Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le leptoge des terrains inondés (Leptogium rivulare) au Canada

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur le
Leptoge des terrains inondés
Leptogium rivulare
au Canada

leptoge des terrains inondés

Espèce menacée 2004

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2004. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le leptoge des terrains inondés (Leptogium rivulare) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, Ottawa. vi + 33 p.

Note de production

Le COSEPAC remercie Robert E. Lee, qui a rédigé le rapport sur la situation du leptoge des terrains inondés (Leptogium rivulare) au Canada. René Belland, coprésident (mousses et lichens) du Sous-comité de spécialistes des plantes et lichens du COSEPAC, a supervisé la préparation du rapport et en a établi la version finale.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel du COSEPAC
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC assessment and status report on the flooded jellyskin Leptogium rivulare in Canada.

Illustration de la couverture

Leptoge des terrains inondés – fournie par l’auteur.

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2004
PDF : CW69-14/391-2004F-PDF
ISBN 0-662-77106-0
HTML : CW69-14/391-2004F-HTML
ISBN 0-662-77107-9

Retournez à la table des matières

Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – Mai 2004

Nom commun : Leptoge des terrains inondés

Nom scientifique : Leptogium rivulare

Statut : Espèce menacée

Justification de la désignation : Cette espèce rare à l’échelle mondiale ne se trouve actuellement au Canada que dans quatre emplacements qui se situent tous en Ontario et au Manitoba. L’espèce a des exigences très restreintes en matière d’habitat, habitats qui se trouvent principalement aux lisières de mares saisonnières (vernales), où elle croît sur des rochers et au pied d’arbres feuillus vivants entre les lignes d’eau maximales et minimales saisonnières. Elle est vulnérable aux changements dans les tendances habituelles d’inondations annuelles, ainsi qu’à la mort des arbres hôtes. Les menaces majeures qui pèsent sur les plus grandes populations comprennent le développement urbain et les activités récréatives.

Répartition : Manitoba et Ontario

Historique du statut : Espèce désignée « menacée » en mai 2004. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

Retournez à la table des matières

Résumé

Leptoge des terrains inondés
Leptogium rivulare

Information sur l’espèce

Le Leptogium rivulare, ou leptoge des terrains inondés, est un petit lichen foliacé dont les caractères distinctifs sont la couleur gris-bleu de ses lobes, sa surface lisse et non plissée, ses fructifications abondantes, qui ont la forme de petits disques bruns à marge mince et uniforme, et surtout ses spores, qui sont produites à raison de quatre par asque, plutôt que de huit comme chez la plupart des espèces du genre Leptogium. De plus, l’espèce est confinée à un habitat très particulier (voir ci-dessous).

Répartition

Le Leptogium rivulare a été signalé dans des localités éparpillées de la zone tempérée de l’est de l’Amérique du Nord et de l’ouest de l’Europe. Au Canada, il a été signalé dans six localités, réparties entre les écozones des Plaines à forêts mixtes, en Ontario, et du Bouclier boréal, au Manitoba.

Habitat

Le Leptogium rivulare ne pousse que sur des substrats périodiquement inondés, généralement l’écorce d’arbres, sur les berges d’étangs ou de cours d’eau ainsi que dans des forêts marécageuses soumises chaque année à une crue printanière. Le lichen pousse presque uniquement sur l’écorce de feuillus, toujours en bas de la limite des hautes eaux.

Biologie

Le Leptogium rivulare se reproduit facilement, sans doute par ses spores, et se disperse au moins à faible distance. Il peut coloniser les substrats récemment formés (écorce des arbres). Une fois établi, il peut survivre aux années sèches. Il persiste assez longtemps pour former des tapis denses sur certains arbres. Sa propagation est peut-être limitée par l’inefficacité de ses moyens de dispersion.

Taille et tendances des populations

Le Leptogium rivulare est considéré comme rare dans toutes les régions où il est présent, en Amérique du Nord comme en Europe. Au Canada, à l’heure actuelle, l’espèce se rencontre presque exclusivement sur les arbres bordant quelques petits étangs saisonniers répartis entre deux localités. Dans ces sites, le lichen est présent sur quelques douzaines à plusieurs centaines d’arbres, et ses populations semblent saines et bien établies. Dans deux autres localités, de très petites quantités du lichen ont été observées sur des pierres périodiquement submergées se trouvant, dans un cas, dans un ruisseau turbulent et, dans l’autre, sur la berge rocheuse d’un lac.

Facteurs limitatifs et menaces

Le Leptogium rivulare n’occupe qu’une très étroite bande de terrain, et généralement le tronc d’un arbre, entre les limites des hautes et des basses eaux. L’espèce est donc particulièrement sensible aux modifications du régime normal des crues annuelles. Un climat plus sec aurait pour effet d’éliminer une bonne partie de l’habitat de l’espèce. L’enlèvement ou la mort des arbres éliminerait pratiquement tous les substrats qui peuvent lui convenir.

Importance de l’espèce

La rareté du Leptogium rivulare à l’échelle mondiale est indicatrice de sa vulnérabilité. L’espèce présente un intérêt scientifique en raison de son habitat très particulier et de sa capacité d’y prospérer.

Protection actuelle ou autres désignations

Le Leptogium rivulare ne jouit actuellement d’aucune protection particulière, et aucun statut ne lui a été attribué au Canada, sauf en Ontario, où on lui a attribué la cote SH, signifiant qu’il n’existe aucune mention récente de l’espèce.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés ou autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes et incluant les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de membres de chacun des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature) et de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité de connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour examiner les rapports de situation sur les espèces candidates.

Définitions (depuis mai 2004)

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de page1
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de page2
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de page3
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page4
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

Retour à la référence de la note de bas de page1

Note de bas de page 2

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

Retour à la référence de la note de bas de page2

Note de bas de page 3

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

Retour à la référence de la note de bas de page3

Note de bas de page 4

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Retour à la référence de la note de bas de page4

Retournez à la table des matières

Information sur l’espèce

Nom et classification

Leptogium rivulare (Ach.) Mont. in Gaudichaud, Bot. Voy. Monde La Bonite: 117 (1846) [nomen sed non planta]. Lichen rivulare Ach., Lich. Suec. Prodr. 131 (1798); type : Suède (H-Ach 1915B, lectotype désigné par Jørgensen et James [1983]).

Leptogiumcrenatellum Tuck., Amer. J. Arts Sci., ser. 2, 28: 200 (1859); type : États-Unis d’Amérique, Vermont, Brattleboro, Frost (FH, holotype; US, isotype).

Leptogium sernanderi Du Rietz, Bot. Notiser 1922: 318 (1922); type : Suède, Uppland, Knivsta, Noorsån, 27 juillet 1917, G. Sernander (UPS, lectotype désigné par Jørgensen et James [1983]; isolectotypes distribués par Malme, Lich. Suec. nº 851).

Nom français : leptoge des terrains inondés. Ce nom est masculin.

Nom anglais : flooded jellyskin (le mot « flooded » décrit l’habitat de l’espèce, tandis que le mot « jellyskin » décrit le caractère gélatineux des lichens des genres Leptogium et Collema).

Classification : Champignons, Ascomycètes, ordre des Lécanorales, sous-ordre des Peltigérinées, famille des Collématacées.

Au sein du genre Leptogium, le L. rivulare appartient au complexe du L. azureum et se distingue par ses asques à quatre spores et par son habitat particulier. En Amérique du Nord, l’espèce a longtemps été appelée L. crenatellum Tuck., notamment par Fink (1935) et Sierk (1964). Cependant, il s’agit d’un synonyme de L. rivulare, comme l’ont établi Jørgensen et James (1983), qui ont étudié de manière assez détaillée la nomenclature de l’espèce. Les types pertinents ont été examinés par H.A. Sierk, auteur d’une monographie du genre, et par le lichénologue norvégien Per Magnus Jørgensen.

Description

Le Leptogium rivulare est un petit lichen foliacé. À l’état sec, le thalle est de couleur gris ou gris bleuâtre et ponctué ou moucheté d’apothécies brun rougeâtre pâle plutôt minuscules (figure 1). Les lobes sont lisses (dépourvus des plis, sorédies ou isidies qui caractérisent les espèces semblables), arrondis à plutôt allongés, larges de 0,7 à 3,5 mm. Les cortex supérieur et inférieur sont chacun constitués d’une seule couche de cellules arrondies. La moelle est extrêmement mince. Le photobionte est une cyanobactérie du genre Nostoc.

À l’état humide, les lobes se gonflent d’eau et deviennent gélatineux et translucides, d’où le nom anglais « jellyskin » donné aux lichens de ce genre.

Figure 1. Thalle de Leptogium rivulare.

Figure 1. Thalle de Leptogium rivulare.

Le lichen est habituellement fertile, et les apothécies peuvent être assez abondantes pour donner à l’ensemble du thalle un aspect brunâtre. Cette fertilité exceptionnelle permet de distinguer facilement le Leptogium rivulare du
L. cyanescens (Rabenh.) Korber, très commun et à thalle beaucoup plus grand. Les apothécies du L. rivulare peuvent être superficielles ou rétrécies à la base, et leur diamètre est normalement de 0,4 à 0,6 mm, atteignant parfois 1,2 mm. Le disque est brun clair à brun rougeâtre, plat ou légèrement concave, à marges lisses, uniformes, relativement minces, en partie de la couleur du disque mais avec une couche extérieure de tissu thalloïde gris. Les spores sont incolores, multicellulaires, submuriformes, avec trois (ou quatre) cloisons transversales et une seule cloison longitudinale, qui est parfois absente. Les spores sont elliptiques, mais plutôt pointues aux extrémités, et mesurent 15 à 21 µm sur 7,5 à 10 µm. Il y a toujours quatre spores par asque.

Aucune substance lichénique n’a jamais été signalée chez le Leptogium rivulare (Brodo et al., 2001).

On trouvera une description plus détaillée de l’espèce dans Sierk (1964).

Retournez à la table des matières

Répartition

Répartition mondiale

L’espèce est présente dans l’est de l’Amérique du Nord, dans l’ouest de l’Europe et peut-être dans l’est de l’Eurasie (Goward et al., 1998). Elle est définie par des spécimens souvent très anciens (19e siècle) récoltés dans des localités isolées de Suède, de Finlande, d’Estonie et de France ainsi que par des spécimens très anciens récoltés aux États-Unis (en Illinois et au Vermont). L’espèce semble être réellement rare dans l’est de l’Amérique du Nord. Irwin Brodo (comm. pers., 2003) explique : « J’ai écrit aux conservateurs de trois grands herbiers lichénologiques, ceux du Minnesota (MIN), du New York Botanical Garden (NY) et de la Michigan State University (MSC), et les trois m’ont répondu que leur herbier ne renferme aucun spécimen de Leptogium rivulare, même classés sous les synonymes. Cela signifie que des herborisateurs aussi habiles et expérimentés que Clifford Wetmore, Richard Harris et Henry A. Imshaug n’ont jamais trouvé l’espèce malgré les vastes efforts de récolte qu’ils ont déployés dans la région des Grands Lacs. Wetmore a arpenté l’île Royale (au Michigan) et le Minnesota, Harris a récolté dans tout l’est de l’Amérique du Nord, notamment dans tous les secteurs des monts Adirondack et Catskill, tandis qu’Imshaug a exploré toutes les régions du Michigan et certaines rives du lac Supérieur. Or, il s’agit dans tous les cas de régions où on pourrait s’attendre à trouver l’espèce, étant donné ses sites connus. »

On trouvera une liste détaillée des sites européens et nord-américains de l’espèce dans Sierk (1964) ainsi que dans Jørgensen et James (1983). Jørgensen (1994) mentionne quelques sites supplémentaires et fournit une carte de la répartition mondiale de l’espèce.

Figure 2. Répartition du Leptogium rivulare au Canada et aux États-Unis. Les mentions historiques remontant à plus de 50 ans sont indiquées par des carrés noirs. La mention de 1965, qui est sans doute invérifiable, est indiquée par un carré blanc. Les populations actuelles sont indiquées par des cercles noirs.

Figure 2.  Répartition du Leptogium rivulare au Canada et aux États-Unis. Les mentions historiques remontant à plus de 50 ans sont indiquées par des carrés noirs. La mention de 1965, qui est sans doute invérifiable, est indiquée par un carré blanc. Les populations actuelles sont indiquées par des cercles noirs.

Répartition canadienne

Au Canada, le Leptogium rivulare n’a été signalé qu’en Ontario et au Manitoba (figure 2). L’espèce a été trouvée dans six localités, dont cinq en Ontario et une au Manitoba (où elle a été découverte après la présentation initiale du présent rapport). Avant la préparation du présent rapport, l’espèce avait été signalée dans seulement trois de ces localités, séparées l’une de l’autre par des centaines de kilomètres; ces sites ne nous sont connus que par les indications (ici traduites de l’anglais) des spécimens d’herbier suivants :

Comté de Carleton (région d’Ottawa) : sur la base d’un Fraxinus, dans un marécage, 10 oct. 1971, I.M. Brodo  18746 (avec F. Brodo et H.L. Dickson); identifié par P.M. Jørgensen (CANL!).

District d’Algoma : Wawa, près de la zone d’affouillement (washout) de la rivière Magpie, sur la base (partiellement inondée au printemps) d’un Fraxinus nigra, 24 juin 1965, Fabius LeBlanc, nº 1-7; identifié par I.M. Brodo (CANL!).

District de Nipissing : Lac Temagami, pointe Long, sur la base d’un frêne au bord d’un étang, 13 août 1946, R.F. Cain, nº 21688, identifié par G. Degelius (TRTC!).

Un spécimen très récemment récolté au Manitoba est en cours de dépôt au Musée canadien de la nature. Ce spécimen a été trouvé sur une roche, sur la berge rocheuse d’un lac, près de Flin Flon, avec d’autres lichens semi-aquatiques.

Dans le cadre de la préparation du présent rapport, l’espèce a été retrouvée dans la première des localités énumérées ci-dessus (Ottawa) et a été découverte dans deux localités supplémentaires (indiquées ci-dessous par des astérisques), également situées en Ontario, mais 35 et 50 km à l’ouest du site original. Ces sites ontariens sont énumérés ci-dessous.

  • Ottawa (dont le territoire actuel constituait autrefois le comté de Carleton puis la municipalité régionale d’Ottawa-Carleton). L’espèce a été retrouvée dans un groupe de six marécages et étangs saisonniers. La population était bien établie et viable en février 2003.
  • *Comté de Lanark, canton de Darling. Sur des arbres, dans un groupe de sept étangs saisonniers à l’extrémité sud du lac White. La population a été découverte en avril 2001 par Robert Lee. Elle était bien établie et viable en avril 2003.
  • *Comté de Lanark, canton de Pakenham. Population très petite et d’aspect inhabituel, occupant quelques pierres du lit d’un cours d’eau à puissant débit, le ruisseau Indian. La population est peut-être le fruit d’une introduction accidentelle qui serait survenue en 1994. Elle a été découverte par Robert Lee en août 2002.

Les trois sites ontariens actuellement connus forment une zone d’occurrence d’environ 130 km². L’inclusion du site manitobain porterait la superficie de cette zone à 107 000 km². La superficie totale occupée par les milieux propices des quatre sites est de l’ordre de 2 ou 3 hectares (0,2 à 0,3 km²). La superficie totale de substrat (écorce surtout) occupée par l’espèce est d’environ 40  (annexe 1).

La consultation de R. Alvo, S. Frey, D. Masse, E. Meleg, A. Promaine et K. Wade, de Parcs Canada, n’a permis de trouver aucune mention du Leptogium rivulare pour les parcs nationaux, depuis celui de la Mauricie, au Québec, jusqu’à celui du Mont-Riding, au Manitoba. Toutes ces personnes admettent cependant que les lichens n’ont pratiquement pas été étudiés dans ces parcs.

Comme il n’existe qu’un petit nombre de sites connus, à l’intérieur d’une aire de répartition canadienne qui pourrait être plus étendue (comme le suggèrent les récoltes faites plus à l’est, au Vermont, et plus à l’ouest, au Manitoba), on ne peut rien conclure quant aux changements survenus dans l’aire de répartition. Cependant, étant donné la rareté des mentions, étalées sur deux siècles et réparties entre deux continents, l’espèce est manifestement rare, dans toute son aire de répartition, depuis l’époque de sa découverte. En Europe, l’espèce est considérée comme en voie de disparition en Estonie (selon la liste rouge de ce pays) et disparue de certaines régions en Finlande (Randlane, 1998; ArtDatabanken SoknigRodlista, Rödlistade arter i Sverige, 2000; Government of Finland, 2000). Aux États-Unis et au Canada, les lieux des récoltes antérieures (faites de 1858 à 1965) ne semblent pas avoir été réexaminés récemment, puisque les indications existant sur ces localités sont imprécises et remontent à bien des années.

Au Canada, il semble que le lichen n’a jamais été trouvé ailleurs que dans ses six sites actuellement connus ou historiques. Cependant, il est possible que l’espèce soit passée inaperçue, car elle pousse dans les forêts inondées au printemps, habitat inhabituel pour un lichen et peut-être peu fréquenté des lichénologues, comme le suggèrent Jørgensen et James (1983). D’ailleurs, l’Herbier national de lichénologie (CANL) ne renferme que six spécimens provenant de ce type particulier de milieu, dont cinq très vieux spécimens du lichen crustacé Lecania cyrtella (Ach.) Th. Fr., qui a été observé en abondance dans les étangs étudiés, où il pousse souvent en mélange avec le Leptogium rivulare sur la base des arbres. Aucun L. rivulare qui aurait été récolté par inadvertance n’a été trouvé dans ces spécimens.

Par contre, les lits rocheux de cours d’eau et les berges rocheuses de lacs, qui peuvent paraître des milieux inhabituels pour le Leptogium rivulare, constituent l’habitat normal d’autres lichens semi-aquatiques et ont été étudiés avec l’attention voulue. Deux des espèces qui ont déjà été observées sur la roche avec le L. rivulare sont le lichen foliacé Dermatocarpon luridum (With.) J.R. Laundon et le lichen crustacé Staurothele fissa (Taylor) Zwackh. À l’Herbier national, il existe une centaine de spécimens de ces deux espèces qui ont été récoltés près de cours d’eau et de lacs. La plupart (84) de ces spécimens proviennent de localités assez uniformément réparties à l’intérieur de la partie centrale de l’aire canadienne du L. rivulare, soit depuis la région d’Ottawa, dans l’est de l’Ontario, jusqu’à Thunder Bay, vers l’ouest; d’autres ont été récoltés à l’extérieur cette aire, c’est-à-dire plus à l’ouest, en Alberta, plus au nord, au nord de Flin Flon (Manitoba), ou plus à l’est, au Québec et au Nouveau-Brunswick. Aucun L. rivulare qui aurait été récolté par inadvertance n’a été trouvé dans ces spécimens, dont 25 sont accompagné de leur substrat d’origine.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que des lichénologues ont récolté, dans une centaine de berges rocheuses de tout le Canada, des lichens d’autres espèces poussant sur un substrat et dans un milieu qui sont propices au Leptogium rivulare, sans qu’on ne trouve jamais cette espèce dans ces spécimens. Six de ces spécimens ont été récoltés par R.F. Cain, qui avait été le premier à trouver le L. rivulare au Canada. Or, celui-ci n’a pas trouvé le L. rivulare sur ces roches, mais uniquement sur la base d’un arbre, dans un étang, comme nous le mentionnions.

L’espèce a-t-elle pu passer inaperçue? Peut-être, dans le cas de thalles très jeunes ou non encore bien établis. Cependant, bien que le Leptogium rivulare soit considéré comme une petite espèce à l’intérieur du genre Leptogium, il demeure un macrolichen, et c’est pratiquement le seul lichen foliacé à pousser dans un tel milieu. De plus, sa couleur est caractéristique; lorsqu’il forme de grandes colonies, il peut être reconnu à 10 mètres de distance.

De manière plus générale, les travaux de lichénologie n’ont pas permis de trouver d’autres spécimens de Leptogium rivulare en Ontario et dans les régions québécoises voisines. Durant les années 1860, l’espèce n’a été trouvée par aucun des botanistes, dont John Macoun, qui, selon Wong et Brodo (1973), ont travaillé le long du Saint-Laurent ou sur la rive nord du lac Ontario. Plus récemment, P.-Y. Wong a déployé des efforts assidus, étalés sur plusieurs décennies, pour récolter dans tout le sud de l’Ontario, région comprenant tous les sites canadiens du L. rivulare qui étaient connus au moment de la présentation initiale du présent rapport (I.M. Brodo, comm. pers., 2003). Cependant, il n’a pas spécifiquement étudié les terrains inondés. Dans le cadre de ce relevé, Wong a également examiné les spécimens se trouvant dans les herbiers du Musée canadien de la nature et de la University of Toronto (Wong et Brodo, 1992). I.M. Brodo a lui-même fait un effort de récolte encore plus exhaustif, étalé sur 35 ans, dans le « district d’Ottawa » défini par un cercle de 50 km de rayon autour de la capitale canadienne (figure 3).

Par conséquent, malgré l’abondance apparente du Leptogium rivulare dans quelques étangs de l’est de l’Ontario, cette espèce semble avoir toujours été rare dans l’ensemble de son aire de répartition mondiale. Le fait qu’elle soit inféodée à un milieu restreint et instable pourrait expliquer en partie cette rareté, mais il se peut que ses moyens de dispersion peu efficaces aient joué un rôle plus important.

À l’intérieur de son aire générale, l’espèce semble avoir une répartition assez restreinte. Elle a été recherchée dans bien des milieux propices pendant une trentaine d’années par I.M. Brodo (comm. pers., 2002) et plus récemment par
Robert Lee (voir figure 3 et annexe 2), et il semble bien que les sites ontariens actuellement connus sont bien délimités, le lichen étant absent de tous les milieux propices dans une quarantaine de localités se trouvant à moins d’un kilomètre des sites connus ainsi que dans une vingtaine de localités plus éloignées (îles Upper Duck et Petrie, 15 et 25 km à l’est d’Ottawa; Chelsea, au Québec, 30 km au nord; cours moyen de la rivière Noire, au Québec, 160 km au nord-ouest d’Ottawa; lac Anima Nipissing, 20 km au nord du lac Temagami, en Ontario). On ne connaît pas l’étendue de la population récemment trouvée à Flin Flon, au Manitoba.

Afin de déterminer si l’espèce ne serait pas malgré tout plus abondante que ne l’indique le petit nombre des sites connus, Robert Lee l’a recherchée spécifiquement dans plus de 60 localités, en 2001 et 2002, en concentrant d’abord ses efforts sur les secteurs entourant immédiatement les populations connues. Il a ainsi fouillé tous les milieux propices se trouvant dans un rayon d’environ 1 km de ces populations, sans trouver l’espèce, ce qui montre que les populations sont vraiment limitées en étendue. Ensuite, il a fouillé pratiquement toutes les autres superficies de milieu propice qui ont été portées à son attention, à l’intérieur de l’aire générale des populations connues. Finalement, il a prélevé des échantillons dans de vastes superficies de milieux apparemment propices (plaines inondables), au cas où le Leptogium rivulare serait finalement abondant dans certains bassins-versants importants mais peu étudiés. Il n’y a trouvé aucun spécimen de L. rivulare.

Figure 3. Répartition du Leptogium rivulare dans l’extrême-est de l’Ontario (cercles noirs), avec quelques-unes des localités apparemment propices où le L. rivulare a été recherché en vain (cercles blancs). Le grand cercle délimite le territoire de 50 km de rayon appelé « district d’Ottawa » par Brodo (1990).

Figure 3.         Répartition duLeptogium rivulare dans l’extrême-est de l’Ontario (cercles noirs), avec quelques-unes des localités apparemment propices où le L. rivulare a été recherché en vain (cercles blancs). Le grand cercle délimite le territoire de 50 km de rayon appelé « district d’Ottawa » par Brodo (1990).

Retournez à la table des matières

Habitat

Besoins de l’espèce en matière d’habitat et de substrat

Au Canada et ailleurs, presque tous les spécimens de Leptogium rivulare ont été récoltés dans des milieux pratiquement identiques : sur la base périodiquement inondée d’arbres poussant généralement au bord d’étangs temporaires alimentés chaque printemps par les eaux de fonte. Dans ces milieux, l’eau est normalement limpide et stagnante; très froide en mars, elle se réchauffe beaucoup sous le soleil de juin si elle est encore présente.

Ces arbres appartiennent à l’une ou l’autre des quelques espèces, dont le frêne noir (Fraxinus nigra), qui peuvent prospérer, ou à tout le moins survivre, dans un milieu subissant 3 à 12 semaines de forte crue printanière atteignant parfois 2 mètres de profondeur. Environ 98 p.100 des thalles observés par Robert Lee en 2002 se trouvaient sur l’écorce de la base d’arbres périodiquement inondés. On ne connaît aucun spécimen provenant d’arbres inondés en permanence.

Les spécimens les plus anciens ont tous été récoltés sur des frênes (Fraxinus spp. et notamment le F. nigra), mais les observations faites dans les nouvelles localités permettent d’ajouter à la liste des substrats les plus communs l’érable rouge (Acer rubrum), l’érable argenté (A. saccharinum), le frêne rouge (Fraxinus pennsylvanica) et l’orme d’Amérique (Ulmus americana). Le chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa) et le peuplier baumier (Populus balsamea) sont plus rarement disponibles comme substrats. Encore plus rarement, le cornouiller hart-rouge (Cornus stolonifera), la vigne des rivages (Vitis riparia) et les saules (Salix spp.) peuvent fournir une étendue appréciable de substrat. Dans un ou deux cas, le lichen a été observé sur le thuya occidental (Thuja occidentalis) ou le nerprun bourdaine (Rhamnus frangula). Les écorces de certains arbustes, notamment un céphalanthe (Cephalanthus sp.) et un aulne (Alnus sp.), ont également été signalées comme substrats. Environ 1 p.100 des thalles observés poussaient sur des arbustes ou des branches tombées.

Presque tous les sites connus sont des clairières inondées au printemps, où divers types de plantes herbacées (fougères, carex, herbe à puce) peuvent ou non apparaître à mesure que l’eau se retire. On peut donc dire, jusqu’à un certain point, que ce milieu inondé équivaut à l’orée d’une forêt. Cependant, le lichen se rencontre à la fois dans la partie ensoleillée de cette marge et dans ses parties plus ombragées; il a ainsi été observé sur le côté sud des étangs, où il y a le plus d’ombre, et sur le côté nord, plus ensoleillé.

Les colonies les plus florissantes de Leptogium rivulare se rencontrent sur l’écorce rugueuse, et les plus étendues, généralement sur l’écorce vieille et rugueuse. Le lichen ne pousse généralement pas sur le bois nu altéré, même à proximité de bois encore recouvert d’écorce (le bois nu altéré ne représente qu’environ 0,1 p.100 de la superficie totale occupée par l’espèce).

Il est extrêmement rare que le Leptogium rivulare pousse sur la roche, même si des pierres ou des affleurements se trouvent à proximité d’arbres où pousse le lichen (Robert Lee, obs. pers., 2002). Cependant, une fois le lichen établi sur la roche, sa croissance peut être bonne. Ainsi, l’étendue occupée par le lichen sur deux grosses pierres représente près de 1 p.100 de toute la superficie d’occupation connue. Le L. rivulare pousse alors directement sur la surface minérale, même s’il est mélangé à des mousses. Par ailleurs, Robert Lee a déjà observé une colonie minuscule du lichen poussant sur le sol.

L’écorce d’arbre périodiquement submergée constitue un habitat inhabituel pour un lichen, probablement parce que la plupart des lichens corticoles ne peuvent pas supporter l’immersion. Ainsi, tout comme les lichens poussant sur la roche en évitent les parties périodiquement inondées et fournissent ainsi une indication commode de la limite des hautes eaux au bord des lacs, la plupart des lichens poussant sur les arbres ne se rencontrent pas plus bas que la limite des crues printanières dans les étangs saisonniers. Le Leptogium rivulare fait exception à cet égard et ne pousse qu’en bas de cette limite. Généralement, une distance de plusieurs centimètres ou décimètres sépare cette espèce des autres lichens arboricoles. Un chevauchement n’a été observé que sur trois des plusieurs centaines d’arbres examinés, et il n’était que de quelques millimètres.

 Plusieurs espèces bien connues et assez communes de lichens aquatiques et semi-aquatiques poussent sur les pierres au bord des lacs et des cours d’eau, comme le Dermatocarpon luridum (With.) J.R. Laundon, l’Ionaspis lacustris (With.) Lutzoni, le Rhizocarpon lavatum Hazsl. et le Staurothele fissa (Taylor) Zwackh. Cependant, les quelques espèces qui ont été observées avec le Leptogium rivulare dans son habitat habituel ne sont normalement pas considérées comme des lichens semi-aquatiques.

Une de ces espèces, le Lecania cyrtella (Ach.) Th. Fr., assez commune dans la région d’Ottawa (Brodo, 1990), a souvent été observée par Robert Lee (obs. pers., 2002), poussant en abondance avec le Leptogium rivulare. Le Lecania cyrtella préfère la partie inférieure humide des arbres poussant dans des milieux périodiquement inondés, mais il n’est pas confiné à ces milieux. Une espèce rare de Leptogium, le minuscule Ltenuissimum, a été observé plusieurs fois, mais il peut manifestement aussi pousser dans des milieux qui ne sont jamais inondés.

 Plusieurs autres espèces de lichens, minuscules ou presque microscopiques, dont l’espèce ou même le genre n’ont pas encore été identifiés, ont également été observées, toujours dans la zone inondée, où certaines sont rares et d’autres, abondantes. Deux de ces lichens appartiennent à l’ordre des Lichénales, tandis que deux autres appartiennent au genre Leptogium et donc à la famille des Collématacées.

Les marécages boisés tels que ceux où pousse le Leptogium rivulare sont des milieux fréquents, mais très fragmentés, dans toute la zone de forêts mixtes et décidues de l’Ontario. Le site de Wawa se situ près de la limite nord de cette zone. Cependant, comme plusieurs des espèces d’arbres où pousse le lichen se rencontrent assez loin au nord dans la forêt boréale, il est plausible que l’aire de répartition du lichen s’étende vers le nord jusqu’au lac Abitibi, vers l’ouest jusqu’au lac Winnipeg et vers l’est jusqu’aux provinces Maritimes. Le spécimen récemment récolté près de Flin Flon, au nord-ouest du lac Winnipeg, tend à confirmer cette hypothèse.

Les espèces d’arbres qui poussent bien en zone inondable peuvent s’établir à un stade peu avancé de la succession végétale. Trois de ces espèces qui peuvent servir de substrat au Leptogium rivulare, le frêne noir, le chêne à gros fruits et l’orme d’Amérique, peuvent aussi persister dans les forêts anciennes. Le L. rivulare a été trouvé sur des arbres ayant près de 150 ans et ne semble donc pas inféodé à un stade particulier de la succession.

Certains des étangs où le Leptogium rivulare est aujourd’hui présent ont subi un incendie de forêt important (il y a plus de 130 ans), une forme ou une autre d’utilisation agricole (il y a une centaine d’années) ou le passage de bulldozers pour l’exploitation d’une sablière (il y a une cinquantaine d’années). Dans chacun des cas, le lichen a pu survivre sur des substrats non touchés par ces perturbations (pierres ou vieux arbres) ou encore dans des milieux voisins non perturbés où il n’est plus présent.

Le Leptogium rivulare est peut-être capable de se rétablir rapidement, après seulement quelques années, en poussant sur les premières plantes ligneuses à apparaître dans la zone inondable. Cette hypothèse est appuyée par la présence occasionnelle du lichen sur de petits arbustes, comme le Cornus stolonifera. Cependant, en 2003, Robert Lee a observé l’espèce sur des arbustes à des endroits où elle poussait déjà en abondance sur des arbres voisins. Il se peut donc que l’espèce ne puisse coloniser les arbustes qu’en présence d’une grande population se trouvant déjà à proximité et constituant une source abondante de spores.

Si les eaux d’une rivière ont une charge excessive de sédiments, elles peuvent laisser un dépôt sur le tronc des arbres de la plaine inondable, ce qui nuit certainement au Leptogium rivulare. Ces dépôts sont toujours présents si une portion appréciable du bassin-versant est utilisée pour l’agriculture. Durant les années 1990 et en 2002, Robert Lee a observé de tels dépôts sur des substrats par ailleurs propices au L. rivulare, dans certaines îles, notamment à l’île Upper Duck, sur la rivière des Outaouais.

Dans les étangs saisonniers, le dépôt de sédiments ne constitue pas un problème, mais il arrive, une fois les eaux retirées, que les thalles du
Leptogium rivulare soient tellement recouverts par des algues séchées, du genre Scytonema, qu’il est difficile de distinguer la couleur des thalles. On ne sait pas si ce dépôt d’algues nuit au lichen.

Dans les deux principauxs sites connus, le substratum est constitué de calcaire qui doit tamponner efficacement les eaux de crue. Il semble cependant que le Leptogium rivulare peut tolérer l’acidité. En effet, dans les sites historiques du lac Temagami et de Wawa, le sol est sans doute issu d’un substratum acide; de plus, dans les localités où le lichen a été observé poussant sur de la roche, il s’agissait de granite. Par ailleurs, lorsque le lichen pousse sur de l’écorce, celle-ci peut être neutre (orme) ou acide (érable). Parmi les conifères, la seule espèce où le lichen a été observé est le thuya occidental, dont l’écorce est celle qui ressemble le plus à l’écorce de feuillus (I.M. Brodo, comm. pers., 2002).

Comme il suffit d’un ou deux arbres, dans une localité donnée, pour permettre une croissance vigoureuse du Leptogium rivulare et que cette espèce se rencontre dans des milieux mouillés mesurant à peine 5 ou 10 mètres de diamètre, il n’existe sans doute aucune superficie minimale pour l’habitat, dans la mesure où celui-ci est soumis à une crue suffisante.

Tendances

Comme les arbres constituent l’habitat normal du Leptogium rivulare et que l’exposition aux crues détermine davantage un type de forêt qu’un stade de la succession végétale, le déboisement pratiqué pendant la colonisation européenne du continent n’a probablement pas créé d’habitat supplémentaire pour l’espèce. Au contraire, le déboisement à des fins agricoles a dû plutôt éliminer des arbres essentiels à la croissance du lichen au bord des étangs, et les eaux de ruissellement chargées de sédiments ont dû rendre les milieux riverains inutilisables pour l’espèce. Dans les régions où l’occupation humaine est moins intense, les barrages aménagés pour l’exploitation forestière et la production d’électricité ont pu éliminer une partie de l’habitat, par inondation permanente. Ces facteurs ont surtout eu un impact dans le passé, mais il se construit encore des barrages pour la production d’électricité à petite échelle et pour l’aménagement du milieu.

Les facteurs qui menacent actuellement l’habitat du Leptogium rivulare sont l’impact croissant des activités récréatives, dans un des sites, et l’étalement urbain, dans l’autre.

Par ailleurs, si le climat tend à devenir plus chaud et plus sec, il en résultera une diminution des crues printanières, ce qui restreindra grandement l’habitat du lichen, tant en termes de superficie que de hauteur sur le tronc des arbres.

Protection et propriété des terrains

À moins qu’on arrive à retrouver de bonnes populations de Leptogium rivulare dans les localités où l’espèce a déjà été signalée ou à en découvrir de nouvelles à l’extérieur des deux principals sites actuellement connus, il faut considérer que l’espèce a une répartition canadienne très restreinte. Pour l’heure, il est particulièrement important de préciser la propriété des terres où se trouvent les sites actuels ainsi que le degré de protection dont ils jouissent.

Le complexe de terrains humides occupé par le Leptogium rivulare à l’ouest de Bells Corners, dans la municipalité d’Ottawa, se trouve sur des terres de la Commission de la capitale nationale (CCN). Ces terres faisant partie de la Ceinture de verdure sont protégées depuis près de 50 ans à des fins de conservation, et leur situation ne devrait pas changer. La CCN élabore des plans de gestion pour les éléments fragiles du milieu. Cependant, les terres où se trouve le lichen ne sont pas spécifiquement protégées par voie de loi ou de règlement, et certaines terres de la CCN ont déjà été vendues, échangées, utilisées pour la construction de routes, ou encore ouvertes à certaines formes de développement jugées acceptables.

Dans le canton de Pakenham, le Leptogium rivulare se trouve en terrain privé. Plusieurs barrages artificiels et naturels retiennent les eaux, mais ils sont situés en amont et ne semblent pas nuire à la population, très petite, ni au régime hydrologique qui lui permet d’exister.

L’autre site important, situé dans le canton de Darling, comprend sept petits étangs répartis sur environ un kilomètre de terres boisées appartenant à au moins sept propriétaires, dont le gouvernement provincial, le comté de Lanark et au moins cinq particuliers. Deux des étangs chevauchent les terres de plusieurs propriétaires.

Les terres de la Couronne sont soumises aux pratiques forestières habituelles, y compris l’abattage des arbres. Les terres appartenant au comté de Lanark sont réservées pour la construction d’une route et traversent un des étangs en son centre. Dans les deux cas, une protection pourrait être obtenue dans le cadre du processus officiel de planification, mais ces terres n’abritent qu’environ 6 p.100 de la population locale de Leptogium rivulare.

Trois des propriétaires particuliers sont déjà informés de la présence d’un lichen rare sur leurs terres et ne sont pas réfractaires à l’idée de protéger son habitat, à certaines conditions (ils craignent que des restrictions leur soient imposées). Deux autres propriétaires sont également informés mais n’ont pas précisé leurs intentions.

Il est possible que d’autres propriétaires soient maintenant visés, car certains des terrains sont en train d’être lotis. Un grand lac à vocation récréative se trouve à proximité, et la localité est assez proche d’Ottawa pour qu’on puisse faire la navette quotidiennement.

Étant donné le lotissement et les changements de propriétaires, il est douteux que le site du canton de Darling puisse être protégé.

Retournez à la table des matières

Biologie

Généralités

Les lichens du genre Leptogium ont un thalle mince et gélatineux renfermant des cyanobactéries du genre Nostoc. Il s’agit d’un thalle non stratifié, puisque les cyanobactéries ne sont pas confinées à une couche « gonidiale », comme chez la plupart des lichens foliacés. Les lichens renfermant des cyanobactéries, et tout particulièrement les Leptogium, poussent habituellement dans des milieux humides et ombragés, souvent en forêt ou près de l’eau. Le L. rivulare exige en outre un milieu périodiquement inondé, ce qui limite encore son habitat. De plus, les lichens à cyanobactéries sont connus pour leur grande sensibilité à la pollution atmosphérique et particulièrement à l’anhydride sulfureux (Ferry et al., 1973).

Jusqu’à récemment, le Leptogium rivulare était connu presque uniquement par de vieux spécimens d’herbier, comportant très peu d’indications sur l’habitat et le substrat. Une étude approfondie de la biologie de l’espèce déborderait de la portée du présent rapport, mais certaines observations faites sur le terrain par Robert Lee (obs. pers., 2002) pourraient être pertinentes.

Reproduction

Le Leptogium rivulare est toujours très fertile. Les apothécies apparaissent quant le thalle est encore petit et jeune et commencent rapidement à produire des spores, qui constituent sans doute le principal moyen de reproduction et de dispersion de l’espèce. Cependant, comme tous les lichens, le L. rivulare peut également se reproduire par fragmentation. Les minuscules lobules observés chez certaines populations pourraient, en se détachant du thalle, servir de propagules.

S’il s’avérait que les spores de cette espèce sont transportées par l’eau, plutôt que par le vent comme chez la plupart des lichens, cela pourrait expliquer la répartition relativement restreinte de l’espèce, à l’intérieur de sa grande aire générale, et son absence apparente de nombreux milieux propices.

Le Leptogium rivulare est considéré comme un petit lichen et peut sans doute atteindre son diamètre maximal (6 cm) en une dizaine d’années. Cependant, des colonies massives pouvant atteindre 0,5 m de diamètre ont récemment été observées, et celles-ci ne résultent pas simplement de la coalescence de nombreux petits thalles. Il se peut donc que la taille et l’âge maximaux des thalles soient plus élevés qu’on le croyait.

Le Leptogium rivulare pousse en bas de la limite des hautes eaux, principalement sur des arbres de la zone inondable, à des endroits où ne pousse pratiquement aucun autre lichen. C’est en outre le plus gros des lichens à pousser dans cette partie des arbres et le seul qui pourrait y supplanter d’autres espèces de lichens. Il se peut que l’absence d’espèces concurrentes soit un facteur important. Cependant, le L. rivulare se rencontre parfois parmi d’épais coussins de mousses couvrant son substrat habituel. Certaines espèces de Leptogium, comme le L. cyanescens (Rabinh.) Korber, peuvent pousser avec beaucoup de vigueur dans de telles conditions, tandis que d’autres, comme le L. dactylinum Tuck., semblent dépérir dès que des mousses poussent sur leurs thalles et sur le substrat. D’après les observations de Robert Lee, le L. rivulare est plutôt comme le L. dactylinum à cet égard, car ses thalles finissent par disparaître en présence d’épais coussins de mousses à croissance rapide.

On ne sait rien du taux de croissance et de la longévité de l’espèce, outre les observations faites par Robert Lee, qui a trouvé un thalle de 2 cm sur une tige de cornouiller dont l’âge était de seulement quatre ans (selon le nombre de cernes et le nombre de verticilles de cicatrices foliaires). Il semble donc que le lichen peut croître de 2,5 mm par année, ce qui se compare aux autres lichens foliacés arboricoles.

Le gros de la croissance du thalle se produit sans doute durant l’immersion printanière ou juste après. En effet, en 2002, des épingles ont été plantées dans l’écorce en bordure de plusieurs thalles, un mois après le retrait des eaux, et les thalles n’ont dépassé ces points de repère que de 0,2 à 0,6 mm entre le début août et le mois de novembre. La croissance a été tout aussi faible durant les 12 mois de l’année 2003, qui n’a pas connu de crue suffisante pour que le lichen soit immergé.

Survie

Pour sa survie, le Leptogium rivulare a besoin de périodes d’immersion cycliques, ou à tout le moins occasionnelles, séparées par des périodes prolongées d’exposition à l’air. Cette exigence oblige l’espèce à occuper des milieux plutôt instables. Cependant, un tel régime d’inondation ne semble pas absolument nécessaire à la survie de chaque thalle d’une année à l’autre. En effet, au cours de printemps récents, dans certains étangs, la crue s’est arrêtée 25 à 50 cm en-deçà de son maximum connu et n’a pas recouvert tous les thalles, et la plupart des thalles (mais non tous) ainsi privés d’immersion pendant au moins six années semblent sains.

Dans la plupart des étangs où le Leptogium rivulare est présent, il occupe seulement une partie des substrats disponibles, qu’il s’agisse d’écorce ou de roche. La population semble donc disposer d’espace pour croître dans ces sites. Par ailleurs, il existe un nombre incalculable de localités canadiennes renfermant des milieux propices. L’espèce est donc peut-être limitée par une faible capacité de dispersion.

Physiologie

On ne sait presque rien de la physiologie des Leptogium, même dans le cas des espèces les plus communes, sauf que ces lichens semblent avoir besoin de milieux humides assez ombragés (Brodo, comm. pers., 2002).

Dans la localité la plus nordique où le Leptogium rivulare a été signalé au Canada (près de Flin Flon, au Manitoba), le climat est de type haut-boréal sub-humide, avec des précipitations annuelles moyennes de 400 à 500 mm et des températures moyennes de 12,5 ºC en été et de –18,5 ºC en hiver (Groupe de travail sur la stratification écologique, 1995). Les localités ontariennes sont plus humides (800 à 1 000 mm de précipitations par année) et plus chaudes (16 ºC en été et –7 ºC en hiver). Le L. rivulare est donc une espèce boréale de climat boréal à tempéré frais. Comme son aire de répartition est encore plus vaste en Europe, où il a été signalé depuis la Seine, en France, jusqu’en Finlande, il se peut qu’il puisse tolérer des températures plus basses ou plus élevées que ne semble l’indiquer sa répartition canadienne limitée.

Comme le Leptogium rivulare ne pousse que dans des milieux périodiquement inondés, il doit posséder une capacité physiologique de survivre à l’immersion. Une telle capacité n’existe manifestement que chez un très petit nombre de lichens, poussant dans le même milieu ou dans des milieux semblables. Cependant, bien que le L. rivulare puisse tolérer l’immersion jusqu’à une profondeur de 2 mètres pendant jusqu’à trois mois, sa survie semble exiger qu’il finisse par être à nouveau exposé à l’air.

Comme espèce, le Leptogium rivulare a absolument besoin d’un substrat périodiquement inondé, mais cette exigence semble davantage liée à une des toutes premières étapes de son cycle vital qu’à sa physiologie. Il est possible que la germination des spores exige une forme ou l’autre d’altération du substrat, comme un lessivage de l’écorce, mais il est probable que l’immersion soit surtout nécessaire à la dispersion des spores.

Dispersion

À l’échelle de son aire de répartition générale, la capacité de dispersion du Leptogium rivulare est probablement assez faible, puisque l’espèce ne se rencontre que dans des localités très éparpillées sur un vaste territoire où les milieux propices sont pourtant très répandus. Par contre, à l’échelle très locale d’un étang, sa capacité de dispersion semble excellente. À une échelle intermédiaire, c’est-à-dire entre étangs voisins, l’espèce semble se disperser de manière sporadique.

Un tel régime de dispersion semblerait indiquer que les spores de l’espèce sont transportées par l’eau. En effet, en pareil cas, la dispersion à grande distance est très improbable, la dispersion à moyenne distance par des quadrupèdes agissant comme vecteurs demeure possible mais limitée, et la dispersion à l’intérieur du territoire atteint par les eaux est très efficace.

Plusieurs observations tendent à appuyer cette hypothèse. D’abord, comme nous le mentionnions, l’habitat du lichen semble davantage lié à la dispersion ou à la germination des spores qu’à la survie à long terme du thalle.

Deuxièmement, Robert Lee (obs. pers., 2002) a trouvé des spores, qui semblaient appartenir au Leptogium rivulare, dans les eaux de crue entourant des arbres où pousse ce lichen, alors que les spores de pratiquement toute autre espèce de lichen étaient absentes. À mesure que les eaux se retiraient, les spores adhéraient aux substrats tels que les lamelles de microscopie en plastique qui avaient été disposées à des fins expérimentales.

Troisièmement, sur certains arbres et certaines pierres d’un des étangs, le Leptogium rivulare forme parfois un épais collet juste sous la limite des hautes eaux. Cet étang a ceci de particulier que la crue y atteint toujours exactement le même niveau d’une année à l’autre, car toute eau additionnelle se déverse dans les étangs voisins. Ainsi, les spores flottantes doivent toujours adhérer aux substrats à ce niveau. Comme tous les autres étangs où pousse le L. rivulare ne possèdent pas un tel trop-plein bien défini, les eaux de fonte et les pluies printanières les alimentent jusqu’à des niveaux qui varient d’une année à l’autre; le lichen s’y établit donc à diverses hauteurs sur les troncs.

Il n’est pas prouvé que les spores sont réellement dispersées par l’eau, car d’autres mécanismes sont envisageables, mais ce mode de dispersion aurait des répercussions importantes.

Le long des cours d’eau, la dispersion vers l’aval serait très efficace. Cependant, comme les cours d’eau sont sujets à la formation de barrages et à l’envasement, il se peut fort bien que l’habitat de l’espèce ait été gravement perturbé ou détruit dans la plus grande partie de l’est de l’Amérique du Nord et de l’ouest de l’Europe.

La répartition très éparpillée de l’espèce, dont les sites sont généralement distants de centaines de kilomètres, pourrait également s’expliquer par le fait que les spores, normalement transportées par l’eau, puissent également l’être, sur de longues distances, par les canards migrateurs. Deux espèces de canards, le Canard branchu (Aix sponsa) et le Harle couronné (Lophodytes cucullatus), ont été observées régulièrement en parade nuptiale dans certains des étangs pendant la crue maximale, avant la dispersion finale de ces oiseaux pour la reproduction. Cependant, étant donné la rareté du lichen, il est certain que ce mode de dispersion des spores, s’il existe vraiment, n’est pas très efficace.

Selon Jørgensen et James (1983), la répartition éparpillée du lichen pourrait aussi s’expliquer par une répartition ancienne plus étendue dont il ne subsisterait que des populations reliques. Cette hypothèse est appuyée par la répartition
amphi-atlantique de l’espèce, qui pourrait remonter à une époque où l’Europe et l’Amérique du Nord avaient une flore plus continue.

À moins d’intervention humaine, le rétablissement de populations de l’espèce au Canada à partir de l’étranger semble très improbable, car le Leptogium rivulare est au moins aussi rare dans tous les autres pays où il est présent. Cependant, si les spores sont transportées par l’eau, il serait possible d’introduire l’espèce dans de nouvelles localités. Une telle opération pourrait même se révéler facile, étant donné les circonstances particulières entourant le site du canton de Pakenham, dont il sera question dans la section « Taille et tendances des populations ».

Nutrition et relations interspécifiques

On ne sait rien sur ces aspects de la biologie du lichen, outre la relation symbiotique essentielle existant entre le champignon donnant sa forme au lichen et son photobionte, une cyanobactérie du genre Nostoc. C’est celle-ci, grâce à la photosynthèse, qui fournit les glucides utilisés par les deux symbiotes.

Adaptabilité

Dans toute son aire de répartition mondiale, le Leptogium rivulare présente une spécificité extrême à l’égard de son habitat. À l’intérieur de cet habitat, les seuls arbres qui peuvent lui fournir un substrat sont les feuillus tolérant une inondation régulière. Sur ces arbres, le lichen pousse presque exclusivement sur l’écorce, et non sur le bois nu. Par conséquent, ces arbres doivent être vivants, les arbres morts pouvant servir de substrat seulement jusqu’à la chute de leur écorce. Le lichen se rencontre habituellement sur des arbres matures mais peut aussi pousser sur des arbustes et des gaules. Il peut donc s’établir dans des terrains récemment perturbés et dans des milieux propices qui viennent de se former. Cependant, presque tous les thalles observés sur des arbustes, des roches ou des espèces inhabituelles d’arbres se trouvaient entourés de grandes populations poussant sur les substrats normaux de l’espèce, où la formidable capacité de reproduction du lichen lui permet d’inonder de spores les milieux environnants.

Retournez à la table des matières

Taille et tendances des populations

On ne sait pas ce qu’auraient pu devenir, ni même ce que sont devenues, les populations d’où proviennent les spécimens anciens de l’espèce, récoltés au lac Temagami et à Wawa. Ces spécimens indiquent seulement que l’espèce était présente à ces endroits au moment de leur récolte (en 1946 et en 1965, respectivement). Les sites sont décrits en termes trop vagues pour qu’on puisse les retrouver facilement.

La découverte, en 2001, d’une population importante à Ottawa près de l’endroit où avait été faite la première récolte, en 1972, semble indiquer qu’il s’agit de la même population, mais il a été impossible de confirmer qu’il s’agit exactement du même endroit (I.M. Brodo, comm. pers.).

Si on ne tient pas compte du site récemment découvert au Manitoba, le Leptogium rivulare n’est actuellement connu au Canada que de trois sites bien circonscrits et séparés de 15 à 35 km, dont les populations sont ici considérées comme distinctes. Pour l’heure, les tendances à long terme ne peuvent être déduites que des faits actuellement observables.

Chaque arbre et chaque roche ont été examinés dans toutes les zones inondables occupées par le lichen, sauf une, et une mesure grossière mais exhaustive a été faite de la quantité de lichens présente dans chacune de ces zones, ce qui a permis de faire une estimation raisonnable de la quantité présente dans l’autre zone. L’espèce occupe donc en tout une superficie d’environ 40 mètres carrés (plus ou moins 15 p.100), dont 70 p.100 se trouve dans le site d’Ottawa et 30 p.100 dans cel du canton de Darling. Les six thalles formant la population du canton de Pakenham ne représentent que 0,03 p.100 de cette superficie.

Dans le cas des deux populations principales, on observe une répartition semblable du lichen entre les étangs; dans les deux cas, environ 70 à 85 p.100 de la quantité de lichen se trouve dans un seul étang, tandis que des proportions moindres, voire minimes, se trouvent dans les autres étangs. Des notes détaillées ont été prises sur ces populations, ce qui en permettra la surveillance.

Dans les deux sites principals, ceux d’Ottawa et du canton de Darling, le lichen pousse presque exclusivement sur la base d’arbres bordant des étangs saisonniers. À ces endroits, il forme des colonies irrégulières sur quelques douzaines à plusieurs centaines d’arbres. Sur certains arbres, le lichen est à peine présent, tandis que sur d’autres il forme des colonies encroûtantes pouvant atteindre environ 50 cm de diamètre. La présence d’un grand nombre de petits thalles souvent éparpillés sur l’écorce montre que la reproduction est efficace, tandis que celle de grandes colonies montre que l’espèce est présente depuis de nombreuses années. Presque tous les thalles sont fertiles et capables de se reproduire dès l’âge de quelques années. De manière générale, rien n’indique qu’il y ait déclin, sauf que la population paraît sénescente dans un des étangs, où elle est peut‑être coincée depuis trop d’années au‑dessus de la limite des hautes eaux. Dans un autre étang, des colonies épaisses et étendues de mousses semblent être en train de recouvrir rapidement le lichen sur un nombre appréciable d’arbres.

On sait que l’espèce a déjà été observée ailleurs le long de cours d’eau lents. Or, le troisième site est situé sur une partie assez turbulente du ruisseau Indian, dans le canton de Pakenham, ce qui soulève des questions intéressantes. Se pourrait-il que le Leptogium rivulare existe ailleurs sur les pierres de cours d’eau semblables? Les pierres de parties amont du ruisseau ainsi que les pierres occupant une position semblable dans d’autres cours d’eau ont été examinées avec soin, mais aucun spécimen de L. rivulare n’y a été trouvé.

On peut également se demander si la population du ruisseau Indian s’est établie naturellement à cet endroit. En effet, il y a lieu de croire qu’elle pourrait avoir été introduite, en une seule fois, par inadvertance. Tous les milieux propices connus qui auraient pu permettre une dispersion vers le ruisseau Indian ont été examinés, mais aucun spécimen du lichen n’a été trouvé ailleurs que dans le lit du ruisseau, où l’espèce n’a été observée qu’en aval d’un certain point.

Les six thalles qui ont été trouvés en trois heures de fouille intensive sur des centaines de pierres étaient tous situés au même niveau dans le lit asséché, au-dessus de la zone occupée par le lichen semi-aquatique Dermatocarpon luridum. En 2002, quatre des six thalles mesuraient environ 6 cm de diamètre, tandis que les deux autres étaient à peu près deux fois plus petits. Selon le taux de croissance estimatif obtenu dans d’autres populations, il semblerait que les plus grands thalles ont environ 10 ans. Ces observations appuient l’hypothèse d’une introduction unique, qui serait survenue à une époque où l’eau se trouvait à un certain niveau.

Selon les notes de Robert Lee, le 23 juin 1994, durant une canicule consécutive à de fortes pluies, Lee et des collègues naturalistes sont allés patauger, tout habillés, pendant une heure, dans l’étang d’Ottawa où le Leptogium rivulare a par la suite été découvert en abondance. Environ une semaine plus tard, alors qu’il faisait encore très chaud, les mêmes personnes sont allées s’asseoir en trempant leurs jambes de pantalon dans les eaux fraîches et turbulentes, juste en amont du site du ruisseau Indian. Les eaux de crue commençaient à peine à se retirer. Si, comme il a été avancé plus tôt, les spores du lichens sont dispersées par l’eau, il se peut qu’elles se soient accumulées sur les vêtements au premier endroit et qu’elles en aient ensuite été détachées par le courant dans la deuxième localité. Par la suite, à mesure que les eaux de crue se sont retirées, les spores ont pu se déposer sur le dessus des pierres plates où le lichen pousse actuellement. Les dates de ces événements et la répartition spatiale du lichen concordent avec cette interprétation.

Que le Leptogium rivulare ait ou non été introduit au ruisseau Indian par inadvertance, l’important est sans doute qu’il ait réussi à s’y établir. La découverte du L. rivulare sur une plage rocheuse du Manitoba, où il pousse également en étroite association avec le Dermatocarpon luridum, semble indiquer que ces habitats inhabituels constituent à tout le moins des milieux pouvant convenir à l’espèce.

Retournez à la table des matières

Facteurs limitatifs et menaces

Comme le Leptogium rivulare ne se rencontre que dans des milieux périodiquement inondés, la menace la plus évidente pesant sur ses populations est la modification du niveau des eaux ou de la périodicité des fluctuations de ce niveau. Or, des changements de cette nature surviennent souvent lorsque les marécages sont drainés pour l’agriculture, l’expansion urbaine ou la construction routière. L’aménagement d’un barrage peut aussi grandement affecter le régime des crues en aval et donc nuire aux milieux propices au L. rivulare. Dans pratiquement tous les bassins-versants se trouvant dans l’aire de répartition de l’espèce, le débit des eaux est jusqu’à un certain point réglé par des barrages servant à la lutte contre les inondations ou à la production d’électricité.

Dans une bonne partie de l’aire de répartition, des barrages ont également été aménagés à la décharge de lacs, aux premiers temps de l’exploitation forestière. Si le lichen avait existé sur les rives rocheuses de ces lacs, comme on sait qu’il existe encore dans une localité du Manitoba, l’inondation permanente du milieu a pu le faire disparaître à ces endroits.

Les étangs saisonniers alimentés par les eaux de fonte ne devraient pas être affectés par la modification des cours d’eau et des systèmes lacustres. Cependant, certaines années particulièrement sèches, la plupart des étangs où le lichen est présent n’atteignent pas la limite normale des hautes eaux printanières. Comme l’espèce pousse normalement dans les 50 cm supérieurs de la zone inondée, il suffit d’un abaissement de 25 cm du niveau maximal des eaux pour que la moitié supérieure de la population de lichens soit privée d’un facteur absolument essentiel à sa survie. De plus, si les spores sont dispersées par l’eau, la partie de la population qui se trouve ainsi exondée ne peut pas contribuer à la reproduction.

Une autre menace possible est la perte d’arbres, ceux-ci étant pratiquement le seul substrat convenant au lichen. L’exploitation commerciale des arbres demeure peu probable, car les essences présentes sont généralement de faible valeur. Cependant, dans certains étangs, l’espèce a été trouvée sur un très petit nombre d’arbres, voire sur seulement deux. Par conséquent, l’abattage ou la destruction de quelques arbres, dans le cadre de travaux d’arpentage par exemple, risquerait d’avoir un impact appréciable. Or, dans le canton de Darling, au cours des quatre dernières années, des arbres ont ainsi été abattus occasionnellement pour la production de bois de chauffage (deux propriétés), pour des travaux d’arpentage (une propriété), pour l’aménagement d’un sentier récréatif (deux propriétés) ou pour l’extraction de sable à des fins personnelles (une propriété).

Par ailleurs, de plus en plus, les arbres sont exposés à des maladies et des ravageurs exotiques qui risquent d’avoir un effet dévastateur. L’orme d’Amérique, une des espèces utilisées par le lichen, a déjà été décimé par la maladie hollandaise de l’orme, causée par un champignon introduit. Le frêne noir et le frêne rouge sont quant à eux exposés à une nouvelle menace, l’agrile du frêne, coléoptère exotique apparu en Amérique du Nord en 2002; cet insecte a tué un grand nombre de frênes dans le sud-est du Michigan et a même obligé les autorités à entreprendre l’abattage préventif de ces espèces dans les zones de quarantaine (Roberts, 2003). L’agrile du frêne est maintenant présent au Canada, dans le sud-ouest de l’Ontario (Ash Rescue Coalition, 2003).

Dans le site d’Ottawa, les arbres sont aussi exposés au vandalisme. Des amateurs d’activités récréatives provenant des vastes nouveaux quartiers environnants ont aménagé, sans permission, un nouveau sentier passant tout près des deux plus grandes populations du lichen. De plus, comme ce terrain à vocation d’abord plus ou moins rurale est en train de devenir un grand parc urbain, le déclin de la qualité de l’air pourrait finir par y menacer la survie du Leptogium rivulare.

Retournez à la table des matières

Connaissances traditionnelles autochtones

Rien ne semble indiquer que le Leptogium rivulare ait jamais été utilisé par les peuples autochtones (voir par exemple Moerman, 1999). Cela n’est pas surprenant, étant donné la rareté apparente de ce lichen. De plus, l’espèce ne semble présenter aucune des caractéristiques qui confèrent leur utilité à certains lichens : elle ne renferme aucune substance particulière pouvant servir à teindre d’autres matières, elle ne possède aucune cohérence structurale qui pourrait en faire une fibre utile, et elle est trop peu consistante pour avoir attiré l’attention comme nourriture possible, même en temps de famine.

Retournez à la table des matières

Importance de l'espèce

Étant donné le petit nombre des mentions de l’espèce, pourtant connue depuis deux siècles et présente sur deux continents, celle-ci a manifestement toujours été rare dans toute son aire de répartition. En Europe, le Leptogium rivulare figure sur les listes rouges d’Estonie et de Suède et est considéré comme disparu de certaines régions de Finlande (Randlane, 1998; ArtDatabanken SoknigRodlista, Rödlistade arter i Sverige, 2000; Government of Finland, 2000). Aux États-Unis et au Canada, il semble que l’espèce n’a pas été retrouvée récemment dans les anciennes localités de récolte. En Ontario, on a attribué à l’espèce la cote SH, qui signifie qu’elle n’aurait pas été signalée depuis au moins 20 ans. Aucune cote n’a été attribuée à l’espèce à l’échelle mondiale ni à l’échelle de chaque pays (CIPN, 2002).

Parmi les trois sites ontariens connus, seulement un bénéficie d’une certaine protection.

Les besoins très particuliers du Leptogium rivulare en matière d’habitat en font une espèce tout à fait spéciale, non seulement parmi les espèces du genre Leptogium, mais également parmi les lichens en général. L’étude de ses exigences et capacités physiologiques à l’égard de l’immersion saisonnière pourrait aider à mieux comprendre les besoins et les cycles vitaux des autres organismes vivant au bord des eaux.

Retournez à la table des matières

Résumé du Rapport de situation

Le Leptogium rivulare est un lichen rare à l'échelle mondiale qui a des besoins très contraignants en matière d'habitat. Au Canada, il n'était connu que par un petit nombre de spécimens d'herbier, qui ne fournissent aucune indication sur les populations d'où ils proviennent. Quatre des localités de récolte sont inconnues. Deux des populations actuellement connues sont relativement grandes, tandis que les deux autres sont beaucoup plus petites. La plus grande des populations est protégée, bien qu'imparfaitement, par la réglementation fédérale.

Les deux principaux sites sont exposés à une dégradation du milieu lié à l'utilisation accrue des lieux et à l'aménagement des terrains. De manière plus générale, toute intervention pouvant modifier la durée ou l'étendue des crues saisonnières risque fortement de restreindre ou même éliminer des milieux pouvant servir d'habitat à l'espèce. De plus, comme le lichen a besoin de l'écorce d'arbres vivants comme substrat, sa survie est liée à celle de forêts poussant en zone inondable. Ces forêts sont principalement menacées par les ravageurs et les maladies introduits. Le lichen lui-même semble sensible à la compétition des mousses, qui peuvent le supplanter dans son habitat.

Il faut avant tout se demander si le Leptogium rivulare est réellement aussi rare que l'indique le nombre extrêmement faible des mentions de l'espèce. D'ailleurs, comme l'aire de répartition compte un nombre incalculable de milieux pouvant convenir à l'espèce, il existe probablement des sites qui n'ont pas été découverts.

Il n'en demeure pas moins que la région où l'espèce est actuellement signalée a été bien étudiée par les lichénologues et que la fouille minutieuse de tous les habitats possibles dans plus de 60 localités, à proximité et aux alentours des sites actuels et historiques, n'a permis de trouver aucun spécimen de l'espèce.

Retournez à la table des matières

Résumé technique

Leptogium rivulare

Leptoge des terrains inondés – Flooded jelly-skin

Répartition au Canada :

Ontario et Manitoba

Information sur la répartition

Superficie de la zone d'occurrence (km²)

Pour les 3 sites actuellement connus en Ontario seulement : 130 km²
Pour les 4 sites actuellement connus au Canada (Ont. et Man.) : 107 000 km²

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d'occurrence (ordre de grandeur > 1)?

Non

Superficie de la zone d'occupation (km²)

0,2 à 0,3 km² (2 à 3 hectares de forêt en terrain bas)

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d'occupation (ordre de grandeur > 1)?

Non

Nombre d'emplacements existants (connus ou supposés).

4

Préciser la tendance du nombre d'emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Inconnue

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d'emplacements (ordre de grandeur >1)?

Non

Tendance de l'habitat : préciser la tendance de l'aire, de l'étendue ou de la qualité de l'habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

Stable

Information sur la population

Durée d'une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.).

3 ou 4 ans?

Nombre d'individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles).

Dizaines de milliers

Tendance de la population quant au nombre d'individus matures en déclin, stable, en croissance ou inconnue.

Stable

S'il y a déclin, p.100 du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s'il s'agit d'une période plus courte).

Non applicable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d'individus matures (ordre de grandeur > 1)?

On ne sait pas.

Durée d'une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.).

Oui

Nombre d'individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles).

Non applicable

Tendance de la population quant au nombre d'individus matures en déclin, stable, en croissance ou inconnue.

On ne sait pas.

Énumérer chaque population et donner le nombre d'individus matures dans chacune.

Voir annexe 1

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

  • Réduction de l'habitat par le changement climatique;
  • perte de substrats à cause de maladies et ravageurs exotiques envahissants;
  • perte d'habitat à cause de l'expansion urbaine.

Effet d'une immigration de source externe

Statut attribué à des populations d'ailleurs?

En Amérique du Nord, l'espèce n'existe qu'au Canada.

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

Non

Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre à l'endroit en question?

Oui

Y a-t-il suffisamment d'habitat disponible pour les individus immigrants à l'endroit en question?

Oui

Probabilité d'un rétablissement à partir de populations de l'extérieur.

Non

Analyse quantitative

Non applicable

Autre statut

Non applicable

Statut et justification de la désignation

Statut : Espèce menacée

Code alphanumérique : D2

Justification de la désignation : Cette espèce rare à l'échelle mondiale ne se trouve actuellement au Canada que dans quatre emplacements qui se situent tous en Ontario et au Manitoba. L'espèce a des exigences très restreintes en matière d'habitat, habitats qui se trouvent principalement aux lisières de mares saisonnières (vernales), où elle croît sur des rochers et au pied d'arbres feuillus vivants entre les lignes d'eau maximales et minimales saisonnières. Elle est vulnérable aux changements dans les tendances habituelles d'inondations annuelles, ainsi qu'à la mort des arbres hôtes. Les menaces majeures qui pèsent sur les plus grandes populations comprennent le développement urbain et les activités récréatives.

Applicabilité des critères

Critère A (Population globale en déclin) : L'espèce ne respecte pas les seuils fixés.

Critère B (Petite aire de répartition peu étendue, et déclin ou fluctuation) : L'espèce respecte certains des critères d'espèce en voie de disparition (zone d'occupation inférieure à 500 km², populations gravement fragmentées) mais ne respecte pas les critères ayant trait au déclin.

Critère C (Petite population globale et déclin) : L'espèce ne respecte pas le seuil fixé en matière de petite population totale (population estimative supérieure à 10 000 individus).

Critère D (Très petite population ou aire de répartition limitée) : L'espèce ne respecte pas le seuil fixé en matière de très petite population pour une espèce en voie de disparition (population estimative supérieure à 10 000 individus), mais elle respecte les critères d'espèce menacée (zone d'occupation inférieure à 20 km² et petit nombre de sites (moins de 5).

Critère E (Analyse quantitative) : Non applicable.

Retournez à la table des matières

Remerciements

Je tiens à remercier de son aide précieuse I.M. Brodo, qui a examiné avec moi les spécimens se trouvant actuellement à l'Herbier national, au Musée canadien de la nature. De plus, M. Brodo a examiné mes récoltes sur le terrain et au laboratoire, m'a fait connaître certaines publications pertinentes et a discuté avec moi de
certaines hypothèses sur la biologie de l'espèce.

Je remercie également David Cornell, qui m'a informé de l'existence d'un site de l'espèce dans le canton de Darling, en apportant un spécimen chez moi, ainsi que Barbara Gaertner, qui m'a aidé sur le terrain. Sarah Coulber m'a invité à fouiller le ravin se trouvant sur sa propriété appelée Bramble Hill Farm. D'autres propriétaires m'ont autorisé à rechercher les lichens sur leurs terrains. Ian Huggett a cherché des milieux propices aux alentours du lac Temagami.

Irwin Brodo et Barbara Gaertner, qui connaissent bien le Leptogium rivulare, ont cherché l'espèce dans d'autres localités, ce qui m'a permis d'être plus certain de sa rareté.

La préparation du présent rapport de situation a été financée par le Service canadien de la faune d'Environnement Canada.

Retournez à la table des matières

Ouvrages cités

ArtDatabanken SoknigRodlista, Rödlistade arter i Sverige. 2000. www.umea.slu.se/MiljoData/webord/lavar.xls (site Web consulté en juin 2002).

Ash Rescue Coalition. http://www.ashrescue.com/ (site Web consulté en février 2003).

Brodo, I.M. 1990. Lichens de la région d'Ottawa. Deuxième édition. Musée national des sciences naturelles, Ottawa. 115 p.

Brodo, I.M., Sharnoff, S.D., et Sharnoff, S. 2001. Lichens of North America. Yale University Press, 795 p.

CIPN (Centre d'information sur le patrimoine naturel), ministère des Richesses naturelles de l'Ontario. 2002.

Ferry, B.W., Baddeley, M.S., et Hawksworth, D.L.H. 1973. Air Pollution and Lichens. University of Toronto Press, 389 p.

Fink, B. 1935. The Lichen Flora of the United States. University of Michigan Press, Ann Arbor.

Government of Finland, Ministry of the Environment, Threatened Species. 2000. http://www.ymparisto.fi/eng/environ/naturecon/threat/2000/plant/lichens.htm (site Web consulté en juin 2002).

Goward, T., Brodo, I.M., et Claydon, S.R. Février 1998. Rare Lichens of Canada: a Review and Provisional Listing. COSEPAC.

Groupe de travail sur la stratification écologique. 1995. Cadre écologique national pour le Canada. Agriculture et Agroalimentaire Canada et Environnement Canada. 125 p.

Jørgensen, P.M., et James, P.W. 1983. Studies on some Leptogium species of Western Europe. The Lichenologist 15: 109-125.

Jørgensen, P.M. 1994. Further notes on European taxa of the lichen genus Leptogium, with emphasis on the small species. The Lichenologist 26: 1-29.

Moerman, D. 1999. Native American Ethnobotany (site Web consulté en février 2003).

Randlane, T. 1998. Red List of Estonian Lichens (site Web consulté en juin 2002).

Roberts, D. 2003. http://www.msue.msu.edu/reg_se/roberts/ash/ (site Web consulté en février 2003).

Sierk, H.A. 1964. The genus Leptogium in North America north of Mexico. The Bryologist 67: 245-317.

Wong, P.Y., et Brodo, I.M. 1973. Rock-inhabiting Lichens of the Frontenac Axis, Ontario. Canadian Field-Naturalist 87: 255-259.

Wong, P.-Y., et Brodo, I.M. 1992. The Lichens of Southern Ontario, Canada. Musée canadien de la nature, Syllogeus no 69.

Retournez à la table des matières

Sommaire biographique du rédacteur du rapport

Robert Lee est un naturaliste généraliste qui a peu à peu centré ses intérêts sur les arbres, l'écologie forestière et les lichens à titre d'indicateurs des forêts anciennes. Parmi les lichens, il préfère les espèces crustacées généralement peu
remarquées et notamment les lichens calicioïdes, qui constituent de bons indicateurs des forêts anciennes, mais il s'est également intéressé au genre Leptogium. En 1978, il a obtenu de la University of Guelph un B.Sc. en biologie des espèces sauvages. Dans le cadre d'études de terrain à long terme sur les arbres, les grenouilles et les mammifères, il identifie et suit individuellement ces organismes.

Depuis 18 ans, Robert Lee travaille activement à sensibiliser au plein air les enfants et jeunes adultes, dans le cadre du Macoun Field Club, dont il est président. En 2000, il a reçu de l'Ottawa Field-Naturalists' Club le prix Anne Hanes d'histoire naturelle, pour ses travaux sur la grenouille léopard et pour d'autres études de terrain.

La publication la plus récente de Robert Lee est un chapitre de 55 pages décrivant en détail les résultats de quatre années d'études de terrain réalisées durant les années 1950 pour le Musée national du Canada, dans The Sheguiandah Site: Archaeological, Geological and Paleobotanical Studies at a Paleoindian Site on Manitoulin Island, Ontario, publié en 2002 sous la direction de P. Julig (Commission archéologique du Canada, Collection Mercure, numéro 161).

Retournez à la table des matières

Experts contactés

Robert Alvo, biologiste de la conservation, Direction de l'intégrité écologique, Parcs Canada, 25, rue Eddy, Gatineau (Québec) K1A 0M5. Consulté du 10 au 14 juin 2002.

Irwin Brodo, attaché de recherches, Musée canadien de la nature. (En 2001, M. Brodo avait lui-même consulté Per Magnus Jørgensen, de l'Institut botanique de l'Université de Bergen, Allegaten 41, N-5007 Bergen (Norvège), au sujet du Leptogium rivulare.)

Sean Frey, spécialiste de la gestion des données, parc national du Mont-Riding, Manitoba.

Denis Masse, responsable de la gestion de la faune, parc national de la Mauricie, 2141, chemin Saint-Paul, Saint-Mathieu-du-Parc (Québec) GOX 1NO.

Ethan Meleg, coordonnateur de la vulgarisation, parc national de la Péninsule-Bruce et parc marin national Fathom Five, Ontario.

Richard Pratt, Service canadien de la faune, 49, promenade Camelot, Ottawa (Ontario) K1A 0H3.

Andrew Promaine, parc national de la Péninsule-Bruce, Ontario (réponse négative transmise par Robert Alvo).

Keith Wade, parc national Pukaskwa, Ontario (réponse négative transmise par Robert Alvo).

Retournez à la table des matières

Collections examinées

Canada, Ontario : Comté de Carleton (région d'Ottawa), sur la base d'un Fraxinus dans un marécage, 10 oct. 1971, I.M. Brodo 18746 (avec F. Brodo et H.L. Dickson); identifié par P.M. Jørgensen (CANL); District d'Algoma, Wawa, près de la zone d'affouillement de la rivière Magpie, sur la base (partiellement inondée au printemps) d'un Fraxinus nigra, 24 juin 1965, Fabius LeBlanc, nº 1-7; identifié par I.M. Brodo (CANL).

Manitoba : Baie Red Rock du lac Payuk, environ 30 km au SE de Flin Flon. Île rocheuse avec granite précambrien et Pinus banksiana, en face d'une berge avec ruisseau ombragé et cascade, 16 juin 2003; I.M. Brodo nº 31235, avec Michele Piercey-Normore, Tom Booth et Fenja Brodo.

Robert Lee a déposé dans son propre herbier et dans celui du Macoun Field Club environ 25 spécimens provenant des divers sites ontariens qu'il a visités.

  • Ottawa : R.E. Lee nos 756, 926 et 1152.
  • Comté de Lanark, canton de Darling : R.E. Lee nos 731, 732, 864, 865, 866, 867, 868, 869, 875, 878, 880, 887, 888, 889, 892, 894, 899, 936 et 1088.
  • Comté de Lanark, canton de Pakenham : R.E. Lee nos 919, 924, 925 et 927.

Certains de ces spécimens seront donnés à l'Herbier national (CANL).

Retournez à la table des matières

Annexe 1: Quantité de Leptogium rivulare présente dans chaque site

Quantité de Leptogium rivulare présente dans chaque site
LocalitésSitesQuantité de lichen (m²)Nombre d'arbres disponiblesRépartition du lichen dans chaque site
OttawaÉtang IX
24
2 400
Répartition uniforme
OttawaÉtang X
3,5
250
Répartition uniforme
OttawaÉtang XI
0,1
150
Lichen très peu abondant et répartition éparpillée
OttawaSecteur C21d
0,5
300
Lichen très peu abondant et répartition éparpillée
OttawaSecteur B10f
0,05
50
Lichen très peu abondant
OttawaSecteur B10g
0,005
50
Un seul arbre
Sous-total 
28,155
 
 
Canton de DarlingÉtang 18
0,07
55
Seulement trois arbres
Canton de DarlingÉtang 19
1,2
630
Concentration du côté E
Canton de DarlingÉtang 21
0,25
100
Répartition irrégulière
Canton de DarlingÉtang 22
8,1
1 590
Concentration du côté N
Canton de DarlingÉtang 23
0,25
29
Concentration du côté E
Canton de DarlingÉtang 24
0,6
230
Concentration dans l'angle NW
Canton de DarlingÉtang 26
1,5
600
Répartition uniforme
Sous-total 
11,97
  
Canton de Pakenham 
0,01
Sur pierresRépartition éparpillée entre quelquesunes des nombreuses pierres et surfaces rocheuses
Total pour les trois localités 
40,135
 Plus ou moins 15 %

Retournez à la table des matières

Annexe 2. Milieux qui conviennent au Leptogium rivulare mais où l’espèce n’a pas été trouvée

  • Rayon de 1 km autour de la population d'Ottawa (Ontario) : 4519 N 7551 W
    • Secteur C12a : marécage à frêne noir
    • C13j : marécage à frêne noir et thuya occidental
    • C33 : marécage ouvert à orme d'Amérique
    • À l'ouest de l'étang XI : marécage à frêne noir et nerprun à feuilles d'aulne
    • B5b : marécage à frêne noir
    • B5e : marécage à frêne noir
    • A5a : canal de crue à frêne noir
    • A5b : marécage à érable rouge
    • Étang au SE de l'étang XI : marécage à érable rouge
    • Étang VIII : étang saisonnier bordé d'érable rouge et de frêne noir
    • A1e : petit étang saisonnier avec ormes d'Amérique
  • Rayon de 1 km autour de la population du canton de Darling : 4516 N 7632 W
    • Secteur « Old Growth East » : vieux peuplement marécageux de thuya occidental
    • Secteur « Old Growth Main » : vieux peuplement marécageux de thuya occidental
    • Secteur « Old Growth S branch » : vieux peuplement de frêne noir
    • En face de Cedar Cove : étang saisonnier bordé d'ormes d'Amérique
    • Secteur « Twice S of sandpit » : étang saisonnier bordé d'ormes d'Amérique
    • Baissière près du « Butternut den » : baissière soumise à une crue saisonnière
    • Étang près du chemin : étang marécageux avec frêne noir
    • Étang près du nid d'épervier : étang saisonnier avec frêne noir
    • Marécage près du lac : marécage à thuya occidental et frêne noir
  • Rayon de 1 km autour de la population du canton de Pakenham (Ontario) :
    • À l'ouest de l'étang « High » : marécage à érable rouge
    • À l'ouest de l'étang « High » : autre marécage à érable rouge
    • À l'ouest de l'étang « High » : encore un marécage à érable rouge
    • Ruisseau coulant de l'étang « High » : frênes noirs en plaine inondable
    • Étang du fond du champ : marécage à frêne noir
    • Étang à céphalanthe : peuplement dense de céphalanthe
    • En bas de l'étang à céphalanthe : canal de crue à frêne noir
    • Au-dessus de l'étang à noyer centré : canal de crue à frêne noir
    • Étang « car door » : frênes noirs poussant dans l'eau
    • Ruisseau en bas du chemin d'accès : canal de crue à frêne noir
    • Ruisseau « Old-road » : canal de crue à frêne noir
    • À l'ouest de l'étang « Rock-wall » : marécage à érable rouge
    • Tuyau du ruisseau Stanley : canal de crue à frêne noir
    • Lit du ruisseau Stanley : pierres et affleurement
    • Ruisseau Indian, au barrage : frênes noirs et pierres inondés
    • Ruisseau Indian en bas du barrage : pierres du lit du ruisseau
    • Chute du ruisseau Indian : frênes noirs et pierres du canal de crue
    • Au SE de l'étang « High » : marécages à érable rouge
  • Lac Willis, canton de Darling (Ontario) : 4515 N 7628 W
    • Baissière à peuplier : mare printanière à peuplier
    • Mare « Rock-bound » : baissière exposée à une crue saisonnière, avec érable
    • Vallée perchée : marécage à frêne noir
  • Au S du lac White, canton de Darling (Ontario) : 4515 N 7632 W
    • Ravin supérieur : plaine inondable de petit cours d'eau, avec frêne noir
    • Sentier vers le lac Darling Long : plaine inondable de petit cours d'eau, avec frêne
    • Sentier vers le lac Darling Long : marécage à frêne noir
  • Gillies Grove, Arnprior (Ont.) 4526 N 7618 W
    • Baissière avec orme d'Amérique
  • Village de Pakenham (Ont.) 4520 N 7618 W
    • Plaine inondable du ruisseau : frênes et ormes
  • Rapides Blakeney, sur la rivière Missisippi (Ontario) 4515 N 7615 W
    • Saulaie riveraine
  • Ferme Bramble Hill, sur la rivière Missisippi (Ontario) 4516 N 7615 W
    • Étroite plaine inondable dans ravin boisé : frêne noir et orme d'Amérique
  • Île Petrie, sur la rivière des Outaouais, en aval d'Ottawa : 4530 N 7530 W
    • Forêt inondable d'érable rouge, examinée par I.M. Brodo
  • Île Upper Duck. sur la rivière des Outaouais, en aval d'Ottawa : 4528 N 7536 W
    • Banc de sable inondable avec forêt d'érable rouge et d'érable argenté
  • Marécage Leitrim, du côté est d'Ottawa (Ont.) 4521 N 7536 W
    • Marécage avec vieux peuplement de frêne noir, examiné par I.Brodo
  • Ruisseau Greens, du côté est d'Ottawa (Ont.) 4528 N 7534 W
    • Forêt d'érable argentée en plaine inondable, examinée par B. Gaertner
  • Ruisseau Sawmill, près de Wakefield (Québec) 4534 N 7551 W
    • Plaine inondable en ravin, avec frêne rouge, orme d'Amérique et saules
  • Chemin Old Sawmill Creek, près de Wakefield (Québec) 4534 N 7551 W
    • Petit marécage avec frêne noir et orme d'Amérique
  • Rivière Noire (Québec), île en face du ruisseau Forant 4622 N 7711 W
    • Forêt d'érable argenté en plaine inondable
  • Rivière Noire (Québec), rapides inférieurs du ruisseau Forant 4622 N 7711 W
    • Pierres au milieu du ruisseau, exposées en période d'étiage
  • Rivière Noire (Québec) - portage des chutes Mountain 4617 N 772 W
    • Petit marécage à frêne noir le long d'un versant
  • Rivière Noire (Québec) - en bas des chutes Mountain 4617 N 772 W
    • Pierres et affleurement de la berge, exposés en période d'étiage
  • Rivière Noire (Québec) - campement sur méandre : 4513 N 7657 W
    • Forêt d'érable argenté et marécage à frêne noir, dans la plaine inondable de la
  • Rivière Noire (Québec) - premier lac de méandre : 4513 N 7657 W
    • Érables argentés le long de l'ancienne berge, dans la zone inondable
  • Rivière Noire (Québec) - deuxième lac de méandre 4512 N 7659 W
    • Érables argentés et aulnes bordant l'ancienne berge, dans la zone inondable
  • Lac Anima Nipissing, au nord du lac Temagami (Ontario) 4715 N 80 W
    • Marécage à frêne noir, examiné par I.M. Brodo

Retournez à la table des matières