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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le leptoge des terrains inondés (Leptogium rivulare) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Comme le Leptogium rivulare ne se rencontre que dans des milieux périodiquement inondés, la menace la plus évidente pesant sur ses populations est la modification du niveau des eaux ou de la périodicité des fluctuations de ce niveau. Or, des changements de cette nature surviennent souvent lorsque les marécages sont drainés pour l’agriculture, l’expansion urbaine ou la construction routière. L’aménagement d’un barrage peut aussi grandement affecter le régime des crues en aval et donc nuire aux milieux propices au L. rivulare. Dans pratiquement tous les bassins-versants se trouvant dans l’aire de répartition de l’espèce, le débit des eaux est jusqu’à un certain point réglé par des barrages servant à la lutte contre les inondations ou à la production d’électricité.

Dans une bonne partie de l’aire de répartition, des barrages ont également été aménagés à la décharge de lacs, aux premiers temps de l’exploitation forestière. Si le lichen avait existé sur les rives rocheuses de ces lacs, comme on sait qu’il existe encore dans une localité du Manitoba, l’inondation permanente du milieu a pu le faire disparaître à ces endroits.

Les étangs saisonniers alimentés par les eaux de fonte ne devraient pas être affectés par la modification des cours d’eau et des systèmes lacustres. Cependant, certaines années particulièrement sèches, la plupart des étangs où le lichen est présent n’atteignent pas la limite normale des hautes eaux printanières. Comme l’espèce pousse normalement dans les 50 cm supérieurs de la zone inondée, il suffit d’un abaissement de 25 cm du niveau maximal des eaux pour que la moitié supérieure de la population de lichens soit privée d’un facteur absolument essentiel à sa survie. De plus, si les spores sont dispersées par l’eau, la partie de la population qui se trouve ainsi exondée ne peut pas contribuer à la reproduction.

Une autre menace possible est la perte d’arbres, ceux-ci étant pratiquement le seul substrat convenant au lichen. L’exploitation commerciale des arbres demeure peu probable, car les essences présentes sont généralement de faible valeur. Cependant, dans certains étangs, l’espèce a été trouvée sur un très petit nombre d’arbres, voire sur seulement deux. Par conséquent, l’abattage ou la destruction de quelques arbres, dans le cadre de travaux d’arpentage par exemple, risquerait d’avoir un impact appréciable. Or, dans le canton de Darling, au cours des quatre dernières années, des arbres ont ainsi été abattus occasionnellement pour la production de bois de chauffage (deux propriétés), pour des travaux d’arpentage (une propriété), pour l’aménagement d’un sentier récréatif (deux propriétés) ou pour l’extraction de sable à des fins personnelles (une propriété).

Par ailleurs, de plus en plus, les arbres sont exposés à des maladies et des ravageurs exotiques qui risquent d’avoir un effet dévastateur. L’orme d’Amérique, une des espèces utilisées par le lichen, a déjà été décimé par la maladie hollandaise de l’orme, causée par un champignon introduit. Le frêne noir et le frêne rouge sont quant à eux exposés à une nouvelle menace, l’agrile du frêne, coléoptère exotique apparu en Amérique du Nord en 2002; cet insecte a tué un grand nombre de frênes dans le sud-est du Michigan et a même obligé les autorités à entreprendre l’abattage préventif de ces espèces dans les zones de quarantaine (Roberts, 2003). L’agrile du frêne est maintenant présent au Canada, dans le sud-ouest de l’Ontario (Ash Rescue Coalition, 2003).

Dans le site d’Ottawa, les arbres sont aussi exposés au vandalisme. Des amateurs d’activités récréatives provenant des vastes nouveaux quartiers environnants ont aménagé, sans permission, un nouveau sentier passant tout près des deux plus grandes populations du lichen. De plus, comme ce terrain à vocation d’abord plus ou moins rurale est en train de devenir un grand parc urbain, le déclin de la qualité de l’air pourrait finir par y menacer la survie du Leptogium rivulare.