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Programme de Rétablissement de l'Épaulard [projet]

1.5 Menaces

Caractérisation des menaces au moyen d’une approche fondée sur le poids de la preuve

L’épaulard migrateur de la côte Ouest est un organisme longévif de niveau trophique supérieur. Cependant, son taux de reproduction semble être faible, ce qui réduit considérablement sa capacité de se rétablir d’événements catastrophiques ou de déclins de population. La faible taille de sa population (actuellement estimée à environ 250 individus, PRC-MPO, données non publiées) lui fait courir un risque supplémentaire de menaces d’origine anthropique. Puisque des problèmes d’ordre scientifique, éthique, logistique et juridique empêchent la réalisation d’expériences directes ou causales avec l’épaulard, une approche fondée sur le « poids de la preuve » encadre la caractérisation et la hiérarchisation des menaces auxquelles il est confronté. Une telle approche est courante dans le secteur des produits pharmaceutiques pour l’humain, qui se sert de données sur la toxicité, la sécurité et l’efficacité d’expériences en laboratoire avec groupe témoin réalisées sur des animaux et les extrapole à l’humain. Dans le cas de l’épaulard migrateur, cette approche tient compte de tous les résultats scientifiques découlant d’études sur d’autres mammifères marins (tels que les phoques communs) réalisées en laboratoire avec groupe témoin, avec des individus en captivité et sur le terrain ainsi que d’observations opportunistes et d’expériences en milieu naturel sur des épaulards et d’autres cétacés à l’état sauvage. On a recours à cette approche, dans la mesure du possible, pour décrire les menaces auxquelles l’épaulard peut être vulnérable.

De nombreuses menaces d’origine anthropique pèsent sur la viabilité de l’épaulard migrateur. Les contaminants chimiques (hérités et nouveaux), les polluants biologiques, les métaux traces, la perturbation physique, la perturbation acoustique (chronique et aiguë), les déversements de substances toxiques, les maladies, les collisions avec les bateaux et les effets de l’abattage sélectif sur ses proies (actuellement interdit) figurent parmi ces menaces. De celles-ci, les menaces d’origine anthropique les plus pressantes qui pèsent sur l’épaulard migrateur sont : 1) les contaminants environnementaux; 2) le bruit et les perturbations. En raison de la faible taille de sa population et de son potentiel reproducteur extrêmement limité, la population est particulièrement vulnérable à toute source de mortalité qui peut être considérée comme étant supérieure aux « valeurs de référence ». Toutefois, la mesure dans laquelle les menaces peuvent agir avec synergie pour influer sur les épaulards n’est pas connue, mais il a été démontré que, chez d’autres espèces, la présence de multiples facteurs de perturbation a des effets négatifs forts et souvent mortels, particulièrement lorsque les animaux transportent des concentrations élevées de contaminants environnementaux (Sih et al., 2004).

1.5.1 Classification des menaces

Veuillez consulter l’annexe B pour obtenir des éclaircissements au sujet des termes employés pour classer les menaces par catégorie. Il convient de noter que les polluants organiques persistants sont divisés en contaminants hérités et nouveaux parce qu’il faut différentes stratégies pour les traiter.

Tableau 1 – Tableau de classification des menaces d’origine anthropique
1Stress – Toxines biocumulatives persistantes (TBP) – Contaminants hérités Information sur le facteur de perturbation
Catégorie de facteur de perturbationPollution et changements dans les processus naturels (disponibilités alimentaires)AmpleurRépandue ou concentrée localement
 LocaleÀ l’échelle de l’aire de répartition
Facteur de perturbation généralTBP OccurrenceEn coursEn cours
FréquenceContinueContinue
Stress précisEffets toxiques directs et transfert (et bioaccumulation) des contaminants à l’épaulard par les proiesCertitude causaleAttendueAttendue
GravitéÉlevéeÉlevée
EffetTroubles reproducteurs, perturbation endocrinienne, anomalies squelettiques, cancer, etc.Niveau de préoccupationÉlevé
2Stress – Toxines biocumulatives persistantes (TBP) – Contaminants nouveaux Information sur le facteur de perturbation
Catégorie de facteur de perturbationPollution et changements dans les processus naturels (disponibilités alimentaires)AmpleurRépandue ou concentrée localement
 LocaleÀ l’échelle de l’aire de répartition
Facteur de perturbation généralTBP OccurrenceEn coursEn cours
FréquenceContinueContinue
Stress précisEffets toxiques directs et transfert (et bioaccumulation) des contaminants à l’épaulard par les proiesCertitude causaleAttendueAttendue
GravitéÉlevéeÉlevée
EffetTroubles reproducteurs, perturbation endocrinienne, anomalies squelettiques, cancer, etc.Niveau de préoccupationÉlevé
3Stress – Bruit chroniqueInformation sur le facteur de perturbation
Catégorie de facteur de perturbationDégradation de l’habitatAmpleurRépandue
 LocaleÀ l’échelle de l’aire de répartition
Facteur de perturbation généralBruit causé par les bateauxOccurrenceEn coursEn cours
FréquenceContinue, mais avec une certaine variabilité saisonnièreContinue, mais avec une certaine variabilité saisonnière
Stress précisMasquage des signaux de communication, incapacité de bien se nourrirCertitude causalePlausible, mais nécessite une étude plus approfondiePlausible, mais nécessite une étude plus approfondie
GravitéInconnueInconnue
EffetPréjudice physiologique et physiqueNiveau de préoccupationMoyen
4Stress – Bruit aiguInformation sur le facteur de perturbation
Catégorie de facteur de perturbationPerturbationAmpleurSources ponctuelles locales à l’échelle de l’aire de répartition
 LocaleÀ l’échelle de l’aire de répartition
Facteur de perturbation généralBruit impulsif intenseOccurrenceEn coursEn cours
FréquenceRécurrenteRécurrente
Stress précis

relevés sismiques

sonars militaires explosions sous-marines

Certitude causaleAttendueAttendue
GravitéFaible à la fréquence actuelleFaible à la fréquence actuelle
Effet

Dommage physiologique et possiblement physique (dû aux sonars militaires et explosions sous-marines seulement)

Perturbation comportementale

Niveau de préoccupationÉlevé en raison de l’expansion possible
5Stress – Perturbation physiqueInformation sur le facteur de perturbation
Catégorie de facteur de perturbationPerturbationAmpleurLocalisée, mais répandue
 LocaleÀ l’échelle de l’aire de répartition
Facteur de perturbation général

Activités de loisir

Activités d’observation des baleines

OccurrenceEn cours 
FréquenceContinue, mais avec une certaine variabilité saisonnière 
Stress précisInterruption de l’alimentation et des comportements sociauxCertitude causaleAttendue, mais nécessite une étude plus approfondie 
GravitéInconnue 
EffetDéplacement possibleNiveau de préoccupationÉlevé
6Stress – Polluants biologiquesInformation sur le facteur de perturbation
Catégorie de facteur de perturbationPollution et changements dans les processus naturels (disponibilités alimentaires)AmpleurLocalisée
 LocaleÀ l’échelle de l’aire de répartition
Facteur de perturbation généralRéduction du nombre de proies et effets toxiquesOccurrencePrévue 
FréquenceRécurrente 
Stress précisEspèces-proies vulnérables aux polluants pouvant se propager rapidement dans l’environnement marin. Impact direct possible sur l’épaulard.Certitude causalePlausible 
GravitéDe faible à moyenne 
EffetChangements physiologiques, maladies, disponibilité réduite des proiesNiveau de préoccupationInconnu
7Stress – Déversements de substances toxiques Information sur le facteur de perturbation
Catégorie de facteur de perturbationDégradation et pollution de l’habitat AmpleurLocalisée
 LocaleÀ l’échelle de l’aire de répartition
Facteur de perturbation généralDéversements de substances toxiques, y compris d’hydrocarburesOccurrencePrévue 
FréquenceRécurrente 
Stress précisIngestion de substances nocives/exposition à celles-ciCertitude causaleDémontrée 
GravitéDe faible à moyenne 
EffetImpacts physiologiques/mortNiveau de préoccupationÉlevé
8Stress: Collision avec les bateauxInformation sur le facteur de perturbation
Catégorie de facteur de perturbationMortalité accidentelleAmpleurLocalisée
 LocaleÀ l’échelle de l’aire de répartition
Facteur de perturbation généralTrafic de bateaux à grande vitesseOccurrenceEn cours 
FréquenceRécurrente 
Stress précisTraumatisme résultant d’un choc violent ou de lacérationsCertitude causaleDémontrée 
GravitéFaible 
EffetMortalité directe ou indirecte (par infection)Niveau de préoccupationFaible
9Stress – Déclin en matière de disponibilité ou de qualité des proiesInformation sur le facteur de perturbation
Catégorie de facteur de perturbationExploitation non rationnelle ou abattage sélectifAmpleurRépandue
 LocaleÀ l’échelle de l’aire de répartition
Facteur de perturbation généralAbattage sélectif OccurrenceEn coursHistorique
FréquenceInconnueContinue jusqu’au début des années 1970
Stress précisRéduction du nombre de proies Certitude causalePlausiblePlausible
GravitéFaibleÉlevée
EffetManque de nourritureNiveau de préoccupationFaible (selon la gestion actuelle des phoques et les mesures de protection des cétacés)

1.5.2 Description des menaces

Contaminants

L’épaulard migrateur est le mammifère marin le plus contaminé aux biphényles polychlorés (BPC) au monde ayant été décrit jusqu’à ce jour (Ross et al., 2000), ce qui met en lumière les préoccupations selon lesquelles il peut présenter un risque élevé d’effets néfastes sur sa santé. Dans la classe générale des contaminants appelés « toxines biocumulatives persistantes (TBP) » ou « polluants organiques persistants (POP) », les BPC sont la plus importante préoccupation d’ordre toxicologique chez les organismes de niveau trophique supérieur de l’hémisphère Nord. Les TBP sont persistantes, toxiques et biocumulatives, toutes des caractéristiques qui rendent l’épaulard migrateur vulnérable à une forte contamination et à des risques pour la santé. Les TBP n’affichent habituellement pas de toxicité aiguë, mais sont plutôt considérées comme des « modulateurs endocriniens » ou « perturbateurs endocriniens » en raison des effets chroniques, lents et insidieux qu’elles ont sur la croissance et le développement normaux des organes. À ce titre, il a été démontré que les populations touchées présentent une santé génésique réduite, une fonction immunitaire réduite (et incidence accrue des maladies), des anomalies squelettiques et des troubles neurologiques.

L’épaulard migrateur est particulièrement vulnérable à une contamination aux TBP parce qu’il est longévif et se nourrit à un niveau trophique élevé, son régime alimentaire étant composé d’autres individus déjà contaminés aux TBP (Ross et al., 2004; Mos et al., 2006). Les femelles adultes, tant chez l’épaulard résident que l’épaulard migrateur, sont moins contaminées aux TBP que leurs homologues mâles du fait qu’elles transfèrent certaines TBP à leur progéniture pendant la reproduction, c’est-à-dire la gestation et la lactation (Ross et al., 2000, 2002; Rayne et al., 2004; Ross, 2006). Le phoque commun, l’une des principales proies de l’épaulard migrateur, est reconnu pour être relativement contaminé aux TBP, en particulier près de zones urbaines (Ross et al., 2004). Les concentrations de BPC observées chez le phoque commun de Puget Sound ont été associées à l’immunosuppression et à des perturbations endocriniennes (Mos et al., 2006; Tabuchi et al., 2006).

Contaminants hérités

Les TBP incluent les contaminants « hérités », tels que les BPC et le dichlorodiphényltrichloréthane (DDT), dont l’usage n’est plus largement répandu dans les pays industrialisés, mais leur présence persiste dans l’environnement. Les dioxines et les furannes ont diminué dans l’environnement et sont présents à des concentrations relativement faibles chez l’épaulard, ce qui montre l’élimination métabolique des composés à des niveaux croissants du réseau trophique (Ross et al., 2000). L’épaulard migrateur affiche des concentrations de BPC dépassant de deux à quatre fois celles du béluga du Saint-Laurent (Delphinapterus leucas), qui est une espèce menacée (Martineau et al., 1987; Béland et al., 1993; Ross et al., 2000). Bien qu’il soit presque impossible d’obtenir des preuves non équivoques dans le monde réel caractérisé par une diversité complexe de contaminants, on soupçonne que ce béluga présente des troubles reproducteurs et une immunosuppression associés aux contaminants, tous pouvant expliquer l’incapacité de la population de se rétablir depuis qu’elle a été protégée de la chasse en 1979 (De Guise et al., 1995). Ces concentrations sont considérablement plus élevées que celles reconnues pour causer des troubles reproducteurs, des anomalies squelettiques, une perturbation endocrinienne et une immunotoxicité associés aux BPC chez les pinnipèdes (Ross, 2000; Ross et al., 2004). Bien que les concentrations de BPC diminuent dans l’environnement, de nouveaux modèles nous laissent entendre qu’il faudra des décennies avant que celles de l’épaulard passent sous les seuils liés à l’apparition d’effets néfastes (Hickie et al., 2007). Étant donné que l’épaulard migrateur se nourrit de proies contaminées, ses concentrations de contaminants ne diminueront pas aussi rapidement que celles de l’épaulard résident, même si on n’utilise plus le contaminant.

Nouveaux contaminants

Même si on a grandement réglementé les TBP héritées dans le monde industrialisé, un certain nombre de contaminants ayant des propriétés similaires demeurent sur le marché ou représentent des sous-produits de pratiques actuelles. Elles incluent les polybromodiphényléthers (PBDE) employés en tant qu’ignifugeants dans des applications allant des textiles aux télévisions, en passant par les ordinateurs.Deux des trois préparations commerciales (penta et octa) ont été bannies en Europe ou retirées du marché en Amérique du Nord, mais le décaBDE est toujours en usage.Puisque le décaBDE se décompose dans l’environnement en pentaBDE et en octaBDE, l’exposition de l’épaulard à des concentrations croissantes de PBDE perturbatrices du système endocrinien demeure une préoccupation importante.Les concentrations de PBDE chez les humains et les pinnipèdes ont doublé, et ce, environ à tous les deux à cinq ans (Hites, 2004; Ross, 2006).Même si de nombreuses questions sur la nature de la toxicité sont demeurées sans réponse, les preuves de plus en plus nombreuses d’une perturbation endocrinienne et d’une immunotoxicité (Darnerud, 2003; Hall et al.,2003) mettent en lumière la nouvelle préoccupation liée à cet ignifugeant actuellement en usage.Selon les analyses, l’épaulard migrateur présente des concentrations plus élevées de PBDE que celles des membres de la population d’épaulards résidents du Sud (Ross, 2006).

Un certain nombre d’autres TBP peuvent également affecter l’épaulard migrateur, dont les hydrocarbures aromatiques persistants, le dibutylétain et le tributylétain, le perfluro-octane, les alkylphénols éthoxylés ainsi que les naphtalènes, les paraffines et les terphényles polychlorés.La liste des TBP et le risque potentiel qu’elles présentent pour l’épaulard migrateur et ses proies ainsi qu’un court résumé de leurs sources se trouvent à l’annexe C.

On se préoccupe beaucoup des impacts potentiels des TBP sur l’épaulard migrateur. Une approche fondée sur le poids de la preuve doit être intégrée à la recherche, à la planification de la conservation et à la prise de décisions réglementaires afin de mieux protéger l’épaulard migrateur et ses proies contre ces composés très toxiques.

Polluants biologiques

L’épaulard migrateur peut être plus vulnérable aux impacts des maladies exotiques ou de la « pollution biologique » en raison de sa préférence pour les proies appartenant à la famille des mammifères.Les virus, les bactéries et les macroparasites franchissent habituellement les barrières interspécifiques plus facilement lorsque les deux espèces sont plus étroitement liées.L’épaulard migrateur peut être exposé à des agents pathogènes qui sont endémiques à ses proies de la famille des mammifères ou dispersés par des sources terrestres, telles que les animaux domestiques ou le bétail. Les manifestations de maladies infectieuses liées aux eaux usées ou au ruissellement chez le phoque commun du détroit de Puget (Lambourn et al., 2001) et l’otarie de Californie (Miller et al., 2002)rendent cette voie préoccupante pour l’épaulard migrateur.

Un certain nombre de mortalités de masse de premier plan chez plusieurs espèces ont permis d’attirer l’attention sur la menace potentielle que pose la pollution biologique pour les mammifères marins et d’établir ces polluants en tant que nouvelles préoccupations en matière de conservation (DeSwart et al., 1995; Miller et al., 2002; Ross, 2002; Mos et al., 2003; Mos et al., 2006). Ces polluants biologiques peuvent agir de deux façons, soit en infectant ou en affectant les proies, soit en infectant l’épaulard migrateur. En outre, la nature immunotoxique des TBP présentes à des concentrations très élevées chez cet épaulard peut le prédisposer à un risque ou à une gravité accrus d’infection causée par les polluants biologiques (Jepson et al., 1999; Ross et al., 1996, Mos et al., 2006).

Les agents pathogènes peuvent se propager rapidement chez les populations de mammifères marins. À titre d’exemple, les épidémies de Morbillivirus chez le phoque et le dauphin se propagent à une vitesse de 3 000 à 6 000 km par année (McCallum et al., 2003). Certains agents pathogènes, tels que Morbillivirus spp., sont naturellement présents dans l’environnement marin. Parmi certaines des espèces bien connues de cet agent pathogène qui ont été identifiées, mentionnons le virus de la maladie de Carré, le virus de la maladie de Carré chez le phoque et deux formes de morbillivirus des cétacés (dauphin et marsouin). L’infection qu’on lui attribue peut causer une pneumonie, une réduction de la production lymphocytaire et une encéphalite. En 1987‑1988, les morbillivirus des cétacés ont provoqué la mort de plus de 50 % de la population de dauphins à gros nez le long de la côte est des États-Unis (Di Guardo et al., 2005). Ils ont été détectés chez des dauphins échoués au large de la Californie, mais il n’y a pas eu d’épidémie dans le Pacifique (Reidarson et al., 1998).

D’autres agents pathogènes, comme Brucella spp. et probablement Toxoplasma gondii, sont dispersés à partir de sources terrestres par les eaux usées et le ruissellement des terres agricoles (Lambourn et al., 2001; Miller et al., 2002; Mos et al., 2006). Des analyses sanguines réalisées sur douze épaulards échoués ont révélé que neuf d’entre eux ont obtenu un résultat positif à l’épreuve de dépistage de Brucella (S. Raverty, MAAPCB, Abbotsford, communication personnelle, 17 janvier 2007). Chez les cétacés, Brucella est associée à des lésions dans l’appareil génital de même qu’à l’encéphalite (González et al., 2002; Steven Raverty, MAAPCB, communication personnelle, 17 janvier 2007). Le phoque commun exposé au ruissellement de zones urbaines et agricoles présente un certain nombre d’agents pathogènes bactériens et protozoaires, auxquels il est plus vulnérable compte tenu de ses charges accrues de contaminants chimiques (Mos et al., 2006).

On compte environ 100 000 phoques communs en Colombie-Britannique (P. Olesiuk, SBP, MPO, données non publiées). Si une importante flambée pathogène causait une mortalité de masse chez ce mammifère marin dans cette province, comme celle qui est survenue dans le nord-ouest de l’Europe en 1988 (18 000 mortalités) et de nouveau en 2002 (21 000 mortalités, Di Guardo et al., 2005), il pourrait y avoir des conséquences pour les épaulards migrateurs, vu qu’ils perdraient l’une de leurs principales proies. Étant donné que l’épaulard migrateur est très contaminé par des produits chimiques et probablement immuno-supprimé, il peut également être vulnérable à une infection directe causée par ces mêmes agents pathogènes.

Les changements climatiques peuvent jouer un rôle important, bien qu’indirect, dans le développement d’épidémies de maladies infectieuses. Par exemple, les changements survenus dans l’oscillation australe-El Niño ont causé des effets mesurables sur le développement d’agents pathogènes, les taux de survie et la transmission des maladies dans l’environnement marin (Harvell et al., 2002). On ignore dans quelle mesure exactement les changements climatiques et le réchauffement planétaire peuvent avoir une incidence sur la vulnérabilité aux agents pathogènes des épaulards, et en particulier de leurs proies, mais les agents pathogènes sont peuvent devenir une menace plus importante dans l’avenir à mesure que les températures océaniques continuent d’augmenter.

Métaux traces

Il y a peu d’information disponible sur les concentrations et les effets des métaux-traces sur les mammifères marins. Les métaux traces sont présents naturellement dans l’environnement marin et les épaulards ont développé la capacité de détoxifier certaines de ces substances, comme le mercure (Martoja et Berry, 1980). On peut cependant en trouver des concentrations élevées dans les zones urbaines et industrielles, et ils peuvent être préoccupants à la fois pour les populations d’épaulards et pour leurs proies (Grant et Ross, 2002).

Perturbation acoustique

Lorsque le rapport de situation du COSEPAC sur les épaulards a été rédigé (Baird, 2001), les impacts potentiels du bruit sur les mammifères marins étaient relativement peu connus. Depuis, on est de plus en plus sensibilisé au fait que le bruit représente vraisemblablement une menace importante pour la vie marine causant une dégradation de leur habitat.Il peut aussi affecter la capacité des mammifères marins de détecter les proies et celle des prédateurs, de communiquer et d’acquérir de l’information sur leur environnement. Le bruit peut perturber des comportements naturels, comme l’alimentation, éloigner les proies, altérer potentiellement l’audition, sur une base temporaire ou permanente, et causer un préjudice physiologique (Barrett‑Lennard et al.,1996, Erbe, 2002; CNRC, 2003).

Il est difficile de décrire et d’évaluer les effets de la perturbation, car les réactions peuvent être subtiles ou difficiles à interpréter. Des animaux peuvent ne montrer aucune réaction comportementale évidente à la perturbation et être tout de même affectés négativement. Todd et al. (1996) ont constaté que des rorquals à bosse étaient restés à proximité immédiate d’explosions sous-marines et n’avaient montré aucune réaction comportementale évidente. Cependant, les taux d’enchevêtrement étaient sensiblement plus élevés pendant cette période et les nécropsies de deux rorquals qui s’étaient noyés dans des filets ont révélé un trauma acoustique (Ketten et al., 1993). Bien que l’étude sur la mesure dans laquelle les sources anthropiques de bruit affectent les mammifères marins soit relativement récente, les épaulards dépendent grandement de l’utilisation du son et la perte d’audition pourrait être grave pour eux.

Il peut y avoir deux types de perturbation acoustique : chronique et aiguë. Leurs impacts potentiels peuvent être différents et nécessiter des stratégies d’atténuation distinctes. Pour cette raison, les perturbations acoustiques chronique et aiguë sont considérées séparément dans l’examen de cette question et dans le tableau 1.

 Bruit chronique

Le bruit chronique est associé au trafic maritime, en particulier le transport de marchandises, et dans certaines régions de la côte, à l’observation des baleines. Des études où l’on a mesuré les changements survenus dans les niveaux de bruit sous-marin de fond au cours des 100 dernières années attribuent une grande partie de sa hausse à l’accroissement spectaculaire de la navigation commerciale. Le bruit des bateaux couvre une grande bande de fréquences et constitue actuellement la source dominante de bruit de fond entre 0 et 200 Hz (CNRC, 2003). On ne comprend pas bien exactement dans quelle mesure cette hausse peut affecter l’épaulard. Le bruit chronique peut causer un masquage, ce qui peut rendre la communication difficile. Le masquage peut perturber les contacts sociaux ou interférer avec les comportements coordonnés de façon acoustique. C’est d’autant plus préoccupant pour l’épaulard migrateur, car il vocalise moins souvent que l’épaulard résident (Deecke et al., 2005). En outre, l’épaulard migrateur dépend grandement de sa capacité de détecter acoustiquement ses proies  (Barrett-Lennard et al., 1996), et c’est pourquoi une hausse du bruit sous-marin peut réduire leur capacité de s’alimenter efficacement.

Bruit aigu

Les sonars militaires, les relevés sismiques, les sonars commerciaux ainsi que les explosions sous-marines habituellement associées à la construction constituent des sources de bruit aigu dans l’environnement marin. Nombre de ces sons impulsifs intenses sont susceptibles de voyager sur de grandes distances sous l’eau (de moins de 10 à voire plus de 100 km). Selon des preuves récentes, de tels bruits peuvent avoir des effets importants sur les cétacés; cependant, on doit effectuer d’autres recherches afin de mieux comprendre les mécanismes par lesquels ces effets se produisent. Chez d’autres espèces de mammifères marins, le bruit aigu a été associé à des modifications des seuils d’audition, à la production d’hormones en réponse au stress et à des dommages tissulaires probablement dus à la formation de bulles d’air ou conséquents à des phénomènes de résonance (Ketten et al., 1993; Crum et Mao, 1996; Evans et England, 2001; Finneran, 2003; Jepson et al., 2003; Fernandez et al., 2004). Les mammifères marins seraient particulièrement vulnérables à la résonance en raison de la présence de cavités d’air dans leurs sinus, dans leur oreille moyenne et dans leurs poumons ainsi que de la présence de petites bulles de gaz dans leur intestin.

Le sonar de fréquence basse à moyenne a été associé à un accroissement des échouements du rorqual à bosse et de la baleine à bec (CBI, 2004) de même qu’à des comportements inhabituels chez l’épaulard résident (K. C. Balcomb, communication personnelle, dans Wiles, 2004). Des observations systématiques des cétacés ont été effectuées au cours de relevés sismiques dans les eaux du Royaume-Uni et ont montré que les épaulards et d’autres cétacés étaient généralement observés à une plus grande distance pendant qu’avaient lieu les relevés (Stone, 2003). Bien qu’ils n’aient pas vu d’épaulards au moment où des relevés sismiques ont été effectués dans le sud de la Colombie‑Britannique et au nord de l’État de Washington, Bain et Williams (2006) ont constaté que le marsouin commun et l’otarie de Steller ont montré d’importantes réactions d’évitement aux bruits intenses, et ce, même à des niveaux relativement bas et à des distances atteignant au moins 70 kilomètres.

Même s’il n’existe aucune preuve directe des effets qu’ont les sons de forte intensité sur l’épaulard migrateur en particulier, on peut déduire à partir d’autres espèces de cétacés que ces sons ont probablement un effet néfaste sur lui. L’épaulard migrateur est particulièrement vulnérable à une exposition à de tels sons. Comme ces épaulards migrateurs ne sont pas faciles à détecter, tant visuellement qu’acoustiquement, il est extrêmement difficile d’élaborer des mesures d’atténuations appropriées pour s’attaquer au problème des sons aigus. Les épaulards migrateurs se déplacent typiquement en petits groupes, et la probabilité de les détecter visuellement chute de façon nette à des distances supérieures à un kilomètre (Wade et al., 2003).

Perturbation physique causée par les bateaux et les avions

Les cétacés sont soumis à des quantités croissantes de perturbations physiques causées par des bateaux et des avions (CBI, 2004). On ne comprend pas encore très bien dans quelle mesure ces perturbations peuvent affecter l’épaulard migrateur, mais on s’inquiète de fait qu’elles pourraient diminuer leur quête de nourriture puisque l’approche de bateaux dans le milieu immédiat peut perturber le comportement de l’épaulard qui chasse. Les attaques d’épaulards sur des mammifères marins se prolongent souvent et peuvent se dérouler sur plusieurs kilomètres. L’intensité du trafic maritime dans une zone est donc proportionnelle à la possibilité que l’attaque soit interrompue.

L’observation commerciale des baleines a connu un essor considérable en Colombie-Britannique ces dernières années (Baird, 2002; Osborne et al., 2003). Bien qu’on observe majoritairement des épaulards résidents, il arrive à l’occasion qu’on observe des épaulards migrateurs. L’épaulard résident est probablement beaucoup plus habitué au « comportement » des bateaux d’observation que ne l’est l’épaulard migrateur; pourtant, le premier montre des réactions aux bateaux les suivant à une distance de 100 mètres (Williams et al., 2002). Parmi ces réactions, mentionnons une diminution du temps d’alimentation, ce qui est susceptible de réduire de manière significative la prise énergétique chez l’animal étant donné qu’il perd des occasions de s’alimenter (Williams et al., 2006). Reconnaissant que les techniques spécialisées de chasse utilisées par l’épaulard migrateur le rendent probablement plus vulnérable à la perturbation que l’épaulard résident, la Whale Watch Operators Association Northwest (WWOANW, 2006) propose que tous les bateaux se tiennent à une distance de 200 mètres des épaulards migrateurs qui se livrent activement à une mise à mort. Il reste que la simple proximité immédiate des bateaux et les bruits qui y sont associés peuvent perturber une attaque.

Collision avec les bateaux

Jusqu’à tout récemment, on a signalé relativement peu de cas d’épaulards heurtés par des bateaux, mais au cours des trois dernières années, on a rapporté quatre cas en Colombie‑Britannique, dont deux de mortalité de l’animal (PRC-MPO, données non publiées). Ces mortalités nous laissent croire que l’épaulard est exposé à un risque croissant de collision; soit qu’il meurt à la suite d’un trauma résultant d’un choc violent, soit qu’il meure de la perte de sang résultant de lacérations causées par une hélice de bateau. Tant le trafic de bateaux commerciaux que celui de paquebots de croisière ont connu un essor spectaculaire au cours des deux dernières décennies, et il est probable qu’ils continueront de s’accroître, augmentant ainsi davantage le risque de collisions avec des épaulards. On ignore si le comportement de plongée souvent erratique et imprévisible de l’épaulard migrateur (Morton, 1990) le met plus en danger de collision que l’épaulard résident.

Déversements de substances toxiques

L’épaulard ne semble pas tenter d’éviter les hydrocarbures, comme l’a prouvé le comportement d’un groupe d’épaulards migrateurs dans les environs du déversement de l’Exxon Valdez en 1989 dans le détroit du Prince William en Alaska (voir la description à la section 1.4.3.8). Ce déversement a été associé à une mortalité sans précédent d’épaulards migrateurs et résidents et, il est probable qu’ils soient morts à la suite de l’inhalation de vapeurs d’hydrocarbures (Matkin et al., 1999). La Colombie-Britannique a connu des déversements sur une plus petite échelle, notamment celui du Nestucca (875 tonnes en décembre 1988) à Gray’s Harbor, dans l’État de Washington, et dont la marée noire qui en a résulté a dérivé dans les eaux canadiennes. Plus récemment, en août 2006 dans la baie Howe, un bateau-citerne a déversé 50 tonnes de combustible de soute. Une quantité considérable de bateaux‑citernes transitent actuellement par les détroits de Puget etde Georgia, ce qui représente un risque pour l’épaulard (Baird, 2001; Grant et Ross, 2002). Si le projet de la Gateway Pipeline pour la construction près de Kitimat d’un oléoduc d’un diamètre de 30 pouces qui transporterait 400 000 barils/jour se réalise, on s’attend à une augmentation significative du risque de déversement d’hydrocarbures lié à la circulation de bateaux-citernes partant des eaux côtières vers la Californie et l’Asie.

Les déversements autres que ceux d’hydrocarbures représentent également un risque pour l’épaulard, et il ne s’agit pas d’événements purement hypothétiques comme l’illustre un cas récent.

Réduction de la disponibilité ou de la qualité des proies

Dans l’ouest de l’Alaska, on a noté des déclins très importants de populations de phoques communs, d’otaries et de phoques à fourrure. On présume que ces déclins ont entraîné un changement dans les proies de l’épaulard migrateur, lequel s’est tourné vers des espèces moins intéressantes comme la loutre de mer (Estes et al., 1998). Il n’existe pratiquement aucune information sur l’abondance ou les tendances démographiques des populations de petits cétacés et de petits rorquals enColombie-Britannique qui nous permette de déterminer les changements potentiels dans l’importance ou la disponibilité des cétacés qui figurent parmi les proies de l’épaulard migrateur.

Les tendances historiques et les abondances actuelles des pinnipèdes, en particulier pour ce qui est du phoque commun et de l’otarie de Steller, sont beaucoup mieux connues. Jusqu’au début des années 1970, il y a eu un programme actif d’abattage sélectif des deux espèces en Colombie-Britannique. Au moment de sa conclusion, les populations de phoques communs atteignaient 1/10 de ce qu’on pensait être leur taille historique et depuis, leurs effectifs sont revenus à l’abondance précédant l’abattage sélectif (Olesiuk, 1999). Les effectifs d’otaries de Steller ont également doublé depuis la fin du programme d’abattage sélectif (MPO, 2003). Il est probable que le rétablissement de ces populations de proies ait eu un effet positif majeur sur la population d’épaulards migrateurs (Ford et Ellis, 1999), puisque le phoque et l’otarie occupent une place importante dans son régime alimentaire.

Au cours des dernières années, on a demandé de ramener l’abattage sélectif du phoque commun et de l’otarie parce qu’ils nuisent aux pêches commerciales et récréatives en se nourrissant d’espèces ciblées par ces pêches et en pillant les engins de pêche. Comme le phoque et l’otarie constituent des proies importantes pour l’épaulard migrateur, tout programme d’abattage sélectif des pinnipèdes est susceptible de réduire ses disponibilités alimentaires, et probablement de nuire à la population entière.

Les charges de contaminants chez les populations de petits cétacés et de pinnipèdes peuvent également réduire la qualité ou la quantité des proies de l’épaulard migrateur. Ainsi, une mortalité de masse chez les phoques communs, liée à une maladie infectieuse, pourrait avoir un impact considérable sur les disponibilités alimentaires de l’épaulard migrateur. La fréquence de ces épidémies est susceptible d’augmenter en raison de l’augmentation des concentrations de TBP dans l’environnement et des changements du climat océanique liés au réchauffement de la planète (Walther et al., 2002).