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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Chevêche des terriers au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Historiquement, la principale menace pour les populations viables de Chevêches des terriers semble avoir été la conversion et la dégradation de l’habitat (Haug et al., 1993; Wellicome et Haug, 1995; Clayton et Schmutz, 1999). Telfer (1992) fait état d’un déclin de 39 % des pâturages non amendés entre 1946 et 1986 dans certains secteurs des provinces des Prairies, et on signale des pertes considérables de prairies indigènes en Alberta (61 % des prairies mixtes), en Saskatchewan (81 % des prairies mixtes), au Manitoba (99 % des prairies mixtes et à herbes hautes), et dans l’ouest et le centre des grandes plaines aux États-Unis (Samson et Knopf, 1994).

La mortalité des jeunes et des adultes a également une incidence sur la viabilité des populations de Chevêches des terriers (De Smet, 1997; Clayton et Schmutz, 1999; King et Belthoff, 2001). En Saskatchewan, les années où la survie des jeunes était relativement faible ont été suivies de diminutions de 11 à 48 % des populations nicheuses locales, tandis que les années où la survie était élevée ont été suivies d’un accroissement des populations ainsi que d’un recrutement des jeunes relativement élevé dans les populations nicheuses (Todd et al., 2003). L’étroite corrélation observée entre la productivité de la nidification au cours d’une année donnée et la taille de la population l’année suivante témoigne d’une relation importante (Franken et Wellicome, 2003; R. Poulin, D. Todd, T. Wellicome, données inédites). De Smet (1997) a montré que les nids productifs au Manitoba avaient trois fois plus de chances que les nids improductifs d’être occupés de nouveau l’année suivante, et que la proportion d’oiseaux qui revenaient dans le même territoire était quatre fois supérieure pour les sites productifs que pour les autres.


Figure 10 : Profil d’abondance (nombre d’oiseaux observés par heure de relevé) de la Chevêche des terriers selon les Recensements des oiseaux de Noël effectués au Texas (en bas) et en Californie (en haut)

Figure 10 : Profil d’abondance (nombre d’oiseaux observés par heure de relevé) de la Chevêche des terriers selon les Recensements des oiseaux de Noël effectués au Texas (en bas) et en Californie (en haut).

Les pesticides peuvent également avoir une incidence directe et indirecte sur la Chevêche des terriers (Fox et al., 1989; Gervais et Anthony, 2003; Gervais et al., 2003). L’épandage de rodenticides (p. ex. la strychnine) peut causer une mortalité directe des adultes et des jeunes, et nuire gravement au succès de la nidification (Butts, 1973; James et al., 1990; Sheffield, 1997). Il a été démontré que les insecticides (p. ex. le carbaryl et le carbofurane) nuisent gravement au succès de l’envol en Saskatchewan (James et Fox, 1987). On a observé (mais sans les quantifier) des utilisations intensives d’insecticides et d’herbicides près des aires d’alimentation et de repos de la Chevêche des terriers dans les aires d’hivernage au Mexique (G. Holroyd et H. Trefry, comm. pers., octobre 2004). En Californie, des échantillons prélevés sur des œufs de Chevêche des terriers affichaient divers degrés de contamination par le DDE selon les années; on a relevé d’importants effets indésirables sur le succès de la reproduction les années où la nourriture se faisait moins abondante (Gervais et Anthony, 2003).

Bien qu’on ne dispose encore que de preuves corrélatives, il semble que les pesticides puissent avoir une incidence sur le succès de la reproduction et la survie en réduisant sensiblement l’abondance des proies. Par exemple, la production de petits a diminué de près de 83 % après l’épandage de carbaryl et de carbofurane autour de terriers de Chevêches des terriers (James et Fox, 1987). On utilise par ailleurs encore beaucoup de graines traitées à la strychnine (pour la lutte contre les rongeurs) et d’insecticides à base de carbofurane aux États-Unis et au Mexique, ce qui peut présenter un danger pour les populations canadiennes de Chevêches des terriers durant la migration et dans les aires d’hivernage (McDonald et al., 2004; G. Holroyd, comm. pers., octobre 2004).

Quoique mal quantifiées, les collisions avec des véhicules seraient une importante cause de mortalité des adultes et des jeunes Chevêches des terriers. L’oiseau se nourrit en effet souvent près des routes, où la composition des graminées est idéale pour les petits rongeurs et les insectes dont il se nourrit, ce qui l’expose à ce genre d’accident. Clayton et Schmutz (1999) ont observé qu’environ 31 % de tous les cas connus de mortalité de Chevêches des terriers dans la plaine de Regina, en Saskatchewan, étaient attribuables à des collisions avec des véhicules. Dans cette même province, 15 % des cas de mortalité connus de jeunes chevêches après l’envol et avant la migration ont été attribués à ce facteur (Todd et al., 2003). L’auteur du présent rapport a trouvé deux chevêches adultes mortes sur de petites routes secondaires dans l’enclave de l’Oklahoma (Oklahoma panhandle) au cours d’une même matinée en mai 2005, ce qui donne à penser que les collisions avec des véhicules pourraient être une importante cause de mortalité dans les grandes plaines.

Dans certaines populations de Chevêches des terriers, la prédation peut être une importante cause de mortalité, notamment pour les jeunes qui viennent de quitter le nid. Au cours d’une année d’une étude de 2 ans, Todd (2001) a constaté que 15 jeunes à l’envol munis de transpondeurs sur 33 étaient morts avant de migrer, en Saskatchewan, principalement à cause de la prédation aviaire. Les fortes pertes dues aux prédateurs ont été attribuées à la fois à la fragmentation de l’habitat et à la disponibilité réduite de mammifères proies (surtout les campagnols, Microtus spp.; Todd, 2001).

Todd et al. (2003) ont montré que la survie des jeunes (entre l’envol et la migration), en grande partie médiée par la disponibilité locale des proies au stade de l’envol, avait une lourde incidence sur la densité subséquente des populations en Saskatchewan.

Bref, bien que la disparition de l’habitat semble avoir été historiquement le facteur le plus important dans le déclin des populations, des habitats convenables n’en sont pas moins actuellement inoccupés par l’espèce; certains facteurs démographiques défavorables (taux de mortalité des adultes et des jeunes, productivité, immigration/émigration) seraient donc aujourd’hui les variables qui nuisent le plus au rétablissement de l’espèce dans les provinces des Prairies.