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Rapport du COSEPAC sur la situation de la morue franche au Canada

Taille et tendances des populations

 

On peut tirer de deux sources les estimations sur l’effectif de géniteurs de la population de morue franche. La première série de données provient de l’analyse de la population virtuelle (APV), analyse fondée sur les données des captures de la pêche commerciale et intégrant des hypothèses concernant l’importance de la mortalité naturelle (non due à la pêche). De plus en plus, les APV incluent des estimations de la représentation proportionnelle de poissons matures selon l'âge. En ce qui concerne l’information sur les géniteurs, l’un des résultats d’un modèle APV est une estimation du nombre de géniteurs. Le second moyen d’estimer la taille de la population reproductrice de morue franche est le recours aux taux de capture de morues en âge de se reproduire obtenus d’après les relevés scientifiques annuels menés par le ministère des Pêches et des Océans (MPO).

L’utilité première des estimations de l’abondance fournies par l’APV est qu’elles permettent d’exprimer l’effectif de la composante reproductrice à l’aide des mêmes unités (nombre d’individus) pour chaque stock ou population. Leur principale faiblesse est de dépendre de l’exactitude des données sur les prises commerciales, mais sans tenir compte des pratiques illégales de rejet et de fausses déclarations, et de dépendre de la fiabilité des estimations de la mortalité due à des causes naturelles. La grande force des estimations de l’effectif de la population reproductrice établies à partir des relevés scientifiques, c'est que les données sont tirées d’échantillons aléatoires de morues capturées dans toute l’aire géographique de chaque stock. Elles ne sont donc pas biaisées, et ne dépendent pas de la validité des hypothèses concernant la mortalité naturelle ni de l’exactitude des données de la pêche commerciale. Malheureusement, les différences entre les zones de relevé en ce qui concerne la capturabilité des morues (la proportion de morues pouvant être capturées par un engin qui sont réellement prises par cet engin), couplées aux différences dans les engins d’échantillonnage, empêchent de comparer les valeurs absolues des taux de capture des relevés parmi les populations. De plus, les estimations fournies par les relevés scientifiques peuvent varier de façon indue dans certaines zones et certaines années, ce qui amène à conclure que les taux de capture des relevés peuvent donner des estimations des tendances de l’abondance plus fiables pour certains stocks (p. ex. celui du golfe du Saint-Laurent) que pour d'autres (p. ex. celui du banc Saint‑Pierre).

Pour les tendances de population décrites ci-dessous, les âges des poissons de chaque composante reproductrice étaient de > 5 ans pour tous les stocks, sauf dans le cas de l’ouest de la plate-forme Néo-Écossaise / baie de Fundy (> 4 ans) et du banc Georges (> 3 ans).

La durée d’une génération, telle qu’elle est habituellement calculée par le COSEPAC (annexe C; Manuel d’organisation et de procédures, mai 2003), est l'âge moyen des parents de la cohorte courante. Le COSEPAC note toutefois que, parmi les espèces chez lesquelles la durée d’une génération varie en présence d’une menace, il faut estimer cette durée pour l’état pré-perturbation. Dans une telle circonstance, pour les espèces exploitées, l'âge à la maturité peut être calculé comme (âge à la première reproduction + 1/M), où M est le taux instantané de mortalité due aux événements naturels, et l'âge à la première reproduction est approximativement l'âge auquel 50 p. 100 des adultes sont matures. M semble être égal à 0,2 chez la morue non exploitée (Smedbol et al., 2002).

J’ai estimé le taux de déclin à partir de la pente de régression linéaire de loge de l’abondance (Nt) sur le temps (t, en années), comme l’a recommandé le sous-comité des spécialistes des poissons marins à sa réunion de janvier 2002, formule adoptée par le MPO dans sa récente compilation des taux de déclin des stocks de morue (Smedbol et al., 2002). L’équation de régression qui en résulte est : ln(Nt) = α + β*t. Le pourcentage de déclin sur t ans peut se calculer comme (1–exp(ß*t))*100. Cette méthode est illustrée ci-dessous pour la population de Terre-Neuve-et-Labrador.

Le MPO a estimé de deux façons la zone d’occupation pour chacun des stocks qu’il gère (Smedbol et al., 2002). La première, qui consiste à pondérer par la conception de l’échantillonnage la superficie de la zone d’occupation (design-weighted area of occupancy, ou DWAO), est celle qui se rapproche le plus de la définition utilisée par le COSEPAC. La deuxième se définit comme la zone minimale contenant 95 p. 100 de la morue (D95). Ces deux indices se fondent sur les données des relevés scientifiques indépendants de la pêche menés chaque année par le MPO.

Étant donné qu’elles concordent avec la définition donnée de la zone d’occupation par le COSEPAC, seules les analyses des données DWAO seront rapportées ici. Bien que cet indice puisse donner des estimations fiables du taux de déclin de la zone d’occupation, les estimations utilisées dans les analyses représentent des sous-estimations de la superficie réelle des zones d’occupation.

Le rapport de situation recommande que soient identifiées quatre populations de morue franche (figure 5).

Figure 5. Répartition de la morue franche dans les eaux canadiennes

Figure 5. Répartition de la morue franche dans les eaux canadiennes. Les limites des populations de l’Arctique, de Terre-Neuve-et-Labrador, du Nord laurentien et des Maritimes sont indiquées par des lignes épaisses. L’isobathe est celui de 200 mètres.

 

Population de l'Arctique

Les morues de cette population sont celles qui occupent les eaux intérieures et le littoral est de la Terre de Baffin, au Nunavut (les eaux marines se trouvent dans les divisions 0A, 0B de l'OPANO). Bien qu'on sache peu de choses au sujet des morues qui fréquentent les eaux marines de cette région, il pourrait s'agir de la source ancestrale des populations dulcicoles reliques connues ou présumées qui semblent habiter sept lacs où pénètre périodiquement de l'eau salée sous l’effet des marées (tableau 1). La mieux connue de ces populations lacustres vit dans le lac Ogac, lac salé méromictique de la Terre de Baffin qui ne reçoit des apports d'eau de mer que pendant les grandes marées estivales (McLaren, 1967; Patriquin, 1967). On a estimé en 1962 l’abondance de géniteurs dans le lac Ogac à environ 500 individus (Patriquin, 1967).

Bien qu’on ne dispose d’aucune donnée génétique sur les morues qui composent cette population, on sait que les individus lacustres sont nettement plus gros en moyenne que ceux qu’on trouve ailleurs dans les eaux canadiennes. En 1952, Storrs McCall et Arthur Dawson, de l’Université McGill, ont capturé un nombre considérable de morues dans le lac Ogac, dont un spécimen qui mesurait 135 cm (25,2 kg), et un autre qui mesurait 141 cm (Bruemmer, 1966). Dans les années 1960, Patriquin (1967) a signalé des tailles à la maturité de 65 et 85 cm respectivement pour les mâles et les femelles du lac Ogac, longueurs supérieures de 20 à 40 cm aux tailles à la maturité signalées ailleurs (Brander, 1994). La taille maximale des morues capturées en 1965 dans le lac Ogac était de 144 cm, et on y observait encore des morues de grande taille dans les années 1980 et 1990 (voir le tableau ci-dessous). Des morues mesurant plus d’un mètre de longueur ont également été prises dans le lac du fjord Nettilling, près de Pangnirtung, dans la baie Cumberland. Une des morues capturées à cet endroit en août 1998 mesurait 138 cm de longueur, pesait 25 kg et était âgée de 13+ ans selon le rapport (communication personnelle de Margaret Treble, MPO, Winnipeg, à David Hardie, Dalhousie University, Halifax).

Malgré l’absence de données sur les tendances temporelles de l’abondance, les habitants de ces régions signalent que l’accroissement de la pression de pêche sportive est un phénomène préoccupant. Des études menées depuis les années 1960 ont fait ressortir la facilité extraordinaire avec laquelle on peut capturer un grand nombre de morues dans ces lacs. Par exemple, dans le lac du fjord Nettilling, on a pris 500 kg de morue (n=25), soit 0,5 tonne, en seulement une heure de pêche à la palangre (20 hameçons) en août 1985 (Lewis, 1989). En 1986, 240 kg de morue (n=104) ont été capturés dans le même lac en une heure avec 24 hameçons (Lewis, 1989).


Lac

Date
Longueur
(moyenne + ET)
Longueur maximale (âge estimé)
Source
Lac Ogac19 juillet 199949,9 + 16,7 cm; n=23111 cm (8+ ans)MPO Winnipeg
Lac Ogacfévrier/mars 198764,3 + 17,3 cm; n=21107 cm (âges ND)MPO Winnipeg
Fjord Nettillingsept. 198561,0 + 10,3 cm; n=25102 cm (16+ ans)Lewis (1989)
Fjord Nettilling6-7 août 198662,0 + 9,3 cm; n=10477 cm (17 ans)Lewis (1989)
Fjord Nettillingaoût 198955,1 + 8,4 cm; n=100102 cm (âges ND)MPO Winnipeg


Tableau 1. Lieux signalés de présence de morues franches dulcicoles au Nunavut.
LacEmplacementSource
Lac Ogac (aussi appelé lac Ogak et havre Ney)

CONFIRMÉ
Baie Frobisher, à 117 km d’Iqaluit, à l’entrée du havre Ney (62°51’N, 67°20’O; carte SNRC 025J14).McLaren (1967); Organisation de chasseurs et de trappeurs (OCT) d’Amarak, Iqaluit
Qasigialiminiq

CONFIRMÉ
Premier lac du bras sud du fjord Nettilling; en face de Pangnirtung et plus avant dans la baie Cumberland
(66°02’N, 68°12’O;
carte SNRC 026K00).
OCT de Pangnirtung; Margaret Treble (MPO, Winnipeg); Dan Pike (North Atlantic Marine Mammal Commission, Tromsö, Norvège, ancien membre du MPO, Iqaluit)
Tariuja

CONFIRMÉ
Premier lac du bras nord de l’inlet Brown, juste à l’ouest du fjord Nettilling (65°29’N, 67°20’O; carte SNRC 026G00).Margaret Treble
Lac(s) de l'île Broughton (Qikiqtarjuaq)

CONFIRMÉ
Côté nord de la péninsule Cumberland, à 177 km de Pangnirtung (67°34’N, 63°54’O; carte SNRC 26P).Dan Pike
Lac à l’entrée nord de la baie Frobisher

CONFIRMÉ
Ancienne station du MPO sur la péninsule Beekman, en face de l'île Brevoort, au nord de la baie Cyrus Field.Dan Pike. Le Rapport annuel de l’ORPC (Station de biologie arctique) de 1951-1952 (Calanus) mentionne les morues du lac Ogac et de la péninsule Beekman.
Lac à proximité de Burwell, NU

NON CONFIRMÉ
Burwell, dans les années 1947-1950?Communication personnelle à Corey Morris (MPO, Saint-Jean de Terre-Neuve) de Kathleen Martin (MPO, Winnipeg).
Île Resolution, NU

NON CONFIRMÉ
1950?Communication personnelle à Corey Morris (MPO, Saint-Jean de Terre-Neuve) de Kathleen Martin (MPO, Winnipeg).

Les relevés scientifiques sont peu fréquents dans les eaux marines de l’Est de la Terre de Baffin (divisions 0A et 0B de l’OPANO); ceux qui ont été réalisés visaient le flétan noir (Reinhardtius hippoglossoides). Les relevés les plus récents ont rapporté un nombre extrêmement faible de morues franches. Sur 66 traits effectués en 1999 dans la division 0A de l’OPANO, on a capturé seulement 3 morues (et toutes dans le même trait) (Treble et al., 2000); sur 48 traits effectués en 2001, aucune morue n’a été prise (Treble, 2002). De même, sur 64 traits réalisés en 2000 dans la division 0B, on a capturé seulement une morue (Treble et al., 2001); en 2001, les 36 traits effectués dans la division 0B n’ont ramené aucune morue (Treble, 2002).

D'autre information vient confirmer que la morue franche est présente à de très faibles densités dans les eaux marines de l’Arctique. Le Consortium de pêche de Pangnirtung signale que la morue est absente de la baie Cumberland, constat que fait aussi l’Organisation de chasseurs et de trappeurs d’Iqaluit pour la baie Frobisher. La faible densité de morue dans les eaux marines de l’Arctique est confirmée par le rapport de McLaren (1967), qui signale qu’aucune morue n’a été capturée pendant les relevés de la baie Frobisher effectués dans les années 1950 à bord du Calanus.