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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la marmotte de l’île de Vancouver (Marmota vancouverensis) au Canada - Mise à jour

Habitat

Les habitats des marmottes de l’île de Vancouver doivent présenter trois caractéristiques essentielles : 1) des graminées et des plantes herbacées (dicotylédones) assurant l’alimentation, 2) un sol colluvial autorisant la construction de terriers d’été et d’hibernation, et 3) des conditions microclimatiques permettant l’alimentation en été, la thermorégulation et une hibernation sécuritaire (Demarchiet al., 1996). La pénurie d’habitats est la cause fondamentale de la rareté du M. vancouverensis. Bryant et Janz (1996) ont estimé que, dans l’aire de répartition principale actuelle de 40 km², il n’y a que 16 petites zones d’habitat de prairie subalpine qui semblent convenir, soit un total de 34,5 hectares. 

Végétation et relief

Milko (1984) a étudié les caractéristiques de la végétation de prairies subalpines naturelles abritant plusieurs colonies de marmottes. Il a identifié six grandes communautés (Phlox-mousses, Anaphalis-Aster,Ribes-Heuchera, Pteridium aquilinum,Senecio-Veratrum et Vaccinium-Carex), et a conclu que les habitats « typiques » sont entretenus par les avalanches ou les glissements de neige. Cependant, on a confirmé la présence de colonies de M. vancouverensis dans d’autres types d’habitat. Par exemple, l’habitat du mont Washington est dominé par des peuplements clairsemés de sapins subalpins (Abies lasiocarpa) et de pruches subalpines(Tsuga mertensiana), avec des genévriers (Juniperus communis) et des bleuetiers (Vacciniumspp.). Les marmottes de la crête nord‑ouest du mont « P » vivent sur des falaises abruptes et des pentes d’éboulis; les colonies du mont Heather et du bassin de la Westerholm vivent parmi des buissons de saules (Salix) et des éboulis rocheux. Les marmottes exploitent aussi des zones de coupe à blanc, des ouvertures dégagées par l’aménagement de pistes de ski (monts Washington et Green) et des terrils (mont Washington). Certaines prairies naturelles peuvent avoir été créées par des feux (mont Whymper, Hooper Nord).

Bryant et Janz (1996) ont utilisé les données sur l’abondance moyenne (de 1972 à 1995) pour décrire les habitats fréquentés par les marmottes. Ils ont indiqué que la plupart (81 %) des marmottes avaient été trouvées entre 1000 et 1400 mètres d’altitude. Les colonies des habitats sur coupe se situaient généralement à plus basse altitude (médiane = 990 mètres, plage = de 730 à 1 140 mètres) que les prairies subalpines naturelles (médiane = 1 240 mètres, plage = de 1 040 à 1 450 mètres). La plupart des marmottes occupaient les pentes d’orientation sud à ouest (74 %). La plupart des coupes à blanc étaient colonisées dans les 10 ans suivant l’exploitation (médiane = 8,5 ans, plage = de 1 à 15 ans) et à moins de 1 km de colonies naturelles (médiane = 0,82 km, plage = de 0,4 à 4,5 km). Seul un faible pourcentage (<2 %) des sites sur coupe situés au-dessus de 700 mètres d’altitude ont été à terme colonisés par des marmottes. L’occupation maximale des sites sur coupe n’est pas connue, mais on a observé des durées d’occupation de 15 ans (20 ans après l’exploitation du site). Par ailleurs, on a documenté des disparitions à 5 sites (temps de résidence médian = 7,0 ans, plage = de 5 à 12 ans; Bryant, en cours de rédaction).

Alimentation

Martell et Milko (1986) ont étudié des échantillons de fèces provenant de 3 colonies subalpines naturelles pour identifier les plantes consommées par les marmottes (Tableau 1). Ils ont conclu que les marmottes se nourrissent de danthonie intermédiaire (Danthonia intermedia) et de carex (Carexspp.) au début du printemps, puis de plantes herbacées dicotylédones (en particulier Lupinus latifolius etEriophyllum lanatum) en été et en automne. Le phlox diffus (Phlox diffusa) semble un important élément du régime alimentaire au début de l’été. Ce genre de travaux n’a pas été mené à d’autres colonies; cependant, parmi les plantes dont on sait qu’elles sont consommées aux sites sur coupe à blanc de basse altitude figurent des graminées,Anaphalis margariticea, Fragaria spp., Epilobium angustifolium, et Lupinus latifolius(A. Bryant, données inédites).

 

Tableau 1.  Aliments trouvés dans les fumées de marmottes de 3 colonies subalpines, 1981-1982. Les données sont les pourcentages moyens (x ± é.‑t.) de fragments végétaux trouvés dans des échantillons de 25 fumées chacun. Les arthropodes (insectes) sont probablement entrés dans les matières fécales après la défécation. La mention « tr » indique la présence de quantités « traces ». D’après Martell et Milko (1986)
  Mois
Classe/espèceNom communMaiJuinAoûtSeptembre
Mousses 1,20±0,290,20±0,08 tr 0,10±0,07
Mycorhizes 0,50±0,313,20±1,480,20±0,12   
Lichens 0,40±0,110,40±0,12 tr  tr 
Cladonia spp.cladonie des rennes0,10±0,100,20±0,08      
Fougères 2,60±0,951,10±0,450,30±0,161,00±0,33
Gymnospermes 3,60±1,380,90±0,280,40±0,210,40±0,15
Juniperus communiscyprès jaune1,40±0,580,60±0,200,10±0,140,30±0,11
Tsuga sp.pruche2,20±0,970,20±0,090,20±0,180,10±0,07
Graminoïdes 56,40±8,7624,10±4,613,70±0,722,70±0,97
Danthonia intermediadanthonie interm.18,70±6,971,30±0,280,50±0,120,30±0,13
Carex sp.carex8,80±1,0516,20±3,021,90±0,470,80±0,30
"   "    "carex (glume)26,90±11,23 tr       
Festuca sp.fétuque (tige) tr  tr       
Poa sp.pâturin0,50±0,180,70±0,150,20±0,12 tr 
Luzula sp.luzule1,10±0,355,40±1,721,00±0,431,40±0,85
Herbacées dicotylédones 34,50±6,5468,30±4,8694,00±1,1793,40±1,70
Lupinus latifoliuslupin16,80±6,7746,10±3,5668,50±6,3428,10±3,21
Eriophyllum lanatummarguerite jaune1,40±1,207,80±2,3519,30±6,7863,10±4,32
Phlox diffusaphlox diffus14,00±3,912,50±0,640,30±0,090,90±0,24
Achillia millefoliumachillée3,60±2,702,10±0,360,40±0,201,50±0,31
Castilleja sp.castilléjie ± 0,60±0,240,60±0,23   
Lathyrus nevadensisgesse du Nevada0,70±0,548,60±1,634,00±1,82 tr 
Prunella vulgarisbrunette0,40±0,04 tr     tr 
graines (Vaccinium sp.)          0,70±0,53
Arthropodes    1,70±0,431,30±0,431,00±0,50
Nombre d’échantillons 12  24  12  12  

 

Hibernacula et autres terriers

Les marmottes de l’île de Vancouver aménagent des terriers où elles hibernent, mettent bas, et s’abritent des prédateurs et des conditions environnementales extrêmes. Les terriers (hibernacula y compris) sont fréquemment réutilisés plusieurs années par les mêmes individus (Bryant, 1990, 1996a). On ne dispose pas de données pour décrire la longueur, la profondeur ou l’architecture des terriers creusés par leM. vancouverensis.

Les terriers‑abris (utilisés pour éviter les prédateurs) peuvent n’être qu’un trou peu profond sous une roche ou une racine d’arbre. Les terriers utilisés comme dortoirs ou pour la mise bas sont plus élaborés, et comportent souvent plusieurs entrées. Tout comme les terriers‑abris, ils sont généralement construits sous un rocher ou sous le système racinaire d’un arbre, qui doivent assurer probablement une consolidation de la structure. Les hibernacula sont probablement assez profonds pour que les marmottes hibernent en dessous de la couche gelée, mais la chose n’a pas été confirmée. Les études menées sur les marmottes alpines (M. marmota) laissent penser qu’une des caractéristiques essentielles de l’hibernaculum est sa capacité de maintenir des températures ambiantes stables et proches de 5 °C (Arnold, 1990; Arnold et al., 1991).

Caractéristiques spéciales de l’habitat et du microclimat

La répartition des marmottes peut être limitée par les températures estivales (Türk et Arnold, 1988; Arnoldet al., 1991; Arnold, 1990; Melcher et al., 1990). Les marmottes n’ont en effet ni les glandes sudoripares ni le comportement de « halètement » qui permettent à d’autres mammifères de supporter la chaleur (Barash, 1989). C’est pourquoi les marmottes exposées à des températures ambiantes élevées sont forcées de rester sous terre (Webb, 1980). Türk et Arnold (1988) ont suggéré que ce facteur imposait une limite inférieure d’altitude à la répartition des marmottes, parce que des animaux qui ne peuvent pas se nourrir suffisamment ne parviennent pas à constituer les réserves de graisse qui assureront le succès de l’hibernation. Les données radiotélémétriques sur la température corporelle des marmottes de l’île de Vancouver confortent ces théories (figure 5).

Les températures corporelles passaient de 35 ºC à 40 ºC en l’espace de plusieurs heures, et ces fluctuations étaient corrélées avec les conditions environnementales et le comportement. La relation entre la température corporelle, l’environnement et les possibilités d’alimentation pourrait expliquer que des grandes étendues d’habitat sur coupe à blanc situées aux basses altitudes, ou dans des endroits plus exposés, n’aient pas été colonisées. Les besoins physiologiques peuvent aussi expliquer pourquoi les habitats de grande qualité se caractérisent par la présence de gros blocs rocheux. Ces blocs peuvent constituer des puits de chaleur qui permettent aux marmottes de passer plus de temps hors du terrier (Bryant, en cours de rédaction).

Figure 5. Fluctuations de la température corporelle et effet de la posture. Les températures corporelles connaissent des fluctuations journalières et saisonnières (A). L’orientation du changement de la température présentait un lien significatif avec la posture (B). Il semblerait que, chez les marmottes, la thermorégulation passe par le comportement, et que les blocs rocheux « de repos » soient un élément important de leur habitat. D’après Bryant (en cours de rédaction).

Figure 5. Fluctuations de la température corporelle et effet de la posture. Les températures corporelles connaissent des fluctuations journalières et saisonnières (A). L’orientation du changement de la température présentait un lien significatif avec la posture (B). Il semblerait que, chez les marmottes, la thermorégulation passe par le comportement, et que les blocs rocheux « de repos » soient un élément important de leur habitat. D’après Bryant (en cours de rédaction).