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Rapport du COSEPAC sur la situation de la morue franche au Canada

Habitat

Besoins en matière d'habitat

On connaît plutôt mal les besoins de la morue franche en matière d’habitat mais, malgré la rareté des données, il est permis de penser qu'ils varient beaucoup selon l’âge. À part les données recueillies par observation de quelques morues in situ, les renseignements suivants proviennent d’échantillonn­ages effectués à divers stades biologiques, à différentes profondeurs et dans différents secteurs de l’océan.

Pendant les premières semaines de sa vie, la morue vit à l’état d'œuf, puis de larve, dans la couche des 10 à 50 premiers mètres de l'océan. Les principaux facteurs influant sur la qualité de l'habitat durant ces premiers stades biologiques sont probablement la disponibilité des aliments et la température de l’eau (plus la température est basse, plus le temps de développement et la période pendant laquelle le poisson a une taille qui le rend très vulnérable à la prédation sont prolongés).

Les caractéristiques d'habitat les plus importantes pour la morue franche pourraient être celles qui sont nécessaires au stade juvénile, lorsque le poisson s'installe sur le fond pour les premières années de sa vie (de 1 à 4 ans). En effet, d'après plusieurs études, les morues juvéniles préfèrent un habitat hétérogène, composé notamment de structures verticales (comme la zostère marine, Zostera marina), dans les eaux littorales (voir par exemple Gotceitas et al., 1995, 1997; Tupper et Boutilier, 1995; Gregory et Anderson, 1997). D’après les résultats d’études par observation (Tupper et Boutilier, 1995) et de diverses manipulations expérimentales (Gotceitaset al., 1995; Linehanet al., 2001), ce genre d’habitat semble avantageux pour les juvéniles, car il réduit les risques de prédation et pourrait favoriser la croissance.

Dans les eaux du large, la structure physique devrait aussi logiquement réduire la mortalité par prédation chez les juvéniles. Une bande vidéo enregistrée en août 2001 à bord d’un submersible à l’occasion d’un relevé dans les eaux profondes de la pente continentale du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse a d'ailleurs révélé la présence de morues juvéniles dans les vastes bancs de coraux de grands fonds de la région (communication personnelle, Anna Metaxas, département d’océanographie, Dalhousie University, Halifax, Nouvelle-Écosse).

À mesure que la morue avance en âge, ses besoins en matière d’habitat semblent se diversifier de plus en plus. En fait, on ignore si la morue âgée a des exigences particulières sur le plan de la profondeur ou du substrat; les principaux facteurs ayant une incidence sur sa répartition et son habitat sont probablement la température de l’eau et l'approvisionnement en nourriture.

En général, la morue semble éviter les basses températures mais, de toute évidence, ce qui est froid pour la morue d’une région ne l’est pas pour celle d’une autre. Par exemple, on croit en général que la morue migre hors du sud du golfe du Saint-Laurent à l’automne pour fuir les eaux froides de l'hiver (Campanaet al., 1999). Pourtant, les morues de l’Est de Terre-Neuve, notamment celles qui passent l’hiver dans les eaux littorales, vivent dans des eaux dont la température descend sous 0 oC (Goddard et al., 1999). L’explication la plus plausible de ces apparentes différences de tolérance à la température de l’eau tient peut-être au fait que les morues de régions différentes sont adaptées à leur environnement local. Cette conclusion est d’ailleurs corroborée par des données indiquant que les morues de diverses régions de la côte de Terre-Neuve affichent des concentrations différentes de protéines antigel (voir la section PHYSIOLOGIE plus bas), adaptation physiologique qui influerait sur leur tolérance aux basses températures de l’eau.

Sur le plan de la fraye, on ignore si la morue a des exigences particulières en matière d'habitat. Ce poisson fraye à des profondeurs variant de quelques dizaines (Smedbol et Wroblewski, 1997) à des centaines de mètres (Hutchingset al., 1993). Dans les eaux canadiennes, on sait que la morue franche fraye partout dans les eaux côtières, pré-côtières et hauturières (McKenzie, 1940; Scott et Scott, 1988; Hutchingset al., 1993; Morgan et Trippel, 1996), observation qui a été corroborée par les pêcheurs (Neiset al., 1999). La morue semble frayer sur le fond (Morgan et Trippel, 1996; Hutchings et al., 1999), mais cela pourrait tenir davantage à son mode d’accouplement (de type lek, selon l’hypothèse de Hutchingset al., 1999, ainsi que de Nordeide et Folstad, 2000) qu’à de quelconques exigences d’ordre physique pertinentes pour la progéniture, étant donné que l’espèce ne construit pas de nid et n’assure aucun soin à la ponte. Le facteur le plus propice à la survie de la progéniture est peut-être la présence de propriétés d’océanographie physique (p. ex. les courants) favorisant la flottabilité des œufs et les empêchant de se disperser dans des eaux qui conviennent peu aux larves (p. ex. les eaux situées au large de la plate-forme continentale). Il est très peu probable que l'habitat de reproduction soit un facteur limitatif pour la morue franche.

La caractéristique d’habitat la plus susceptible d’être un facteur critique et potentiellement limitant pour la morue franche pourrait donc être la présence de structures verticales tridimensionnelles, fournies par les plantes, les pierres, la topographie du fond et les coraux. En effet, en plus d’offrir une protection contre les prédateurs, ce genre d’hétérogénéité physique sert aussi presque certainement d’habitat aux petits poissons et invertébrés dont peuvent se nourrir les morues juvéniles.


Tendances

Si la structure physique (notamment les plantes, la topographie du fond et les coraux) a une importance capitale pour la survie des jeunes morues, la quantité d’habitat disponible aujourd’hui pour l’espèce pourrait être moindre qu’il y a quelques décennies dans certaines parties de son aire de répartition. La réduction de l’hétérogénéité physique du fond depuis les années 1960 peut être attribuée à l’utilisation accrue du chalut de fond pour capturer les poissons de fond comme la morue, l’aiglefin, la goberge et plusieurs espèces de poissons plats. La pratique répétée du chalutage dans une région donnée tend à lisser et à niveler le fond, ce qui en réduit l’hétérogénéité verticale et physique (Collie et al., 1997, 2000; Kaiser et de Groot, 2000). Une autre conséquence du chalutage sur le fond et, dans une mesure beaucoup moindre, de la pêche à la palangre est la destruction des coraux de grands fonds au large de la Nouvelle-Écosse (phénomène signalé pour la première fois et bien documenté par les pêcheurs) (Mortensenet al., article proposé). Il se pourrait que les secteurs physiquement hétérogènes fréquentés par les morues juvéniles n’aient pas fait l’objet d’un chalutage intensif là où il y a des risques de bris ou de perte d’engins, mais aucune étude n’a jamais été faite pour évaluer l’incidence du chalutage sur la quantité et la qualité de l’habitat des morues juvéniles.