Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Programme de Rétablissement de l'Épaulard [projet]

1. Contexte

1.1 Évaluation de l’espèce par le COSEPAC

Date de l'évaluation : Novembre 2001

Nom commun (population) : Épaulard migrateur de la côte Ouest

Nom scientifique : Orcinus orca

Désignation du COSEPAC : Menacée

Justification de la désignation : Petite population qui se nourrit de mammifères marins. Les concentrations de polluants toxiques sont élevées chez les individus.

Présence au Canada : Océan Pacifique

Historique du statut : Espèce désignée « préoccupante » en avril 1999. Réexamen du statut; l'espèce a été désignée « menacée » en novembre 2001. Dernière évaluation fondée sur un rapport de situation existant accompagné d'un addenda. Correspond au critère de la catégorie « en voie de disparition », D1, mais pas à la définition de la catégorie « en voie de disparition » (c. à d. non en danger imminent de disparition); l'espèce est donc désignée « menacée ».

1.2 Description

L’épaulard est le plus imposant membre de la famille des dauphins (famille des delphinidés, sous‑ordre des odontocètes, ordre des cétacés). En raison de sa taille, de sa coloration distinctive noire et blanche et de sa grande nageoire dorsale, il est facile de le distinguer des autres cétacés. L’épaulard est sexuellement dimorphe. Le mâle est plus imposant que la femelle et la nageoire dorsale du mâle adulte est plus grande (hauteur moyenne de 1,8 m) que celle de la femelle et des jeunes des deux sexes (habituellement moins de 1 m) (Dahlheim et Heyning, 1999). Chaque épaulard est relativement facile à reconnaître en raison des différences idiosyncrasiques quant à la forme, à la taille et à la position de la tache blanche derrière chaque œil et de la tache en forme de selle (derrière la nageoire dorsale), à la taille, à la forme et à l’angle variables de la nageoire dorsale ainsi qu’aux entailles et aux blessures acquises de façon naturelle (dans de nombreux cas).

Une seule espèce est reconnue à l’heure actuelle, Orcinus orca, mais une variation du régime alimentaire, de la taille, de la coloration, des vocalisations et des caractéristiques génétiques des différentes populations d’épaulards peut entraîner une révision de la taxonomie dans les années à venir (Dahlheim et Heyning, 1999; Ford et al., 2000; Barrett‑Lennard et Ellis, 2001; Hoelzel et al., 2002; Pitman et Ensor, 2003; Reeves et al., 2004). Le long du plateau continental et dans les eaux côtières allant de la Californie à l’ouest de l’Alaska, on reconnaît trois formes, ou écotypes, à savoir l’épaulard résident, migrateur et océanique. Ces formes s’associent rarement, voire jamais, et présentent des différences sur le plan du régime et du comportement alimentaire, du comportement vocal, de la structure sociale, de la génétique et de la forme de la nageoire dorsale (Ford et al., 2000; Barrett‑Lennard et Ellis, 2001).

Les épaulards résidents se nourrissent exclusivement de poissons et de céphalopodes et se déplacent en groupes acoustiquement actifs de 10 à 25 individus ou davantage (Ford et al., 2000). Contrairement à l’épaulard migrateur, l’épaulard résident a habituellement une structure sociale stable; le mâle et la femelle ne se séparent pas de sa lignée maternelle natale (Bigg et al., 1990; Ford et al., 2000).

Les épaulards migrateurs se nourrissent de mammifères marins, surtout de phoques communs (Phoca vitulina), de marsouins et d’otaries (Ford et al., 1998). Ils se déplacent en petits groupes acoustiquement inactifs et sont des prédateurs furtifs (Morton, 1990; Barrett‑Lennard et al., 1996; Ford et Ellis, 1999). Leur temps de plongée est également bien plus long que celui des épaulards résidents (Morton, 1990). Ils sont reconnus pour attaquer et tuer des baleines à fanons, et bien qu’on les observe rarement dans les eaux côtières de la Colombie‑Britannique (Ford et al., 2005), des groupes d’épaulards migrateurs peuvent s’unir quand ils attaquent des baleines à fanons en mer et s’en nourrissent (Barrett‑Lennard et Heise, 2006). Dans les eaux côtières, la mise à mort de petits rorquals par de petits groupes d’épaulards migrateurs comporte habituellement une stratégie de confinement dans une baie ou un bras de mer (Ford et al., 2005).

Les épaulards océaniques sont les moins connus des trois écotypes. Leur présence a d’abord été constatée à la fin des années 1980; on les observe le plus souvent au large du plateau continental (Ford et al., 2000) et, à l’occasion, dans les eaux côtières.On les aperçoit le plus souvent en grands groupes acoustiquement actifs d’au moins 20 individus et on pense qu’ils se nourrissent de poissons et d’élasmobranches (Heise et al.,2003; Jones, 2006), bien qu’ils puissent également s’en prendre à des mammifères marins (Herman et al., 2005).

1.3 Populations et répartition

1.3.1 Vue d’ensemble

On trouve des épaulards dans tous les grands océans du globe et leur nombre, selon les estimations, se situe au moins entre 40 000 et 60 000 (Forney et Wade, 2006). La description des écotypes d’épaulards (résidents, migrateurs et océaniques) ne peut être appliquée, de manière fiable, qu’aux populations du Pacifique Nord‑Est. Dans d’autres régions du globe, l’épaulard n’est pas aussi bien étudié et dans certaines régions, il est possible qu’il se nourrisse de mammifères marins et de poissons.

1.3.2 Eaux canadiennes du Pacifique

Les trois écotypes distincts d’épaulards présents dans le Pacifique Nord‑Est sont subdivisés en au moins sept populations différentes sur le plan social, génétique, culturel et acoustique. La majorité d’entre elles vivent dans les eaux du Canada et des États‑Unis et sont reconnues par les gouvernements des deux pays.

Trois populations putatives d’épaulards migrateurs ont été décrites jusqu’à ce jour dans le Pacifique Nord‑Est. Il y a celle, communément appelée, des épaulards migrateurs de la côte Ouest, dont l’aire de répartition s’étend de l’État de Washington au sud‑est de l’Alaska, celle des épaulards migrateurs AT1, concentrée dans le détroit du Prince William et les fjords de Kenai (Alaska) et celle des épaulards migrateurs du golfe de l’Alaska, habituellement observée dans les eaux des parties centrale et ouest du golfe de l’Alaska (Angliss et Outlaw, 2005). La population migratrice AT1 a connu un déclin précipité ces dernières années et ne compterait que huit individus, aucun n’étant des femelles reproductrices (Saulitis et al., 2005). La population migratrice du golfe de l’Alaska compte au moins 314 individus observés le plus assurément entre le sud‑est et l’ouest de l’Alaska (Angliss et Outlaw, 2005). Même si les aires de répartition de ces deux dernières se chevauchent, on ne les a jamais observé en interaction.

La population migratrice de la côte Ouest est la seule reconnue pour fréquenter les eaux canadiennes et est le point central du présent programme de rétablissement. On sait qu’environ 250 individus se déplacent dans toutes les eaux de la Colombie‑Britannique, bien que leur aire de répartition s’étende de l’État de Washington au sud‑est de l’Alaska (programme de recherche sur les cétacés [PRC]‑MPO, données non publiées). Les membres de cette population ne sont pas aussi faciles à définir que ceux des populations résidentes, en grande partie parce qu’on n’observe pas les premiers aussi assurément que les seconds. En outre, contrairement aux épaulards résidents, ils s’éloignent de leur groupe natal. C’est pourquoi on combine un certain nombre de critères dans une approche fondée sur le poids de la preuve pour définir la population migratrice de la côte Ouest. Parmi ces critères, mentionnons les suivants : 1) association (les membres s’associent fréquemment à d’autres membres et rarement, voire jamais, à des membres d’autres populations); 2) partage du répertoire acoustique de vocalisations distinctes; 3) rapprochement génétique; 4) partage de l’aire de répartition; 5) partage du régime alimentaire et d’une série de comportements alimentaires. Dans l’avenir, des profils similaires d’acides gras ou de contaminants pourraient également aider à définir les membres de cette population (voir Herman et al., 2005; Krahn et al., 2007).

Un assemblage d’environ 100 épaulards migrateurs a été documenté au large de la côte californienne (Ford et Ellis, 1999).On a peu étudié cet assemblage et, dans le passé, on l’a considéré comme un prolongement de la population migratrice de la côte Ouest. Selon un groupe de spécialistes des épaulards réunis lors d’un atelier technique qui s’est tenu les 16 et 17 janvier 2007 à Vancouver pour conseiller Pêches et Océans Canada sur des questions d’ordre technique relatives au présent programme de rétablissement, les preuves disponibles laissent entendre que l’assemblage de la Californie appartient à une ou à plusieurs populations distinctes et non définies à l’heure actuelle. Sur le plan acoustique, le répertoire de cris de ces épaulards est similaire, mais pas identique à celui des épaulards migrateurs que l’on trouve en Colombie‑Britannique (Deecke, 2003).On a aperçu environ dix de ces individus en Colombie‑Britannique et en Alaska ainsi qu’observé parfois leur interaction avec d’autres membres de la population migratrice de la côte Ouest.Ces interactions, même si elles sont rares, nous laissent penser qu’il peut y avoir un flux génétique limité entre les deux groupes.On en connaît très peu sur le statut de l’assemblage de la Californie, car on observe assez rarement ces individus, même dans les eaux californiennes.

La majorité des observations d’épaulards migrateurs en Colombie-Britannique tendent à avoir lieu pendant l’été et l’automne, lorsqu’il y a plus de personnes sur l’eau, mais elles on lieu à tous les mois de l’année. Ces épaulards ne sont toutefois pas répartis uniformément à l’échelle de la région et sont trouvés le plus souvent dans les endroits où leurs proies sont particulièrement abondantes. Certains groupes d’épaulards migrateurs se déplacent sur toute l’aire de répartition de la population, l’un d’eux ayant parcouru 2 660 km de Glacier Bay, en Alaska, à Monterey, en Californie (Goley et Straley, 1994). D’autres épaulards n’ont été aperçus que dans certaines régions, comme les îles de la Reine‑Charlotte. Il est possible qu’ils puissent avoir des « domaines vitaux » ou des zones préférées, leur connaissance de l’endroit leur donnant un avantage au point de vue de la chasse (Ford et Ellis 1999). Contrairement à l’épaulard résident qui peut demeurer à un endroit pendant plusieurs semaines, voire davantage, en particulier pendant la pointe des montaisons de saumons, l’épaulard migrateur traverse habituellement un endroit assez rapidement, probablement du fait que les proies de la famille des mammifères sortent de l’eau ou l’évitent très rapidement dès qu’elles se rendent compte de sa présence.