèce, à localiser les lieux d'alimentation d'importance et à déterminer la période de résidence et les habitudes de déplacement dans les eaux se trouvant au large de la côte ouest de l'Amérique du Nord (P. Hodum et D. Hyrenbach, données inédites, 2006; P. Hodum et K. Morgan, comm. pers., 2006).

1.7 Lacunes dans les connaissances

Il existe un certain nombre de lacunes dans les connaissances sur les habitats d'alimentation utilisés par l'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses dans les eaux canadiennes, de même que sur le succès de reproduction, l'occupation des terriers (Puffin à pieds roses) et la démographie (les deux espèces) dans les lieux de reproduction. L'augmentation des connaissances dans les domaines suivants permettra d'évaluer la réussite du présent programme de rétablissement et de déterminer si les efforts de rétablissement investis au Canada étaient valables du point de vue biologique.

Écologie et biologie

  1. Établir des estimations fiables de la répartition et de l'abondance saisonnières de l'Albatros à queue courte et du Puffin à pieds roses, de même que de la durée de séjour des individus dans les eaux canadiennes. Établir des indices démographiques à long terme.

  2. Localiser les habitats d'alimentation importants (prévisibles, très utilisés) des populations d'Albatros à queue courte et de Puffins à pieds roses dans les eaux canadiennes.

  3. Recueillir des données sur tous les individus signalés comme prises accessoires par les pêches, et apporter un soutien et une participation aux travaux de recherche et de modélisation de la démographie en cours de façon à améliorer notre compréhension de la vulnérabilité des espèces aux menaces qui pèsent sur chacune d'elles, de même que notre compréhension de leur capacité à se rétablir.

  4. Déterminer des façons d'utiliser les données sur les facteurs biotiques (p. ex. les proies) et abiotiques (p. ex. les gradients thermiques) afin de modéliser leur influence potentielle sur la répartition saisonnière de l'Albatros à queue courte et du Puffin à pieds roses dans les eaux canadiennes.

Menaces

  1. Quantifier les menaces connues ou potentielles pesant sur l'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses dans les lieux d'alimentation et le long des corridors de déplacement du Canada. Suivre et déterminer les facteurs responsables de la mortalité et des blessures dans ces secteurs.

  2. Déterminer le chevauchement spatial et temporel des pêches commerciales avec l'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses afin de savoir où et quand les pêches pourraient interagir avec l'une ou l'autre des deux espèces. Évaluer la fréquence d'utilisation de tous les types d'engins de pêche actuellement en usage ainsi que leur incidence, et les classer selon leur incidence potentielle.

  3. Participer aux efforts visant à estimer la fréquence et la gravité de la prise accessoire de l'Albatros à queue courte et du Puffin à pieds roses par les pêches commerciales dans la ZEE canadienne et dans les eaux internationales; entre autres, participer à l'analyse des données recueillies par les programmes d'observateurs des pêches en vigueur afin de connaître les secteurs qui devraient être davantage couverts pour pouvoir générer ces estimations.

  4. En s'appuyant sur les données recueillies aux nos 2 et 3 de la présente section, évaluer si les modifications apportées aux engins de pêche permettent de réduire les interactions avec l'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses ou la mortalité.

  5. Évaluer la fréquence et l'incidence des rejets de pétrole dans les eaux canadiennes et déterminer des moyens par lesquels le Canada peut contribuer à les réduire.

  6. Étudier l'impact des métaux lourds et des organochlorés sur l'Albatros à queue courte et le Puffin à pieds roses, et déterminer des moyens par lesquels le Canada peut contribuer à réduire ces impacts.