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Rapport du COSEPAC sur la situation de la morue franche au Canada

Résumé du rapport de situation

Le rapport propose qu’aux fins de la désignation du statut, la morue franche du Canada soit divisée en quatre populations, conformément aux données génétiques, écologiques et démographiques connues et aux lignes directrices détaillées de l’annexe F5 du Manuel d’organisation et de procédures du COSEPAC (16e version, 16 avril 2002).

En ce qui concerne l’évaluation des risques, seule la principale cause du déclin de la morue franche, soit la pêche, peut être considérée comme réversible et bien comprise. La pêche n’a toutefois cessé dans aucune des populations (bien qu’elle soit restreinte dans certaines portions de certaines populations, comme celle de l’Est de la plate-forme Néo-Écossaise). Dans la population du Nord laurentien, la mortalité par surpêche a réduit le nombre de géniteurs, notamment dans la section du nord du golfe. Dans la population de Terre-Neuve-et-Labrador, les taux de capture estimés par le MPO montrent clairement que la pêche nuit au rétablissement dans certaines parties de l’aire de répartition.

Plusieurs facteurs peuvent avoir une incidence sur la perception des risques et, par conséquent, sur la désignation du statut de la morue franche.

Le premier a trait à la réévaluation à la baisse du niveau de risque lorsqu’il y a possibilité de « sauvetage », c’est‑à‑dire d’une immigration de source externe dans la population. On ignore cependant si une telle réévaluation est justifiée lorsque la ou les populations voisines sont également en péril. Dans le cas présent, aucune donnée ne permet d’évaluer les niveaux d’immigration ou d’émigration dans ou hors de la population de l’Arctique. Bien qu’on ait déjà observé des déplacements des morues depuis le secteur est de la population du Nord laurentien (c.‑à‑d. le banc Saint-Pierre) vers le secteur sud de la population de Terre-Neuve-et-Labrador, on ignore au juste si ces individus représentent, sur le plan démographique ou génétique, un apport significatif à cette population. En fait, l’absence totale de rétablissement dans le secteur sud de la population de Terre-Neuve-et-Labrador donne plutôt à penser que ces apports sont minimes. En ce qui concerne la population des Maritimes, un sauvetage est possible à partir des populations étatsuniennes dans la portion extrême sud de la population, bien que ces stocks soient eux aussi à un faible niveau.

Un deuxième facteur pourrait aussi influer sur la perception du risque : les changements observés dans le cycle biologique de la morue dans certaines parties de son aire de répartition canadienne, notamment dans la population de Terre-Neuve-et-Labrador. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, les taux d’exploitation de la morue étaient assez élevés pour entraîner des réponses de sélection génétique au niveau des traits d’histoire de vie, ce qui peut favoriser une maturité précoce (Hutchings, 1999) et une croissance plus lente (Sinclair et al., 2002). Du point de vue évolutionnaire, un nombre élevé d’épisodes reproductifs est nécessaire au cours de la vie pour assurer la persistance des génotypes et la survie des populations de morue franche. Au début des années 1960, les morues âgées de 10 ans et plus produisaient plus de 50 p. 100 des œufs du stock de morue du Nord (Hutchings et Myers, 1994) de la population de Terre-Neuve-et-Labrador, et le nombre attendu d’épisodes reproductifs au cours de la vie pouvait atteindre 10 en moyenne, et certainement au moins 5. Vu l’absence de morues âgées de 10 ans sur la plate-forme du Nord-Est de Terre-Neuve ces dernières années, le nombre attendu d’épisodes reproductifs est nettement inférieur à 5 et pourrait fort bien n’être que de 2 ou 3. Cette réduction considérable des épisodes reproductifs au cours de la vie pourrait avoir des conséquences plutôt graves pour la survie de cette population et d’autres populations dans la même situation, indépendamment du nombre absolu d’individus qui composent chacune d’elles.

Mais il y a encore une autre raison de ne pas se leurrer au sujet du nombre apparemment élevé de morues matures dans les eaux canadiennes, malgré (dans certains cas) le déclin extraordinaire de leur abondance. En effet, malgré le nombre absolu apparemment élevé de morues de chaque population, il importe de reconnaître que les estimations de recensement des individus matures (Nc) ne reflètent pas le nombre réel d’individus qui transmettent des gènes durant la fraye, comme le fait la taille efficace des populations (Ne). Pour les organismes qui émettent leurs produits sexuels dans la colonne d’eau (broadcast spawners) comme la morue franche, on a estimé que Ne était de 2 à 5 fois inférieur à Nc à cause de la variance accrue dans le succès reproducteur individuel associée à ce mode d’accouplement (Hedgecock, 1994). On a recueilli récemment des données empiriques à l’appui de ce rapport Ne/Nc dans le cadre d’études de certains poissons marins.

Par exemple, en se fondant sur les estimations de Ne basées sur la diminution de l’hétérozygotie et les fluctuations temporelles de la fréquence des allèles sur 46 à 48 ans, Hauser et al. (2002) ont conclu que la taille efficace de la population chez la dorade royale de la Nouvelle-Zélande (Pagrus auratus), qui émet ses produits sexuels dans la colonne d’eau, était 5 fois inférieure à la taille de recensement de la population (qui est de l’ordre de quelques millions). Le nombre efficace de femelles du tambour ocellé (Sciaenops ocellatus) dans le golfe du Mexique, estimé à partir de l’ADN mitochondrial (Turner et al., 1999) et de l’ADN microsatellite (Turneret al., 2002), équivaut à 10-3 celui du recensement de la population de femelles. En d’autres mots, en se fondant sur un rapport Ne/Nc de 10-3, dans une population qui compte 1 million de géniteurs, le nombre d’individus qui transmettent des gènes aux futures générations serait en réalité de 1 000.

Lorsqu’on évalue les risques que court la population du Nord laurentien, il importe de noter que les deux stocks qui la constituent ont déjà montré des signes positifs de rétablissement après les réductions strictes imposées à la pression de pêche. Cela contraste avec les morues des autres régions, comme celles de la population de Terre-Neuve-et-Labrador et de la composante de l’Est de la plate-forme Néo-Écossaise de la population des Maritimes, où de telles réductions dans la pression de pêche n’ont été associées à aucun rétablissement. Les niveaux d’abondance actuels du stock du banc Saint-Pierre de cette population ne sont pas non plus sans précédent.

Dans le cas de la population des Maritimes, un facteur pourrait réduire le risque d’extinction, soit le fait que l’abondance actuelle du principal stock qui la compose (sud du golfe du Saint-Laurent) n’est pas sans précédent. Les déclins observés récemment dans certaines portions de la population pourraient être surévalués à cause de l’abondance anormalement élevée des années 1980. Encore une fois, ce phénomène est propre au sud du golfe, où le déclin à long terme (de 1950 à 2002, environ 5 générations) est de 35 p. 100 (Smedbol et al., 2002). En outre, l’âge moyen des géniteurs et la représentation proportionnelle des poissons âgés dans le stock du sud du golfe se situent tous deux à des niveaux historiques (de 1950 à 2001) élevés (Swain et Chouinard, 2000; Smedbol et al., 2002).

Par contre, au sein d’un des stocks de cette population (est de la plate-forme Néo-Écossaise), la représentation proportionnelle de morues âgées de grande taille est très faible (Paul Fanning, MPO, Dartmouth, communication personnelle). En effet, en l’absence de pêche, les taux de capture des relevés scientifiques ont chuté abruptement entre 1998 et 2002. Autre source éventuelle de préoccupation : la longueur à 50 p. 100 de maturité est passée de 40 (1979-1984) à 33 cm (1997-2002) dans la division 4W, et de 42 (1979-1984) à 37 cm (1997-2002) dans la division 4Vs (Paul Fanning, MPO, Dartmouth, données inédites). Pour une espèce qui n’arrive normalement pas à la maturité avant d’avoir atteint 50 cm de longueur (Brander, 1994), ces baisses non expliquées dans la taille à la maturité devraient avoir une incidence négative sur le rétablissement de la population.